Claire Fercak

  • Pour titre de son troisième roman, Claire Fercak a choisi un aphorisme tiré du Livre contre la mort d'Elias Canetti : « Ce qui est nommé reste en vie ». Inspirée par ce mantra résilient, elle explore avec pudeur l'expérience de la maladie, de la perte d'un proche, cette situation impartageable et pourtant si commune. Qu'espèrent encore les personnes atteintes d'une tumeur incurable ? Comment leurs familles appréhendent ce combat perdu d'avance ? Comment les accompagner dans cette épreuve ? Et ensuite, comment supporter la durée de leur effacement, puis assumer cette « hypernuit »... et vivre encore ?
    Dans Ce qui est nommé reste en vie, les patients de divers âges souffrent de la même pathologie neurologique : le glioblastome, une tumeur au cerveau inguérissable. D'une chambre à l'autre, bribes de confessions et diagnostics forment un corps collectif, anonyme et bouleversant. Un corps qui se transforme, dégénère, dont la mémoire s'étiole, qui connait des périodes d'hallucinations inquiétantes sinon d'affabulations drolatiques et où une grande agitation alterne avec des phases de sommeil profond, mais aussi d'énergie lucide. Réactivant le conte de La Belle au bois dormant ou s'attachant au sort des souris de laboratoires, l'auteure entrouvre les portes d'un imaginaire à l'oeuvre chez ces alités qui endurent « une fin du monde répétée chaque jour ».
    Avec la sensitivité poétique qui habitait déjà ses romans précédents, Claire Fercak entreprend de raconter les aventures intérieures, entre désarroi total et fantaisie désinhibée, d'un groupe de malades et de leurs proches. Et l'on s'attache aux moindres de leurs paroles en voie d'extinction, de leurs moments de vacillement - à travers les ronces et la rose sauvage, les steppes désertiques d'un mauvais sommeil jusqu'au jardin du souvenir -, pour nommer enfin chaque absenté(e) dans ce livre, devenu ainsi stèle rappelant à la vie les vivants.

  • Rideau de verre

    Claire Fercak

    'Les taupes ne creusent plus sous terre depuis qu'elles ont perdu l'odorat. Elles ont été asphyxiées, coincées dans leurs propres galeries. Leurs museaux ont cessé de s'allonger en boutoir, leurs petits yeux se sont vidés, et leurs ongles tranchants ont été limés jusqu'à entailler les articulations de leurs mains fouisseuses. Les fontaines sont muettes, leurs abajoues sont gonflées, engorgées de pissenlit. Papa et moi sommes morts ici.'

  • De ce côté-ci du lac vit Louga, poupée de porcelaine aux cheveux de Nylon noir. Sa robe est en lambeaux et son genou brisé. Son coeur aussi, depuis qu'une petite fille l'a égarée dans la forêt. Alors, à l'aide d'une craie blanche, Louga dessine sur le sol une maison imaginaire, dans laquelle elle pourra visiter le monde. Croiser des libellules transparentes comme du cristal et même enfermer des fantômes dans les placards. Rêver sa vie, seule, toute seule. Sauf que de ce côté-ci du lac vit William, l'homme-arbre. Lui aussi a le coeur brisé, lui aussi est enfermé dans un corps, imposant et maladroit. Et lui aussi voudrait habiter ailleurs. Peu importent ses branches encombrantes, peu importent les sangliers dangereux ; tous les deux, ils sont faits pour vivre ensemble. Mais de ce côté-ci du lac, la tempête gronde, prête à tout emporter sur son passage...

  • Ici, de L'Autre Côté Du Monde, tout est étrange, très étrange. Pourtant, les bizarreries, Louga, poupée de porcelaine aux cheveux de Nylon noir, les connaît bien. Dans sa maison imaginaire de L'Autre Côté Du Lac, les placards renfermaient des fantômes. Des chats obèses aussi. Mais ici tout est encore plus étrange. Déjà, Louga partage la route d'un drôle de mammouth miniature, Mammoutheau, avec ses puces paléontologiques et ses rires en cascade. Puis, au coeur lumineux de La Forêt Dansante, il y a cette maison fantastique, tout en bois. La Maison De Louga. Rien que pour elle, enfin. Sauf que, derrière la porte, se tient une poupée exactement semblable à Louga, une LougaLouga, évadée du terrible Camp Des Sangliers. Mammoutheau a une idée géniale pour leur nouvelle vie : répartir les tâches ménagères. Louga, elle, n'a plus qu'une chose en tête, un projet grandiose et dangereux. L'opération « Sauver les poupées ! ».

  • Je connaissais déjà le groupe, l'avais découvert à l'époque de la sortie de Siamese Dream. J'étais une chose fragile, plus une petite fille mais toujours la tremblotante quand on s'approchait de moi. Cette musique, un refuge. Une box set blanche et noire. J'ai trouvé sympathique qu'ils écrivent des paroles et partitions dans lesquelles me pelotonner, qu'ils me réservent une place, qu'ils l'agrandissent pour moi ; je me ramasse en boule. Ce n'était pas juste un lieu, un foyer que je cherchais mais une façon de vivre. Une façon de vivre qui ne m'a guéri de rien mais qui était possible quand aucune autre ne l'était. J'ai trouvé bien commode qu'ils pensent à me construire une maison même si elle vous semble exiguë, imparfaite, et fracassée à l'intérieur. Il faut se plier cent fois pour y entrer, les oreillers ont été tailladés, les prunus chancreux propagent leur maladie. Il y a des papillons brûlés, des cadavres, un cerf malade sur le bord de la route et un cimetière de voitures désossées.

  • "Je te vois dans le foyer, la supérette, la salle de réunion, le bar-tabac, le couloir, le lit, la cuisine, la chambre, tes ongles ont jauni. Je te croise, ta barbe a encore poussé, je te vois à la cantine, tes vêtements et chaussures sont de plus en plus sales, je te vois partout." Des circonstances accidentelles ont plongé le soigneur de ménagerie Odradek et la bibliothécaire Suzanne dans un état d'amnésie partielle, sinon un désir vital de se déprendre de leur passé. Rien ne les destinait à se rencontrer jamais. Et pourtant, au hasard de leur métamorphose, ces deux voix alternées esquissent de subtils échos, suivent à la trace des obsessions complémentaires, avant de s'oublier ensemble, au-delà des promesses de l'humaine normalité.

  • Apres la foudre Nouv.

  • Le duo vibrant deux plumes électriques : la prose sensible de Claire Fercak, la verve poétique de Billy Corgan.
    Deux récits qui se répondent, puisant aux sources de l'imaginaire collectif, pour tisser le corps, le verbe de ces histoires tragiques et fascinantes dont le point commun est la passion délétère : ou comment aimer peut-il mener des étoiles à l'abîme.

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