Les 90 ans de la collection du Monde Entier !

  • "quand vous m'avez pris la main, médée, j'ai senti qu'auprès de vous, la peur n'existait pas.
    Et pendant toute la soirée, je n'ai rien éprouvé envers vous, je sentais simplement qu'auprès de vous, la peur n'existait pas. " telle est médée, calme et lumineuse, un centre mystérieux autour duquel gravite une immense famille, des gens ballottés de-ci de-là, aux destins parfois tragiques. contrairement à sa célèbre homonyme, médée mendès est une porteuse de vie, qui soutient, réconforte et pardonne.

    A propos de ce livre, christa wolf écrit : "ludmila oulitskaïa a déployé ses filets pour capturer un enchantement, l'enchantement d'un lieu oú s'enchevêtrent des destins, l'enchantement d'un paysage et, surtout, l'enchantement qui entoure son héroïne médée mendès. ".

  • « Voici l'un des plus beaux textes de Thomas Bernhard. Il date apparemment de la fin des années soixante-dix, et l'on y retrouve bien sûr les thèmes habituels : l'existence "au degré de difficulté le plus haut" d'un "être de l'esprit" engagé dans une recherche totale et mortelle. Ici, c'est la physiognomonie appliquée à quatre personnages ordinaires rencontrés à la cantine populaire (à ce qu'il y a de plus quotidien donc), dans le disocurs bernhardien en abyme, et en écho aux périodes difficiles dont parlent les romans autobiographiques.
    Mais au-delà de la thématique, ce texte est peut-être surtout, lui aussi, une composition grandiose, une magnifique dentelle, une partition magistrale dont les amateurs auront le plus grand plaisir à découvrir une variation supplémentaire. »
    Claude Porcell.

  • Les faits se présente comme l'autobiographie non conventionnelle d'un écrivain qui a déconstruit notre idée de la fiction. Cette oeuvre, d'une franchise inventive et irrésistible, dévoile le rapport intime et complexe que Philip Roth entretient avec l'art et l'existence. Sur le fil entre souvenirs des faits et souvenirs imaginés, l'auteur de La contrevie se concentre sur cinq moments fondateurs de son identité d'homme et de romancier : son enfance à Newark dans les années 1930 et 1940 ; son expérience de l'américanité à l'université ; son premier mariage chaotique ; l'indignation de la communauté juive américaine à la parution de Goodbye, Colombus ; et enfin, la découverte dans les années 1960 d'une liberté créatrice qui donnera naissance à Portnoy et son complexe.
      Mais comment écrire à propos des faits de l'existence lorsqu'on a passé une vie entière à changer l'ordinaire en extraordinaire avec une originalité et une audace si féroces ? Comment un romancier chevronné, jamais mieux servi que par « la chair de la fiction », peut-il encore prétendre se présenter « sans fard » ? Tel est le questionnement au coeur du livre que Roth explore avec malice et clairvoyance. Et ce n'est pas un hasard si c'est à son héros de papier et alter-ego, Nathan Zuckerman, qu'il donne ici le dernier mot.
      Cette nouvelle traduction redonne tout son lustre à la verve incomparable d'un des plus grands auteurs américains de sa génération. Elle révèle avec habileté l'humour, l'intelligence et la précision d'un texte qu'il est précieux de redécouvrir aujourd'hui, à la lumière de toute une oeuvre littéraire.

  • La vie tranquille de Joe Rose, faite de bonheur conjugal et de certitudes scientifiques, bascule le jour où il est impliqué dans un accident mortel.
    Parce qu'il se sent coupable, mais surtout parce qu'il fait ainsi la connaissance d'un jeune homme, Jed, qui lui voue sur-le-champ un amour aussi total qu'inexplicable, aussi chaste que dévorant. Car Jed, qui veut guérir Joe de son athéisme, est convaincu que leur rencontre a été voulue par Dieu, et que cet amour est forcément réciproque. Débute alors un harcèlement amoureux terrifiant, qui bouleverse l'existence de Joe et le confronte à ses propres démons...
    Délire d'amour, sommet d'humour noir et de cruauté, constitue un nouveau tour de force de Ian McEwan, qui nous plonge au coeur d'une obsession destructrice et contagieuse, où l'amour est plus dangereux que la haine.

