Elsa Triolet

  • Le destin personnel suivi de La belle épicière.

    Nouvelles extraites du recueil Mille regrets.

    «Je me suis encore réveillée à midi. C'est que je n'ai pas dormi de la nuit. Une insomnie noire. Le monde nage dans le sang, n'empêche qu'un clou dans mon soulier me fait tout aussi mal, n'empêche que dans cet aujourd'hui de mitrailleuses, on peut trouver la mort en glissant sur une peau de banane. Oui, le coeur peut battre à l'unisson avec des millions d'hommes et avoir en même temps des battements secrets qui ne dépassent pas les limites du coeur. Il y a des crimes passionnels en temps de guerre. Oui, oui, il y en a... Un petit crime dans un coin, malgré la grande machine à hacher la viande. Cette disproportion me dérange bien plus que l'idée du crime même... Une insomnie noire.» Dans ces nouvelles écrites pendant la guerre, Elsa Triolet brosse les portraits, tragiques et ambigus, de deux femmes brisées.

  • La nature a beaucoup donné à Martine, les hommes peu. Elle est belle, elle a le rare don d'aimer. Mais à notre âge de nylon, elle est venue au monde dans des condtions de l'âge de pierre. Aussi le confort moderne, le cosy-corner, seront-ils son premier idéal, et le métier de manucure parmi les miroirs et les parfums d'un salon de coiffure suffit à ses rêves de beauté. Elle est en cela semblable à des millions d'êtres.
    Daniel Donelle, l'amour de Martine, est déjà au-delà de cet idéal électroménager. Rosiériste, touché par l'aile de la science, il rêve à une rose nouvelle qui aurait la forme de la rose moderne, et le parfum inégalable de la rose ancienne.
    Un jour, Daniel créera la rose parfumée Martine Donelle, mais elle ne sera plus un hommage qu'à la souffrance.

  • Le cheval blanc

    Elsa Triolet

    " c'était plein de monde dans la rue, un quadrille qui se déroulait entre le dôme, la rotonde, la coupole.

    - qu'est-ce que vous avez à me dire, elisabeth ?
    Elisabeth marchait un peu derrière lui, il faisait de si grands pas. comme elle ne répondait pas, il s'arrêta :
    - alors ?
    - je vous aime, dit-elle le plus naturellement du monde.
    Ils marchèrent vers la gare montparnasse. ".

  • " et voilà juliette noël, dactylo, à nouveau dans un train.
    un train bondé, comme tous les trains. elle est assise sur sa petite valise, dans le couloir encombré de valises et de gens, et pourtant quatre compartiments de ce wagon sont vides et fermés à ciel. a chaque arrêt, les nouveaux venus secouent ces portes, sur lesquelles on peut lire : nur für die wehrmacht. "

  • L'âme

    Elsa Triolet

    Nous sommes à l'Âge de Nylon. Les enfants d'aujourd'hui commencent leur vie naturellement dans un monde, où les générations précédentes continuent ou finissent la leur dans la stupéfaction devant les découvertes récentes. Christo, dix douze ans, appartient à l'ère cybernétique où la machine se met à avoir une vie propre, et c'est à partir de données mystérieuses que commence sa quête de l'âme.
    Cela se passe dans un tiroir secret de Paris. Il y a là Nathalie et son mari Luigi-l'inventeur, propriétaire d'une petite usine de jouets mécaniques qui, dans sa cave pleine d'automates, essaye d'approcher l'homme artificiel. Nathalie règne, par la grâce de la bonté, dans son logis, lieu de passage, d'amitié, refuge des solitaires, des traqués, des inquiets. Ceux qui pénètrent jusqu'à elle, jeunes et vieux, lui apportent un peu de la réalité de nos jours. Bizarre milieu où un enfant se tient sur le seuil de l'inconnaissable.

  • 1919.
    Elsa Triolet a 23 ans quand elle séjourne avec André, son mari, à Tahiti. Dépaysement à la fois inquiétant et merveilleux, entre témoignage et fiction, À Tahiti, écrit en russe et traduit par l'auteur elle-même, puise sa force dans la capacité d'observation et d'étonnement d'Elsa Triolet. L'auteur s'intéresse, dans cette île aux antipodes de sa Russie natale, tout autant aux différences qu'aux proximités d'une même humanité.

