Bruno Montpied

  • Ce livre aurait pu aussi bien s'intituler Bienvenu chez un bon bougre - un sympathique retraité qui a peuplé son pavillon et son jardin d'une foule de sympathiques créatures, un gars cordial avec qui on aurait plaisir à boire un canon. Marcel est un monsieur-tout-le-monde qui n'est pas tout à fait comme tout le monde : il meuble ses loisirs et son espace en créant à foison des statues loufoques ou satiriques, parfois déroutantes, toujours originales, jamais prétentieuses. Et elles sont bien chouettes, ces créatures, elles ont de l'esprit... Bref, elles sont de bonne compagnie. Quelle joyeuse cacophonie de formes et de couleurs elles offrent à l'oeil !
    Quel contraste avec l'habitat monotone, uniforme, presque carcéral qui est de mise dans nos sociétés asservies par la marchandise !
    Marcel n'en est peut-être pas tout à fait conscient mais on sent bien en visitant (même par livre interposé) son chez-lui que la vie des humbles serait moins humble et moins morne (puisque au moins elle serait plus ornée) si tout le monde décorait avec le même goût de l'insolite ou la même verve graphique son environnement immédiat - et, rêvons un peu, l'espace public ainsi reconquis...
    L'art populaire, au XXIe siècle, c'est l'art urbain que tout le monde peut et devrait pratiquer - toujours avec les moyens du bord -, seul ou avec des complices, chez soi ou dans la rue. Ceux qui s'en gaussent sont les éternels constipés élitistes, aujourd'hui entichés de « concepts » aussi creux qu'inféconds, en dignes héritiers des froids béni-oui-oui qui, lorsque Van Gogh crevait de faim, ne s'esbaudissaient qu'au plus guindé art pompier. Avec Marcel et les milliers de créateurs spontanés que compte ce pays, disons-leur : «Merde ! » et « Vive l'art de la plèbe ! »

  • Une fois n'est pas coutume, La Petite Brute accueille une artiste, quoique très hors des normes. Andrée Acézat étudia aux Beaux-Arts de Bordeaux et se consacra ensuite à une peinture de genre plutôt rebattue - nus, paysages, natures mortes d'honnête facture mais sans génie.
    Cela dura jusqu'à ses 70 ans, lorsque - par un mystère encore non éclairci - elle rompit les ponts avec tout ce qu'elle avait pratiqué jusque-là. Elle se mit à dessiner comme une enfant un cortège de petits bonshommes croqués d'après ses rencontres, grosses têtes enflées vissées à des troncs d'un seul bloc, d'où des membres grêles peinent à s'extirper.
    Andrée Acézat ne voulait pas vendre. Ce dont elle se séparait, elle l'offrait. Dans la région de Bordeaux, on rencontre au hasard des brocantes quelques-unes de ces oeuvres expressives, d'une sincérité entière et malicieuse.
    C'est ce qui a incité Bruno Montpied, armé de son poignard subtil, à se lancer à la recherche de cette singulière anonyme.
    Bruno Montpied est un spécialiste des arts de l'immédiat, compilateur de sites insolites et de créations spontanées dans son blog, Le Poignard subtil, et auteurs de nombreux articles tant en France qu'à l'étranger, sur le sujet.

  • Une monographie regroupant plus de trois cents jardins oniriques, fantasmagoriques et inédits à travers la France.

  • Ce livre est un tour de France des environnements spontanés créés par des autodidactes - jardins populaires et anarchiques, anciens et actuels, drôles et surprenants, enchanteurs et émouvants. Il est constitué d'articles rédigés depuis vingt ans par Bruno Montpied, bien connu pour son engagement en faveur de la création populaire. Il y évoque les bâtisseurs excentriques de jardins bruts ou naïfs avec rigueur et respect, sans se priver pour autant d'une approche poétique de leurs oeuvres. De brèves monographies voisinent avec des écrits plus généraux sur l'histoire et les traits distinctifs d'un mode d'expression qui hésite entre art et passe-temps. Ces textes pointent un nouvel usage social de la création, qui va jusqu'à dynamiter la notion d'art elle-même, en tant qu'activité vouée au vénal et séparée de la vie quotidienne. Plus de 250 photos montrent les oeuvres de ces inspirés qui n'ont d'autre prétention que de s'accomplir eux-mêmes en donnant forme à leurs rêves. DVD inclus : "Bricoleurs de paradis, (le gazouillis des éléphants)", film de Rémy Ricordeau, écrit en collaboration avec Bruno Montpied. Défense et illustration des jardins de création spontanée en tant que pratique et enjeu symbolique de la liberté, ce road movie dans le Nord et l'Ouest de la France part à la découverte de drôles de sites et de créateurs prolifiques. Une plongée dans l'univers, trop méconnu, voire dédaigné, de ces environnements singuliers...

  • Qui sont les Barbus Mu¨ller ? En 1939, d'étranges sculptures commencent à circuler sur le marché des antiquités parisien. Dans une quête inlassable du rare et du beau, Josef Mu¨ller - le fondateur de la collection Barbier-Mueller que le musée éponyme expose - ne manque pas d'être attiré par ces créations en basalte et en acquiert un lot.
    En 1945, la curiosité de Jean Dubuffet est éveillée. Il court en voir dans l'atelier du socleur japonais Inagaki. Fasciné par ces créations insolites qui partagent un air frappant de ressemblance, il les baptise toutes « Barbus Mu¨ller », probablement d'après la barbe qu'arborent certaines pièces et le nom de Josef Mu¨ller qui en a acquis le plus grand nombre. Il les publie dans une petite plaquette qui contient le texte fondateur de son concept d'Art Brut (la réédition est encartée dans le présent ouvrage). Il organise aussi une exposition en 1947 dans le Foyer de l'Art Brut à Paris. Il acquiert ultérieurement trois pièces de ce type.
    De ces statues, on ne savait rien. Acquises par Josef Mu¨ller comme « têtes celtiques en pierre, Vendée », diverses provenances leur sont attribuées au fil du temps : Amériques, Océanie, voire l'oeuvre d'un sculpteur autodidacte.
    L'énigme semble aujourd'hui résolue. Grâce à une étude fouillée menée par le passionné Bruno Montpied, l'identité du sculpteur est dévoilée (en tout cas pour certains de ces Barbus Mu¨ller).
    Réunissant une vingtaine de Barbus de sa propre collection et de prêteurs publics et privés, le musée Barbier-Mueller associe ces derniers avec des oeuvres de cultures lointaines, sélectionnées dans ses collections, pour évaluer ressemblances et divergences. Elles fraterniseront comme auparavant dans le regard et la réserve de Josef Mu¨ller.

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