Derek Munn

  • Le cavalier

    Derek Munn

    Jean joue aux échecs pour la beauté du jeu, pour l'histoire qui s'invente sur la plaine de cases, le monde qui se déploie sur l'échiquier selon des règles qu'il découvre en lui. Gagner lui importe peu.

    Jean mène une vie dont il a hérité jusqu'au jour où il se fait confectionner une paire de bottes en cuir, quitte sa ferme et entame un voyage avec sa jument.

    Le cavalier est le récit fragmenté d'une vie qui se concentre et s'accomplit dans l'événement de ce voyage. Soixante-quatre tableaux qui sont autant de célébrations du paysage et des émotions où les souvenirs et les rêves infusent sans cesse la réalité du moment présent.

    Au fil du texte une temporalité intime s'impose et dévoile une connivence mystérieuse entre l'auteur et son personnage.

    Différents états d'usure des bottes se .superposent, du cirage à la boue, jusqu'à la poussière qui couvre tout à la lin, moite, agglutinée en bas de celle de gauche dans les bajoues de cuir tombant autour du talon quand, arrivé, l'homme se laisse glisser de la selle pour la derniére fois, se tassant comme un sac de pommes de terre en prenant appui sur l'immobilité de l'animal qui maintenant détourne la tète.
    Je comprends alors qu'une fois ses bottes enlevées cet homme ne marchera plus jamais

  • Vanité aux fruits

    Derek Munn

    Au moment de faire le choix de sa vie, un homme questionne son appétit pour celle-ci, découvre l'oeuvre d'un peintre méconnu et en tire l'idée d'un tableau dans lequel il se mettra en scène lui-même.

    «Jaune citron, je me serais mis à côté d'un beau bleu, on aurait peut-être créé une infinité ensemble, mais ce n'est pas ça. Et d'être bleu ne me tente pas du tout. Non, ce serait un jaune riche, ocré, profond qui irait vers les autres couleurs sans renoncer à sa particularité. Un jaune harmonieux qui toutefois ne se laisserait pas faire. J'aurais fait le tour de la lumière, je serais allé le plus loin possible, puis revenu apaisé. Comme le dernier rayon de soleil tombant sur la peau de mon cadavre avant qu'on ne le retire définitivement hors de vue."

  • Dans le prolongement de L'ellipse du bois, Derek Munn reprend sa réflexion sur les méandres de la mémoire par le biais du récit autobiographique.
    Ici, l'auteur convoque deux personnages disparus, son oncle et le musicien et chanteur Vic Chesnutt :
    « Leur ressemblance est aussi étrange qu'évidente. Dans mon imagination ils deviennent indissociables. Ils s'entendent à merveille. C'est comme s'ils s'envoyaient des clins d'oeil.
    D'image en image j'ai l'impression de voir une identité se fondre dans une autre. (...).
    Des sons, des images, des sensations, des lacunes, des pourquoi.
    Il y a plusieurs choses à ne pas expliquer.
    Ce texte ne parle pas vraiment de mon oncle, ni de Vic Chesnutt, ni de moi, mais d'un nous que je suis, d'une foule solitaire qui cherche à suivre ses propres traces.
    I've learned to smile when all I feel is rage »

  • C'est le récit d'une photographie et de l'invraisemblance qu'elle expose, le récit d'un cheminement du présent de l'image au présent du regard.
    Une fête d'enfants, des ballons gonflés d'hélium, des rideaux clinquants, un garçon qui émerge du bois.

    Il est sans arme, sans défense. Sa posture, bien que la position de ses mains puisse faire penser à un aspirant cowboy, est celle d'une nonchalance abasourdie, involontaire. Il ne comprend pas ce qu'il comprend, ni ce qu'il ne comprend pas. En même temps, il comprend.

    Un imperceptible rien l'a pénétré tel un photon fourré dans sa rétine, l'immensité de sa petitesse ne cessera de distordre son monde, de le remplir de latences. Éclat qui ne s'éteindra jamais, ce sera la première petite étincelle de chaque migraine à venir.

  • Pendant plusieurs semaines, dans un endroit isolé, sans savoir à l'avance quel sera le résultat. Mais après une attaque, il est capturé par des hommes en habits militaires et retenu en otage avec une Africaine, Buchi. Son film se construira sur cette expérience et cette rencontre.
    Pendant qu'il s'étonne du succès de son film improbable, sa vie de couple traverse les épreuves des classes moyennes, liées par l'amour, séparées par les vicissitudes de la vie. Généreuse, précise, l'écriture de Derek Munn dessine les contours d'un monde qui retrouverait sa beauté à travers un regard candide, renouvelé. Un monde qui, tout en ayant conscience de son cynisme, espérerait une autre voie possible.

  • Dix-huit nouvelles qui saisissent des instants de vie ordinaire, instants de transitions, de crise, de doute. Des couples, qui vont bien, qui vont moins bien, des solitudes, des relations entre parents et enfants, le harcèlement du travail, le stress du chômage. Les difficultés de dire et de vivre dans la société actuelle. Certaines résistent, continuent, d'autres basculent dans la folie, refuge extrême.

    On se laisse porter en douceur avec la sensation qu'à tout moment une chute vertigineuse est possible. Ces nouvelles dépeignent très justement l'équilibre précaire de la vie.

  • (.) Voulait-il à R. infléchir son destin, de la pointe de son pied le retourner à son avantage, montrer non plus son dos mais sa panse exposée aux regards aux critiques aux évanouissements, car quelle impudeur, ce nudisme, deux pieds, nus de chair de veines et d'os, des pieds sans semblants sans artifices ni parures, avancer ainsi, dans les rues de R., à la vue de tous et chacun, les bons citoyens de R. aux prises avec cette vision insupportable, crue cruelle mordante miraculeuse. (.)

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