Gallimard

  • " en ce temps-là, la guerre couvrait ecbatane.
    Beaucoup d'esclaves s'échappaient, s'accrochaient aux vainqueurs mais quand ceux-ci voulaient les faire parler sur la résistance des occupés, les esclaves refusaient de livrer le nom de leurs anciens maîtres, ils retombaient alors dans une plus grande servitude. ecbatane était encore la plus vaste capitale de l'occident : elle avait été bâtie sur quinze kilomètres de côtes. chaque jour, les plages en contrebas du boulevard du front de mer, se couvraient de cadavres de jeunes résistants débarqués la nuit et fusillés par les sentinelles de mer.
    Les vainqueurs avaient vaincu sans peine : ils avaient pris une ville qui se débarrassait de ses dieux ".

  • Le grand désert, ses zones vivrières, pastorales, pétrolières, nucléaires, frontalières.
    La guerre, le viol de vivants et de morts, un crime passionnel, des incestes, la faim.
    Un bordel de femmes pour les soldats, un bordel de garçons pour les ouvriers ; contigus et communicants : quelques heures d'une exaltation sexuelle sans précédent. Épouses, fiancées, soeurs, libres, installées sur les limites du territoire prostitutionnel, surveillent, commentent la perte, en des orifices stériles, du sperme reproducteur. Plus loin, en fin de journée, sur le sol incertain d'un commencement de steppe, deux corps de rencontre (mais ne sont-ils pas mère et fils ?) et leurs «annexes», un bébé et un singe pour la femme errante, son esclave pour le nomade adolescent, reconstituent, encerclés par le mouvement hostile des choses avant la nuit, la gesticulation du couple d'après la Chute, le premier accouplement, le premier alphabet. L'état de terreur absolue.
    Longtemps placé sous censure, Éden, Éden, Éden, comme d'autres grands classiques de notre littérature, laisse entendre, au travers d'une mise en scène éclatante de la «monstruosité» (bonheur dans l'assujettissement, désarroi dans la liberté), ce chant indestructible parce que inexplicable : le rire de l'innocent que l'on souille et qui ne le sait pas.

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  • Formation

    Pierre Guyotat

    « Ce récit raconte la formation sensorielle, affective, intellectuelle et métaphysique d'un enfant né au tout début de la Deuxième Guerre mondiale, en France, dans un village du Sud-Est, dans une famille ancienne, catholique, et sans fortune. Je l'ai écrit comme la plupart de mes textes, à l'indicatif présent : à très peu près. Les sentiments, les interrogations, les pensées sont d'un enfant - qui ne cesse de questionner ses aînés - puis d'un adolescent - qui, à quatorze ans, décide d'écrire -, les idées, les convictions, les tourments qui s'y manifestent sont ceux de son entourage, de son temps, dans ses lieux. »
    Pierre Guyotat.

  • Prostitution

    Pierre Guyotat

    I (9 à 29) « Alger. Une rue. Au 16 ter, bordel mâle.
    Dehors : Ali, prostitué du tenancier Paulo Martinez, pressé par une bande de jeunes clients, commente ce qui se fait à l'intérieur et qu'on devine à travers la vitre du bordel ; et identifie chacun des trois autres prostitués mâles : la « blonde », la « velue », Rabia (pages 9 à 16, ligne 22).
    Sortie et accouplement-causette, sur le trottoir et dans la rue, de la blonde avec son client le maçon blond (pages 16 à 18, ligne 18). La blonde passe le maçon à la velue, rentre au bordel. Une nouvelle bande écarte le maçon et presse la velue. La bande réclame la blonde (pages 18 à 25, ligne 5).
    La velue rentre pour convaincre la blonde, en état d'accouplement avec un nègre, de sortir. La blonde veut, en veut. Paulo, qui tient à la qualification de son favori dont il ferait bien son sous-maître, puis son héritier, refuse. Rébellion de la blonde. Appel du proxénète à la reconnaissance du prostitué. Rabia, le fellateur (pages 25 à 29, ligne 30).

