Vincent Leblan

  • Sur quelles définitions de la culture les primates sont-ils devenus des êtres « culturels » ? Pour les sciences sociales, le singe est une curiosité située aux frontières des sujets et terrains d'enquête. La primatologie, quant à elle, enracine biologiquement des attributs longtemps considérés comme proprement humains : de la société à la culture en passant par la conscience ou le langage.
    Aux antipodes du réductionnisme génétique de la primatologie, Vincent Leblan s'oriente vers une anthropologie de l'animal s'attachant à cerner le rôle des sciences sociales dans les dynamiques « culturelles » des singes.

    Le lecteur est convié à suivre, du xixe siècle à nos jours, les chimpanzés habitant les milieux agro-pastoraux du Kakandé en Guinée. Un des points insolites de cette étude est l'utilisation de palmiers à huile pour construire leurs nids. L'auteur montre alors comment l'absence de détermination environnementale - d'autres espèces d'arbres pourraient servir à la confection des nids - peut être l'expression d'un comportement culturel chez ces chimpanzés. En évitant les pièges d'une comparaison entre sciences de la vie et sciences sociales, et tout en tentant de ne pas symétriser compétences humaines et animales, ce livre montrera aussi comment l'histoire humaine de l'environnement intervient dans les comportements et l'activité cognitive des chimpanzés.

  • Le spécimen et le collecteur se concentre sur la première des étapes propres à toute entreprise naturaliste, celle de la collecte des spécimens. Les auteurs s'attachent à comprendre ses spécificités matérielles, intellectuelles et politiques et à cerner les enjeux de connaissance qui motivent ses protagonistes. Fouler le terrain de la collecte revient à sortir de l'ombre les savoirs et les attentes des informateurs et des intermédiaires locaux. Au fil des pages se dessinent, sur plus de deux siècles, des oppositions et des coalitions inattendues d'intérêts et d'agents hétéroclites (explorateurs et informateurs, colons et colonisés, savants et marchands...) qui entrent en jeu dans la création des collections. Les spécimens ne sont alors plus seulement des objets agencés dans une classification de la nature indépendante des savoirs et des pratiques qui les ont produits, mais bien des éléments de culture matérielle que l'on peut considérer comme symboliques et constitutifs de relations sociales. En un mot, ils deviennent objet et parfois source d'histoire. Les contributions éclairent le parcours des collecteurs ou des spécimens eux-mêmes, la politique des muséums pour canaliser leurs trajectoires, et témoignent de l'altérité des lieux où les spécimens furent prélevés. Les auteurs relatent ainsi la diversité des savoirs, naturalistes ou pas, impliqués dans ces singulières accumulations matérielles que l'on peut désormais explorer à nouveaux frais.

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