Espaces 34

  • Des images. Publiques et intimes. La photographie d'une soldate américaine tenant en laisse un prisonnier dans la rison d'Abu Ghraib. Le ventre d'une mère. Les mots doux et cruels d'une femme aimée.

  • Stonewall est le récit d'une résistance politique.
    Ce poème dramatique mêle histoire intime, à travers l'aventure amoureuse d'un couple et la relation à une figure paternelle, et histoire politique en revenant sur des évènements emblématiques du militantisme et des mouvements contre l'homophobie, depuis les émeutes de Stonewall en 1969 jusqu'à l'attentat à la discothèque Le Pulse à Orlando en 2016.
    Jouant sur l'intrication des époques et la variété des formes d'écriture, ce texte interroge de manière sensible la question de l'engagement militant et celle de l'acceptation ou du rejet de la différence. Il célèbre aussi le sentiment amoureux dans l'expression de sa puissance, même s'il est parfois source de manque et devient objet de deuil.
    Quant à la figure de Madonna, qui ponctue le poème, elle apparaît comme un personnage féminin subversif, ouvrant sur la liberté.

  • Il y a des régions tranquilles au Mexique, les plus éloignées des Etats-Unis et les plus proches de Dieu, c'est ce qu'on dit. Là, entre un village maya et les vastes plaines recouvertes de soja, qui un jour étaient forêts, au pied d'une croix qui ne porte plus de christ, deux jeunes filles creusent un trou pour un fantôme. La plus noire, Cecilia, est maya et vit au village avec son père qui soliloque en appelant la pluie. La plus blonde, Amalia, à peine plus jeune, appartient à une congrégation religieuse européenne qui travaille la terre et vit retranchée du monde. Elle n'a jamais vu plus loin que les plantations, elle a soif d'océans, d'arbres. Autour d'elles, une soeur jalouse, une mère disparue, une morte qui refuse de mourir, et les dieux priés ou déchus. A travers Cecilia et Amalia, ce sont deux univers qui se regardent, euxmêmes confrontés à l'intrusion sans état d'âme du monde technologique moderne.
    Une pièce, délicate et puissante, sur la disparition (des êtres, des cultures, de l'environnement naturel), sur le monde magique des croyances, sur la force vitale de la jeunesse, et qui s'attache à faire entendre les langues parlées et leur beauté comme autant de liens vivants.

  • Ce groupe qui arrive, comment l'identifier ? On peut prélever une personne du groupe et la regarder de près. Qui serait volontaire pour tester notre prototype d'identification ? Regarder suffit-il ? Que faire des groupes dont on ne veut pas ?
    Où flottent les continents si les images ne rentrent pas dans l'écran ?
    En cherchant à faire entrer numériquement des personnes qui arrivent sur l'eau et veulent passer une porte, une équipe technique est rattrapée par la réalité : une géographie humaine entêtée, imprévisible, joueuse, amoureuse, insubmersible. Qui parle de notre contemporanéité dans la langue singulière, rythmée, poétique, chahutée de Claire Rengade.

  • Une fillette demande à son frère de lui construire un avion pour son anniversaire. Mais pas un petit avion en bambou comme il le fait habituellement, avec des fils, à l'image d'un cerf-volant. Non un avion qui vole, comme un vrai avion.
    Elle voudrait voyager jusqu'aux confins de l'univers car elle recherche un monsieur qui a la solution à la tache qui se trouve sur son corps, et sur le corps des siens...
    Mais cela est sans compter avec la grande soeur qui n'approuve pas cette idée.
    Quelques années plus tard, devenus adultes, ils se croisent tous les trois à nouveau - rencontres de hasard ? Est-ce le moment de lever les secrets ? de découvrir de ce qu'ils sont ?
    A travers ces trois regards, Sufo Sufo tisse l'histoire d'une émancipation et d'une recherche de la liberté, rythmée par une voix narratrice aux multiples facettes.

  • La pièce se déroule dans une maison de famille à trois périodes (1913, 1968, aujourd'hui) mais en même temps. Ce sont les interactions entre les événements et les époques qui tissent l'action de ces trois générations, racontées en parallèle et en simultané.
    Les destins de trois couples se font écho à travers leurs blessures, leur incapacité à vivre, leur culpabilité. Les mensonges des uns se répercutent sur ceux des autres et, comme dans un choeur polyphonique, chacun exprime son désarroi.
    Les répliques se croisent pour façonner un thriller psychologique où chacun donne progressivement à entendre sa propre version de la réalité.
    Comme dans tous les textes de Rasmus Lindberg, le temps et la question existentielle sont au coeur du processus d'écriture. Ici, la pièce pose une question essentielle : Qu'est-ce qui détermine et influence un individu ? De quoi est faite cette mémoire, consciente ou inconsciente, qui se transmet de génération en génération ? Quelle part prend-elle dans la constitution de notre individualité ?

