William Cliff

  • Le Temps pourrait finalement être le titre général de l'oeuvre, abondante et généreuse comme une fête breughélienne, du merveilleux et facétieux rimailleur wallon William Cliff.
    Le temps dont il est question ici, c'est celui perdu et retrouvé de l'éternel explorateur de lui-même et du monde qu'est William Cliff, maître de la prosodie fantasque, subtil docteur de la rime et de l'assonance, enchanteur qui sait varier ses métamorphoses en créant le rythme entêtant qui vous invitera à le suivre là où il veut vous emmener, en l'occurrence sur les chemins de sa jeunesse extravagante : locataire improbable d'une mansarde bruxelloise où le précédent occupant a laissé ses seringues de toxicomane, professeur sans vocation dans un lycée plein de jolis garçons, inspecté plus qu'à son tour pour sa désinvolture pédagogique, oscillant entre la recherche d'un radiateur à gaz pour se réchauffer et l'épuisement d'une canicule sous les toits. Mais le poète s'en tire toujours, fragile et joyeux. L'inspecteur lui pardonne puisqu'il lit Rimbaud à ses élèves et célèbre avec eux l'aube d'été qu'on embrasse à pleine bouche.
    Comme Raymond Queneau dans Chêne et Chien ou Georges Perros dans La Vie ordinaire, William Cliff s'inscrit dans la tradition des autobiographes de la strophe qui réconcilient la poésie et la narration. Et le sarcasme et l'autodérision, ici, se livrent à une partie serrée et sans vainqueur avec la nostalgie et le lyrisme provocateur.
    Le Temps est complété par un codicille de 1996, un long poème sur Notre-Dame, adresse parnassienne et prophétique à cette cathédrale que Cliff aime parce qu'elle est « ferme et tranquille au milieu des ravages », comme un amer dans une existence flottante et incertaine.

  • Avec Jean-Claude Pirotte et Jean-Pierre Verheggen, William Cliff (né à Gembloux en 1940) est l'un des poètes les plus singuliers de l'actuel champ poétique belge.
    Usant d'une forme ostensiblement classique, il réussit, par les situations et les thèmes abordés, à créer de parfaits objets de scandale. Il a le verbe violent et voyou, l'inspiration à l'affût des désirs quotidiens, en tous lieux et en tous pays. Ce dont témoignent à l'évidence les deux recueils initialement parus en Blanche repris dans ce volume de Poésie/Gallimard : America et En Orient, respectivement publiés en 1983 et 1986, et qui assurèrent d'emblée à leur auteur audience publique et reconnaissance critique.
    Les voyages, avec leur part d'errances et de rencontres imprévues, donnent le mouvement et le cadre de ce livre double qui vagabonde et passe du continent américain aux contrées d'Asie. Ainsi America est composé de poèmes inspirés par deux longs séjours en Amérique du Sud et deux voyages aux Etats-Unis. Tavalera décrit en alexandrins la traversée vers l'Amérique du Sud à bord d'un cargo allemand qui porte ce nom.
    Puis viennent Montevideo et Cône Sud. William Cliff évoque les plages, les bidonvilles, ses brèves aventures homosexuelles. Dans les deux dernières parties, Philadelphie et Cape Cod, il raconte les étapes de son périple aux Etats-Unis. Dans cette déambulation de poète voyageur, William Cliff est à son meilleur. Le Nouveau Monde lui inspire des images aussi désolées que l'Ancien. Il est désespéré, grinçant, funèbre et malgré tout drôle.
    Dès les premières pages, on reconnaît un ton, une allure, une désinvolture révoltée qui n'appartiennent qu'à celui qui avoue pratiquer l'alexandrin « comme on gratte dans son nez pour s'occuper ». William Cliff : un dynamiteur de pensées molles et de comportements convenus, un maître du langage impeccablement dévoyé.

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  • Espace Nord nous propose de plonger ou de replonger dans la langue et dans l'oeuvre de William Cliff, considéré comme le plus grand poète belge contemporain, à travers une anthologie regroupant des textes issus de différentes publications, qui pour certaines ne sont plus disponibles, et permettant d'avoir une vision d'ensemble de l'immense travail de ce poète.

