Thaddee

  • Pour la première fois, deux citoyens français d'origine arménienne appartenant à deux générations, dialoguent à bâtons rompus de sujets d'intérêts communs, notamment : le processus d'intégration, le communautarisme, le rapport diaspora-République d'Arménie, le dialogue arméno-turc, le rapport aux Juifs au destin si parallèle... « Tout au long de ces échanges, nous avons voulu partager nos vécus, nous confronter à nos désaccords, partager nos interrogations, sur la crispation de la société française, les processus de l'intégration, de l'assimilation, la fragilité du lien générationnel et de la transmission .. »

  • Louis Bulidon, en tant qu'appelé, est affecté en décembre 1961 au Service Technique des Armées arme atomique, dans une base militaire dans le désert du Hoggar en Algérie.
    Depuis des mois, son travail consiste à prélever des filtres, à en mesurer la radioactivité. C'est la routine, les capteurs et les stylets sont muets. Dans la base, le personnel a conscience de son statut privilégié alors que la troupe, elle, risque à tout instant sa peau dans les djebels. Dans ce monde de l'insouciance et du silence, car tout est secret, un drame pourtant se prépare. L'explosion du 1er mai qui doit doter la France d'une force de frappe opérationnelle se transforme en grand show.
    Deux ministres, Pierre Messmer, ministre des Armées, et Gaston Palewski, ministre de la Recherche Scientifique, sont à la tribune d'honneur face à la montagne. La météo est défavorable car le vent souffle fort mais pas question de différer la mise à feu. La bombe explose et secoue la montagne qui disparaît dans une avalanche de poussières et d'éboulis, puis une énorme flamme s'en échappe, suivi d'un gigantesque nuage noir qui se dirige sur l'assistance.
    C'est la panique. Dans le sauve-qui-peut, on en oublie un moment les ministres. Quelques heures plus tard, ils passeront d'urgence à la douche de décontamination, savonnés et brossés au balai à poils durs, sans égard particulier pour leur rang

  • Journaliste chevronné en radio, presse écrite et multimédia, Pascal Maguesyan est également auteur-photographe. Il sillonne l'Orient chrétien depuis plus de dix ans, carnets de voyages en poche, appareil photo au poing, de l'Égypte à l'ouest, jusqu'en Iran à l'est, en passant par la Syrie, le Liban, Israël, la Palestine, la Turquie, l'Irak et l'Arménie.
    Les carnets de voyages de Pascal Maguesyan nous révèlent une mosaïque de portraits éblouissants et de sites extraordinaires : la maternité chrétienne de Bethléem où l'on assiste à la naissance de Georges et où viennent accoucher essentiellement des femmes musulmanes ; le monastère antique de Mar Moussa en Syrie, sauvé dans les années 1980 par le jésuite italien Paolo Dall'Oglio, un homme de dialogue que le régime de Bachar al-Assad a expulsé en 2012 ; l'incroyable oasis spirituelle d'Anaphora dans le désert égyptien qui semble faire écho à l'Utopia de Thomas More ; les chiffonniers du Caire - dont on redécouvre les origines coptes - considérés comme la lie de la société alors qu'ils sont en réalité si dignes et paisibles ; le monastère arménien totalement oublié et inaccessible de l'apôtre Saint Barthélemy - l'un des douze - aujourd'hui situé dans un camp militaire turc ; les pèlerins arméniens et chaldéens de Saint Thaddée - autre apôtre de Jésus - , au nord de l'Iran, réunis une fois par an fin juillet sous des tentes dans un espace monastique sublime, à quelques encablures de la Turquie et de l'Arménie...
    Ces trésors spirituels, humains et architecturaux, sont presque partout menacés. De la lumière, ils basculent progressivement dans l'ombre. Les chrétiens d'Orient sont des résistants.

