Mireille Hilsum

  • le premier volume a défini en propre la relecture du xviiie au xxe siècles.
    prise entre hier et demain, entre la tentation de refaire et le risque de défaire, la relecture est une forme de retour sur l'oeuvre publiée. les modalités en sont nombreuses. le premier volume a privilégié la relecture par les mots, que l'écriture soit ou non de l'ordre de la glose. le second s'ouvre à l'édition, au rôle nouveau des éditeurs et des directeurs de collections. aux gestes de l'auteur quand il se transforme, le temps d'une anthologie ou de la conception d'une oeuvre complète, en co-éditeur de son oeuvre.
    aux enjeux modernes de telles entreprises. aux livres brisés, morcelés des années 70. le xxe siècle est celui des catastrophes et des révisions déchirantes, parfois accomplies dans le silence et la censure. les relectures téléologiques se raréfient, la nécessité de l'oubli aussi. alors qu'une commune exigence éthique interdit aux poètes présents dans ce volume toute forme de révision, la relecture de la prose quitte les marges ou les seuils, elle gagne voire mine l'oeuvre elle-même, sans cesse reprise, revue, retouchée.

  • Le début du XXIe siècle a vu se multiplier les ouvrages interrogeant les modèles conceptuels, notions critiques et méthodes dont dispose la francophonie littéraire pour se penser et appréhender son objet qui ne cesse de se renouveler. Le présent volume poursuit l'effort réflexif entrepris par Michel Beniamino et Lise Gauvin (1999, 2005), Jean-Marc Moura et Lieven D'Hulst (2003) et Dominique Combe (2010) afin d'actualiser le cadre théorique et poétique au terme de deux décennies pendant lesquelles les littératures francophones se sont imposées dans le champ littéraire français. Ainsi, par ce nouvel état des lieux, cet ouvrage collectif, issu d'un séminaire d'une grande richesse, contribue à offrir aux études francophones une assise épistémologique solide ainsi qu'une ouverture aux nouvelles écritures, en faisant dialoguer de façon originale chercheurs, étudiants et écrivains, dont les regards croisés renouvellent les approches.

  • Guerre " sans nom ", la guerre d'Algérie ne fut pourtant pas, malgré la surdité ambiante, une guerre sans mots.
    Depuis plus d'un demi-siècle, l'innommable et la honte ont soulevé des voix, dans la génération des pères comme dans celle des fils et des filles, ce livre se propose d'en révéler l'abondance et la diversité, comme de retracer les multiples chemins par lesquels cette guerre avec insistance nous concerne. Écrire et publier la guerre d'Algérie. De l'urgence aux résurgences. Le titre dit la volonté d'embrasser tout à la fois le temps, du second XXe siècle au XXIe siècle, et les mémoires, celle des appelés comme celle des harkis, celle des combattants de l'indépendance, algériens ou français, celles encore de leurs enfants.
    Le volume se compose de deux parties, l'une contemporaine de la guerre et l'autre postérieure. La première s'ouvre sur l'engagement des éditeurs - Maspero, Le Seuil, Julliard - et sur l'invention de collections où s'expérimente une écriture de l'histoire immédiate. Rarement les éditeurs auront joué un tel rôle, dans la naissance et la promotion, d'une nouvelle littérature : au Nouveau Roman promu par Jérôme Lindon succède et peut-être s'oppose la nouvelle esthétique, imaginée par Maspero et bientôt incarnée par Perec.
    Dans l'urgence, durant la guerre elle-même, nombre d'intellectuels et d'écrivains interviennent par la presse et dans le livre. Chacune des études proposées ici examine la manière dont se noue ou se renoue le lien entre poétique et politique : les uns, tel Mauriac, inventent, d'autres, tel Sénac, cherchent à se réapproprier un héritage de la guerre précédente. Bien des questions (celle de la langue de nouveau confrontée à l'horreur, celle de la honte et du silence des pères) lient une guerre et une littérature à l'autre.
    On les retrouve dans la seconde partie de l'ouvrage, consacrée aux résurgences de la guerre d'Algérie dans la littérature " d'après ", spécialement celle des années 80 à nos jours. Une guerre hante l'autre, sans que cela autorise à parler, au singulier, d'une littérature de la guerre d'Algérie. Chercheurs et écrivains tentent de définir ces littératures d'une guerre qui fut au moins deux fois civile.

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