Transboreal

  • Une mésange explore le feuillage d'un chêne au coeur d'une forêt du Val de Loire. À l'autre bout de la Terre, cent mille manchots résistent au vent sur une plage de sable noir. Trait d'union entre ces deux mondes : l'observateur, amateur ou scientifique, en quête d'émerveillement et de connaissances. Face à lui :
    L'oiseau, animal familier autant qu'être mythique.
    L'observer, c'est le redécouvrir, mais aussi révéler les relations étroites que nous entretenons avec lui sans en avoir conscience et, au-delà, reconsidérer notre propre regard sur l'humanité et son lien à la nature.

  • Une fois transfigurée par l'hiver, sublimée par la neige, la haute montagne devient inaccessible. Seule la randonnée à ski permet alors de s'y aventurer et, partant, d'éprouver tout ce qu'une excursion dans un monde absolument vierge peut offrir. Le ski de randonnée est d'abord un ski de liberté : ne s'agit-il pas de créer son propre itinéraire, de vagabonder par ses propres forces entre terre et ciel ? Et, de surcroît, sans rien laisser d'autre derrière soi qu'une trace éphémère ?
    Le randonneur à ski n'entreprend pas une ascension sportive mais un véritable voyage, coûteux en efforts certes, mais en osmose avec la montagne et le grand mystère blanc. Parmi les récompenses de cet engagement : une communion avec le milieu et, bien sûr, de sensationnelles descentes.

  • Les missions de la Croix-Rouge internationale et du Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies se doublent depuis leurs débuts de l'action caritative d'associations confessionnelles, d'agences gouvernementales et d'innombrables organisations non gouvernementales. Le personnel de ces ONG, confronté à l'urgence, fait régulièrement la une des médias.
    Totalement désintéressé, toujours efficace, apolitique, l'altruisme vient atténuer les tragédies auxquelles la diplomatie mondiale ou les relations bilatérales ne peuvent plus remédier. Y a-t-il une ambiguïté de l'engagement humanitaire qui entacherait son caractère exemplaire par les désordres économiques, sociaux voire sanitaires qu'il peut aussi induire ? À quelles conditions, en somme, l'ingérence humanitaire resteraitelle vertueuse ?

  • À l'heure où explosent les formes de voyage rapide et facile, pourquoi la marche reste-t-elle un mode privilégié de relation au monde ? Pourquoi permet-elle une plus grande acuité du regard porté sur la nature et une plus grande disponibilité aux autres ? Quels sont les états mentaux auxquels accède le marcheur au long cours ? Grâce à la diversité des terrains et des climats qu'il affronte, au rapport spécifique qu'il tisse avec les lieux qu'il aborde, le voyageur à pied témoigne de découvertes et de sensations particulières, intimement liées à l'ascèse et à la simplicité de sa vie nomade : la rencontre humaine, que la marche rend plus sincère, le face-à-face avec la faune sauvage, qu'elle permet d'approcher de plus près, un retour méditatif sur soi enfin, sont les récompenses de celui qui fait l'effort de cheminer librement et de prendre son temps.

  • Pourquoi aller au sommet quand on peut se contenter du col ? Pourquoi chercher les itinéraires les plus directs, les plus difficiles, les plus engagés ? Pourquoi affronter le danger, le froid, l'inconfort, la souffrance, quand les sentiers balisés offrent une découverte tranquille de la montagne ? L'esprit de l'alpinisme n'est pas celui des succédanés aseptisés que la société moderne propose en lieu et place de l'aventure alpine. Au fondement de cette passion, le besoin mystérieux de se confronter à une nature immense qui accueille et domine. Cette mystique de l'effort inutile, enracinée dans la tradition occidentale du dépassement de soi, conduit à une expérience qui transcende toutes celles que la vie ordinaire réserve : l'euphorie des cimes, la plus belle des récompenses.

  • Quelle lubie s'empare du voyageur qui, de longues heures durant, tend son pouce gaillardement au bord de la route ? En patientant, un pied sur le bitume, l'autre dans les herbes du bas-côté, il se remémore ses expériences passées. Du sympathique cocaïnomane au vigile en baggy, du chef d'entreprise au hippie, du camionneur roublard à l'énergique mère de famille, il a tendu l'oreille à d'improbables histoires de vie. Déjà, il pressent que le prochain trajet tiendra sa promesse d'attente anxieuse - qu'un simple coup de frein vient délicieusement rompre -, de rencontres inattendues et d'apprentissage exaltant. Dans un monde qui s'individualise et se crispe ne porte-t-il donc pas toujours plus haut la bannière de la fraternité, de la confiance et du partage, valeurs maîtresses du stop ?

