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Enniscorthy, sud-est de l'Irlande, années 50. Comme de nombreux jeunes de sa génération, Eilis Lacey, diplôme de comptabilité en poche, ne parvient pas à trouver du travail. Par l'entremise d'un prêtre, sa soeur Rose obtient pour elle un emploi aux Etats-Unis. En poussant sa jeune soeur à partir, Rose se sacrifie : elle sera seule désormais pour s'occuper de leur mère veuve et aura peu de chance de se marier. Terrorisée à l'idée de quitter le cocon familial, mais contrainte de se plier à la décision de Rose, Eilis quitte l'Irlande. A Brooklyn, elle loue une chambre dans une pension de famille irlandaise et commence son existence américaine sous la surveillance insistante de la logeuse et des autres locataires. Au début, le mal du pays la submerge, la laissant triste et solitaire. Puis, peu à peu, elle s'attache à la nouveauté de son existence. A son travail de vendeuse dans un grand magasin où les premières clientes noires font une apparition timide qui scandalise les âmes bien-pensantes, sauf Eilis, qui, dans sa petite ville d'origine, n'a jamais connu le racisme. Au bal du vendredi à la paroisse du quartier. Aux cours du soir grâce auxquels elle se perfectionne en comptabilité. Dans ce rythme entre monotonie rassurante et nouveautés excitantes, Eilis trouve une sorte de liberté assez proche du bonheur. Et quand Tony, un Italien tendre, sérieux et très amoureux, entre dans sa vie, elle est convaincue que son avenir est tout tracé : elle deviendra américaine. Mais un drame familial l'oblige à retraverser l'Atlantique pour un séjour de quelques semaines en Irlande. Au pays, Eilis est devenue une femme à la mode, désirable, parée du charme des exilées. Brooklyn, Tony, la vie américaine se voilent de l'irréalité des rêves. Un nouvel avenir l'attend dans la bourgade de son enfance : un homme prêt à l'épouser, un travail. Deux pays, deux emplois, deux amours. Les possibilités inconciliables déferlent sur Eilis, lui infligeant cette petite mort que suppose l'impératif des choix. Colm Tóibín est né en 1955 à Enniscorthy en Irlande. Son premier roman, Désormais notre exil, reçoit en 1991 l'Irish Times Literary Prize, tandis que La Bruyère incendiée est couronnée en 1992 par l'Encore Award pour le meilleur second roman. Suivront notamment : Histoire de la nuit, Le Bateau-phare de Blackwater, Le Maître, L'Épaisseur des âmes, un recueil de nouvelles, et Brooklyn.
Se jouant admirablement du classicisme, Tóib n tisse un roman d'apprentissage d'une superbe intensité.
Suivant ainsi l'itinéraire de cette si discrète héroïne, Brooklyn ne serait qu'un bel et classique exercice romanesque, si on n'y retrouvait ce qui fait tout le prix des livres de Colm Tóib n : la minutie du regard, une hypersensibilité, une façon d'approcher au plus près l'intimité des êtres qu'il met en scène, d'ausculter leurs pensées, leurs émotions, trahies par des gestes imperceptibles, des silences audibles de lui seul.
Un roman qu'on lit d'une traite, sur l'exil, l'identité, la rupture avec une communauté.
Ecrit à la pointe sèche, Brooklyn est l'histoire d'une longue désillusion, le récit d'un éternel déracinement. Et c'est aussi le portrait éblouissant d'une héroïne qui aurait pu être inventée par Flaubert, parce qu'elle est "un coeur simple". Les dernières parutions de : Colm Tóibín
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