Michel Crépu

  • « Je n'aimais pas la chambre où ma mère est morte. Pourtant, c'était une des plus belles de la Maison. Le lit donnait contre la fenêtre, où balançait un tilleul les jours de printemps. Toute la chambre baignait alors dans une lumière verte. La fenêtre ouvrait sur une prairie où paissaient des chevaux et plus loin sur le profil de Notre-Dame-du-Fort, découpée sur le ciel à la manière d'un Braque. Le mince filet de la Chalouette venait signer ce paysage immobile. Quelqu'un d'entre nous en faisait la remarque, combien ce décor était digne d'admiration. Mais ma mère ignorait cette invitation à la beauté, comme elle semblait indifférente aux photographies de famille que nous avions placées sur sa table de chevet en même temps que le crucifix. L'indifférence de ma mère tenait d'une pierre grise, rêche, mystérieuse. »

  • Après trente années d'éloignement volontaire, Michel Crépu revient sur les lieux d'une passion littéraire pour le créateur d'En attendant Godot.
    Mais est-ce possible de parler de Beckett ? oeuvre limite, qui transforme aussitôt les téméraires en commentateurs bavards. Michel Crépu relève néanmoins le défi. Il relit les oeuvres au gré d'une mémoire qui coïncide avec son attirance de naguère pour la vie monastique, au temps lointain des années 80. La littérature et le spirituel : ici commence une histoire commune, non achevée.
    Jeune homme, il voulait serrer alors la main de l'homme qui avait serré celle de Joyce. Un rendez-vous mémorable lui offrira cette chance. Beckett paraît loin aujourd'hui de la houellebecquerie ambiante. Sa solitude n'a jamais été aussi grande. C'est le moment où jamais d'y retourner voir. C'est ce que réalise Michel Crépu dans ce livre d'heures de lecture et d'intimité.

  • Alors qu'on assiste au crépuscule des grandes idéologies, rarement la difficulté d'admirer aura paru si sensible, si propice aux éclats polémiques. Pourtant, contre l'indifférence et le cynisme érigés en norme ou les emballements immédiats devant tout et n'importe quoi, l'admiration reste une force. La force de s'étonner et de s'incliner devant le beau, le sublime. Toutefois, admirer ne signifie pas se soumettre. C'est même en cela que l'admiration est le contraire de l'idolâtrie. Michel Crépu se penche sur les vertus et les dangers de l'admiration et revisite les oeuvres littéraires de Stendhal, Cioran, Chateaubriand, Céline, Heidegger ou Barthes, et de grandes figures historiques - Napoléon et Malraux notamment -, à la lumière de ce sentiment que Descartes qualifiait de « première des passions ».

  • Ce livre est un tableau de circonstances, comme on le dit d'un changement d'époque. L'action se déroule vers 2017-2018 en France, contrée connue pour aimer les livres et la politique. Cette fois, le pays est servi. Tandis que s'écroulent les grandes familles idéologiques nées au XIXe siècle, le socialisme, le libéralisme, on voit surgit un nouveau monde, mêlé de start up et de légumes bio. Personne ne sait comment s'appelle ce monde. C'est la nouvelle scène où brille l'astre Macron peut-être pour mille ans. En trois petits mois, une page énorme a été tournée, renvoyant au néant d'anciennes célébrités qui ne le sont plus. Le nom de François Fillon a été au centre de ce bouleversement. Donné vainqueur à l'Élysée, il a quitté la scène dans l'habit du vaincu. On a dit qu'il avait été « empêché ». Par qui ? Par quoi ? Un adversaire, sûrement, mais du dedans ou du dehors ? Que nous dit cette minuscule tragédie ? La réponse à ces questions réveille toute une histoire remplie de portraits, d'épisodes, d'anecdotes qui disent le vrai de notre temps. Et quoi de plus amusant que le vrai ? A l'école du Bloc-Notes de François Mauriac où la littérature et la politique s'alimentent à l'envi, loin des catéchismes militants, Un empêchement se veut surtout un bon moment de conversation.

  • 'Lecture, lacte simple qui rassemble, croise et disperse les mille et un livres dont sont faits ces Journaux des Deux Mondes.
    Lecture, pour dire le temps hors du temps des lectures, les griffonnages, les dévorations, la sieste et les promenades.
    Lecture enfin, ´r cause du mot lecture : une guitare dans le patio calme.' Michel Crépu.