  • Ce roman a été écrit à la fin de 1944 et en 1945. Elsa Triolet en dira : « Personne ne m'aime avait été écrit dans des conditions politiques particulièrement aiguës. Le monde de la confiance et de l'amitié s'écroulait autour de nous, et je butais à chaque pas contre une haine solide et dure, faite de fantasmes et de légendes, de sottise et de malfaisance. » Le roman commence avant-guerre. C'est l'histoire d'une amitié entre deux femmes. Anne-Marie, aimante, discrète et réservée - qui accompagnera Jenny de sa naissance à sa mort - et Jenny, de dix ans sa cadette, devenue une actrice célèbre, exubérante et passionnée. Le drame de Jenny sera de ne jamais être aimée comme elle aime. « Personne n'aime personne », répète-t-elle sans cesse. Jenny la rouge essaie d'ouvrir les yeux à sa fidèle amie qui ne pense jamais à la politique car, estime-t-elle, « ce n'est pas l'affaire des femmes ». Jenny, calomniée par une critique anti-communiste, mal aimée par ceux qui l'aiment, finit par se donner la mort. Sa mort brutale de Jenny, marque l'entrée en guerre et l'occupation. Un jour, par hasard, Anne-Marie est prise dans une rafle et emmenée à Fresnes. À sa sortie, elle s'engagera dans la Résistance. Elle y découvrira la fraternité que Jenny aura cherché toute sa vie, mais aussi parfois la lâcheté. Le roman se termine sur la Libération.Le cycle d'Anne-Marie, composé de deux volumes : Personne ne m'aime (1945) et Les Fantômes armés (1947), n'était plus disponible depuis longtemps. Le deuxième volet, Les fantômes armés, écrit en 1947, dresse un portrait minutieux de l'après-guerre et de ses contradictions

    1 autre édition :

  • Mille regrets

    Elsa Triolet

    Mille regrets d'Elsa Triolet rassemble quatre courts textes, initialement publiés dans les années 40, dont les intrigues se déroulent pendant la Seconde Guerre mondiale.
    La première nouvelle, qui donne son nom au recueil, est l'histoire d'une femme réfugiée à Nice, qui croit l'homme qu'elle aime mort. Puisque cet amour est éteint, tout semble fini. Pourtant il y a la nécessité de survivre et les rencontres qui s'offrent à elle. La chute est tragique et saisissante.
    Henri Castellat dresse le portrait d'un homme dans la fleur de l'âge. Enfant gâté, écrivain à succès, beau visage, aimé des femmes, celui qui a tout pour lui se révèle sous la plume aiguisée d'Elsa Triolet un être répugnant et lâche en tout point.
    Le Destin personnel se déroule à la campagne sous l'Occupation. Il peint un drame, celui d'un trio amoureux qui démasque la fausse apparence du bonheur.
    La Belle Épicière , mariée à un homme souvent absent, cette jeune et jolie femme sans histoire va se perdre dans les amours de quartier, puis tomber dans la prostitution pour finir plus bas que terre.

    1 autre édition :

  • Les proverbes d'Elsa

    Elsa Triolet

    Il ne s'agit pas de la vitrine d'un joaillier et ce livre révèle bien autre chose qu'un assemblage de formules. Pas d'effets agréablement ciselés, pas de verbiage du reste. L'auteur ne cherchait pas à faire joli. Pensez plutôt à un vaste espace, formé d'une quantité d'éléments en mouvement, une grève de galets, certains portant encore l'empreinte d'un coquillage ou l'enroulement d'une algue comme un souvenir des profondeurs originelles, pensez à la plainte des galets roulés au gré des flots qui les modèlent jusqu'à les rendre beaux, pensez à cette plainte et à sa beauté particulière. Quant à l'expliquer, quant à dire ce qui, en elle, provoque l'émotion, dire la beauté de cette part d'imprévisible, qui oserait ? Voici donc les Proverbes, et, en eux, tout le cristal de la pensée d'Elsa.

  • Anne-Marie revient dans le Paris d'après-guerre, dans lequel il n'y a plus rien, personne. Elle est seule et désarmée par ces fantômes qui rôdent et qui témoignent de ce que la guerre n'est toujours pas finie. Séparée de sa famille restée aux îles et qui lui est devenue étrangère, elle tente de se reconstruire une vie, reprend ses fréquentations d'avant-guerre, retrouve ceux qui ont partagé sa clandestinité, apprend la photographie, tente un amant. Peu à peu, lentement, l'espoir renaît.
    Après Personne ne m'aime, paru en 1946, ce deuxième volet du cycle d'Anne-Marie, plus provocateur, fait scandale. Avec acuité et une grande clairvoyance, Elsa Triolet parvient, au détour de conversations anodines, à dessiner les enjeux politiques annonçant la guerre froide. À travers le portrait d'une femme, Elsa Triolet dresse avec brio le portrait d'une époque.