  • Les restes de l'épée, curieuse expression.
    C'est pourtant ainsi qu'on désigne de façon péjorative en Turquie, les Arméniens, femmes et enfants enlevés et islamisés, qui ont échappé au génocide de 1915. Si l'entreprise d'extermination s'avéra d'une sinistre efficacité, le bilan approche 1,5 million victimes sur une population évaluée à environ 2 millions d'individus, une catégorie de survivants dont le nombre est difficile à évaluer a réussi à rester sur les territoires ancestraux, dans l'actuelle partie Est de la Turquie, au prix de leur conversion à l'islam.
    Qui sont ces survivants ? Pour la plupart des femmes qui ont été enlevées par les tribus kurdes et qui ont été islamisées (les Arméniens sont chrétiens), de jeunes enfants des deux sexes, des Arméniens qui se sont convertis en famille à l'islam, enfin, de rares Arméniens restés chrétiens qui se sont cachés ou qui ont été sauvés par quelques tribus kurdes secourables. Très souvent, ces Arméniens islamisés ou cachés se sont mariés entre eux.
    Durant des décennies, abandonnés de tous, dans des contrées lointaines où ils étaient souvent coupés du monde, ils ont observé la règle élémentaire de survie : le silence. Près d'un siècle plus tard, les descendants de ces survivants commencent à peine à desserrer l'étau du secret.

  • Septembre 1356. Dans ce Paris du XIVe siècle, troublé par la guerre et les intrigues, deux jeunes italiens, Emilio et Giovanni, ainsi qu'un jeune avignonnais, Isidore, arrivent pour étudier à la prestigieuse Sorbonne, au Quartier latin. Ils y font la connaissance de trois autres jeunes, Gilles, compagnon barbier, Zéphirin, compagnon dans un atelier de gravure sur bois, et Adhémar, étudiant et poète, largement inspiré de Villon.
    Au cours de joyeuses soirées, arrosées et coquines, à l'auberge de la Pie, une idée géniale va naître et faire son chemin auprès des jeunes gens : un siècle avant Gutenberg, ils vont imaginer le procédé de l'imprimerie.
    Le dauphin, grand amateur de livres, va leur apporter son aide matérielle.
    Mais des corporations (les libraires et la censure) redoutant les effets catastrophiques pour eux de cette révolution, s'organisent pour les neutraliser en les éliminant. Cinq des jeunes gens vont être assassinés successivement. Messire Jehan Toussac, lieutenant criminel au Grand Châtelet, va mener l'enquête et élucider le mystère des petits cubes de métal gravés de lettres, Les lettres diaboliques. Il finit par démasquer les coupables, mais il est assassiné à son tour.
    Emilio, le seul rescapé de la bande, arrivera à s'enfuir de Paris grâce à son mentor, génial et généreux chirurgien ambulant, Anselme. Praticien instruit et aguerri, il retournera dans son Padoue natal.

  • Milène Sinem KARATAS part à la découverte du « peuple invisible », une expression saisissante pour désigner les Arméniens de Turquie, à travers 16 entretiens poignants.
    Les livres sur ce sujet sont encore rares en France. Ainsi, Fethiye Çetin, avocate célèbre témoigne : « C'est à un âge avancé que ma grand-mère m'a transmis son secret. J'avais alors environ vingt-quatre ans. J'ai appris ainsi qu'elle était arménienne et tout le poids qu'elle a porté ». Le cas d'Ahmet Abakay, journaliste turc renommé, est tout aussi étonnant. Sa mère sur son lit de mort lui a confié qu'elle n'était pas une Turque alévie, mais une Arménienne. En quête de son identité, il redécouvre l'histoire de sa famille. Certains de ses membres, scandalisés, l'ont menacé.
    Ces histoires sont devenues légion en Turquie, et elles ne sont plus forcément gardées secrètes, grâce aux exemples de personnalités turques courageuses.
    Mais les vérités ne sont pas toutes bonnes à entendre. Certains Turcs qui découvrent leurs origines arméniennes, refusent de l'assumer.
    On mesure le choc de se retrouver brutalement de l'autre côté du miroir, parmi une population méprisée depuis les origines de la République de Turquie fondée en 1923.

  • La région des Grands Lacs africains dégage un parfum de paradis terrestre. Vingt-cinq millions de Hutus et de Tutsis y vivent, répartis entre le Burundi, le Rwanda et la région du Kivu, en République Démocratique du Congo. Entre 1959 et aujourd'hui, trois millions d'entre eux, hommes, femmes, enfants, ont été massacrés au cours de plusieurs vagues de violences, de guerres et de génocides.
    Des hommes politiques de bonne volonté voulaient renverser le destin de L'Histoire, comme le prince Louis Rwagasore, le Tutsi, abattu d'une balle dans le dos par un tueur à gages, ou encore Melchior Ndadaye, cet adolescent hutu qui, pour sauver sa vie, avait fui son pays à pied. Il y est revenu et en est devenu le président pour finir égorgé à la baïonnette par des soldats rebelles.
    La haine, la mort, les trahisons ; les massacres, les dictatures, les prisons... Les racines de cette malédiction remontent à la venue de l'homme blanc, qui a balayé les royaumes ancestraux vivant en paix dans ce jardin d'Eden pour y semer une haine tenace.