  • Un jour

    Michel Crépu

    "Longtemps, j'ai été à me dire : "Quand mon père mourra, ce sera énorme." Je voyais ça comme une rupture d'ordre cosmique. Je n'arrivais pas à imaginer mon père absent du monde. Lui et le monde, ça faisait tout un. Cela était peut-être dû au fait que mon père, toute sa vie, a construit des maisons. Des années entières, il s'est débrouillé pour faire tenir debout des volumes dans l'espace. Crayon, T, équerre, gomme, compas, table à dessin : voilà pour les munitions, le carquois. Mon père en blouse blanche, noyé dans les calques, les devis, les plans, est une des images cardinales que je garde de son passage sur cette terre. Vous l'avez sûrement croisé. On ne pouvait pas le rater." Michel Crépu.

  • En un sens, {le corps de ses ombres} est un récit de voyage, une expédition à l'intérieur d'une oeuvre considérée comme d'un "classique" et qui aujourd'hui fait figure de "terre inconnue". tout nous sépare de lui : sa pensée, sa théologie, l'époque, l'absolutisme louis-quatorzien : c'est justement cet éloignement extrême qui peut faire l'objet d'une curiosité voyageuse. Cet homme mort en 1704 serait-il notre contemporain ? Il ne s'agit donc pas d'un retour à Bossuet, mais d'un voyage de l'autre côté de la {frontière}. Paul Hazard disait : "la France s'endort avec Bossuet, elle se réveille avec Voltaire". Ce qui est intéressant, c'est de mesurer aujourd'hui la puissance d'impact d'une écriture extraordinairement aboutie. Il y a même là une étrange fraîcheur : les thèmes de Bossuet sont indépendants des "modes" : la mort, la puissance, l'ambition, l'amour. Bossuet est proche des grands moralistes de son siècle : La Rochefoucauld, La Bruyère, qui étaient ses amis. On s'aperçoit aujourd'hui, même après Freud, qu'il y a là le dépôt d'un certain savoir sur la condition humaine, nullement dévalué. Le livre fait le pari que ce regard croise quelques unes de nos préoccupations spirituelles majeures. Bossuet, à sa manière, sombre, définitive, est le plus étrange de nos contemporains.

  • Vision de Jackie Kennedy au jardin Galliera est une fantasmagorie d'inspiration familiale, où la grande histoire croise la petite. Pour la grande, l'épisode Kennedy, l'attentat de Dallas, la rencontre fortuite de Jackie. Pour la petite, la mort accidentelle, au même moment, d'un copain de classe. Double initiation à la mort à l'orée d'une adolescence. Les deux fils sont tirés en même temps, ils déploient une histoire fabulée jusqu'à notre époque, et racontent la naissance d'une vocation littéraire. Jackie Kennedy, entourée de quelques autres fantômes, pourrait bien être la voix secrète d'une telle fantasmagorie.

  • "Parce que, dans l'une et les autres rencontres, je butais naïvement sur une énigme : pourquoi, comment, ces rencontres vous touchent-elles à ce point? Car énigme il y a. Qui me requiert à proportion qu'elle me résiste, comme celle des fleurs du cognassier ou celle de l'herbe des prairies." Philippe Jaccottet

  • Chateaubriand est un mal-aimé. Boudé par sa famille, les antimodernes, honni par les révolutionnaires, il demeure un romantique trop peu sulfureux.
    Et pourtant.
    Séducteur invétéré, frère amoureux de sa propre soeur, chantre ambigu de la liberté, royaliste scandaleux, Chateaubriand reste un des écrivains les plus complexes de la langue française.
    Admirée par de Gaulle et objet de fascination pour Gracq et Sainte-Beuve, son oeuvre immense est le témoin privilégié de la période révolutionnaire, de l'Empire, et des débuts de la république.
    Il était donc temps que Michel Crépu ressuscite l'auteur des Mémoires d'outre-tombe et l'amant de Juliette Récamier.
    Peignant avec humour ce « jean-foutre qui avait raison sur les choses graves », il nous livre, outre le portrait d'un écrivain méconnu, la chronique d'une époque. De la pourpre consulaire aux champs de bataille, en passant par l'intimité des chambres de jeunes filles, Michel Crépu nous offre un essai brillant, et prodigieux de vérité.