  • Deux jeunes filles, encore au lycée, sont les « meilleures amies ». L'une ne pense qu'aux garçons, l'autre non.
    La première tombe amoureuse d'un musicien anglais avec lequel elle communique sur les réseaux sociaux, la seconde la conseille. Elles se parlent, elles soliloquent, elles rêvent, elles se piègent dans leurs propres sentiments, leurs aspirations, leurs propres troubles.

    L'amour se nourrit de déclarations. Le désir, le manque, l'attente sont exaltés par les mots. Et les réseaux sociaux les véhiculent si facilement, si rapidement. La tentation est grande de jouer avec, de se laisser aller à la manipulation. Mais n'est-ce pas un piège terrible que l'on fabrique à soi-même ?

  • En 2003, Rebecca, photoreporter de guerre, rentre d'Irak. Elle retrouve sa fille, ses obligations professionnelles, sa vie d'ici.
    Mais son quotidien, comme préparer le gâteau d'anniversaire ou envoyer les photographies à son rédacteur, est imprégné des bruits et des odeurs de là-bas, des images qu'elle a fixées. Elle est hantée par l'explosion de l'hôtel qui héberge les journalistes - un obus américain égaré ? - et par le souvenir de la petite Hayat qu'elle a photographiée et filmée.
    Comment revient-on vivante de ces confrontations avec la mort ? Que faire de la culpabilité d'être survivante ? Comment continuer à travailler ? Quelle est la valeur du témoignage ?
    Shell Shock est un long poème polyphonique qui nous plonge dans les ténèbres de la guerre à hauteur humaine.

  • Le théâtre d'une petite ville de province, Balbek. Comme ailleurs dans le pays, l'extrême droite est aux portes du pouvoir. Une troupe permanente de comédiens et sa directrice travaillent en décentralisation. Parmi eux, Aymeric, assoiffé de reconnaissance, rêve de gloire tandis que Lucas s'interroge sur la capacité du théâtre à participer aux luttes sociales et que Michael, sensible aux idées des Premières Lignes, dénote. Barbara, fille de la directrice d'un grand théâtre de la capitale, rejoint la petite troupe et découvre ces espaces péri-urbains délaissés.
    Alors qu'Aymeric, monté à la capitale, gravit peu à peu les échelons de la notoriété avec l'appui de la mère de Barbara et de sa compagne, la jeune chanteuse Juliette Demba, la crise politique et sociale conduit à la catastrophe. Mais la célébrité est enfin là, à portée. A quelles compromissions Aymeric sera-t-il prêt, quels silences, pour atteindre ce qu'il s'était promis d'atteindre ? Est-il possible de combattre un système de l'intérieur ?
    Mephisto Rhapsodie traite des liens qu'entretiennent aujourd'hui l'art et le pouvoir, la politique et les artistes. Interrogeant les enjeux du théâtre contemporain, et convoquant la vie et l'oeuvre de l'écrivain allemand Klaus Mann ainsi que la figure ambiguë du comédien allemand Gustaf Gründgens dans les années 30, ce texte cherche à déjouer les évidences.
    Il tente de critiquer la paresse de pensée qui nous fait parfois croire que nous ne participons pas de ce qui détruit un monde et travaille la zone de notre fascination aveugle pour la célébrité et le succès.

  • C'est un garçon laid qui s'invite à une soirée étudiante donnée dans un pavillon de banlieue. La fête est finie, il est seul dans le jardin, derrière une chaise longue, dissimulé par la nuit.
    Plonge alors dans la piscine un jeune homme, le maître des lieux, accompagné de son amie et de son pote. Le garçon les observe, monologue sur leurs actions, comme un commentateur invisible, au bord de ce qui se joue.
    Les regardant s'amuser, se battre, se faire l'amour, il s'analyse en eux, se positionne en contre, mais progressivement sous le discours remontent les vrais objets de sa présence en ce lieu : un coup d'épaule dans les couloirs de la fac, un poème de Gaston Miron lu en classe de littérature.
    Le lendemain, il se réveille. Le jeune homme de la piscine lui fait face. Commence alors un dialogue inattendu qui va libérer et exacerber les sentiments.

