Gilles Ascaride

  • En imaginant le petit-fils d'un roi calqué sur le modèle d'un vrai Marseillais qui fut roi en Afrique de l'Ouest dans les années 1880, et en suivant le parcours de ce petit-fils, vieil homme brisé et un peu ridicule revendiquant en vain son titre, l'auteur mélange histoire, sociologie et conte pour raconter l'histoire de cette ville particulière durant le siècle dernier.

  • "Dans une grande ville au bord de la Méditerranée, nommée Marsègue et dans un avenir incertain, la situation est totalement délétère. Les élites politiques sont corrompues et incompétentes, la voirie a cessé d'exister, les monuments s'effondrent, les rats règnent en maîtres et la disette est permanente. une petite Apocalypse qui n'a pas l'air de déranger grand monde. Un Maire à vie règne avec sa bande sur cette cité décadente et simule un débat politique avec ses adversaires et complices, les ultra nationalistes marséguais menés par Zobi Ravioli et les Sèfis de Suce-Bouffigue. Vision, fantasme ou réalité, cet ordre désordonné va être mis en question à l'initiative de Sofiane, jeune dealer et trafiquant qui va solliciter le concours d'un dénommé Testard, homme entre deux âges, véritable ermite de cité HLM qui passe son temps à écrire un interminable polar. Ce couple soudain activé par les catastrophes continuelles va se lancer, sans trop s'en rendre compte, à la conquête de Marsègue et sceller des alliances avec d'autres énergies comme la Légion des Ratepenades, les Mange-Ballon, l'abbé Malpertuis (de Notre-Dame de la Bonne Mère), l'érudit Gabriel Amalfi, deux fadas des rues marséguais (Samson Derrabe-Farigoule et Frédo le fada) ou encore des groupes d'enfants de toutes origines. Le combat de ces insurgés, aidés par les caprices de la nature, les portera au pouvoir et ouvrira - peut-être - une ère du changement sous la férule de Testard Ier, roi de Marsègue. ""La Conquête de Marsègue"" est un récit épique et comique où l'on retrouvera, pour ceux qui le veulent ou le souhaitent, des références à la situation marseillaise et aux prochaines élections municipales, sans que cela soit pour autant un livre à clés. Cette saga drolatique, préfacée par Jean Contrucci (deux fois lauréat du prix des Marseillais, et très colorée, synthétise en partie l'oeuvre overlittéraire de Gilles Ascaride et se réfère également à ""La conquête de Plassans"" d'Emile Zola avec un parfum de ""Seigneur des Anneaux"". Un nouvel opus inscrit dans le courant du mouvement overlittérature."

  • Il est passé par ici. Il est parfois repassé par là. Mais dans ces "Passages à l'étranger", point d'extases touristiques, de prélassements farnientesques ensoleillés ni de cartes postales, mais des visions pétries d'imaginaire, des sensations chargées d'Histoire et de poussière. et la vie d'un homme qui passe. On y croise les ombres, les statues ou les âmes de Khéops, Agamemnon, Lénine, mais aussi Byron, Lovecraft, Tolstoï, et encore le Roi des Aulnes, Blake et Mortimer, le Golem, Enrico Macias, et bien sûr des rois, des princes, des tsars, des palais et des tombeaux, des dieux, et peut-être le Christ. De principautés en capitales, Gilles Ascaride traverse un monde où tout bouge sans que rien ne change vraiment... Spectateur plus qu'acteur, qui voit l'URSS glisser vers la Russie, la RFA-RDA vers l'Allemagne, le communisme vers le capitalisme néo-libéral, et les ailleurs exotiques vers le village global. Ni journal de voyage, ni recueil de souvenirs émus, ce livre offre, à travers le décentrement, un voyage dans l'homme, étranger à l'étranger autant qu'à lui-même.

  • Zoé

    Gilles Ascaride

    Puisque personne n'a jamais voulu montrer cette « Arlésienne » qu'est Zoé, puisque tout le monde, au Bar de la Marine et sur le Vieux-Port, lui a tout mis sur le dos (au propre comme au figuré) sans jamais lui donner la parole à cette « petite fille très jolie, très coquette et qui ne pensait pas à mal », Gilles Ascaride a décidé de donner chair et verbe à Zoé, la fameuse tante d'une non moins fameuse trilogie marseillaise... et universelle.
    Au crépuscule de sa vie, Zoé repasse le film de son existence : l'amour et les plaisirs sexuels, les brimades et les humiliations de sa soeur Honorade, les frasques de Marcus et Fanélie, la tendresse du patron du Bar de la Marine, Césaire, mais aussi la violence des hommes et des femmes, la pauvreté, le racisme, la guerre... et la « morale » d'une époque pas tout à fait révolue qui empêche les femmes de vivre leurs désirs et de disposer de leur corps. Avant l'heure, Zoé était une féministe - ou tout simplement une femme libre. Qui n'a jamais laissé « mesurer les autres ».
    Un texte drôle et émouvant, à faire rire, sourire... et fendre le coeur.