  • le procès

    Franz Kafka

    Nouvelle édition, enrichie de variantes du texte original, en 1956

  • Louise Glück compte depuis longtemps parmi les voix majeures de la poésie contemporaine outre-Atlantique. Son oeuvre, née de l'expérience et de la voix d'une femme, traverse le féminin tout en lui résistant car la biographie, quand elle a eure dans ses poèmes, ne subsiste que comme trace : l'événement, déjà passé au tamis du langage, laisse place à sa profondeur, à son interprétation, à l'interrogation.
    Le jardin où l'on croise furtivement John, un mari qui cultive des plants de tomates, ou encore un fils, Noah, prend ainsi dans L'iris sauvage une dimension biblique et mythologique pour finalement devenir l'espace imaginaire où se déploie une vaste polyphonie. Louise Glück y fait entendre à la fois la voix des fleurs interpellant leur Créateur, celle de ce même Créateur se penchant sur sa Création, et la voix humaine questionnant sa propre finitude, notamment par un regard distancié sur la vie quotidienne. Dans cette chambre d'échos métaphysique, on trouvera portée à son comble une poétique de la renaissance qui est au coeur de l'oeuvre glückienne.
    Par une écriture qui emploie le langage de tous les jours, sublimé par le travail du vers et par les multiples résonances au sein des poèmes, où précision, coupes abruptes, ellipses tendent à souligner l'acuité de sa vision, Louise Glück parvient à dire la beauté tragique de toute vie sur terre, le temps d'une floraison.
    Ce recueil d'une originalité incomparable, à la composition parfaite, a été récompensé du prix Pulitzer de poésie à sa parution en 1992 et a marqué un tournant décisif dans l'oeuvre de Louise Glück.

  • " La peur n'est pas une vision du monde.
    " C'est par ces mots qu'en 1933, Kurt von Hammerstein, chef d'état-major général de la Reichswehr, résolut de tourner le dos à l'Allemagne nouvelle, et à Hitler devenu chancelier. Issu d'une très ancienne lignée d'aristocrates prussiens, Hammerstein méprisa profondément l'hystérie funeste où s'engageait son pays. On voulut ignorer son avertissement, et c'est en vain que le général, de complots en dissidences, tenta de freiner le désastre.
    Jusqu'à sa mort en 1943, Hammerstein aura préservé son indépendance, raidi dans une intransigeance devenue héroïque. Ses sept enfants eurent eux aussi des destins singuliers, prenant parti, au fil de rencontres inattendues, pour la résistance intérieure. Le livre du grand écrivain allemand Hans Magnus Enzensberger n'est une biographie qu'en apparence. Car il s'agit d'" une histoire allemande ", un récit tissant par mille moyens divers les destins individuels et le devenir collectif.
    Modeste devant la science historique, Enzensberger a choisi la liberté du narrateur : "même en dérapant à l'écart des faits, on peut fort bien parvenir à des vues justes ". Et lorsqu'il dialogue avec les morts, Enzensberger, en véritable sorcier, invoque les esprits. A travers la multitude de ces vies qui se croisent, s'éveille le fantôme de la catastrophe allemande, révélant la décomposition de la république de Weimar, le passage de la vieille Prusse à l'ordre nouveau, la sournoise complicité de l'Allemagne avec l'Union soviétique, l'échec de la résistance, la folle association de l'idéologie la plus fanatique et du cynisme le plus froid.
    C'est parce qu'il a un sens aigu de ce qu'est un destin qu'Enzensberger nous offre ici un grand livre.

  • douleur

    Zeruya Shalev

    Dix ans après avoir été blessée dans un attentat, Iris semble avoir surmonté le traumatisme. Malgré des douleurs persistantes, des problèmes avec ses enfants et un mariage de plus en plus fragile, la directrice d'école ambitieuse et la mère de famille engagée qu'elle est s'efforce de prouver qu'elle contrôle la situation.
    Tout bascule cependant le jour où elle reconnaît, sous les traits d'un médecin qu'elle consulte, Ethan, son premier amour, qui l'avait brutalement quittée lorsqu'elle avait dix-sept ans. Dans un vertige sensuel et existentiel, Iris éprouve alors la tentation de faire revivre cette passion qu'elle croyait éteinte : et si une seconde chance se présentait à elle ?
    Ce roman aussi puissant que subtil dévoile les séquelles que le passé peut laisser sur les corps et les esprits, tout en interrogeant notre capacité à faire des choix, au moment même où la vie nous renvoie à l'essentiel.

