Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n'est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s'écroule, et s'écroule toutes les fois qu'on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu'un de vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente.
Ce récit brosse l'épopée de la construction d'un des monuments les plus connus de Paris, dont on ignore qu'il fut l'enjeu de luttes politiques au couteau sous le règne de François Mitterrand. C'est surtout le portrait et l'histoire de son créateur, Johan Otto von Spreckelsen, un architecte danois très secret, professeur aux Beaux-Arts de Copenhague.
Lauréat d'un prestigieux concours international en 1983, fêté pour son projet à son arrivée à Paris, cet homme du Nord découvre avec stupéfaction la désinvolture et les revirements à la française. L'affaire finit tragiquement pour lui, alors que se construit ce portique de marbre qui paraît la sérénité même.
Dans ce roman puissant, Laurence Cossé conjugue l'art de la narration romanesque et la précision d'une longue enquête pour évoquer un destin d'architecte parmi les plus beaux et les plus paradoxaux, les plus absolus et les plus violents du XXe siècle.
Septembre 1935. Robin sort de l'adolescence. Il est né après la mort de son père, comme de nombreux enfants de sa génération, venus au monde pendant la Grande Guerre. La vie politique est alors particulièrement violente en France, tant sur le plan intérieur que dans l'ordre international. Mais, à dix-huit ans, qui n'accorde pas plus d'importance à ses tourments intimes qu'à l'actualité collective ? En la personne d'un de ses camarades de classe préparatoire, Robin découvre que l'amitié est un des noms de l'amour, autrement dit de l'inquiétude. Conrad est la séduction même et l'énigme incarnée. En avril 1936, alors que la tension politique est à son comble, tous les deux vont skier dans un vieux et pauvre village de Haute Tarentaise du nom de Val-d'Isère, dont quelques visionnaires imaginent qu'il pourrait devenir une grande station de ski alpin. Les six jours qu'ils y passent marqueront Robin à vie. Son existence entière va être éblouie par une jeune fille.
Un fou de Stendhal est abandonné en forêt. Une très jolie blonde quitte brusquement une route qu'elle connaît comme sa poche. Un Breton sans histoire rencontre au bord d'une falaise deux inconnus inquiétants. Nous ne sommes pourtant pas dans un roman policier. Les agresseurs ne sont ni des agents secrets ni des trafiquants. Ils ne s'attaquent qu'à des tendres : un ancien routard devenu libraire, une mécène mélancolique, des romanciers... Qui, parmi les passionnés de lecture, n'a rêvé un jour que s'ouvre la librairie idéale ? Une librairie vouée au roman où ne seraient proposés que des chefs-d'oeuvre ? En se lançant dans l'aventure, Ivan et Francesca se doutaient bien que l'affaire ne serait pas simple. Comment, sur quels critères, allaient-ils faire le choix des livres retenus ? Parviendraient-ils un jour à l'équilibre financier ? Mais ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'était le succès.
«Une légende veut que les cathédrales soient à toute épreuve, disait l'expert. Rien de plus faux. Les bâtisseurs du Moyen Âge étaient des bricoleurs. Aujourd'hui, les cathédrales passent leur temps à s'effondrer, à s'enfoncer, à s'effeuiller. Elles coûtent des fortunes en restauration.Et le comble, c'est qu'elles sont moches, mis à part les trente plus célèbres.Mais ça ne fait rien, on retape, on remonte, on colle. On ne compte pas, pour les cathédrales.Seulement, prévenait l'expert, on ne pourra pas le faire indéfiniment. Le coût des restaurations ne fait qu'augmenter. On sera bientôt à la limite des capacités des pouvoirs publics. Il va falloir trouver autre chose, je ne sais pas, vendre un certain nombre de nos cathédrales à qui en voudra, aux Japonais, au sultan de Brunei. Privatiser, quoi. Créer des fondations. Sinon, il n'y aura qu'à laisser tomber. Laisser crouler les cathédrales sans intérêt. Les cent pompes à milliards que personne ne va jamais voir.»À Jean-Léger Tuffeau, l'homme que les cathédrales empêchent de dormir depuis des mois, car il est le responsable du Patrimoine au ministère de la Culture, l'idée fait l'effet d'un éblouissement. Évidemment. Il n'y a qu'à supprimer les cathédrales en surnombre. Ce n'est pas que l'opération soit simple, en pratique. Mais personne n'en pâtira. La collectivité y gagnera. Et lui, Tuffeau, qui est si fatigué, retrouvera le sommeil.Comme on se trompe...
