Jacques Gelis

  • Il n'est pas si loin le temps où les enfants " naissaient dans les choux " et héritaient du prénom de leurs grands-parents. Aujourd'hui encore, à la sortie de l'église, on jette des grains de riz sur les jeunes mariés, nul n'oserait s'opposer aux " envies " d'une femme enceinte et la marraine offre des dragées lors d'un baptême. Mais qui connaît l'origine de ces traditionsoe Pièce à pièce, c'est tout l'univers de la naissance dans l'ancienne France que reconstitue ici Jacques Gélis. L'homme vivait alors au rythme de la terre, et le mythe de la Terre-Mère, l'attachement au sol ainsi que la référence aux ancêtres imprégnaient fortement les mentalités. Vie et mort se succédaient merveilleusement et impitoyablement en un cycle ininterrompu. Concevoir, porter la graine à maturité, s'en libérer, c'était pour la femme perpétuer l'espèce. Comme le fruit de l'arbre, l'enfant était le symbole de la continuité. Les rites de fécondité, les dévotions de la femme " grosse d'enfant ", la préparation des couches, l'accouchement, l'accueil du nouveau-né, autant de comportements qui s'inscrivaient dans une société dont tout le système de référence était fondé sur la pensée analogique.

    De plus en plus menacées par les progrès de l'Eglise, de l'Etat et de la médecine, ces croyances et pratiques survécurent en s'adaptant: l'Eglise de la Réforme catholique christianisa les rituels, la ville " novatrice " l'emporta sur les campagnes routinières, la sage-femme et l'accoucheur évincèrent la matrone. Autres temps, autres lieux, autres façons de naître...

    Jacques Gélis est agrégé d'histoire et maître-assistant à l'université de Paris VIII. Il a collaboré à Entrer dans la Vie _ coll. Archives.

  • Dans l'Europe chrétienne des siècles passés, les enfants qui mourraient à la naissance étaient innombrables. Pour éviter à l'âme de ces enfants d'errer jusqu'à la fin des temps, on exposait leurs corps devant l'image d'une Vierge miraculeuse, parfois des semaines durant, avec l'espoir qu'ils donnent un signe de vie, ce qui permettait de les baptiser ; grâce à ce « répit », leur âme pouvait rejoindre le paradis et échapper aux Limbes.
    Ce livre est le résultat d'une longue enquête à travers l'Europe sur cette croyance en un miracle pas comme les autres, qui remonte au moins au XIIe siècle, mais que l'Eglise n'a condamné officiellement qu'au siècle des Lumières, et qui a perduré dans certaines régions jusqu'à la Première Guerre mondiale. Totalement oubliées aujourd'hui, bien qu'il existe encore de nombreux lieux les attestant, ces croyances et les dévotions qui leur étaient liées constituent un fait culturel majeur. Les dizaines de témoignages réunis dans ce livre sont autant d'« histoires de vie ». Au-delà du drame humain qu'ils révèlent, ils permettent d'éclairer les inquiétudes métaphysiques des
    contemporains, et nous révèle une conception de la vie et de la mort, qui a imprégné les mentalités pendant des siècles.

  • L'accouchement fut longtemps une redoutable épreuve à l'issue souvent tragique pour la mère et l'enfant, et vécu pour l'essentiel entre femmes. Sous le règne de Louis XIV, à l'époque où l'assistance d'un homme offensait encore pudeur et bonnes moeurs, que pouvaient donc être les connaissances, la pratique, les difficultés d'un accoucheur de nos provinces ? Eminent historien de la naissance, Jacques Gélis nous restitue ici la figure de Guillaume Mauquest de La Motte, chirurgien-accoucheur au grand siècle et réputé pour son important « Traité des accouchements ». Quarante-cinq années durant, venant en aide aux femmes de toutes conditions, qui peu à peu prennent l'habitude de faire appel à lui, La Motte parcourt les chemins du Cotentin et consigne sans relâche son expérience de terrain. Ainsi est peinte, de façon vivante et concrète, à traverrs la longue pratique d'un homme passionné, la vie des familles et surtout des femmes de ce temps. Précieux car unique, nous dit Jacques Gelis, le témoignage de La Motte éclaire une pédiode charnière où l'accoucheur va suppplanter la matrone, où l'obstétrique va devenir un véritable champ médical et où, enfin, une nouvelle conception de la vie va bouleverser les mentalités.

  • Lourde responsabilité que de porter le devenir d'une espèce ! Comment expliquait-on autrefois l'apparition d'un enfant ? Comment l'accueillait-on ? Comment les femmes ont-elles vécu leur grossesse au fil des siècles ? Comment les méthodes d'accouchement ont-elles évolué ? Où en sommes-nous aujourd'hui ? Jusqu'où pouvons-nous aller ? Nous dirigeons-nous vers une nouvelle révolution de la naissance, vers une artificialisation complète de l'émergence de la vie ? Sans douleur, sans violence, et demain... sans mère ? En trois temps, La naissance autrefois, la révolution de la naissance, Naître demain, trois des meilleurs spécialistes, dont le professeur René Frydman, père du premier bébé éprouvette et pionnier des techniques in vitro, retracent ici cette prodigieuse épopée, des matrones de l'Antiquité aux futurs vertigineux que la science nous prépare.
    Désormais, procréation et sexualité peuvent être totalement dissociées ; on peut avoir un enfant si on le veut, quand on le veut, et bientôt comme on le veut, grâce à des technologies inédites : congélations des ovules pour les garder pour des jours meilleurs, sélection des embryons vierges de maladies héréditaires ou encore, perspective moins éloignée qu'on le croit, utérus artificiel qui fera naître des enfants à l'extérieur du corps des mères... Un nombre croissant de femmes réclament désormais la liberté, et le droit, de satisfaire leur désir d'enfant en recourant à cet éventail de techniques qui ne cesse de s'élargir... Mais ces nouvelles manières de faire et d'avoir des enfants nous posent des questions éthiques, sociales, politiques majeures et sollicitent la loi.
    Sur ce plan, les auteurs sont unanimes : la France, frileuse, n'a pas pris la mesure des enjeux ; elle est à la traîne, tant dans sa réflexion que dans la pratique. En se penchant sur la manière dont on fait des petits d'homme, nos spécialistes, qui s'expriment sans tabou, nous interrogent aussi sur l'identité humaine, et nous entraînent dans une réflexion essentielle sur le devenir de notre espèce.

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