  • Morten Perdersen Falck a vingt-six ans lorsqu'il arrive à Copenhague pour étudier la théologie. Il loge chez un imprimeur où il découvre la sensualité et l'attraction des corps au contact de la fille aînée de la famille. Passionné de dessin et d'anatomie, il suit également des cours de sciences naturelles jusqu'à son prêche d'examen qui lui permet d'obtenir son diplôme. Il est alors repéré par l'évêque du Groenland qui le pousse à accepter un poste de pasteur dans la colonie danoise. Il embarque finalement en 1787.

    La traversée est longue et éprouvante mais Morten Falck finit par rencontrer les habitants de Sukkertoppen, colons ou autochtones, dans cette petite station isolée de la côte ouest du Groenland. Les relations avec la couronne danoise et la mission évangélique sont tendues, surtout dans le fjord de l'Éternité où deux Groenlandais baptisés, Hababuk et sa femme, ont pris la tête d'une communauté dissidente. Les prophètes, adeptes d'un christianisme primitif, gênent autant qu'ils attirent Morten Falck...

    Alors que la maladie et les propres contradictions du pasteur le dévorent un peu plus chaque jour, il essaie de poursuivre sa mission quel qu'en soit le prix, guidé par son esprit humaniste et la lecture de Rousseau. Kim Leine nous plonge dans son quotidien, dans un monde où les peuples malmènent les institutions et la foi, où les colons échouent face à la nature. Il redessine avec subtilité ce Groenland qui a fasciné, pendant des siècles, nos plus grands explorateurs.

  • Que vient chercher à Saint-Domingue cette jeune avocate new-yorkaise après tant d'années d'absence ? Les questions qu'Urania Cabral doit poser à son père mourant nous projettent dans le labyrinthe de la dictature de Rafael Leonidas Trujillo, au moment charnière de l'attentat qui lui coûta la vie en 1961. Dans des pages inoubliables - et qui comptent parmi les plus justes que l'auteur nous ait offertes -, le roman met en scène le destin d'un peuple soumis à la terreur et l'héroïsme de quatre jeunes conjurés qui tentent l'impossible : le tyrannicide. Leur geste, longuement mûri, prend peu à peu tout son sens à mesure que nous découvrons les coulisses du pouvoir : la vie quotidienne d'un homme hanté par un rêve obscur et dont l'ambition la plus profonde est de faire de son pays le miroir fidèle de sa folie.
    Jamais, depuis Conversation à «La Cathédrale», Mario Vargas Llosa n'avait poussé si loin la radiographie d'une société de corruption et de turpitude. Son portrait de la dictature de Trujillo, gravé comme une eau-forte, apparaît, au-delà des contingences dominicaines, comme celui de toutes les tyrannies - ou, comme il aime à le dire, de toutes les «satrapies». Exemplaire à plus d'un titre, passionnant de surcroît, La fête au Bouc est sans conteste l'une des oeuvres maîtresses du grand romancier péruvien.

  • Après le décès de sa mère, le narrateur découvre dans les archives des services secrets hongrois qu'elle a joué dans les années 1970-1980 un rôle d'informatrice. C'est une deuxième vie, jusque-là tenue secrète, qui est révélée au fil des documents qu'il parcourt : cette femme qu'il croyait connaître a rédigé quantité de rapports sur des éléments et des personnes intéressant la police. Il lui faut se rendre à l'évidence : elle a pendant toute cette période travaillé comme espionne.
    Dans un récit protéiforme où alternent narration romanesque, documents et élégie d'un fils désormais orphelin, András Forgách nous révèle toute l'ambivalence de cette figure maternelle. Partagé désormais entre l'amour et l'effroi, l'auteur nous invite à l'accompagner dans cette enquête personnelle qui vise à comprendre les ressorts de la trahison.
    Portrait entre ombre et lumière d'une mère autrefois adorée, Fils d'espionne est aussi une passionnante plongée dans l'histoire hongroise du XXe siècle, posant la question de la place des engagements politiques, de la duplicité des êtres et de notre possibilité de connaître vraiment ceux qui nous entourent.