    II (29 à 45) Comment à moi enfant, adolescent, la langue à écrire m'est venue.
    Le collège, les condisciples : Drevet, Farlay. La Bible, l'Antiquité, les Invasions barbares, le Japon légendaire, la Seconde Guerre mondiale, je m'y incarne en esclave, en prostitué, en martyr, dont la seule défense est le don poétique. L'État, la Religion, la Loi (Édit de Constantin) ne peuvent rien contre l'inextricable : l'enfant poète n'aura de génie que pour faire entendre ce qui du Monde lui fait le plus horreur et honte. » (Extrait du résumé)

  • « La question peut donc se poser de la méthode pertinente pour se confronter à une oeuvre qui est un univers à elle seule, en croissance perpétuelle ; une personne qui, comme l'océan de Victor Hugo surgissant dans la préface à l'édition japonaise de Tombeau pour cinq cent mille soldats, intègre tout à son champ de songe. Pierre Guyotat, dans les nombreux entretiens qu'il a donnés depuis près de cinquante années, a précisé ses positions. Plus récemment, en 2000, à l'occasion de la sortie de Progénitures, il a livré, dans un livre réalisé avec Marianne Alphant, Explications, des clefs pour son monde. Il convient désormais, quinze ans plus tard, de compléter cette entreprise en donnant à voir le regard de Pierre Guyotat, en donnant à lire sa voix nue. En [...] montrant ce à quoi pense l'auteur quand il crée. »C'est ainsi que Donatien Grau, dans sa préface au présent ouvrage, précise les contours de la démarche commune de l'auteur et de l'universitaire. Le livre d'entretiens qui en résulte permet au lecteur de pénétrer la pensée de Pierre Guyotat sur des sujets aussi variés que le rapport de la poésie au monde, la guerre d'Algérie, l'ascèse, le communisme, le don. Guidé par les questions pertinentes de son interlocuteur, parfait connaisseur de l'oeuvre, Pierre Guyotat nous parle de son enfance, de sa découverte de la sexualité, de ses luttes politiques et de sa vie d'aujourd'hui. Ses commentaires sur l'Histoire de France, sur la société contemporaine comme sur la civilisation occidentale sont tout aussi éclairants que les révélations sur sa manière d'écrire et de travailler.Un livre indispensable pour tout lecteur de Pierre Guyotat.

  • Une mégapole intercontinentale et multiclimatique constituée de sept mégapoles dont l'une au moins est en guerre. Vaisseaux spatiaux, drones occupent l'espace céleste. En bas, animaux, monstres, fous de dieu.
    En bordure d'un district chaud de l'une de ces sept mégapoles, de climat chaud, ´r proximité de grands ports et de grands chantiers, et dans un reste d'immeuble (rez-de-chaussée, escalier, deux étages), un bordel mené par un maître jeune qui l'a hérité de son pcre, et qui se pique.
    Trois putains y traitent un tout-venant de travailleurs époux souvent trompés, pcres prolifiques , de fugitifs, d'échappés d'asiles, de meurtriers : deux mâles, un pcre, son fils, Rosario, une femelle en chambre ´r l'étage et qui ne sort jamais un chien la garde. Les deux mâles sont renforcés, en cas d'affluence, d'un appoint, époux abandonné avec enfants ; la femelle est le but sexuel mais il faut passer par l'un des mâles, le tarif comprend les deux prises.
    Vie domestique ordinaire dedans, et au dehors immédiat : toilette, ´r l'étage, des putains, leur exposition, en bas, ´r l'entrée contre le mur (la montre), prises disputées, conflit pcre / fils, saillies de putains ´r putains d'autres bordels pour renouvellement des cheptels.
    Aventures extérieures, surtout pour Rosario dont la mcre survit dans un battage mi-urbain mi-rustique, climat humide, trcs lointain dans la mégapole. Il la visite ´r intervalles réguliers : le trajet d'aller, en camionnette ou fourgon locaux d'abord puis en bahut intercontinental, dure plus d'une journée, de nuit ´r nuit, la visite, quelques heures ´r l'aube, ou, entre autres, la mcre reprise le mowey, court vetement, toujours redécousu, du fils.
    La fiction avance sous forme de comédie, crue et enjouée, de dialogues, de jactances, de direct sur l'action en cours.

    J'ai écrit ce texte, de langue aisée, d'une seule traite et toutes affaires cessantes, comme exercice de détente dans le cours de la rédaction d'une uvre plus longue, Géhenne, ´r paraître prochainement : son emportement, son allégresse se ressentent, je l'espcre, de cette exclusive heureuse. Le monde qui s'y fait jour n'est ni ´r désirer ni ´r rejeter : il existe aussi, en morceaux séparés par la distance, dans l'humanité actuelle ; et je ne suis ni le premier ni le dernier ´r vouloir et savoir tirer connaissance, beauté et bonté de ce qui peut nous paraître le plus sordide, voire le plus révoltant, ´r nous tels que nous sommes faits.
    Pierre Guyotat.