  • Au-delà de l'émerveillement touristique, le globe-trotter se doit de réfléchir à la distance qui le sépare de peuples parfois relégués au rang de figurants dans le panorama mondial qu'il rêve d'embrasser. C'est que l'odyssée routarde, qui se révèle souvent commune, a perdu de sa noblesse. Conscient de la tension instaurée entre la tentation de s'abandonner au tourisme et la réalité d'un univers autochtone qui, derrière les sourires, est néanmoins impitoyable, l'auteur cherche la juste place du voyageur. Quelle posture morale adopter face à des pratiques injustes et révoltantes ? Et quel sillage laissons-nous dans des pays souvent trop vite visités ? Une réflexion parfois désabusée sur la possibilité d'établir un rapport authentique à l'autre et de comprendre la réalité du vaste monde.

  • Le voyage peut, par la prodigalité de ses étapes - imprévus, haltes forcées, rencontres inattendues voire inespérées -, instituer une relation différente au temps, au point que ce sont les interstices du programme projeté qui en constituent l'intérêt. Si le chemin vaut plus que le but, l'étape vaut mieux que le déplacement, et parfois le temps perdu à un comptoir, dans un sofa, à une terrasse ou pour un détour marquera le voyage plus qu'un monument ou un point de vue répertorié. C'est à une forme d'éloge de la paresse et de la nonchalance que nous sommes conviés, pour découvrir avec l'auteur, de l'éruption de l'Eldfell en Islande aux clandés du Mato Grosso, d'une cellule de prison au Pérou à l'Extrême-Orient Express, toute la saveur du « temps retrouvé ».

  • L'escalade n'est plus considérée comme un simple entraînement en vue de gravir des sommets. Comment s'est opérée la métamorphose qui, dans les années 1980, avec les danses verticales de Patrick Edlinger, a fait passer cette activité secondaire au rang de pratique sportive et artistique à part entière, totalement nouvelle et plus populaire que l'alpinisme classique ? L'escalade moderne - la « grimpe » - est devenue une fin en soi, une ascension débarrassée de tout objectif sinon celui de la perfection du geste. Jouer avec la pesanteur et apprivoiser le vide dans le but d'évoluer le long de parois de plus en plus lisses ou déversantes, selon ses propres forces et sa propre intelligence, avec grâce, précision et souplesse, constitue à présent un véritable art de vivre. Que ce soit sur des blocs de grès à Fontainebleau ou Rocklands, sur des falaises calcaires comme à Céüse, Rodellar et Kalymnos, ou au flanc des immenses murs granitiques du Yosemite, celui qui adopte la discipline et rejoint la communauté des nomades amoureux du rocher se lance dans une longue quête existentielle, qui lui fera découvrir les plus beaux endroits de la planète, expérimenter des sensations toujours nouvelles et repousser sans cesse ses limites jusqu'à devenir, avant tout et pour son plus grand bonheur, un grimpeur de corps et d'esprit.

  • Nombreux sont ceux qui rêvent de finir en cabane... Non derrière les barreaux mais à l'ombre de celle qu'ils se construiraient en marge des hommes, sous le soleil de la liberté retrouvée. Nouveau symbole de la vie simple, de la sobriété heureuse et de la décroissance, le recours aux cabanes offre une alternative à la civilisation de l'abondance, une échappatoire propice à la renaissance, à l'élévation spirituelle. Dans les yourtes, tipis et isbas, la fenêtre comble mieux le regard que les écrans, la nature sert de calendrier, le calme et la solitude de confort. Ces refuges pansent ainsi les âmes meurtries par le progrès, en quête de renouveau ou d'humanité. Plus qu'une évasion, la cabane représente un défi à l'uniformisation des modes de vie et permet de goûter une félicité inattendue.

  • Le volcanophile vit une passion forcément brûlante pour les volcans et les régions magmatiques.
    Attiré par la clarté rougeoyante qui coiffe le sommet des volcans actifs, il parcourt le monde pour fouler les terres soufrées et assister au spectacle des éruptions. Suivre un tel personnage, c'est faire l'ascension des volcans siciliens, voyager au Mexique et en Indonésie ou encore descendre dans le cratère du Nyiragongo, au Congo, où s'agite le plus grand lac de lave de la planète. Chaque étape de ce cheminement sert de prétexte au déroulement de la pensée, qui a construit les mythes et les croyances mais aussi la science volcanologique. Ce parcours enfin est propice à l'introspection, car nul ne sort inchangé d'une confrontation avec l'une des plus spectaculaires manifestations de la nature.