  • Dans Autobiographie, le lecteur est entraîné par le rythme, ses sursauts et ses plages de calme apparent, se trouve pris dans un flux où la détresse, l'homosexualité, la hargne, le dégoût de vivre et les images d'un bonheur fuyant composent une fresque narrative d'une rare puissance d'évocation. Il en est de même avec le Conrad Detrez, thrène ou tombeau - à la manière de la Délie de Maurice Scève - où Cliff évoque une amitié sans nuages avec l'auteur de L'Herbe à brûler, prix Renaudot 1978, mort du sida en 1985. Là aussi, le rythme et la forme sont essentiels. Le tragique de l'existence du " héros " constitue le miroir idéal où l'auteur se découvre et se constitue.

  • On retrouve dans ces sonnets l'inspiration habituelle de William Cliff, essentiellement autobiographique : l'enfance et la jeunesse wallonne, - avec des aperçus sur l'histoire récente de la Belgique comme la querelle linguistique -, le goût de l'errance, une galerie de personnages hauts en couleur, dans une tradition breughélienne mais avec en plus une manière de mélanger le sordide et le somptueux qui fait toute l'originalité du poète.
    On retrouve aussi le rapport complexe, éminemment ca- tholique, à la religion comme contrainte mais aussi comme fonds culturel indépassable et indépassé, permettant de jouir de la culpabilité comme d'un piment supplémentaire dans le désir, notamment homosexuel.
    Le corps, comme souvent chez Cliff, occupe une place importante. C'est le corps souffrant de la maladie, le corps grotesque qui ne sait plus s'il exulte ou s'il s'abîme dans ce que Bakhtine, à propos de Rabelais, appelait le « bas corporel », et enfin le corps glorieux du poète qui atteint, par éclats, à l'immortalité du créateur.
    Cliff allie l'archaïque des danses macabres à la modernité médicale, et ce jeu entre le contemporain et le médiéval s'étend à tout son univers, aux décors dans lesquels il évo- lue où le chant du rossignol passe grâce à un téléphone portable et où se rejoignent des considérations sur les ta- blettes informatiques, les joints, la révolution et la rudesse de la vie en Wallonie dans les années 1950.
    Virtuose, Cliff compose Matières fermées comme un unique poème, avec de subtiles variations de rythme en parallèle à une ligne mélodique unique et entêtante. On peut ainsi lire ces sonnets comme un roman en vers mais aussi comme un recueil où l'on pourrait picorer au hasard, servi par une langue qui n'appartient qu'à lui, immédia- tement reconnaissable : les tournures anciennes ou typi- quement belges se mêlent à une syntaxe plus moderne, et un maniérisme semblable à la poésie baroque du XVI e siècle se confond avec un argot contemporain.
    La rime et l'alexandrin deviennent un moyen de jouer iro- niquement avec la langue et de renforcer un certain hu- mour, une certaine distance qui se confond de manière harmonieuse et habile avec un vrai lyrisme : « langage très ancien qui depuis tant de siècles/s'articule en dansant en syllabes espiègles. »

  • Au nord de mogador

    William Cliff

    Par deux fois déjà, le poète William Cliff, Belge au beau nom de pirate, a fait halte au Dilettante, le temps d'y poser son sac, nous offrant, mains fiévreuses et regard ébloui, provende de poèmes et volée de beaux vers, le reposoir de son coeur et l'élixir de ses souffrances : avec Conrad Detrez, ce fut l'hommage à l'ami disparu; Amour Perdu évoque, d'élans soudains en fougueuses escapade, des amours mâles qui jalonnent sa route et ponctuent ses heures. Avec Au Nord de Mogador, assidu toujours à jouer de la rime et à régler son vers comme on touche de l'épinette ou jongle du couteau, William Cliff assemble un herbier d'instants, dévide une corde où chaque noeud sert à marquer la vitesse de la vie, ses cadences rudes, ses points de force. Il nous y parle, dans une langue qui est celle de Maurice Scève, du Shakespeare des Sonnets ou d'Apollinaire, de villes ou de pinsons, de regards échangés et du poids de la terre, de menus instants qui illuminent le monde, de l'église Saint-Merri, d'un avion pour Philadelphie, d'un prince dans une gare croisé ou d'une panne d'électricité. Des moments sertis dans le vers, des lueurs prises dans l'ambre du mot qui font de William Cliff, là comme un tas de viande surannée / transpercé par le cri d'un oiseau forcené, un poète absolument contemporain.

