Mardaga Pierre

  • En France, à la période contemporaine, les constructions érigées dans le monde rural, en premier lieu celles destinées à l'exercice de l'agriculture, constituent un domaine disputé entre des traditions locales et une ambition de réforme issue du monde urbain. De la Révolution à la Seconde Guerre mondiale, de nombreux auteurs, architectes, ingénieurs, concourent à produire toute une littérature qui ambitionne de réinventer les bâtiments de la ferme par l'emploi de matériaux, de techniques et de modèles nouveaux. Économie, rendement, hygiène, morale, sont les maîtres-mots ; et la plupart de ceux qui s'expriment sur le sujet dénoncent les « mauvais maçons de village », responsables d'« amas de bâtisses insalubres et informes », se proposant, sinon de réduire l'altérité ville-campagne, du moins d'annexer le monde rural à la civilisation urbaine.
    Des bêtes et des hommes Penser les constructions agricoles, c'est penser aussi bien le logement des animaux que celui des hommes, pour produire un environnement plus sain, plus fécond et. plus rentable. Les réfl exions sur les deux thèmes se croisent. Si les bêtes suscitent des questions plus techniques concernant l'optimisation de leurs abris, l'amélioration de l'habitat humain est un impératif destiné à moraliser les comportements et à lutter contre une désaff ection de la main-d'oeuvre ouvrière attirée vers les villes.
    Esthétique et démocratisation Les nombreuses publications qui témoignent de cette volonté d'extension de l'architecture aux territoires agricoles ont également une ambition culturelle et esthétique. Des folies rustiques de l'aristocratie (comme le « Hameau de la Reine » de Marie-Antoinette), aux établissements agricoles industriels, s'y dessine la dialectique universelle de l'utile et du futile, du nécessaire et du superfl u.
    Les manuels d'architecture rurale, comme les traités d'architecture classiques, s'eff orcent de couvrir toutes les questions qui se posent aux constructeurs : choix du site et des matériaux, conception des plans, etc. Ces publications témoignent aussi d'une démocratisation de l'architecture en s'adressant à de nouvelles classes de propriétaires et en traitant de programmes modestes : clapier, bergerie, toit à porcs ou chenil.
    Une question actuelle Les théories d'architecture rurales refl ètent l'opposition d'un monde rural et d'un monde urbain. L'exemple de François Cointeraux (1740-1830) qui se présentait, vers 1800, comme le seul architecte ayant pratiqué l'agriculture est une exception. La nouvelle science qu'il propose, l'« agritecture », conjuguant logique architecturale et logique agricole, fait écho aux questions d'aujourd'hui : celles d'une architecture durable respectant au mieux le territoire où elle s'inscrit, celles aussi d'une urbanisation s'étendant progressivement à l'ensemble des territoires habités, qui efface l'ancienne opposition ville-campagne et l'ancienne coupure entre citadins et paysans.

  • Cet ouvrage propose une lecture des livres d'architecture français qui suit le fil d'Ariane des modèles italiens.
    Centré sur le premier XIXe siècle, il appréhende le phénomène sur une longue période, montrant d'abord des Français animés d'un sentiment de rivalité vis-à-vis des productions transalpines, puis le triomphe de l'italomanie après la Révolution, avant de décrire les conséquences de cet engouement au sein de l'Ecole des Beaux-Arts et sa confrontation avec la tendance nationaliste que représente le gothique archéologique.
    Par l'étude de leurs recueils et ceux de leurs élèves, il restitue le rôle éminent de Percier et Fontaine dans la pédagogie et reconstitue, face à Durand, un second pôle majeur pour la formation des architectes et l'émergence d'une approche du projet basée non plus sur la théorie des ordres, mais sur une pratique de la composition associant dessin pittoresque et tracé géométrique. L'Italie était assez riche et variée pour nourrir bien des discours contradictoires et fonder de multiples approches de l'architecture.
    En marge du modèle classique, les modèles italiens permirent aux Français d'imaginer des parcours théoriques nouveaux et de défendre tour à tour des positions qui relèvent de l'invention formelle ou de la rigueur classique, de la composition géométrique ou pittoresque, d'un rationalisme typologique ou constructif, d'un primitivisme ou d'un culturalisme décoratif, etc. Ces démarches apparaissent comme autant d'esquisses d'une théorie post-vitruvienne de l'architecture, qui est aussi une théorie de notre propre pratique du projet.
    Issu d'une thèse soutenue sous la direction de Françoise Choay, Recueils d'Italie se rattache à la tendance contemporaine qui porte un nouveau regard sur les livres d'architecture, désormais considérés comme des oeuvres, donc comme des objets d'étude à part entière. Il en aborde tous les aspects, du contenu à la forme et aux méthodes de production, évoquant le choix des modèles présentés comme la construction graphique des figures, le rendu et la mise en page comme le découpage en livraisons et la vente par souscription.

  • Bâtir pour Napoléon : une architecture franco-italienne Nouv.

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