  • Ulysse

    James Joyce

    L'action d'Ulysse se passe en un jour, à Dublin, en 1904. Le personnage d'Ulysse est un petit employé juif, Leopold Bloom ; Stephen Dedalus, jeune Irlandais poète, est Télémaque ; Marion, femme de Bloom et qui le trompe, est Pénélope. Rien n'arrive d'extraordinaire au cours de cette journée. Bloom et Dedalus errent dans la ville, vaquant à leurs affaires, et se retrouvent le soir dans un bordel.
    Chaque épisode correspond à un épisode de L'Odyssée. Mais la parodie débouche sur une mise en cause du monde moderne à une époque de muflisme. Joyce exprime l'universel par le particulier. Bloom, Dedalus, Marion sont des archétypes. Toute la vie, la naissance et la mort, la recherche du père (Dedalus est aussi Hamlet), celle du fils (Bloom a perdu un fils jeune), toute l'histoire sont contenues en un seul jour. C'est à Rabelais, à Swift que l'on peut comparer l'art de Joyce qui a écrit, dans Ulysse, la grande oeuvre épique et satirique de notre temps.

  • Un soir d'orage, où le courant électrique a été coupé, un homme - qui ressemble beaucoup à l'auteur - est assis à une table, chez lui. Éclairé par le feu de la cheminée, il est en train de lire un livre pour enfant, Pinocchio. Dans la pénombre, une présence apparaît à ses côtés, une présence évanescente qui évoque le profil du fils qu'il n'a jamais eu. L'homme imagine lui adresser la parole, lui raconter sa vie : Naples, la nostalgie de la famille, la nécessité de partir, l'engagement politique. À travers cette voix paternelle, ce fils spectral assume progressivement une consistance corporelle. La confession devient confrontation, la curiosité un examen intérieur, le monologue du départ se transforme en dialogue, au cours duquel un père et un fils se livre sans merci.

  • Après avoir combattu les guérilleros du Sentier lumineux au coeur des Andes, le soldat Ángel Serpa prend sa retraite et retourne à Lima, pour y mener une vie paisible. Un emploi de vendeur d'ustensiles de cuisine, une chambre exiguë et les déjeuners du dimanche chez son frère devraient lui permettre de s'éloigner du souvenir de la guerre, cet enfer dont il fut l'un des protagonistes.
    Or, le passé n'est jamais très loin du présent. Il prend ici la forme d'une jeune femme qui entre un jour dans le magasin d'Ángel, comme si elle revenait de la mort. Fragile, insaisissable, elle va se muer en obsession, au point de devenir presque irréelle. Ángel ira jusqu'au bout de ses forces pour la protéger, mais sans savoir vraiment qui (ou quoi) il veut sauver.
    Plongeant dans l'histoire récente du Pérou, ce roman nous invite à suivre la trajectoire de cet homme brisé par la violence, mais dont la rédemption passera par un sacrifice sans concession. À la fois enquête historique sur les années de la guerre contre le Sentier lumineux, thriller psychologique faisant affleurer des fantômes, et interrogation sur la mémoire d'un pays, La passagère du vent nous invite à suivre un héros attachant et paradoxal dans sa quête d'une renaissance - ou, peut-être, d'une forme de pardon.

  • Rome, fi n des années 1960. Leo Gazzarra, milanais d'origine, est depuis quelques années installé dans la capitale. Il vit de petits boulots pour des revues et des journaux. Viscéralement inadapté, dans un monde où il ne parvient pas à trouver sa place, il se laisse aller à des journées qui se ressemblent et à des nuits souvent alcoolisées. Leo n'en veut à personne et ne revendique rien. Le soir de ses trente ans, il rencontre Arianna, une jeune femme exubérante à la fois fragile et séductrice. Sûre de sa beauté mais incapable d'exprimer ses véritables sentiments, Arianna est évanescente. Elle apparaît et disparaît, bouleversant le quotidien mélancolique d'un homme qu'elle aurait peut-être pu sauver de sa dérive existentielle.
    Dans ce premier roman, paru pour la première fois en Italie en 1973, Gianfranco Calligarich évoque les cercles intellectuels et mondains de l'époque tout en dressant le portrait d'un homme qui cherche un sens à sa vie. Une histoire d'amour et de solitude, récit d'un renoncement tranquille, qui nous plonge dans une Rome solaire, magnétique.