  • La bombe

    José Antonio Gurriarán

    • Thaddee
    • 28 Avril 2015

    Dans ce récit biographique, l'auteur nous livre ses interrogations, ses angoisses et ses espérances depuis cette nuit du 29 décembre 1980. Un commando de l'ASALA, l'armée secrète de libération de l'Arménie, vient de faire sauter les locaux d'une compagnie aérienne suisse. José Antonio Gurriaran gît seul et moribond sur le sol d'une rue madrilène ; il se sent entraîné par la mort mais il refuse de se rendre. Durant deux longues semaines, il attend la décision des médecins. Va t-on l'amputer des deux jambes ? Il faudra sept interventions pour le sauver. Aussi, c'est avec joie qu'il s'agrippe à un fauteuil roulant et qu'il réapprend à marcher.

    La Bomba, c'est l'exemple d'un innocent victime du terrorisme qui s'interroge sans relâche. Pourquoi ? Ce sont des larmes de solidarité pour tous ceux blessés ou tués par les balles et des explosions, partout dans le monde. C'est surtout la recherche et la reconstruction de ce qui est arrivé et le désir inextinguible de trouver et d'interroger ses bourreaux pour leur adresser un message : « Laissez-nous vivre, laissez-nous marcher librement dans la rue, dîtes adieux à la violence et soyez pacifistes ». Il parviendra à retrouver les membres de l'ASALA et à leur parler au Liban.

  • Cette fresque historique romancée couvre les 35 dernières années de l'Empire ottoman, de 1885 à 1920. Une période clé pour comprendre sa chute marqué par le premier génocide du XXe siècle.

    Le héros, Edouard de Latour, un jeune français issu d'une famille très riche et aristocratique, se lance dans un métier méprisable pour sa mère, celui de journaliste. Envoyé par le directeur de l'Aurore à Constantinople, un poste envié mais à haut risque, il y sera rapidement rattaché à l'Ambassade de France. Il profitera de renseignements de première main qui lui permettront de comprendre et d'anticiper les drames, mais aussi les opportunités qui se préparent. Edouard pressent que les Arméniens sont condamnés à mourir dans un carnage comme l'histoire n'en a pas encore connu. Généreux, aventureux, il se porte à leur secours, avec les moyens dont ils disposent.

    L'atmosphère de Constantinople est parfaitement rendue avec un réalisme confondant. A la fois journaliste, diplomate, résistant, homme d'affaires, il sait s'introduire dans tous les cercles et devenir un initié. La dernière partie est digne du meilleur des thrillers... Dans un testament, il apprend que d'une liaison passionnelle avec une arménienne, il a une fille, qu'il doit sauver.

  • Chaos

    Alexandre Chirvanzadé

    A la fin du XIXe siècle, à Bakou, dans l'industrieuse et prospère capitale pétrolière du Caucase, mosaïque de peuples (Tatars, Russes, Arméniens, Turcs, Persans, Grecs, Juifs, Européens...) administrée par la Russie après la défaite de la Perse, Markos Alimian, d'origine modeste mais devenu un des plus riches magnats du pétrole de son temps, meurt en laissant un testament extrêmement contraignant.
    Au lieu de régler les dissensions familiales et d'instaurer un retour à un ordre régi par les lois strictes du traditionnel régime patriarcal arménien, les volontés du défunt ne vont qu'envenimer la situation. L'aîné, un homme tourmenté, idéaliste et progressiste, sur qui repose tous les espoirs du père et toutes les responsabilités, ne pourra pleinement profiter de la fortune familiale que s'il divorce d'avec sa femme russe dont il a deux enfants, pour épouser une arménienne sous la bénédiction de l'église nationale. Ses deux autres fils devront se marier également et renoncer à leur vie de débauche. L'héritage de la fille, réduit à la portion congrue, est contesté par le gendre, un homme d'affaires peu scrupuleux.
    Dans la veine des grands auteurs réalistes (Balzac, Zola, Flaubert, Hugo...), Chirvanzadé décrit fidèlement la société de Bakou dont il a connu de près la misère des couches populaires et ouvrières. Il est maître dans l'analyse psychologique. Dans ce chaos moral, économique et social qui préfigure le XXe siècle et la Première Guerre, un des fils, le plus débauché, parvient à se transfigurer, grâce à l'amour d'une merveilleuse jeune femme.

