Arts et spectacles

  • Le huis-clos dans l'atelier, où l'architecte exerce un art autoréférentiel, qui puise ses modèles en lui-même, plus que dans la nature, résonne de l'expérience et de la mémoire des visites in situ des édifices et des espaces réels, parfois parcourus lors de lointains périples. L'intention qui préside au choix du modèle, précède le processus de connaissance. Ce souci, ce désir, qui motivent les enquêtes et l'extension des corpus, participent d'un projet plus ou moins collectif ou individuel, plus ou moins intuitif ou explicité : une ambition d'édifier. De sorte que le moment, technique en apparence, de l'observation et du travail graphique, qui permettent de réduire un objet complexe à une série limitée de figures, ou de photographies, trouve son ressort dans un souci de distinction par la découverte et la compréhension d'objets inédits ; par la révision des savoirs préétablis ; ou puise son impulsion, parfois obscure, dans des expériences esthétiques ou mentales plus personnelles ou intimes.

    Quatorze essais, réunis ici par Jean-Philippe Garric, interrogent la mécanique et l'économie des modèles, à travers leur formation, leur pratique et leur portée politique.

  • Architecte dessinateur solitaire, Lequeu (1757-1826) invente à ses heures de repos une collection variée d'architectures étranges ; une ville rêvée diffuse dans un territoire fabuleux. Rejeté par ses contemporains, mais certain de faire oeuvre, il étend à l'intime ses investigations graphiques, de l'autoportrait à l'exploration du corps féminin, traçant à sa façon un tableau unique de son époque. Il était temps, après plus d'un siècle d'oubli et plusieurs décennies d'interprétations hasardeuses, d'inscrire enfin cet artiste hors pair dans l'histoire de l'art de la période de la Révolution, comme le propose ce petit guide, qui passe au crible les travaux anciens et actuels et revisite en profondeur une production qui reste encore à découvrir. Laurent Baridon, Jean-Philippe Garric et Martial Guédron sont les commissaires scientifiques de l'exposition « Jean-Jacques Lequeu, bâtisseur de fantasmes », présentée au Petit Palais du 11 décembre 2018 au 29 mars 2019, avec le soutien de la Bibliothèque nationale de France.

  • En France, à la période contemporaine, les constructions érigées dans le monde rural, en premier lieu celles destinées à l'exercice de l'agriculture, constituent un domaine disputé entre des traditions locales et une ambition de réforme issue du monde urbain. De la Révolution à la Seconde Guerre mondiale, de nombreux auteurs, architectes, ingénieurs, concourent à produire toute une littérature qui ambitionne de réinventer les bâtiments de la ferme par l'emploi de matériaux, de techniques et de modèles nouveaux. Économie, rendement, hygiène, morale, sont les maîtres-mots ; et la plupart de ceux qui s'expriment sur le sujet dénoncent les « mauvais maçons de village », responsables d'« amas de bâtisses insalubres et informes », se proposant, sinon de réduire l'altérité ville-campagne, du moins d'annexer le monde rural à la civilisation urbaine.
    Des bêtes et des hommes Penser les constructions agricoles, c'est penser aussi bien le logement des animaux que celui des hommes, pour produire un environnement plus sain, plus fécond et. plus rentable. Les réfl exions sur les deux thèmes se croisent. Si les bêtes suscitent des questions plus techniques concernant l'optimisation de leurs abris, l'amélioration de l'habitat humain est un impératif destiné à moraliser les comportements et à lutter contre une désaff ection de la main-d'oeuvre ouvrière attirée vers les villes.
    Esthétique et démocratisation Les nombreuses publications qui témoignent de cette volonté d'extension de l'architecture aux territoires agricoles ont également une ambition culturelle et esthétique. Des folies rustiques de l'aristocratie (comme le « Hameau de la Reine » de Marie-Antoinette), aux établissements agricoles industriels, s'y dessine la dialectique universelle de l'utile et du futile, du nécessaire et du superfl u.
    Les manuels d'architecture rurale, comme les traités d'architecture classiques, s'eff orcent de couvrir toutes les questions qui se posent aux constructeurs : choix du site et des matériaux, conception des plans, etc. Ces publications témoignent aussi d'une démocratisation de l'architecture en s'adressant à de nouvelles classes de propriétaires et en traitant de programmes modestes : clapier, bergerie, toit à porcs ou chenil.
    Une question actuelle Les théories d'architecture rurales refl ètent l'opposition d'un monde rural et d'un monde urbain. L'exemple de François Cointeraux (1740-1830) qui se présentait, vers 1800, comme le seul architecte ayant pratiqué l'agriculture est une exception. La nouvelle science qu'il propose, l'« agritecture », conjuguant logique architecturale et logique agricole, fait écho aux questions d'aujourd'hui : celles d'une architecture durable respectant au mieux le territoire où elle s'inscrit, celles aussi d'une urbanisation s'étendant progressivement à l'ensemble des territoires habités, qui efface l'ancienne opposition ville-campagne et l'ancienne coupure entre citadins et paysans.