  • Un bref instant de splendeur se présente sous la forme d'une lettre qu'un fils adresse à sa mère qui ne la lira jamais. Fille d'un soldat américain et d'une paysanne vietnamienne, elle est analphabète, parle à peine anglais et travaille dans un salon de manucure aux États-Unis. Elle est le pur produit d'une guerre oubliée. Son fils, dont la peau est trop claire pour un Vietnamien mais pas assez pour un Américain, entreprend de retracer leur histoire familiale : la schizophrénie de sa grand-mère traumatisée par les bombes ennemies au Vietnam, les poings durs de sa mère contre son corps d'enfant, son premier amour marqué d'un sceau funeste, sa découverte du désir, de son homosexualité et du pouvoir rédempteur de l'écriture.
    Ce premier roman, écrit dans une langue d'une beauté grandiose, explore avec une urgence et une grâce stupéfiantes les questions de race, de classe et de masculinité. Ocean Vuong signe une plongée dans les eaux troubles de la violence, du déracinement et de l'addiction, que la tendresse et la compassion viennent toujours adroitement contrebalancer. Un livre d'une justesse bouleversante sur la capacité des mots à panser les plaies ouvertes depuis des générations.

  • C'est un très vieil homme qui garde auprès de lui johann peter eckermann, un jeune poète, sans grand talent, mais dont le principal mérite, aux yeux du vieux goethe (et de la postérité), est d'être un des plus fidèles magnétophones de l'histoire.
    Pendant neuf ans, eckermann va recueillir les paroles de son dieu, dont l'âge n'émousse pas le génie, ni ne ralentit la parole : " hiver et été semblaient toujours se combattre en lui, dit eckermann, mais ce qui était admirable, c'était de voir chez ce vieillard la jeunesse prendre toujours le dessus. " incité, provoqué, interrogé par son fidèle écouteur, goethe va parcourir les chemins de sa vie et les allées de son oeuvre.
    /> Dans ses promenades à weimar en compagnie de ce jeune dévot, il revoit les grandes rencontres de son destin, napoléon et byron, schiller et manzoni. les yeux de la mémoire de goethe ont une fraîcheur vivace, en même temps que ses jugements ont pris les distances de la sagesse et de l'ironie. il ne renie certes pas le jeune homme romantique et passionné qu'il fut, aussi plein de feu que son ami byron et que le jeune schiller.
    Mais les querelles littéraires lui semblent maintenant dérisoires et les débats théoriques ennuyeux. il n'écoute plus que ce " démon " intérieur, " libre et impétueux " dont eckermann reproduit les confidentes jaillissantes. si le goethe intime, celui des amours de jadis et des sentiments personnels, est pudiquement maintenu à l'arrière-plan, le goethe secret affleure pourtant aux détours de ces propos en liberté.
    Les limites mêmes d'eckermann assurent qu'ils sont fidèles : il vénérait trop son grand homme pour avoir pu altérer beaucoup " la voix de son maître ".

  • «Je hurle. Voilà pourquoi on hurle. Je hurle pour me donner du courage, mais aussi parce que je suis heureux, parce que dans le fracas de l'eau personne ne m'entend et, qu'une fois au moins, j'aurai traversé cette terre en hurlant sans retenue ni motif, seulement parce que j'existais. Rien ne peut plus m'atteindre à présent. L'onde me soulève, mais elle ne peut pas me submerger. Seigneur des larmes, je respire dans la force du fleuve et je ne me renverserai pas, car j'en fais partie, je ne suis pas moi, je n'existe pas.» En pleine maturité, un homme entreprend un voyage en Inde sous l'égide de Siva, le dieu de la destruction, mais aussi celui de la destruction de la destruction, c'est-à-dire de la renaissance. À l'heure où les premiers êtres chers ont commencé à s'en aller, son meilleur ami, son père, il fait le bilan, sincère et bouleversant, de sa vie, sous le regard de Siva, le Seigneur des larmes.Ce qui frappe dans ce livre, c'est l'habileté, l'aisance, l'agilité : sans vaine virtuosité, l'auteur passe du présent au passé, de son histoire à celle de son père, de l'Inde à Naples, de la littérature à la vie, dans une parfaite continuité. Cette fluidité naît d'un regard mûr, réfléchi, grave et comique à la fois, mais aussi d'une écriture aux multiples ressources, qui permet à l'écrivain de s'emparer de ce qu'il voit et de ce qu'il se remémore, puis de le réélaborer, de lui donner une forme en mesure d'exprimer sa vision du monde. Récit largement personnel, Seigneur des larmes est à des années-lumière de l'autofiction : en parlant, d'une part, du sous-continent indien et, de l'autre, de lui-même, c'est de tous et à tous qu'Antonio Franchini parle. Car l'auteur entreprend ici de répondre à une des questions que se posent de nombreux grands écrivains contemporains : que signifie être un homme ? Et quel sens peut bien avoir la vie d'un homme aujourd'hui ? Avec justesse, brio et humilité, il nous livre sa vision, celle d'un homme encore jeune, mais qui a beaucoup vécu. Et beaucoup lu.