  • Amour perdu

    William Cliff

    Quoi de plus doux pour apprendre quelqu'un / que de connaître son organe intime. Et le poète William Cliff de prendre le large, en skipper subtil, sur la grande mer des corps virils, d'aller, promeneur solitaire, narine aux vents et mains de sourcier, taillant la route des roideurs et des spasmes, cap sur les visages donnés et les élans offerts au détour de soudaines rencontres. S'engouffrant à perte de corps dans l'obscurité de certaines salles au fumet fétide, aux fauteuils défoncés, mais au voisinage délicieux, accostant aux bars de la nuit pour quelques contacts fugaces, à Philadelphie ou Viña del Mar, New York ou Bruxelles, William Cliff,?beau héros abreuvé d'abjection au fil de poèmes néoélisabéthains, ciselés et d'une délicatesse glorieuse, narre le membre frémissant de l'hôte d'un soir, les cuisses du louveteau, l'orteil de l'amant, les douces muqueuses : car dans la vie on aime que nous happent / certaines choses un peu dégoûtantes / qui nous font sortir de l'ennui ordinaire. Une quête des corps amoureux qui délivre de ce cafard qui encrasse les jours et dont le soleil, dieu de flamme qui sourit aux heureux et frappe ceux qu'il damne, ne nous délivre pas. Plus de vingt-cinq ans après son tombeau de Conrad Detrez, William Cliff fait retour au Dilettante pour un nouveau cahier de poèmes qui tente de prendre aux rets du mètre classique les fuyantes extases de l'amour masculin et de garder encore l'enfance d'un corps promis à la mort : Salut à toi, beauté, que la rue m'a fait voir !

  • « Dans Immense existence, l'électricité propre à William Cliff produit de nouveau ce sourd rayonnement de lampe de poche qui se promène dans les recoins obscurs ou négligés des sentiments et de la vie. Elle les éclaire furtivement, comme pour ne pas effrayer leurs ombres, mais leur donne un relief en creux, d'une vérité troublante. »
    Jacques Réda.

  • En orient

    William Cliff

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  • U.S.A. 1976

    William Cliff

    Un jeune homme prend l'avion pour la première fois de sa vie et se lance dans un « audacieux voyage », sans tabous ni clichés. Au gré de son humeur et de ses rencontres, il arpente New York, Boston, San Francisco. Les grands espaces, les marches éreintantes et puis aussi une fascination, un sourire, une lumière, qui rafraîchissent et donnent de l'élan...

  • La dodge

    William Cliff

    Qui parle ? cet homme, cette voix sourde et puissante, qui s'exprime tout au long de cette narration, a vu la réalité du terroir, des bêtes, des gens.
    Mais il connaît bien ce monde et son horizon étriqué pour ne pas se laisser enlever par le grand large. peu à peu, on le voit prendre goût aux grandes choses, il s'y lancera à corps perdu et tiendra bon à travers mainte vicissitudes. finalement, il aura donné une magnifique ampleur à son existence et sa dodge n'est là que comme un indice quasiment négligeable, un succédané de son bonheur. mais diable ! un tel engin quand même !.

  • « j'ai pris un bain j'ai taillé ma tignasse
    j'ai coupé ma barbe avec un rasoir
    j'ai regardé dans la glace ma face
    et vu qu'elle n'était pas belle à voir
    alors quittant le carré du miroir
    j'ai levé le regard vers les nuages
    et qu'ai-je vu dans cette lente nage
    de vapeurs finement illuminées ?
    nothing nothing sauf qu'en moi le langage
    continuait sa démarche obstinée »

    William Cliff.