  • Pour échapper aux huissiers, une femme rêve d'un séisme qui les ferait disparaître. Ainsi le chaos lui permettrait-il de se reconstruire, autre, avec Mikel, son fils de huit ans et demi. L'urgence est telle et le rêve est si fort que la catastrophe advient. Tout s'effondre. Dans la ville d'eskandar, la nature reprend ses droits. Un zoo est laissé à l'abandon, des fauves s'échappent et attaquent celles et ceux qui n'ont pas pu ou voulu partir. parmi eux Thomas Kantor, un obscur criminel en cavale.

    Accompagnée de Mikel, cette femme, se rebaptisant Madame de Fombanel, s'enfuit de chez elle et s'enfonce dans la zone pour abattre des lions. A la fois effrayée et fascinée par la propagation du désastre, elle investit une école abandonnée, à la porte de laquelle Thomas Kantor vient frapper.

    Samuel Gallet continue avec Eskandar - ville imaginaire, onirique, de l'entredeux - a exploré les no mans' land et les laissés pour compte. De ces luttes, naîtra un monde nouveau, trouble, avec de la joie aussi.

    DisTribUTion : variable / Genre : poème dramatique, récit polyphonique

  • 10 juin 2017, le matin. Quartier périphérique de Saint-Malo. Atmosphère caniculaire.
    Najda Bendaoud, dix-huit ans, attend. Le bac approche mais l'imminence de l'examen la préoccupe beaucoup moins que celle des résultats de la Commission de sélection des jeunes espoirs de foot : à midi, Najda saura si elle est choisie pour jouer lors de la prochaine Coupe du monde de foot féminin U20, en 2018.
    Alors Najda se filme avec son téléphone et réalise une vidéo « My future self », comme elle en a vu sur Youtube :
    Elle s'adresse à son aînée de dix ans - la Najda qu'elle sera en 2027. Elle raconte aussi sa mère, sa grand-mère et son arrière-arrière-grand-mère, leurs rêves et leurs renoncements.
    Entourée de son double virtuel et de différentes générations de femmes, Najda relie les époques et midi sonne...

  • Toutes ces voix donne la parole à un éducateur qui exerce auprès d'adultes en milieu psychiatrique.
    Le narrateur, par ailleurs écrivain, dévoile ce que recèlent d'universel les actes, les gestes les plus élémentaires du quotidien, tout ce qui au jour le jour nourrit cet accompagnement au plus proche de l'humain.
    Portant un questionnement éthique sur le pouvoir de la littérature, le texte donne à entendre avec une grande douceur les voix des plus fragilisées et des plus démunies.

  • Suzy Storck est une femme au foyer qui mène une vie ordinaire dans une petite maison avec mari et enfants. Elle n'a qu'à veiller au bon fonctionnement des journées. Un jour d'été, quelque chose dérape. Sous le poids de la chaleur, sous le poids des gestes répétés, Suzy a un moment d'inattention. Elle sombre et, au fil des heures, visite son passé. Elle prend conscience de ses renoncements et formule son incapacité à vivre selon ses vrais désirs tandis que le soleil du soir tarde à se coucher, que les enfants chahutent, que rentre le mari.
    Pendant ce temps, le drame s'est constitué.

  • Que veut dire « réussir sa vie » pour la jeune génération européenne ?
    Un groupe de jeunes gens à la sortie du lycée est à l'heure des choix. Certains veulent tenter les concours des grandes écoles de commerce de Paris, décrites comme l'élite, le Saint-Graal.
    Lorsque les résultats tombent, certains réussissent, d'autres resteront en province, à Clermont-Ferrand, trouveront un emploi ou intégreront des écoles moins prestigieuses. Les années d'études passent, chacun est confronté à lui-même, à ses compromissions, ses renoncements, sa réussite ou son échec, la réalité d'un monde sans état d'âme et qui peut broyer les êtres, ou bien l'on est fier d'intégrer l'élite de la société française.
    Mais à quel prix ? Que sont devenus leurs amitiés, leurs liens ? Que reste-t-il de leur foi, de leur intégrité ? Quand on a fait siens les discours du « tout économique » et que l'on refoule ses affects, ses émotions, qu'on refuse « la tentation d'être humain », ne se brûle-t-on pas intérieurement ?
    Deuxième pièce de la trilogie qu'écrit Manuel Pereira sur les jeunesses européennes dont le premier volet est Berlin sequenz. Le troisième, situé à Porto, est en cours d'écriture.