  • La Revue des Deux Mondes publie en mars des documents, pour la plupart inédits, de Pierre Drieu la Rochelle . Outre une missive à Jean Paulhan, un poème et des avants-textes à la nouvelle « La comédie de Charleroi », le lecteur découvre ving

  • Oui ou non, le roman a-t-il encore quelque chose dans le ventre ? Une nouvelle querelle des anciens et des modernes a-t-elle lieu ? Au fait, qu'est ce qu'un scandale littéraire ? Que veut notre époque : faire de la sociologie avec du roman ou le contraire ? La génération a-t-elle un sens en littérature ? Qu'est-ce donc qu'une tendance ? Qui a gagné ? Maurois ? Joyce ? Union sacrée pour Houellebecq ? Quels sont les enjeux ? Le jansénisme est-il la maladie infantile de la littérature française ? L'anti-libéralisme une esthétique ? Érudit et polémique, aigu et drôle, Michel Crépu dessine une nouvelle figure de la littérature en cette fin de siècle.

    Critique littéraire à L'express Michel Crépu est notamment l'auteur du Tombeau de Bossuet (prix Femina de l'essai 1998, prix de la critique de l'Académie française).

  • " Quand j'ai commencé à écrire Quartier Général, je voulais explorer l'alchimie secrète d'un destin littéraire. Je pensais à une figure d'écrivain : non celle du " grandécrivain ", trop évidente, mais celle, plus mystérieuse, du météore. Qu'est-il venu dire ? Quelle est sa trace ? Que peut-on en déduire oe
    En cours d'écriture, j'ai vu, presque malgré moi, se dessiner une époque. Dans le livre, celle-ci correspond à la période qui va du milieu des années 70 à l'extrême fin du XXème siècle. Quelques signaux sont là, comme des symptômes. Écroulement du communisme, déroute des " grands récits ", disparition des avants gardes, avènement tranquille du nihilisme mou.
    Le météore s'appelle Baume. L'époque, il la traverse, il l'habite à sa façon, il est son étranger de l'intérieur. Une sorte d'ermite bizarre, expérimentateur à tout va, cynique, timide, fabulateur, pianiste de jazz, toqué de mystique, fils de collectionneur d'art, capable d'entraîner un honorable professeur du Collège de France dans un improbable délire archéologique, l'auteur enfin d'un seul livre qui donne son titre à celui-ci. Une femme apparaît, l'élément aérien du livre, elle s'appelle Claudia.
    Une certaine géographie organise l'ouvrage : Hambourg, Paris, New York, Prague, Calcutta, et plus loin encore. Le météore se déplace, il promène avec lui son secret. On est à la fois en relation avec une vie intérieure très dense et avec l'agitation carnavalesque du monde extérieur. Certaines forces sont en présence : méditantes, réflexives, grotesques, dérisoires.
    Arrivé à la fin, je ne suis pas sûr que Baume soit un écrivain. Plus j'ai voulu m'approcher de son énigme et plus celle-ci s'est renforcée : de sorte que ce livre est la vision de l'énigme bien plus que sa résolution. On s'est déplacé d'un pôle mélancolique via Prague et les fantômes de la mitteleuropa vers un pôle burlesque et chimérique pour basculer finalement dans un royaume d'opérette aux confins de l'Inde et du Népal. Manière comique de donner raison au fameux apocryphe de Malraux : le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas. Le spectacle est commencé.
    L'ensemble est raconté par un narrateur discret, Jacques Cambray, qui a été, en quelque sorte, le témoin de Baume. Il voit les choses à sa manière, on doit lui faire confiance. Chemin faisant, il construit un curieux objet littéraire. Autobiographie ? Portrait ? Journal ? Chronique ? Aventure ? Après tout, l'écrivain, c'est peut-être lui. "
    M.C.


  • Le scoop est là, la dépêche qui tue
    vient de tomber : la France
    est un pays comme les autres.
    Sans doute est-ce la première fois
    de son histoire que la France
    est seule à porter le poids
    de sa propre vanité.