  • Une mégalopole à la jonction de trois continents, d'océans, de cordillères ; mégapoles, bras de mer, fleuves, massifs, pics, glaciers, terres riveraines sous montée des eaux ; enchevêtrements de voies au sol et suspendues ; tours de verre, temples, ports, théâtres sur l'eau, habitats de pilotis, décharges-montagnes ; rats, chiens, rapaces diurnes et nocturnes, singes, serpents, fauves.Guerres, asservissements, peu de zones libres, très peu d'humanité paisible.En bordure d'un district de l'une des cités-mégapoles qui constituent la mégalopole, et devant une zone de chantiers portuaires, dans un ancien bar avec habitation à l'étage, un bordel. Un maître, fils de l'ancien tenancier, y possède trois putains : une petite femelle, muette, étendue à l'étage, deux mâles - celui, sans nom, qu'il a hérité de son père et l'un des très nombreux « petits » de ce mâle, épars dans les mégapoles : nommé, lui, Rosario.Ni « clients », ni « prostitué(e)s », figures et termes d'une sociologie et d'un érotisme désuets; mais « ouvriers », « tâcherons » - presque tous bons époux et bons pères - et « putains » ou « mâles » et « femelles ; humains et non - humains. La première partie de Joyeux animaux de la misère s'achevait provisoirement sur la copulation de Rosario avec sa génitrice en activité dans un bordel d'un lointain massif minier : une progéniture en est attendue.Cette seconde partie, Par la main dans les Enfers, met en scène, en voix, entre autre, la castration, dans une rixe, du géniteur de Rosario puis le transport « sanitaire » du castrateur, pauvre ouvrier tueur de rats la nuit, aveuglé par ses rats en rage, vers des « Urgences » d'accès difficile, à travers stupre, massacre et beauté.P. G.

  • Arriere-fond

    Pierre Guyotat

    Suite à Formation (2007) qui n'est pas du " souvenir d'enfance " comme on l'a quelquefois écrit, mais le récit de formation d'un enfant qui pense pouvoir consacrer sa vie à la création, j'ai voulu concentrer mes forces de mémoire, d'empathie et de poésie sur la quinzième année de mon âge. On trouvera ici, entre autres faits - Dieu Créateur, Dieu Rédempteur, Vierges, conflit au père, amitié de la mère dans les prémices de sa disparition trois ans plus tard, Cosmos, Histoire, filles, femmes, garçons, filles encore, Nature, animaux, ruines de guerre, cirque, et surtout, avec la Poésie, le sexe de femme -, l'histoire, la description, l'explication d'une pratique, la " branlée-avec-texte " qui, depuis l'esquisse de sa description en 1972 dans " Langage du corps " (in Vivre) où je la signale comme déjà révolue, a suscité et suscite toujours des interprétations erronées, des déformations, voire des racontars réducteurs, quand ce qui l'animait alors se situait bien au-dessus et bien en dessous de ce qu'on croit. Plutôt que de reprendre le courant chronologique de Formation, j'ai procédé ici par journées souvent longues et suivies de leurs nuits, comprises entre la fin de Juin et la fin d'août de l'année 1955.

  • Litterature interdite

    Pierre Guyotat

    Les plus « inspirés » parmi nos « auteurs », les plus « maudits », les plus indécents n'ont jamais dédaigné d'expliquer leurs écrits, avec les moyens théoriques et techniques dont ils disposaient en leur temps et ceci, pour la seule raison que ces écrits étaient «menacés» et ne jouissaient pas de la protection de « critiques » amoureux de la « visionnarité » innocente et du « neutralisme » idéologique, écrit Pierre Guyotat.
    Ce livre, voué à la défense et illustration de Tombeau pour cinq cent mille soldats et de Éden, Éden, Éden contient notamment des entretiens avec Roger Borderie, Thérèse Réveillé, Catherine Backès-Clément, Aimé Guedj, Guy Scarpetta, Jacques Henri ? qui permettent à l'auteur de s'expliquer pleinement.
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  • Progenitures

    Pierre Guyotat

  • Le livre

    Pierre Guyotat

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