  • C'est l'histoire d'une famille qui habite une ville du cercle polaire, ils ont un ami qui est docteur. En fait, ce n'est pas vraiment une famille, on nous raconte que la femme est mariée avec un ours. Pourquoi pas ? Il travaille dans une banque.
    Coïncidence, deux fameux banquiers français arrivent en ville. Plus tard, ils s'écharpent avec un prix Nobel d'économie, un vrai. Le docteur brillant neurologue bibliomane - c'est une note de bas de page qui l'affirme - aimerait lui emprunter de l'argent pour assouvir sa coupable passion. Une grand-mère - on ne sait de qui - est férue d'Hitler.
    Il y a encore un enfant, mais il n'a pas une ligne de texte à dire. Et puis un chien, qui renifle le bas des pantalons.
    Et au bout du compte, on se retrouve à la fois devant, et à l'intérieur des personnages ; on pénètre en eux, malgré eux, à la faveur des remarques du narrateur. Car il y a un narrateur qui nous raconte tout ce théâtre.
    Mais l'essentiel n'est-il pas plutôt le spectateur - ou le lecteur - qui se fait trimbaler. Pourquoi on lui répète ? En plus il ne se passe pas grand-chose, ça parle et parfois il décroche.
    C'est décomplexé, il y a plusieurs histoires qui s'amusent. Histoire de la langue qui se dérobe et patine dans la bouche des personnages. Histoire de l'histoire qui n'en finit pas de se répéter et qui avance par reculades successives. Histoire du spectateur qui résiste ou se laisse emporter. Résiste quand le sens lui résiste ou se laisse emporter en acceptant la complexité, la rémanence, les réminiscences, l'examen discret de son voisin de fauteuil ou son propre intérêt.

  • Lulu n'est pas un ado comme les autres, sans doute parce qu'il vit de l'autre côté d'un mur, dans une tour au milieu des champs, avec une mère qui a du mal à l'accepter tel qu'il est et une soeur plus âgée.
    Son rêve ? Devenir une star du rock ou du punk, ou faire comme Valentina Terechkova : partir à la conquête de l'espace et des étoiles. Mais Lulu doit passer des tests scolaires qui décideront de son avenir. Et l'avenir qui lui est proposé ne le séduit pas.
    Alors, avec Moritz, son copain mal voyant, Lulu s'échappe dans des rêves, traversés d'extraterrestres bienveillants, où il serait possible de tout reprendre à zéro. Les deux amis réinventent un monde à la mesure de leur imaginaire et de la cécité qui gagne Moritz quand survient, comme tombée du ciel, une jeune fille improbable.
    Magali Mougel trace le portrait d'un adolescent qui, à sa manière et quitte à être mis au ban de la normalité sociale, détourne l'ordonnance imposée dans une fuite en avant émancipatrice et libertaire.

  • Dans les coulisses d'un théâtre où se donne un drame historique sur la seconde guerre mondiale, des comédiens discutent. Certains jouent le rôle de nazis, d'autres celui de déportés. Ce sont des hommes liés par la fraternité de la scène, ils rient, s'adressent des plaisanteries, gèrent leur stress. S'ils donnent l'impression d'être soudés, il ne faut pas négliger qu'ils puissent taire leurs pensées les plus profondes, afficher une désinvolture de surface, et entretenir une certaine rivalité.
    Lorsqu'un soir, juste avant la représentation, par mégarde, un comédien vient tacher l'impeccable tenue de nazi d'un autre comédien, ce fragile équilibre commence à tanguer.
    Dans cette pièce-récit, Éric Pessan traque les sources-mêmes de l'intolérance, celle qui commence par des petits riens et finit par engloutir l'humanité des êtres. Il s'interroge aussi sur la porosité inéluctable entre le comédien et le personnage qu'il incarne.

  • Elle s'appelle Blanche Neige. Princesse, si l'on veut. Autour d'elle, une Reine, si l'on veut. Un Prince, si l'on veut. Et Le Conte. Si l'on veut.
    Il y a aussi un château et une forêt. Foutue forêt en vérité. Vérité, si l'on veut.
    Il y a des comédiens qui jouent sur la scène et des personnages qui apparaissent sur un écran. Ce sont les mêmes, si l'on veut. Personne n'est exactement ce que l'on croit. Entre corps réels et images, il y a des écarts, des redoublements, des contradictions, des tensions, des combats.
    Les images savent tout avaler et tout recracher. Voilà ce qui compte, ce qu'on recrache. Tout ce qu'on sait trop bien, tout ce qu'on comprend trop bien, tout ce qu'on nous apprend trop bien, tout ce qu'on voit trop bien. Tout ce qu'on dit trop bien.
    Blanche Neige crache sa blancheur de princesse modèle, dévoile sa noirceur, et lorsque ses ami-e-s, les sept P., la rejoignent, elles nous purgent de toute pitié consolatrice.