  • L'homme qui torpilla Wall Street n'est ni un as de la gâchette, ni un maître en arts martiaux, mais un Maltais, virtuose de la finance et des technologies de l'information. Signe particulier, ce géant obèse et débonnaire est palestinien par sa mère. Deux incidents vont bouleverser le cours de sa vie. et celui de la planète. En pleine crise financière mondiale, il est humilié par ses pairs lors d'une réunion de crise de la Banque Centrale Européenne. Il apprend par ailleurs le décès de son vieil oncle adoré, un modeste pêcheur, victime collatérale d'un tir de missile israélien visant des membres du Hamas à Gaza. C'est dans ce contexte que Saviour (Le Sauveur) Borg décide de passer à l'action en s'inspirant de Le Chatelier, un chimiste français qui s'est distingué par ses recherches sur les lois fondamentales des équilibres. En guise de travaux pratiques, Borg conspire pour torpiller la tentaculaire banque d'affaires américaine Fox Goldenberg (alias Goldman Sachs) qui déploie des trésors d'imagination et tous les moyens de persuasion pour faire marcher le système financier sur la tête au profit d'une caste ; et il offre aux résistants-terroristes du Hamas une arme, parfaitement inoffensive mais d'une capacité de dissuasion stupéfiante afin de perturber la suprématie militaire d'Israël.

  • Quel procès est à la fois le plus bref et le plus universel ? Le procès de la femme adultère, celui que conte l'évangéliste Jean. Jésus est en train d'enseigner au Temple de Jérusalem.
    Soudain, les docteurs de la Loi jettent devant lui une femme dont on ignore tout. « Maître, cette femme a été surprise au moment même où elle commettait un adultère. Moïse nous a ordonné dans la Loi de tuer de telles femmes à coups de pierres. Et toi, qu'en dis-tu ? » Le drame en un acte est noué, dans lequel quatre acteurs vont jouer sept personnages, un drame d'une densité extraordinaire par le riche questionnement qu'il suscite et les valeurs fondamentales dont il est porteur.
    /> Historien et avocat honoraire, l'auteur, pas à pas, sur la base de ce que la recherche historique la plus récente a retenu et en appliquant les techniques d'analyse juridique, sans jamais déborder sur l'approche théologique mais sans exclure les témoignages fondés sur la foi, reconstitue dans sa réalité concrète la société juive du premier siècle de notre ère et « démonte » littéralement le procès. Les acteurs, au premier chef Jésus, pour autant que la démarche historico-critique le permette, sont présentés rigoureusement. Les personnages, du juge (apparent ou réel) au défenseur, de l'auteur supposé du crime au véritable accusé, de l'accusateur au public, sont soigneusement analysés, avant d'instruire l'accusation ou de réfléchir sur la défense.
    Quand vient le jugement, en cette réplique cinglante devenue universelle : « Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre », qui peut encore douter qu'il ouvre une ère nouvelle ? Et quel lecteur préoccupé par le sort des femmes dans le monde ne sera pas sensible aux résonances de cet essai, premier à traiter ce sujet ?

  • Tous les marchés, de valeurs mobilières et immobilières, en passant par celui des matières premières, ont leurs secrets, leurs règles et nécessitent une initiation pour les comprendre, avant d'investir. Christian Bastard de Crisnay connaît bien celui des oeuvres d'art. Il a connu ces dernières années un développement et des bouleversements fulgurants, favorisés par internet, la mondialisation, l'irruption des fonds d'investissement et le boom déconcertant de l'art conceptuel.
    L'auteur a appris à connaître les oeuvres d'art dans son cercle familial mais aussi et surtout grâce à sa longue expérience de notaire. C'est ainsi qu'il a été amené à estimer les pièces les plus rares et les plus diverses et conseiller à ses clients les meilleures stratégies patrimoniales et successorales. Son livre fourmille de cas croustillants. Maniant le style du récit et du bon pédagogue, il s'adresse à tous, des candides jusqu'au amateurs avertis, en passant par les collectionneurs. Très critique vis à vis de l'art conceptuel ? une escroquerie dans 80% des cas ? il n'en donne pas moins toujours des avis et des conseils avisés et de bon sens. Il est lui-même collectionneur.

