Grasset Et Fasquelle

  • En un sens, {le corps de ses ombres} est un récit de voyage, une expédition à l'intérieur d'une oeuvre considérée comme d'un "classique" et qui aujourd'hui fait figure de "terre inconnue". tout nous sépare de lui : sa pensée, sa théologie, l'époque, l'absolutisme louis-quatorzien : c'est justement cet éloignement extrême qui peut faire l'objet d'une curiosité voyageuse. Cet homme mort en 1704 serait-il notre contemporain ? Il ne s'agit donc pas d'un retour à Bossuet, mais d'un voyage de l'autre côté de la {frontière}. Paul Hazard disait : "la France s'endort avec Bossuet, elle se réveille avec Voltaire". Ce qui est intéressant, c'est de mesurer aujourd'hui la puissance d'impact d'une écriture extraordinairement aboutie. Il y a même là une étrange fraîcheur : les thèmes de Bossuet sont indépendants des "modes" : la mort, la puissance, l'ambition, l'amour. Bossuet est proche des grands moralistes de son siècle : La Rochefoucauld, La Bruyère, qui étaient ses amis. On s'aperçoit aujourd'hui, même après Freud, qu'il y a là le dépôt d'un certain savoir sur la condition humaine, nullement dévalué. Le livre fait le pari que ce regard croise quelques unes de nos préoccupations spirituelles majeures. Bossuet, à sa manière, sombre, définitive, est le plus étrange de nos contemporains.

  • Chateaubriand est un mal-aimé. Boudé par sa famille, les antimodernes, honni par les révolutionnaires, il demeure un romantique trop peu sulfureux.
    Et pourtant.
    Séducteur invétéré, frère amoureux de sa propre soeur, chantre ambigu de la liberté, royaliste scandaleux, Chateaubriand reste un des écrivains les plus complexes de la langue française.
    Admirée par de Gaulle et objet de fascination pour Gracq et Sainte-Beuve, son oeuvre immense est le témoin privilégié de la période révolutionnaire, de l'Empire, et des débuts de la république.
    Il était donc temps que Michel Crépu ressuscite l'auteur des Mémoires d'outre-tombe et l'amant de Juliette Récamier.
    Peignant avec humour ce « jean-foutre qui avait raison sur les choses graves », il nous livre, outre le portrait d'un écrivain méconnu, la chronique d'une époque. De la pourpre consulaire aux champs de bataille, en passant par l'intimité des chambres de jeunes filles, Michel Crépu nous offre un essai brillant, et prodigieux de vérité.

  • Oui ou non, le roman a-t-il encore quelque chose dans le ventre ? Une nouvelle querelle des anciens et des modernes a-t-elle lieu ? Au fait, qu'est ce qu'un scandale littéraire ? Que veut notre époque : faire de la sociologie avec du roman ou le contraire ? La génération a-t-elle un sens en littérature ? Qu'est-ce donc qu'une tendance ? Qui a gagné ? Maurois ? Joyce ? Union sacrée pour Houellebecq ? Quels sont les enjeux ? Le jansénisme est-il la maladie infantile de la littérature française ? L'anti-libéralisme une esthétique ? Érudit et polémique, aigu et drôle, Michel Crépu dessine une nouvelle figure de la littérature en cette fin de siècle.

    Critique littéraire à L'express Michel Crépu est notamment l'auteur du Tombeau de Bossuet (prix Femina de l'essai 1998, prix de la critique de l'Académie française).

  • " Quand j'ai commencé à écrire Quartier Général, je voulais explorer l'alchimie secrète d'un destin littéraire. Je pensais à une figure d'écrivain : non celle du " grandécrivain ", trop évidente, mais celle, plus mystérieuse, du météore. Qu'est-il venu dire ? Quelle est sa trace ? Que peut-on en déduire oe
    En cours d'écriture, j'ai vu, presque malgré moi, se dessiner une époque. Dans le livre, celle-ci correspond à la période qui va du milieu des années 70 à l'extrême fin du XXème siècle. Quelques signaux sont là, comme des symptômes. Écroulement du communisme, déroute des " grands récits ", disparition des avants gardes, avènement tranquille du nihilisme mou.
    Le météore s'appelle Baume. L'époque, il la traverse, il l'habite à sa façon, il est son étranger de l'intérieur. Une sorte d'ermite bizarre, expérimentateur à tout va, cynique, timide, fabulateur, pianiste de jazz, toqué de mystique, fils de collectionneur d'art, capable d'entraîner un honorable professeur du Collège de France dans un improbable délire archéologique, l'auteur enfin d'un seul livre qui donne son titre à celui-ci. Une femme apparaît, l'élément aérien du livre, elle s'appelle Claudia.
    Une certaine géographie organise l'ouvrage : Hambourg, Paris, New York, Prague, Calcutta, et plus loin encore. Le météore se déplace, il promène avec lui son secret. On est à la fois en relation avec une vie intérieure très dense et avec l'agitation carnavalesque du monde extérieur. Certaines forces sont en présence : méditantes, réflexives, grotesques, dérisoires.
    Arrivé à la fin, je ne suis pas sûr que Baume soit un écrivain. Plus j'ai voulu m'approcher de son énigme et plus celle-ci s'est renforcée : de sorte que ce livre est la vision de l'énigme bien plus que sa résolution. On s'est déplacé d'un pôle mélancolique via Prague et les fantômes de la mitteleuropa vers un pôle burlesque et chimérique pour basculer finalement dans un royaume d'opérette aux confins de l'Inde et du Népal. Manière comique de donner raison au fameux apocryphe de Malraux : le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas. Le spectacle est commencé.
    L'ensemble est raconté par un narrateur discret, Jacques Cambray, qui a été, en quelque sorte, le témoin de Baume. Il voit les choses à sa manière, on doit lui faire confiance. Chemin faisant, il construit un curieux objet littéraire. Autobiographie ? Portrait ? Journal ? Chronique ? Aventure ? Après tout, l'écrivain, c'est peut-être lui. "
    M.C.

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