  • « Nous nous sentions roulés, bafoués, humiliés. Quand on a une tâche à accomplir, on ne se laisse pas faire par le mauvais sort et les Boches. Une honte, une malédiction. Au demeurant, pas une grande épreuve.
    C'est l'idée que cela pouvait en devenir une qui fut toute l'épreuve. » [.] « Je ne pensai d'abord qu'à une seule chose : au rendez-vous à Paris, aujourd'hui même, sur un pont ; nous n'y serions pas. Et puis : quelle chance de ne pas savoir qui nous attend, on allait peut-être nous le demander avec insistance, valait mieux ne pas le savoir. »

  • Le grand jamais

    Elsa Triolet

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  • Elsa Triolet se rend en Espagne en 1937 avec Aragon et une délégation d'écrivains pour soutenir les républicains. Le récit direct et simple de ces Dix jours en Espagne, donne à voir au jour le jour la vie d'un peuple en lutte. L'auteur nous fait découvrir et aimer des gens ordinaires qui, sans avoir l'air d'être des héros, en deviendront le moment venu. Les intellectuels sont là aussi et nous rencontrons dans l'intimité Mikhail Koltsov, Rafaël Alberti et sa femme, Pablo Neruda, l'écrivain allemand Ludwig Renn et bien d'autres encore. Mais la vie des hommes et des femmes anonymes qui s'organisent pour défendre leur pays compte tout autant et même plus. C'est l'histoire plus vraie que l'Histoire qui s'écrit alors.
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    Dix jours en Espagne est suivi de J'ai perdu mon coeur au Boulou qui relate l'arrivée à la frontière française des Républicains espagnols en 1939, lors de leur défaite.

  • Ce qui frappe dans Ce n'était qu'un passage de ligne comme dans Les souliers grillés, c'est le bel équilibre obtenu entre les différentes perspectives d'un récit à la première personne.
    L'image de la vie des résistants - dans ses accidents ou incidents qui pourraient être dramatiques comme dans le travail aride et routinier de tous les jours - se tresse à la relation de menus événements qui dresse un tableau familier de ce que les gens ont vécu pendant l'Occupation. Mais l'objectivité du témoignage, s'éloignant de toute froideur, prend sa force parce qu'il est celui d'une femme qui n'hésite pas à exprimer ses faiblesses, ses peurs, ses rages dans les circonstances qu'elle doit affronter.
    Elsa la narratrice, en prenant la parole, ne sombre jamais dans le psychologisme ou le pathos : celle-ci est donnée nette, précise, refusant la prolixité sentimentale amollissante, glissant même des touches d'humour au milieu du drame, avec parfois ce regard qui sait transformer le banal en petits éclats brillants, pierres précieuses de l'écriture, comme le souhaitait Gorki. (M.-T. Eychart)

  • « Les mots sont ces quelques feuilles qui créent l'illusion d'un arbre avec toutes ses feuilles, l'illusion de tout dire, non seulement l'arbre mais encore sa fraîcheur, l'ombre, l'abri, l'âme. La convention des mots, toile peinte, maquillage, rend ambigu leur sens incomplet. [...] Il suffit de prononcer arbre pour en avoir une idée, chacun sait nommer une chose, un sentiment, un fait - j'ai faim, j'aime, je souffre - pour en dire plus, faut un don particulier. Tout le monde marche, tout le monde ne peut pas être acrobate ou danseuse. Convention, création...La terre entière résonne d'un gazouillis articulé.
    L'humanité entière parle, le créateur romance, ses mots-feuilles fleurissent sur le faux-semblant d'un arbre. ».

    Elsa Triolet anthropomorphise l'image qui prend les apparences et les attributs propres aux êtres humains, lui fait signe comme si, pour sa part, elle l'avait longtemps attendue.
    Précurseur en matière d'insertion d'images dans le texte, l'auteure raconte la réticence des éditeurs et du milieu littéraire à suivre son initiative. Le lecteur est immergé dans la logique, les réflexions et le processus créatif de l'artiste, au point de produire, à ses côtés, l'oeuvre qu'il tient dans les mains. Elsa Triolet invite ainsi le lecteur à modifier son rapport à la création, et avant tout à la peinture en lui faisant découvrir des oeuvres majeures sous un jour nouveau.

  • Des lettres d'amour. Plusieurs expéditeurs, une seule destinatrice. Invisible et présente.
    Un pocte, un homme d'État, un journaliste, un grand savant... et tant d'autres esayent de la suivre dans ce qu'elle appelle son TLuna-Parkt, avec des attractions terrestres et célestes.
    Qu'est-ce que les hommes lui trouvent donc ´r cette Blanche Hauteville ? Peut-etre pressentent-ils chez elle un sens de la grandeur. Elle risque sa vie comme un homme. Comme une femme. Car, de nos jours, Icare est femme. Elle va avec ses pauvres ailes chercher la connaissance dans le bleu du ciel, la vérité dans les puits de la terre, parcourant de blemes paysages lunaires et désertiques... Blanche Hauteville appartient ´r l'âge de nylon, elle ne peut ni accepter, ni admettre la continuation d'un cruel âge de pierre dans notre monde civilisé.

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