Grasset Et Fasquelle

  • C'est au cours de l'été et de l'automne 1922 que Marcel Proust apporta des modifications décisives au manuscrit d'Albertine disparue. Personne, à ce jour, ne pouvait cependant en mesurer l'importance, car ce texte s'était, croyait-on, à jamais perdu. Il a fallu qu'un providentiel concours de circonstances permette d'en découvrir une version dans l'héritage de Madame Mante-Proust, et c'est ce texte qui est ici publié. Les proustiens y apprendront, avec émotion, que Proust lui-même souhaitait que la dernière version de son Albertine disparue fût plus brève, plus dense que celle dont on disposait jusqu'à présent. Par quelques retouches, ajouts, retraits, il infléchissait le sens du livre en y injectant ces "atomes de vérité" qui, à eux seuls, accroissent la rigueur d'une composition dont la splendeur prend ainsi son profil définitif. En 1925, son frère, le chirurgien Robert Proust, n'avait pas voulu éditer cette "vraie" Albertine disparue. De cette prudence, compréhensible dans le contexte d'alors, il était temps de s'émanciper et de livrer, enfin, à une avide postérité, l'ultime forme d'un chef-d'oeuvre.

    Cette édition d'Albertine disparue a été établie par Nathalie Mauriac, arrière-petite-fille de Robert Proust, avec la collaboration d'Etienne Wolff.

  • Publiée pour la première fois en 1954, cette correspondance s'étend de 1913 à 1921. Elle rassemble les lettres que Marcel Proust a écrites à son ami d'enfance René Blum (frère de Léon), à l'éditeur Bernard Grasset et à Louis Brun, son éditeur dans la maison. Dans la première partie, l'écrivain prend contact avec Grasset, le convainc de publier, à compte d'auteur, le premier volume d'A La recherche du temps perdu, essaie d'orchestrer sa promotion, de «  provoquer  » articles et publicité. Dans la seconde partie du volume, Marcel Proust a quitté Grasset pour la N.R.F où il pense que son livre pourra trouver plus facilement le public «  qui lui convient.  » Ces lettres passionnantes, l'auteur de l'édition, Léon Pierre-Quint, revient sur le contexte dans lequel elles ont été écrites, relate histoires et anecdotes de la vie littéraire. Ainsi apprend-on que Marcel Proust a signé le service de presse du Côté de chez Swann dans son lit, a été «  snobé  » par la presse et que les rares articles à avoir vanté le livre étaient le fait de ses amis, Lucien Daudet et Jean Cocteau en tête.
    Cet ouvrage révèle les dessous de la publication d'A La recherche du temps perdu, mais rappelle aussi combien il a été difficile à Proust d'imposer son oeuvre. On peut le traiter de stratège littéraire (la première édition du livre s'intitulait Proust et la stratégie littéraire), mais si ses lettres révèlent une chose, c'est que sa sensibilité le rendait incapable de cynisme et que, s'il travaillait à la promotion, c'était celle de son oeuvre et non de sa personne.

empty