  • L´Afrique est devenue un continent d´avenir, entend-on ici ou là. Elle affiche un appétit sans limite pour les téléphones portables et les nouveaux riches ont adopté tous les tics des classes moyennes mondialisées. De « pré carré » de l´ancienne Europe coloniale, l'Afrique devrait devenir en 2030 membre à part entière de la nouvelle triade (Chine-Inde-Afrique) en lieu et place des États-Unis-Europe-Japon. Les pays émergents - dont la Chine - y trouvent les potentialités naturelles rares et un marché pour les biens de consommation. Après quatre décennies de description larmoyante d´une Afrique qui agonise, voici venue l´heure du miracle subsaharien ou du moins de son décollage. Retournement réel, statistiques trafiquées ou effet du nouveau regard « ajusté » des Européens ? C´est ce que la Revue des Deux Mondes a cherché à savoir dans ce numéro.


    En ouverture du dossier, Georges Courade et Robert H. Beates dressent un large panorama économique, démographique, géopolitique et sociétal, mettant en évidence les mouvements contradictoires à l´oeuvre sur le continent. L´Afrique subsaharienne se cherche un modèle politique entre communisme et capitalisme, explique de façon originale Marc-Antoine Pérouse de Montclos. Katherine Marshall se penche sur la délicate question religieuse : cette force dynamique complexe reste difficile à appréhender par les décideurs politiques africains et les autorités nationales. Lucy Mushita et Albertine Tshibilondi Ngoyi explorent quant à elles la condition féminine : la première regarde l´évolution entre la femme d´hier et d´aujourd´hui, la seconde s´exprime sur le couple numérique/beau sexe. Anne-Sophie Bordry et Anne Bouverot s´interrogent plus largement sur les usages d´Internet, son pouvoir et son influence. Enfin Jean-Louis Triaud revient sur les fameux manuscrits de Tombouctou, objet de tous les fantasmes mais aussi de toutes les menaces.
    Également au sommaire, le second volet d´un bel entretien avec Roger Grenier. Le « doyen des éditions Gallimard » nous fait revivre son expérience d´éditeur à partir des années soixante.

    La Revue des Deux Mondes a réalisé ce numéro avec la collaboration de l'institut Aspen France.

  • Tous, auteurs, éditeurs, libraires, nous savons que rien n'est plus terrible que le silence des livres. George Steiner nous invite à ne pas oublier la vulnérabilité de l'écrit sans cesse - et de plus en plus - menacé. Son éblouissante approche de la lecture va de pair avec une critique radicale des formes nouvelles d'illusion, d'intolérances et de barbarie de nos sociétés dites éclairées.

    Cette inquiétude est en quelque sorte apaisée par un émouvant « éloge du livre » de Michel Crépu, qui nous renvoie à ce sens intime de la finitude que nous apprend précisément l'expérience de la lecture.

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  • La Haine du livre est bien sûr, avant toute chose, une provocation. Pour quiconque connaît l'oeuvre de Steiner, son amour du livre est incontestable. Néanmoins une question le taraude : Pourquoi l'Occident, malgré la culture, a-t-il produit la barbarie ? George Steiner relate dans un premier temps l'histoire du livre, son évolution technique (tablette d'argile, papyrus ou papier), son importance dans le destin de l'Occident : la Bible en est évidemment la référence centrale, aussi bien que les grands fondamentaux philosophiques, d'Aristote à la philosophie contemporaine ; enfin, la littérature et l'Âge d'or du livre. George Steiner s'intéresse ensuite à ceux qui ont voulu la fin du livre, au nom de la supériorité de la transmission orale, des charmes d'une innocence rousseauiste ou de l'utopie révolutionnaire. Enfin, il aborde les nouvelles menaces : la censure, les nouvelles technologies, la révolution électronique qui creuse davantage encore le fossé entre littérature du savoir et littérature du pouvoir.
    La réponse de Michel Crépu met en lumière cette relation de désir au livre, d'amour du sens inépuisable, et l'éventualité d'une fin, la peur, voire la haine. Il en résulte une expérience très paradoxale de la vulnérabilité du livre : ce qu'on éprouve, c'est la puissance de cette fragilité. C'est l'expérience même de la lecture qui est en jeu.

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