  • Le cyclovoyageur est un être étrange. Chacun d'entre nous en a vu un lui demander de l'eau, passer devant sa porte ou s'arrêter sur la place de son village. Dans les traits marqués de son visage, on lit une profonde sérénité, un bonheur immense. Sa mansuétude est telle qu'on voudrait l'inviter à franchir le pas de la porte. Après avoir rempli sa gourde ou l'avoir renseigné, on l'observe jalousement repartir avec insouciance et légèreté. Mais qui est-il ? Quel est cet homme solitaire qui paraît si heureux alors qu'il semble sans famille, ni amis, ni maison ? Serein, généreux et à mille lieues de notre société boulimique, le cyclovoyageur musarde des montagnes jusqu'aux plaines, des forêts jusqu'aux déserts, sans se soucier ni des intempéries, ni des terribles ascensions de cols, ni des pistes boueuses ou ensablées. Il brave les dangers de la route, reçoit la bénédiction de ses amphitryons et se laisse séduire par l'élan de sa bicyclette qui le porte de nouveaux départs en nouvelles arrivées.

  • Depuis Vingt mille lieues sous les mers, nul ne peut ignorer la beauté du monde sous-marin ni la fascination qu'il exerce sur les hommes. C'est pour explorer ces deux réalités qu'Anne-Lise Blanchet, spécialiste de biologie sous-marine, a consacré un bref essai à la plongée.
    D'El-Aruk en mer Rouge, au détroit de Lombok en Indonésie, en passant par la faille de Silfra en Islande ou l'épave du Donator en Méditerranée, elle brosse un impressionnant panorama des sites et expériences de plongée à travers le monde (en mer, dans des lacs ou des grottes immergées).
    Insistant sur la métamorphose induite par cette pratique (respirer sous l'eau, devenir soi-même un peu poisson), elle montre aussi comment la plongée devient mode de vie tant elle inspire de voyages et fédère une communauté de mordus.

  • Il existe, entre les lointaines gyres océaniques et l'estran où se tiennent les usagers du littoral, une zone de fureur, de batture et d'écume. Redoutée des pêcheurs qui se risquent en barque au large, elle suscite, des côtes de l'Atlantique à celles du Pacifique, de la Tasmanie à la Namibie, la convoitise des amateurs de glisse. Faire corps avec la vague issue des houles du grand large, se laisser glisser au coeur de sa volute ou porter sur sa crête, que ce soit à Hawaii, dans les Landes ou encore au Mexique, revient à entrer dans une impermanence qui allège de la gravité et transporte vers une dimension qui, alors même qu'elle donne au corps la sensation d'être absolument au monde, laisse à l'esprit la liberté de s'en évader.

  • La campagne n'a pas la cote mais on la célèbre comme l'incarnation de la France éternelle. Elle voit disparaître les paysans mais attire les citadins qui rêvent d'un retour à la terre. Les villages ont été délaissés, quoique leurs habitants soient fiers comme les coqs qui surmontent les clochers de leurs églises. La vie rurale apporte avant tout du calme et de l'espace, un lien privilégié avec les saisons, une relation forte aux fêtes et aux coutumes.
    Et, même si l'on peut craindre d'y perdre l'anonymat urbain, elle est un champ protecteur.
    Le village pourrait-il alors constituer un idéal de communauté humaine ? Est-il un modèle, avec sa trilogie clocher, mairie/monument aux morts et champs, au fondement de la société indo-européenne chère à Dumézil, ou est-il condamné à disparaître ?

  • La collection " Petite philosophie du voyage " invite Mélanie Dellove, journaliste, à révéler son attachement pour l'âne, animal injustement décrié.
    Compagnon de voyage sobre, doux et résistant, il ponctue le chemin de ses caprices et permet une approche renouvelée de l'environnement, justifiant la connivence ancestrale que l'homme entretient avec lui.

  • La quête du silence recèle une promesse pour qui cherche à se dépouiller de toute nuisance sonore : celle de trouver sa juste place dans l'harmonie de l'univers. Car le silence est à l'opposé de l'absence de mots, du manque, de la vacance, par lesquels on le pense généralement, en le meublant, le dénigrant ou l'évitant. En se taisant, l'individu peut engager un dialogue silencieux avec un auteur par le truchement de ses écrits, tout comme avec le passé par ses vestiges et la mémoire par le souvenir. L'écoute du coeur lui permet enfin de donner libre cours à son expression personnelle et de se sentir en communion avec le monde et avec le sacré : le silence est l'alpha et l'oméga, le trait d'union entre tout ce qui existe, la part d'éternel qui côtoie le murmure de la vie.

  • Partir en quête de l'ours, dans les Pyrénées, la Slovénie ou les Balkans qu'il hante par sa présence discrète, c'est bien sûr découvrir un animal à l'intelligence et aux capacités surprenantes, sentir qu'une forêt sans ours n'est pas une vraie forêt, plonger dans une histoire ancestrale qui l'a hissé du rang de commensal de l'homme à celui de divinité. Lou Pè-descaùs, « le Va-nu-pieds », comme disent les Béarnais, le voilà, le vrai roi sauvage ! Et quiconque a vu l'ours n'est plus tout à fait le même. En Europe, le défendre est un combat d'avant-garde, celui de la préservation de vastes territoires sauvages au coeur même de nos sociétés modernes si dévoreuses d'espace et donc de liberté. Marcher dans les pas de l'ours, notre frère sauvage, ouvre des horizons insoupçonnés.