    Genre très prisé au cinéma, l'écriture de la « suite » (en anglais sequel) d'une oeuvre est un exercice littéraire difficile, dans lequel l'hommage doit s'accorder avec les contraintes de l'univers original ; parmi les suites célèbres, on note Le sphinx des glaces de Jules Verne (suite des Aventures d'Arthur Gordon Pym d'Edgar Allan Poe), Célimène et le cardinal de Jacques Rampal (suite du Misanthrope de Molière), L'hiver de beauté de Christiane Baroche (suite des Liaisons dangereuses), Mémoires de Monte Cristo de François Taillandier, suite de l'oeuvre d'Alexandre Dumas, ou encore une suite des Misérables de Hugo par François Cérésa, Cosette et... Marius !

  • Marseille n'aime pas seulement imiter ses cartes postales, elle aime aussi dévorer ses propres enfants. Pour y être un peu plus qu'une sardine, mieux vaut s'en exiler. Un seul refuse de se plier à cette malédiction millénaire : Samson Derrabe-Farigoule. Sa grande gueule défie la Grosse Ville en une imprécation flamboyante, vibrante de griefs accumulés. Sous le flot de son verbe vengeur, les murailles de la Ville-Mère se fissurent et croulent pour faire apparaître la très puante réalité. Ravi par l'expression « rôtir le balai » trouvée chez Saint-Simon, Stendhal remarque : « La langue dégénère et perd son caractère parce que les vanités et les convenances (qui ont déjà tué la gaieté) empêchent d'employer ces mots. » Et Werner Schwab confirme : « La langue vivante a été détruite par la politique, la bureaucratie et la publicité. Le langage est à présent dressé comme un berger allemand. » Loin de la littérature encagée et des romans policés qui encombrent les librairies, Gilles Ascaride fait un malheur en déchaînant ses grandes orgues marseillaises.

  • Attention centre-ville est une " fantaisie satiridéconnante " ayant pour cadre la ville de marseille et qui se veut une imitation grotesque de l'antique, avec des "chants" (xiii) qui vont rythmer le récit, chacun étant un épisode de cette "odyssée.
    On pense, bien sûr, à des homère, ou mieux encore, à des pétrone (qui était marseillais) de bazar. de quoi s'agit-il ? justement on n'en sait rien. les personnages, innombrables, interviennent, commentent, racontent, contestent, l'éternel débat marseillais du centre-ville. on enquête, on parcourt. on ne sait plus ni ce qui se passe, ni ce qui se fait vraiment. les humbles parmi les humbles et les grandes figures se côtoient, s'affrontent, rigolent ou échangent des horions.
    Les morts ressuscitent, les immigrés sont assassinés, les fous ont des visions, les élus commentent, les clochards philosophent, les enfants jouent au ballon, les jeunes rigolent, les dieux parlent. mais tout cela est-il bien réel ? le propos d'attention centre-ville, dont la forme se veut radicalement comique, reste grave à qui appartient la ville ? la cité (en général) ? certains peuvent-ils en disposer et pas d'autres ? y a-t-il des habitants illégitimes ? la guerre aux pauvres aura-t-elle lieu ?.


  • au xve siècle vécut à aix-en-provence un roi, parangon de vertus, dont la statue domine toujours l'artère principale de la ville, le cours mirabeau.
    imaginez que la statue de ce roi, le bon roi rené, s'anime soudain et réclame aux passants des comptes sur "sa" ville. etranger venu du passé, c'est auprès des étrangers de ce siècle que le roi rené va quêter les informations dont il veut nourrir son riche esprit. fable parfois délirante tout autant que véritable travail de sociologie drapé dans l'humour de l'écrivain, cette " excessive enquête aixoise " fait intervenir aussi, parmi d'autres " vedettes " locales, la mémoire d'emile zola, lui-même immigré parmi tant d'autres.
    et ce sont eux, d'origine nord-africaine, italienne, etc. qui sont au centre de cette étude en forme de fable.