Découvrant que Fadila ne sait li lire ni écrire, Édith entrevoit à quel point la vie est compliquée pour un analphabète et combien c'est humiliant. Elle lui propose de lui apprendre à lire le français.
Fadila n'est pas jeune. Édith n'est pas entraînée. L'apprentissage s'avère difficile. Ce qui semblait acquis un jour est oublié la semaine suivante.
Si Fadila a tant de mal à progresser, c'est que sa vie entière est difficile. Ce n'est pas une marginale. Elle a une famille, un toit, du travail. Mais la violence a marqué son rapport aux autres, depuis l'adolescence. Elle a de la rancoeur contre son Maroc natal et, en France, elle ne se fait pas à la solitude. Elle vit dans une perpétuelle inquiétude.
Édith, de son côté, se sent de plus en plus démunie dans cette aventure dont elle a pris la responsabilité et qui va l'entraîner beaucoup plus loin qu'elle n'aurait cru.
Une amitié singulière, rugueuse et douce, amère, cocasse.
«Dix heures vingt-cinq. Enfin. Il ne restait plus que la lettre brune. Beaulieu l'ouvrit, exaspéré d'avance. Mon Dieu, le nombre de cinglés que Vous mettez au monde. L'écriture était effrayante, une espèce de broderie ne laissant pas la moindre marge à droite ni à gauche, pas plus qu'en haut ni en bas. Il n'y avait que six feuillets, ce soir, moins que les autres fois. Beaulieu prit un carré de chocolat dans le tiroir de son bureau et commença à lire.Six pages plus loin, il tremblait. Cette fois la preuve n'était ni arithmétique, ni physique, ni esthétique, ni astronomique, elle était irréfutable. La preuve de l'existence de Dieu était faite.»
«Je ne dis pas que les hommes ont tort de porter leur regard au-delà de leur femme, de leur maison et de leur terre. Il y a de la grandeur à s'intéresser à la gloire de son pays, au bien de son peuple, plus encore aux horizons inconnus ou à l'avenir de l'humanité.Je ne dis pas non plus que les femmes ont tort quand elles vouent leur vie à un être entre tous, faisant de lui leur monde, leur océan, leur futur, et se refusant à le comparer à qui que ce soit. Aimer, c'est peut-être tout simplement cesser de comparer. Et il y a quelque chose de divin dans cette sacralisation d'un être qui ne le méritait pas plus qu'un autre, ni moins, si l'on croit que tout homme est sacré.Mais il se mêle à ce goût des hommes pour les horizons vastes et pour les ciels nouveaux tant d'insatisfaction de son lot, de sa propre personne et de son vis-à-vis, quel qu'il soit, tant de refus de ses limites et de volonté de puissance, tant de haine de la réalité, tant d'enfantillage, en un mot...Et il y a dans le penchant des femmes pour la fidélité un souci de sécurité, un refus de s'aventurer et un désir de posséder - ses clés, son jardin, son époux - qui s'apparente à un refus non moins enfantin de perdre, de manquer, en un mot de la mort.»
Il y a aujourd'hui, en France, ou ailleurs, quelqu'un qui se trouvait au volant d'une Fiat Uno blanche sous le tunnel de l'Alma, peu après minuit, le 31 août 1997, quand la Mercedes de la princesse Diana l'a dépassé en trombe, a raclé sa voiture et s'est écrasée sur un pilier, sous ses yeux.
Ce quelqu'un ne s'est pas arrêté en voyant l'accident, mais a dépassé à son tour la Mercedes emboutie, a accéléré et filé.
Les semaines suivantes, alors que toutes les polices recherchaient la petite Fiat dont on avait retrouvé des débris de feu arrière sous le tunnel, et un peu de peinture blanche sur la carrosserie de la Mercedes, ce témoin numéro un ne s'est pas signalé. Et il a dissimulé sa voiture de façon qu'on ne la retrouve pas.
Il est peu probable que cet inconnu ait pu agir ainsi à l'insu de tous dans son entourage.
Il y a donc sans doute quelques personnes aujourd'hui, en France, ou depuis longtemps loin de France, qui savent exactement ce qui s'est passé sous le tunnel de l'Alma, et qui s'étonnent chaque matin qu'on ne les ait pas encore retrouvées, ni elles ni la Fiat.
À moins qu'elles ne soient mortes, ces personnes, l'affaire ayant brutalement infléchi le cours de leur vie.