Sciences humaines & sociales

  • Contre les opinions trop assurées et les convictions aveugles, contre ce germe de fanatisme qui couve sous toute certitude trop tranchée, le philosophe Dorian Astor fait l'éloge de l'incertitude, entre souffrance et légèreté. Partant de cet aphorisme provocant de Nietzsche : "Ce n'est pas le doute qui rend fou, c'est la certitude" , Dorian Astor s'est mis en quête d'un scepticisme heureux à la Montaigne - il sait toutefois que l'incertitude reste une inquiétude inhérente à la vie et aux signes équivoques du monde, tissée de crainte, de courage, mais aussi de curiosité passionnée.
    Il l'a traquée chez les animaux, chez les humains, en lui-même, loin des procédures classiques d'établissement de vérités certaines. Se faisant tour à tour moraliste, éthologue, anthropologue, psychologue, romancier, poète, le philosophe dissèque, d'une écriture aussi subtile que lumineuse, la passion de l'incertitude - sans être assuré du sens qu'il faut retenir du terme "passion" : grand amour ou martyre...

  • « Les mots et les concepts, écrivait Nietzsche en 1879, nous induisent continuellement à penser les choses plus simples qu'elles ne sont. » Conscients de cette mise en garde et du danger qu'il y a à prendre les mots pour des choses, les auteurs de ce Dictionnaire ont suivi un fil d'Ariane dans le labyrinthe de la pensée nietzschéenne : toute interprétation doit être elle-même interprétée, toute valeur doit à son tour être évaluée, avec ce sens de la nuance et cet « art de bien lire » recommandés par le philosophe-philologue, qui était aussi artiste et médecin.

    Ce Dictionnaire Nietzsche, le premier d'une telle ampleur, fait pénétrer le lecteur dans le monde de la volonté de puissance, du surhumain et de l'éternel retour, dans l'univers de la tragédie et du gai savoir, dans la généalogie « humaine, trop humaine » des passions, des croyances, des idéaux et de la vérité elle-même. Il évoque aussi les adversaires et les alliés, les livres et les lieux, les arts et les sciences qui ont inspiré Nietzsche, reconstituant de proche en proche sa vie et son oeuvre. Ce Dictionnaire témoigne de l'inépuisable créativité du philosophe, esprit libre et solitaire, critique sans concession du passé et du présent, penseur intempestif d'une philosophie de l'avenir dont les remèdes, parfois radicaux mais le plus souvent extrêmement subtils, n'ont pas fini de nous solliciter et de mettre à l'épreuve nos manières de penser.

    Plus de trente spécialistes de Nietzsche, français et internationaux, ont contribué à ce Dictionnaire qui non seulement cristallise l'état présent des recherches mais indique aussi des directions pour leur évolution future. Accessible à différents niveaux, il s'adresse à tout lecteur curieux, qu'il soit familier ou non de Nietzsche et de la philosophie, en lui offrant des points de repère et des analyses approfondies pour découvrir l'une des pensées les plus déterminantes de l'époque moderne et contemporaine.

  • Nietzsche

    Dorian Astor

    « La disproportion entre la grandeur de ma tâche et la petitesse de mes contemporains s'est manifestée en ce que l'on ne m'a ni entendu, ni même aperçu. Je vis du seul crédit que je m'accorde. Peut-être même mon existence est-elle un préjugé ?... » Comment un jeune professeur, passionné par les Grecs et par Wagner, devient-il le philosophe le plus courageux de son temps, capable de dynamiter l'idée qu'on avait de toute croyance ? De réévaluer toute morale à l'école du soupçon ? De débusquer, au plus profond de la vérité, du langage, et de l'homme même, des puissances hostiles à la vie ? Friedrich Nietzsche (1844-1900) a tout sacrifié à ce projet, tout ce qui comptait pour lui, jusqu'à sa santé et à l'amitié. Se vouant à la solitude, il tente de transfigurer la souffrance pour surmonter l'humain. Derrière les figures de l'esprit libre, de Zarathoustra ou deDionysos, il avance masqué. Mais Nietzsche a aimé la vie au point d'en vouloir l'éternel retour, quitte à devenir fou, préférant passer pour un pitre plutôt que pour un saint.

  • "Que dit ta conscience?- Tu dois devenir celui que tu es." La formule est célèbre mais paradoxale : ne suis-je pas déjà moi-même ? Qui donc pourrait être cet "autre moi" que l'on m'enjoint d'atteindre ? De Pindare à Nietzsche, de Freud à Deleuze, les philosophes se sont approprié ce fameux mot d'ordre. Pour Dorian Astor, devenir soi ne signifie pas qu'il faille devenir maître de son destin, ni même qu'on doive devenir quelque chose ou quelqu'un. Devenir ce que l'on est, c'est aussi et surtout une disposition qui nous élève, une manière de se faire moins personnel et, peut-être, d'être plus libre.

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