  • Dans ce livre ? Marseille au coeur de l'Histoire avec une bande de minots qui jouent avec le destin de Maurice Thorez (Maurice qui ?.), de l'antimilitarisme pas primaire du tout, les « trois jours » à Tarascon et l'insupportable attente du tampon « exempté », un candidat aux élections dont on se cague, un bras de fer féroce avec Hassan II, la vérité cachée sur la misère sexuelle de Mai 68, de la harangue révolutionnaire en prouvençaou postmoderne, de l'engatsade contre l'OM, un superhéros écrivain (ou l'inverse) et une préface du célèbre Vladimir Ilitch Mostegui Jr. À travers le temps et l'espace, depuis Marseille et dans le monde entier, l'overlittérature se fait historique et sociale. overpolitique.

  • On nous serine tous les soirs, à l'heure de la grand-messe cathodique, qu'ici la vie serait plus belle. A voir. Car à quoi bon beugler qu'on est fier d'être marseillais quand cette ville-patchwork pullule de fantômes d'enflures ou de bordilles bien réelles? Reste que Marseille ne laissera jamais indifférent, et que derrière les clichés éculés ou sous la crasse des trottoirs, la tendresse fait des miracles. Au ras du bitume ou des hauteurs de la colline de La Garde, au travers d'émouvants récits ou de pulsionnelles harangues, Gilles Ascaride scrute la ville sous toutes ses coutures, mêlant la nostalgie à la diatribe. Récits de bas d'immeuble, contes aux fumets de cuisine échappés des fenêtres ouvertes, portraits au couteau, élucubrations au cordeau, vérités bonnes à dire (ou pas), légendes et faits avérés, souvenirs de briques et de broques. Marseille, face à la vue de dos (formule de Gilles Ascaride qui aurait pu être le titre de ce livre...).

  • Inclassable.
    Incontestablement drôle. Gilles Ascaride est un conteur né. Dans ce dernier roman, il livre par petites touches les clés pour lire entre tes lignes de cette histoire forte, haletante et touchante. Son écriture est à la fois originale, dynamique et fluide. Son langage est cru, parfois outrancier, et pourtant si juste. Tout le génie d'Ascaride réside dans cette écriture maîtrisée et dans un certain sens de l'histoire qui tient en haleine le lecteur.
    Sans jamais tomber dans le pathos, grâce à un humour décapant, son roman parle de la difficulté des hommes à accepter la mort et de la nécessité pour un homme d'avoir un fils qui l'accompagne.

  • Aimer son pyjama et le bien d'autrui, les escaliers et son téléphone portable, le conteneur, son tube d'aspirine, les montres et son livre de cuisine, son Formule 1, son musée et son album de photos, ne suffit pas à s'inscrire à l'école des " amours modernes ".
    Il convient d'y ajouter un peu de solitude, beaucoup d'humour, une dose d'impénitente misanthropie, plein de déclarations d'amours aux autres, le comique d'un Tati, le talent de Gilles Ascaride. L'auteur est universitaire. A une question sur les relations entre l'universitaire et le romancier, Gilles Ascaride répond " ils ne se portent aucun regard vu qu'ils ne peuvent pas se voir. je n'aimerais pas être entre eux si cela devait arriver.
    "

  • Gérard n'est pas un chômeur ordinaire.
    Son statut de Roi lui confère certains privilèges sur lesquels il ne saurait transiger, quelles que soient les contraintes sociales qui s'opposent à l'étiquette royale. C'est ainsi que Gégé Ier, entre autres choses, use d'un langage qui ne souffre pas la moindre dérive par trop populaire, ce qui, à Marseille, ne passe pas inaperçu...

  • Le héros, car il s'agit bien d'un héros, garçon timide, s'aventure dans une intervention glorieuse lors d'une réunion organisée par des femmes féministes. Abondamment ovationné, il se découvre une mission, surtout lorsqu'il apprend la déclaration de guerre entre la Chine et le Vietnam : "On est foutu. J'ai pensé tout de suite au traité d'assistance militaire entre le Vietnam et l'URSS, j'ai pensé que, au vu de l'importance de l'offensive chinoise, d'après ce que disait Marcel, c'était une vraie guerre..." Alors, l'idée lui vient d'écrire, non pas la fin du monde - qui dure toujours au moment où vous lisez cet argumentaire , mais juste la dernière histoire du monde : "Ainsi, si notre monde disparaît, il restera une petite chance de faire savoir qui nous étions aux descendants des survivants." Ce roman est donc l'histoire, précise et documentée, d'un héros qui écrit la dernière histoire du monde et tout ce qui fait les grandes questions et douleurs d'un artiste dans le difficile exercice de la création. Quelques critiques avertis disent de Jacques Tati qu'il est le Gilles Ascaride du cinéma.

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