  • Guyane, à notre époque. Des fragments de trajectoires de différents personnages qui peuplent ce territoire : ancienne colonie française, ou néo-colonie.
    Une jeune serveuse guyanaise et les métropolitains échoués qu'elle rencontre. Un ancien légionnaire clochardisé. Un ingénieur qui a travaillé au centre spatial et qui maintenant refuse de se lever de son hamac. De jeunes légionnaires en fonction. Des femmes ingénieures qui déraillent. Une morte qui se relève pour livrer le secret de son nom avant de se recoucher à jamais. Entre autres.
    Tous ont en commun ce territoire : la Guyane, où les rêves d'Ailleurs se croisent, s'entremêlent parfois ou viennent s'enliser dans les mangroves. Un ailleurs qu'on trouverait en Guyane pour les uns, un ailleurs qu'il faut chercher hors de ses frontières pour les autres, voire en quittant la Terre, s'il n'y a plus d'ailleurs ici.

  • Les poèmes dramatiques qui composent ce recueil donnent la parole à trois figures féminines symboliques et emblématiques d'une condition quotidienne d'oppression. A sa façon, chacune de ces femmes, en s'opposant à une logique normative, fait le choix d'une issue radicale. Lilith à l'estuaire du Han Quartier français de Seorae, Corée du Sud. Lilith mène une vie ordonnée avec sa famille jusqu'au jour où Georg, son mari, décide de percer une fenêtre dans le mur de la buanderie pour lui offrir soleil et vue sur les arbres de Seorae.
    Ce que Georg ignore est que cette buanderie est l'abri de Lilith dans lequel elle garde au frais ses secrets. Léda, le sourire en bannière Léda Burdy est une parfaite hôtesse d'accueil dans l'entreprise Egon Framm. Or un jour, ses fonctions sont remises en cause en raison d'un physique devenu incompatible avec les exigences du marché. La dernière battue, Une jeune femme confesse son premier amour.
    Adolescente, elle a aimé puis a cessé d'aimer sous la contrainte paternelle.

  • Neverland s'apparente à une rêverie, une traversée fantasmatique autour de la figure mythique de Michael Jackson. La pièce, construite comme un kaléidoscope, est centrée sur la relation entre deux jeunes adolescents, Jimmy et Mikaël, relation ambiguë qui flirte entre la réalité des faits et leur basculement dans l'imaginaire. Autour d'eux, évoluent de nombreux « sosies », doubles - enfants ou adultes - fascinés par le chanteur icone tandis qu'une voix vient régulièrement analyser, dans un langage scientifique embarrassé et une rigidité de pensée désopilante, qui fut Michael. L'ombre paternel et l'enfance meurtrie hantent également ce texte.
    David Léon aborde ici la question de l'abus sur les enfants (déjà présente dans Un Batman dans ta tête et Sauver la peau) et celle du corps comme lieu de la souffrance, de la tendresse et de l'amour, de l'exhibition et de l'offrande, de la quête de soi. Racisme, troubles de l'identité, sexualité traversent aussi la pièce qui peut être entendue comme un requiem profane et funk.

    DisTribUTion : dramaturgie chorale - Jimmy, de couleur noire / Mikaël, indistinctement enfant et adulte, indistinctement de couleur noire ou blanche / Joshua, le père de Mikaël, de couleur noire / Sosies, enfants et adultes / voix d'une psy / Genre : poème dramatique, récit polyphonique.

    Prix : Lauréate de l'Aide à la création du CNT / Mise en voix B. Savetier, Théâtre Ouvert, mai 2016.

  • Dans un présent intemporel, au fin fond de la campagne, dans un paysage à la fois mythifié et personnalisé, un homme néglige les travaux de la ferme depuis la mort de sa femme et se retire dans son monde. Il commence alors son « travail » : la construction d'une machine qui saurait tout faire, une installation-monde métaphorique et qui aspire la vie.
    Son fils, jeune garçon au début de la pièce puis jeune homme, ne parvient pas à faire entendre raison au père tout comme le bourgmestre - voix de la raison et du compromis.
    Mais les eaux montent et le danger d'engloutissement se fait de plus en plus précis. La machine elle-même se met à bruire, à parler ?
    Construite sur plusieurs temporalités, la pièce est ponctuée par le duo de deux jeunes filles d'aujourd'hui, sorte de clowns shakespeariens, qui décident de partir à l'aventure, au-delà de la zone interdite autour de la machine.
    La langue, en monologues bouillonnants ou dialogues vifs, très construite, ciselée, dérapant, contribue à l'impression d'inéluctabilité de la catastrophe et à interroger la place de la spiritualité des vivants.

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