  • Comme celui de rameau, le neveu de wittgenstein, qui nous présente ici son ami, est un original, pittoresque et pathétique, un vrai personnage de roman.
    Ce texte, de 1982, n'est pas formellement rattaché aux récits dits " autobiographiques " (de l'origine à un enfant), mais, sans continuité chronologique - il lui arrive plus d'une fois de narrer et de commenter des événements attestés de la vie de l'auteur - et le " je " fictif qui parle ici ressemble à s'y méprendre à un certain thomas bernhard.
    On ne s'étonnera donc pas que, confronté avec cet étrange ami, " c'est-à-dire avec lui-même ", il nous confie, une fois de plus, et toujours mieux, des choses banales et profondes, et drôles à en pleurer, sur la vie, l'art, les prix littéraires, les cafés viennois, la vie à la campagne, la compétition automobile, la maladie et la mort, dans un de ces soliloques hallucinés, répétitifs, impitoyables, dont il a le secret.
    Pour la première fois, thomas bernhard nous parle de l'amitié.
    Il le fait admirablement et, pour reprendre une de ses expressions, sans le moindre ménagement, et cela fait très mal.

  • Ce livre célèbre sur les bas-fonds du Berlin des années 1925-1930 fait penser à Voyage au bout de la nuit et aux Mystères de Paris, mais aussi à Brecht, à Dos Passos et à Joyce. Car ce récit épique, plein de tendresses, de violences, de vices, étonne par sa modernité. L'aventure de Franz Biberkopf, criminel poussé par la fatalité vers un retour au crime, est comme le chant d'une symphonie composée de la rumeur de la foule, du hurlement des tramways, des sanglots et des râles échappés des hôtels délabrés et des bistrots minables.

  • «Tu veux jouer à inventer des histoires ? Un chapitre chacun ? Je commence ? Il était une fois un village que ses habitants avaient déserté. Même les chats et les chiens étaient partis. Et les oiseaux aussi.» Le petit garçon qui joue ainsi à inventer des histoires à la demande de sa mère est devenu un grand romancier. Sa mère n'est plus là, mais il tient malgré tout à poursuivre le récit de l'existence tumultueuse de sa famille et de ses aïeux. Son récit quitte donc le quartier modeste de Jérusalem où il est né, remonte le temps, retourne en Ukraine et en Lituanie, et fait revivre tous les acteurs de cette tragi-comédie familiale, qu'ils soient prophète tolstoïen, séducteur impénitent, mauvais poète, kibboutznik idéaliste, ou vrai savant. Leurs vies sont parfois broyées par la grande Histoire - l'Europe les rejette, l'Orient se montre hostile - et toujours marquées par leurs propres drames intimes, illusions perdues et rêves avortés. Au coeur d'une narration riche, d'une ampleur et d'une puissance romanesque jusque-là inconnues dans l'oeuvre d'Amos Oz, la disparition tragique de la mère demeure la question à laquelle ce roman cherche une réponse. Une histoire d'amour et de ténèbres est un livre bouleversant où l'histoire d'un peuple et la vérité d'un homme se confondent.

  • À bord d'un train militaire qui traverse la campagne soviétique enneigée pour recueillir des blessés est réunie une singulière société composée d'officiers, de médecins, de pharmaciens, ainsi que d'une brigade d'infirmières.
    Parmi ces dernières, la jeune Vera Mouchnikova retient un soir l'attention du narrateur :
    à la faveur d'une insomnie commune, elle lui révèle son passé et sa beauté digne d'un tableau de Watteau. Dès lors, le trouble ne va faire que croître chez lui, et la fascination pour Vera transforme son quotidien en une véritable passion, où les humeurs de sa belle et son inconstance dictent tout le jeu de l'amour.
    Mobilisé dans les rangs de l'Armée rouge, Vsevolod Petrov avait révélé à son retour en 1946 avoir écrit « un petit récit, inspiré par des événements vécus » ; il faudra soixante ans pour que le manuscrit soit retrouvé et publié. Mais le « petit récit » est en vérité un joyau littéraire :
    Ce huis-clos ferroviaire sur fond de Seconde Guerre mondiale s'approprie le célèbre roman de l'abbé Prévost pour nous proposer à la fois l'éclatante histoire d'une déconvenue amoureuse et une subtile réflexion sur ce que Stendhal appelait la cristallisation.

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