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  • Halloween

    Jean Markale

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    • 31 Juillet 2000

    Depuis plusieurs années déjà, en France et dans toute l'Europe, citrouilles, masques effrayants de vampires et de fantômes, balais de sorcières... envahissent les vitrines des magasins tout au long du mois d'octobre. Et le soir du 31, adultes et enfants, dans une atmosphère carnavalesque, fêtent Halloween. Beaucoup pensent à tort que cette fête populaire vient des Etats-Unis. En réalité, Halloween - mot anglais signifiant « veillée sacrée » -, survivance des rituels druidiques de Samain, a son origine dans l'ancienne Irlande, Durant cette nuit de Samain, - à la pleine lune la plus proche du 1er novembre -, le monde des morts rejoint celui des vivants, et réciproquement, car selon une parole celtique, « la mort n'est que le milieu d'une longue vie ». Plus tard, cette étrange fête païenne sera récupérée par l'Eglise, devenant ainsi la Toussaint, non pas jour des Morts, mais « fête » de tous les saints. Jean Markale présente cette célébration primitive venue des temps lointains, puis analyse ses prolongements actuels dans notre société qui, curieusement, ranime ces coutumes surgies de l'ombre sans en connaître ni le sens ni la portée.

  • Comment la christianisation des Celtes fut-elle possible ? Qu'est-il advenu de l'ancienne religion druidique ? Pourquoi l'Irlande, jamais romanisée, accepta-t-elle de son plein gré la religion nouvelle ? La mort et la résurrection du Christ vinrent confirmer la recherche païenne de l'Autre Monde, et le druidisme admit ce qui n'était encore que message évangélique. C'est de cette fusion que va jaillir en Bretagne armoricaine, dans l'île de Bretagne et en Irlande, notamment, le « christianisme celtique » avec ses abbayes-évêchés, son monachisme, ses saints héroïques, ses évêques errants, ses pèlerinages, son intégration des femmes dans le culte... De nos jours encore, Jean Markale décèle les survivances populaires de ce christianisme à la fois dans le festiaire, le culte des saints et les sanctuaires.

  • Protégé de la Dame du Lac, amant parfait tel que le rêvèrent les cours d'amour du XIIe siècle, irrésistible vainqueur de tournois, preux chevalier déjouant les sortilèges dans sa quête périlleuse du Graal, Lancelot occupe une place exceptionnelle parmi les chevaliers de la Table ronde. Indispensable à la communauté du roi Arthur, il contribue cependant - par ses amours avec la reine - à sa destruction. A travers les aventures de ce « champion », contées par la littérature médiévale, Jean Markale discerne le vieux fonds de la mythologie celtique. Lancelot n'est-il pas le grand prêtre voué au culte de la femme initiatrice - en l'occurrence Guenièvre - des anciennes traditions ? Ne serait-il pas une résurgence du héros Cûchuchulainn, ou même du dieu Lug à la lance magique ? Et, sous cet éclairage mythique, quels sont plus généralement, au sein du monde médiéval chrétien, les traits particuliers du compagnonnage guerrier inspiré par Arthur ? En rassemblant dans cet ouvrage les éléments épars du mythe de Lancelot, Jean Markale dévoile les racines d'un imaginaire collectif qui n'a cessé de nous animer, comme en témoignent maints héros invincibles des littératures populaires contemporaines.

  • Au XIe siècle, un nouvel art d'aimer surgit dans la société aristocratique occidentale. La femme, naguère encore tenue en mépris par la lourde tradition misogyne héritée des Pères de l'Église, devient alors, dans le chant des troubadours, le principe même et le sens de l'action masculine. Le chevalier, pour mériter sa dame, doit endurer le « service d'amour », véritable ascèse sexuelle et guerrière. Savamment accru par une longue liturgie amoureuse, le désir fait de l'amant le prêtre d'une nouvelle religion dont la femme constitue le centre. Le couple de la « fin' amor » - dont Lancelot et Guenièvre restent le plus bel exemple littéraire - est né : couple secret, nécessairement adultère, infernal, écrit Markale, puisque opposé à l'idéal chrétien du mariage. Heurtant morale et religion établies, l'amour courtois opère une triple rupture : dans les mentalités par le retour accepté du féminin, dans les moeurs par la valorisation de l'adultère, et enfin dans la spiritualité. En effet, alors même que grandit l'étonnant culte de la Vierge, la transfiguration courtoise de la Dame en véritable déesse salvatrice ne marque-t-elle pas, au sein de l'Occident médiéval, l'un des aspects majeurs du retour subtil de la Grande Déesse préchrétienne ?

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