  • Designer avant la lettre, Charles Percier (1764-1838) oeuvre bien au-delà du seul domaine de l'architecture : du grand dessein du Louvre, des Tuileries et de la rue de Rivoli aux ornements de l'art du livre ; de la mise en scène des fêtes impériales aux décors intérieurs des nouvelles élites et des palais nationaux ; du mobilier aux arts décoratifs. Elève modeste de l'Ecole gratuite de dessin, Grand Prix de l'Académie royale d'architecture en 1786, pensionnaire enthousiaste à Rome, courant les ruines et les palais, il s'implique dans la Commune des arts sous la Révolution, puis, associé à Pierre Fontaine avec lequel il signe des publications influentes, devient décorateur en vogue au temps des Merveilleuses.
    Engagé au service des grands projets de bâtisseur de Napoléon, il se met en retrait après 1815, s'affirmant alors comme le principal professeur d'architecture des débuts de l'Ecole des beaux-arts. Pour la première fois, cet ouvrage et l'exposition qu'il accompagne offrent une vision d'ensemble du cheminement varié et insatiable de ce dessinateur hors pair, l'un des grands passeurs de l'idéal néoclassique de la fin de l'Ancien Régime aux foisonnements de l'éclectisme.

  • Cet ouvrage propose une lecture des livres d'architecture français qui suit le fil d'Ariane des modèles italiens.
    Centré sur le premier XIXe siècle, il appréhende le phénomène sur une longue période, montrant d'abord des Français animés d'un sentiment de rivalité vis-à-vis des productions transalpines, puis le triomphe de l'italomanie après la Révolution, avant de décrire les conséquences de cet engouement au sein de l'Ecole des Beaux-Arts et sa confrontation avec la tendance nationaliste que représente le gothique archéologique.
    Par l'étude de leurs recueils et ceux de leurs élèves, il restitue le rôle éminent de Percier et Fontaine dans la pédagogie et reconstitue, face à Durand, un second pôle majeur pour la formation des architectes et l'émergence d'une approche du projet basée non plus sur la théorie des ordres, mais sur une pratique de la composition associant dessin pittoresque et tracé géométrique. L'Italie était assez riche et variée pour nourrir bien des discours contradictoires et fonder de multiples approches de l'architecture.
    En marge du modèle classique, les modèles italiens permirent aux Français d'imaginer des parcours théoriques nouveaux et de défendre tour à tour des positions qui relèvent de l'invention formelle ou de la rigueur classique, de la composition géométrique ou pittoresque, d'un rationalisme typologique ou constructif, d'un primitivisme ou d'un culturalisme décoratif, etc. Ces démarches apparaissent comme autant d'esquisses d'une théorie post-vitruvienne de l'architecture, qui est aussi une théorie de notre propre pratique du projet.
    Issu d'une thèse soutenue sous la direction de Françoise Choay, Recueils d'Italie se rattache à la tendance contemporaine qui porte un nouveau regard sur les livres d'architecture, désormais considérés comme des oeuvres, donc comme des objets d'étude à part entière. Il en aborde tous les aspects, du contenu à la forme et aux méthodes de production, évoquant le choix des modèles présentés comme la construction graphique des figures, le rendu et la mise en page comme le découpage en livraisons et la vente par souscription.

  • Le dessin d'architecture constitue un domaine vaste et divers. Les architectes le pratiquent pour acquérir une connaissance intime des édifices et développer leur habileté à les imaginer ; ils l'utilisent comme le support de leurs échanges avec les différents métiers du bâtiment ; ils en font un moyen pour toucher le public et les décideurs, jusqu'à l'élever parfois au rang d'oeuvre d'art.
    Signés par les architectes dessinateurs les plus brillants - de Jacques Androuet du Cerceau à Etienne Louis Boullée, de Gilles Marie Oppenord à Jean Jacques Lequeu, de Charles Percier à Henri Labrouste, d'Eugène Viollet-le-Duc à Charles Garnier - les 150 dessins présentés dans cet ouvrage retracent une histoire de l'architecture française de la Renaissance au dernier XIXe siècle.
    Dans un domaine où le défi majeur consiste à donner à voir un édifice par anticipation, ces dessins témoignent de l'ambition partagée par les architectes d'atteindre un idéal architectural et urbain. Comme le manuscrit de l'écrivain, ils éclairent un processus créatif, avec ses hésitations, ses corrections ou ses reprises. A la différence du texte, ils possèdent toutefois la force et l'autonomie des figures, qui « parlent » à l'oeil de façon immédiate. Ils nous proposent ainsi une expérience à la fois sensible et intellectuelle en exprimant le rapport de leurs auteurs à l'espace, à la matière, à la couleur, à l'intelligence des structures.

  • Bâtir pour Napoléon : une architecture franco-italienne Nouv.

empty