  • Samuel

    Raffi

    • Thaddee
    • 27 Octobre 2010

    Raffi, le « Victor Hugo arménien », légua au crépuscule de sa vie son chef-d'oeuvre et son testament, Samuel. Jamais il n'a autant maîtrisé un style si particulier : une symphonie chatoyante de romantisme et d'exotisme oriental soutenue par des accents virils et imprévisibles, organisée selon un composition rigoureuse.
    Ce trésor de la littérature mondiale devait être sauvé de l'oubli. C'est chose faite avec cette deuxième édition complète qui succède à celle de... 1924. Samuel est un prince jeune, beau, courageux et bon mais c'est aussi un idéaliste, sensible et tourmenté.
    Raffi (Hagop Mélik Hagopian) 1835-1888 Il organise la résistance pour sauver l'Arménie, héritière de très anciennes traditions païennes mais aussi des apports des Perses, des Grecs, des Romains, de la Chine, d'Israël et des Indes, qui vient d'épouser la foi chrétienne au début du IVe siècle. La puissante Perse adoratrice fanatique du Feu lui livre une guerre sans merci, jalonnée d'holocaustes.
    A travers Samuel, Raffi, parvient non seulement à jeter les bases de l'Histoire et à poser les questions essentielles, mais il réussit aussi à prophétiser les guerres apocalyptiques du XXe siècle. Les Arméniens y payeront un terrible tribut. La Turquie dirigée par les aventuristes du mouvement Jeunes-Turcs expérimentera en effet sur eux une nouvelle arme absolue : le génocide.
    L'esprit de Samuel souffla et l'Arménie survécut.

    1 autre édition :

  • Ce témoignage rare, qui fait revivre une époque et un espace géographique méconnus, les confins orientaux de l'Empire ottoman au début du xxe siècle, se lit comme un roman. Il fait étrangement penser à un anti-western à l'orientale, dans la veine du Little Big Man d'Arthur Penn, immortalisé par Dustin Hoffman, avec tous les in¬grédients de ce genre : chevauchées, loi des armes, guer¬res tribales, choc de civilisations, paysages enchanteurs, passions... Un spectre surgit dans cette mêlée, qui dicte, au prix de sacrifices humains inouïs, le destin des hom¬mes et des peuples : l'émergence de l'ère industrielle et des Etats-nations.
    L'Histoire accouche d'un monstre, le premier génocide du xxe siècle dont les Arméniens sont victimes. Sur leurs cadavres, Mustafa Kemal érige la Turquie moderne qui oppose à l'Empire otto¬man multi-ethnique le modèle d'un Etat-nation dont les minorités sont exclues, quand elles ne sont pas passées au fil de l'épée.
    Au terme de ses incroyables tribulations, Onnig Avédissian, combattant de la Fédération révolutionnaire arménienne, trouve refuge en France. Il parvient à écrire, quelques années avant de mourir, en 1933, l'itinéraire de sa vie, de sa jeunesse à Istanbul jusqu'à son exil en France, en passant par ses années de combat, principalement en Persarménie, aux côtés des réfugiés de Van et des Assyriens. Son précieux manuscrit, le seul objet qui lui a survécu avec un almanach, a été découvert par son petit-fils fin 2001.

  • Ce roman initiatique retrace l'aventure d'un homme de foi et d'action, un moine qui ne parle pas de religion mais qui s'affirme comme un guide discret nous ouvrant les yeux sur des coins de ciel bleu, un monde humain et réenchanté, où résonne la voix des trouvères et des poètes. Son idéal n'est pas sans rappeler celui des utopistes autogestionnaires de la fin du XIXe.
    Pour tous ceux qui cherchent un sens à la vie, une espérance, Les Marcassins sacrés fourniront des réponses claires, concrètes, apaisantes et tonifiantes. Le livre est bourré de références bibliographiques distillées au gré de l'intrigue, selon la maxime chère à l'auteur : « instruire sans jamais lasser ».
    Georges Montaigu qui a toujours préféré les chemins de traverse aux grandes routes, n'a pas cédé à la tentation d'un énième essai moralisateur ou théologique. Au premier degré, on peut lire cet ouvrage comme un bon roman d'aventure. Mais on le goûtera dans sa quintessence en accédant à son contenu spirituel.

empty