  • L'ouvrage s'intéresse à la spiritualité quotidienne d'une pratique de plein air, la pêche à la mouche. Partir à la pêche est un manifeste : se soustraire pour un temps aux contrariétés du monde contemporain pour s'immerger dans la prodigalité de la rivière et vivre un réenchantement. En France, en Europe ou au Canada, le pêcheur à la mouche est en quête de liberté dans et avec l'environnement. L'exercice de la mouche fouettée lui confère une conscience écologique rare : il ne peut entrevoir l'avenir de l'homme sur Terre si les représentants de la faune et de la flore sauvages disparaissent. C'est pourquoi il en vient souvent à pratiquer la « graciation » - comme disent les Québecois - ou le catch and release - pour les anglophones -, en remettant à l'eau sa prise. Au-delà du poisson migrateur qu'il convoite, le moucheur cherche une rencontre avec l'univers, en bref une perspective d'habiter la Terre dans un devenir libre et joyeux.

  • Face au battage médiatique et aux sollicitations du marketing, nous sommes soumis à une pression qui nous pousse à voyager, souvent en quête d'expériences novatrices. Il faut résister à cette rivalité mimétique et, plutôt que d'arpenter frénétiquement la planète - ce qui n'est pas sans conséquences pour ses écosystèmes et ses populations -, nous en forger une juste représentation, afin d'y trouver davantage notre place, humble et vertueuse. Cela relève de l'aventure intérieure : explorer les mondes imaginaires pour expérimenter des alternatives, interroger les évidences sans écarter d'emblée les propositions les plus incongrues sont autant de jeux de l'esprit qui participent de la construction de sa propre identité.

  • Le mode de vie des nomades turco-mongols, qui transcende les frontières, éveille des fantasmes de liberté et de nature inviolée. Ces sociétés équestres développent des caractéristiques comme l'hospitalité, l'amour de la nature, de la poésie et du chant. C'est donc à un exercice vertigineux que conduit un plongeon dans l'océan des steppes, monotones et primitives mais ô combien grandioses : solitude, immensité, soif et absence d'abri développent l'humilité. Un paysage qui parle d'autant plus de Dieu que rien n'y rappelle l'homme. La vertu des steppes se révèle au preux capable d'oublier la morsure du soleil, de la bise et de la neige pour apprécier le parfum de l'armoise ou le thé offert sous la yourte en hiver, pour restaurer un lien avec la nature et développer le sens du partage.

  • L'arbre est le refuge de l'oiseau comme de l'enfant qui, dans sa cabane, refait le monde.
    Ses frondaisons protègent du soleil et de la pluie, son tronc élève le regard, ses feuilles et son écorce o rent mille formes toujours renouvelées. Source de légendes, l'arbre est aussi prodigue de ses fruits et ses métamorphoses saisonnières ponctuent l'année. Dans la forêt tapissée de fougères, encombrée de chablis, le visiteur connaît à la fois la sérénité du refuge contre la furie des éléments et l'angoisse des sombres lisières et des camps d'ombre. À la cime de cet univers étrange et familier, l'homme est pris de vertige : en quête de racines, il voudrait voir derrière chaque tronc un ami et retrouver avec lui l'antique complicité que perpétuent les derniers habitants des forêts tropicales.

  • Sébastien Jallade, journaliste, réfl échit aux raisons qui poussent le voyageur à se risquer dans une région déserte ou à a¦ ronter l'agitation des métropoles. En quête de liberté, l'homme à l'épreuve de la route répond à un appel qui lui permet de s'ouvrir à l'altérité et de mieux cerner sa propre identité.

  • Que recherche l'homme dans le monde souterrain ? À la seule lueur de sa frontale, il se joue des galeries, des puits et des siphons. Dans l'obscurité humide, il cartographie et recherche le passage qui le rapproche des entrailles de la Terre. Initiée à l'époque des Lumières, la spéléologie devient scientifique au milieu du XIXe siècle. Augmentée d'une dimension sportive et développée à l'extrême dans les Pyrénées, elle permet d'accéder à un monde de la nuit où les facettes de la personnalité se dévoilent au bénéfice d'une égalité et d'une solidarité invisibles dans « le monde du dessus ». Elle est ainsi devenue mondiale, partout où des hommes - amateurs le plus souvent - connaissent le frisson du souffle des profondeurs.

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