  • «Je suis né au début de la dernière guerre, au cours d'un hiver terriblement froid. Ma mère me portait déjà en elle alors qu'elle fuyait sur les routes de France avec les hordes de la débâcle. Le mot qui revenait sans cesse dans ses récits était "la peur", une peur qui vous prend dans le ventre et vous fait fuir absurdement n'importe où. Dès que la France eut capitulé, mon père a décidé de rentrer. C'est ainsi qu'au lieu de naître sous le chaud soleil du Midi, j'ai senti sur ma peau d'enfant nouveau-né le froid mordant de l'hiver du Nord. Ma mère avait déjà trois enfants. Nous subîmes, mes frères et moi, les maladies d'enfant mais chacun de notre façon. Moi, je vomissais sans vergogne et salissais mon lit. Mais ma mère me redonnait aussitôt un biberon que je buvais avec grand appétit, ce qui m'empêcha de m'affaiblir et hâta ma guérison. Cependant, j'avais également ma façon propre d'appréhender l'existence et, d'aussi loin que je me souvienne, je la ressentais comme quelque chose d'inopportun qu'on m'avait imposé sans me demander mon avis. Je ne crois pas que cela soit très original, mais c'était ainsi.» William Cliff, un des poètes les plus singuliers du siècle, signe ici son premier roman, relation de voyage au coeur de la province française et quête désenchantée d'un lieu où l'âme et le désir seraient enfin réconciliés.

  • America

    William Cliff

  • Le passager

    William Cliff

    Le passager, fasciné par ce qui se passe à nos portes et dont personne ne semble se soucier, entreprend de voir par lui-même les choses depuis l'intérieur des terres de la défunte République démocratique allemande aux prises avec la nouvelle " unification sacrée " et nous en rend compte pas à pas.
    William Cliff, poète qui tout au long de son oeuvre a arpenté et interrogé inlassablement le monde, nous donne ici, après La Sainte Famille, son deuxième roman, issu d'une longue errance au coeur des anciennes terres de l'Est. " Un train pour Rostock était à quai. La machine, de fabrication soviétique, vrombissait sourdement. L'on siffla le départ. Le moteur à mazout se mit à gronder à toute force et entraîna le convoi vers l'ancienne Allemagne de l'Est.
    " J'essayais de voir l'endroit où le train franchit l'ancienne frontière. N'était-ce pas ici ? Où tout à coup le paysage n'offre plus rien qu'une grande lande ? Ici sans doute se dressaient les fameux miradors. Et ces longs poteaux de bois, tous les mêmes, avec une laide lampe à leur sommet couverte d'un disque noir, oui, je les reconnais, pour les avoir déjà vus jadis en allant à Berlin. Nous roulons sur le réseau de la ci-devant Deutsche Reichsbahn, on le remarque aux gares, aux signaux, à toute la pauvreté, toute la vétusté, la laideur du matériel et des maisons.
    Le paysage lui-même semble imprégné de quelque chose de triste, de négligé, d'irrémédiable. " "Les croupes lacustres de la Baltique", lit-on sur les atlas. En effet, nous n'avons plus ici la grande plaine alluvionnaire de la mer du Nord mais des renflements couverts de bouleaux et d'herbes sauvages ; la terre, dans ses commotions, quand elle fit la fosse qui s'appelle aujourd'hui la mer Baltique, a laissé des restes de ses mouvements : ces croupes, et aussi ces lacs nombreux, qui donnent quelque variété au paysage.
    " Le train s'arrête dans des villes aux noms tout à fait inconnus, villes qui, vues du train, font mal au coeur, et dont on a peine à imaginer quelle vie a été la leur pendant tout ce long temps, les longues quarante années de ce régime. "

  • L'adolescent

    William Cliff

    " Mon idée ! mon idée ! " s'écriait l'Adolescent dans le roman de Dostoïevski. C'est ce voeu intense, secrètement entretenu par l'adolescent que l'auteur a voulu poursuivre et retrouver. Il y a la solitude du coeur, et il y a un espoir immense porte vers une chose confuse et désirable qui s'appelle l'avenir, cet avenir personnel que l'on veut obtenir pour enfin surmonter les inquiétudes et les échecs qui sont le pain quotidien de cet âge apparemment si beau. Tout le monde le trouve charmant, ce séduisant garçon, mais personne ne soupçonne les affres de sa sensibilité trop vive ni les déconvenues que son rêve rencontre à chaque pas. N'empêche, son éclat, sa lumière lui viennent de sa merveilleuse innocence, de son angoisse désarmante qui nourrissent et magnifient cet éclat, cette lumière...

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