Arlea

  • Le titre, Un dimanche à Ville-d'Avray, est un lointain écho du film féérique - et mystérieusement inquiétant -, sorti en 1962, qui a marqué, tel un météore, le cinéma français.
    Même sentiment d'inquiétude dans le livre de Dominique Barbéris : deux soeurs se retrouvent, alors que fléchit la lumière, dans un pavillon de Ville-d'Avray, avec chacune dans le coeur les rêves et les terreurs de l'enfance, le besoin insatiable de romanesque, de landes sauvages dignes de Jane Eyre et d'un amour fou, tout cela enfoui dans le secret d'une vie sage.
    L'une se confie à l'autre. Lui raconte une invraisemblable rencontre dans le décor en apparence paisible de Ville-d'Avray, de ses rues provinciales. L'autre découvre, stupéfaite, son errance entre les bois de Fausse-Repose, les étangs de Corot, les gares de banlieue et les dangers frôlés...
    Ce sont des pages à la Simenon. Les grands fonds de l'âme humaine sont troubles comme les eaux des étangs.

  • L'espace de la salle de bains, espace souvent anodin, ou exigu en Europe, est au Japon un lieu privilégié où le thème de l'intimité familiale ou amicale se manifeste mieux qu'ailleurs. Le bain japonais est un élément de civilisation, au même titre que la cérémonie de thé, les haïkus ou la voie des fleurs.
    Si le bain est d'abord associé aux yeux d'un occidental à l'idée de propreté, il est au Japon un savoir-vivre raffiné, poétique, qui rend possible la rencontre de l'autre dans un cadre intime et bienveillant.
    Comme Tanizaki, dans son Éloge de l'ombre, Akira nous livre dans cette évocation des eaux profondes, le secret d'un coeur japonais mais aussi la vigilance critique d'un homme de son temps dans un pays en crise.

  • Constellation du tigre Nouv.

    Nous partons d'un fait divers : un soir de 2017, à Paris, un tigre échappé de sa cage est abattu dans la rue, près du pont du Garigliano. Deux ans plus tard, le narrateur, lecteur de Modiano et de Sebald, recherche les passages des tigres dans la capitale et retrouve leurs traces pour écrire cette Constellation, à travers la peinture de Monory, du Douanier Rousseau, ou de Delacroix, les musées qui exhibent leurs trophées, comme cette tigresse sur le dos d'un éléphant au fond d'une galerie du Muséum du Jardin des Plantes.

    En relisant les récits des chasses coloniales de Rousselet, des princes d'Orléans ou de Clemenceau, en cheminant à l'écoute des rugissements du tigre, Yannick Le Marec porte un regard nouveau sur le grand massacre des animaux, qui résonne avec l'actualité des luttes contre l'enfermement des animaux sauvages et la disparition des grands mammifères. Il apporte sa pierre aux débats sur l'héritage colonial. Le tout avec une grâce singulière qui est celle des écrivains.

  • Henri d'Effiat de Cinq-Mars (1620-1642) fut le dernier favori de Louis XIII, et son plus grand amour. Il avait dix-sept ans lorsqu'il fit son entrée à la Cour et il fut condamné à mort à vingt-deux ans pour avoir conspiré contre Richelieu. Vie brève et fulgurante que celle de ce jeune homme très beau, placé malgré lui dans une grande Histoire pour laquelle il n'était pas fait.
    Il a accompagné Olivier Baumont, grand claveciniste français, tout au long de sa carrière, mystérieusement, dans une passion majeure. Ce récit en constant jeu de miroirs entre notre époque et le XVIIe siècle est celui d'un musicien ; il réduit les distances pour rejoindre l'émotion.

  • Jean-Christophe Bailly nous a confié les pages enchantées de ses carnets grecs écrits entre 1974 et 2016. Il écrit le pays comme il le regarde, avec clairvoyance, plaisir et émotion, s'interrogeant sur les raisons toujours mystérieuses qui font d'une terre une nation. Il sonde le passé et le présent en se laissant porter par les impressions les plus immédiates tout en variant les angles d'approche. Parfois il arpente les îles dans le vent, parfois il regarde Athènes de sa fenêtre et parfois depuis l'Iran.

    Les textes qui composent ce livre ( journaux de voyage, cartes postales, poèmes en prose et brefs essais) ont tous trait à la Grèce et donnent, comme les reflets de lumière sur la mer agitée, une image mobile, diffractée, vivante.

  • À l'occasion d'une « tournée » solitaire notamment au Texas, pour accompagner la publication de son livre, Brice Matthieussent regarde l'Amérique d'aujourd'hui, loin des pages joyeuses de la route 66, du mythe des années Kerouac, et des clichés les plus tenaces. Il traverse les villes de Dallas, Pittbursgh, Houston, Austin, avant de revenir à Boston, étonné par les fantômes qui hantent un paysage de halls d'hôtels, d'autoroutes ou de librairies, à la lumière des néons ou des phares de voitures. On y croise les plus démunis dans des rues sans trottoirs comme les classes aisées dans les parcs ou les salons, les plus chaleureux et les plus distants. Mais la rencontre est d'abord celle du regard et de la littérature.
    /> Le récit est scandé par une succession de faits divers et de photographies de l'auteur.

  • « Un ciel qui bouge, comme l'océan instable, au-dessus du vert tendre et lumineux des prés à l'herbe courte.
    L'horizon semble avoir disparu. À en donner le vertige.
    Nous sommes à Galway, l'une des pointes les plus occidentales de l'Irlande ».

    Jamais fantômes n'auront été plus sereins dans un paysage. L'Irlande est une terre habitée par les vivants et les morts. La Balade de Galway leur rend hommage, et Thierry Clermont s'y promène avec les ombres familières de Joyce, Beckett et W.B. Yeats, ou la belle Maeve Brennan jusque sur les îles d'Aran.
    Après la pluie, se faufile, malicieux, un petit rongeur curieux dans le vert enchanté et infini des prairies.

  • Des graffs dans la nuit surgissent de la rencontre avec les oeuvres pariétales de plus de 30 000 ans, et des chocs de la découverte. Au-delà de l'ancienneté de ces figures, quelque chose transcende ces images investies d'une puissance secrète qui défie les siècles. Elles portent en elles les traces d'une vision qui nous échappe et c'est cela qui nous émeut.


    Au-delà de l'ancienneté de ces figures, de leur état d'exceptionnelle conservation, quelque chose transcende ces images qui vient les faire vibrer d'un éclat presque surnaturel. Elles bougent et nous semblent vivantes, investies d'une puissance secrète qui défie les siècles. Elles portent en elles les traces d'une vision qui nous échappe et c'est cela qui nous émeut.
    Depuis l'enfance où son père instituteur l'amenait récolter des fragments de poterie, des silex ou des dents humaines dans les grottes ou au pied des dolmens de l'Ardèche, Jean-Jacques Salgon, écrivain et scientifique de formation, passionné d'art, a gardé un goût prononcé pour la préhistoire.
    En 2004, il a eu la chance de visiter la grotte Chauvet et, plus récemment, celle moins connue de Baume Latrone, dans le Gard. Des graffs dans la nuit surgissent de la rencontre avec les oeuvres pariétales de plus de 30 000 ans, et des chocs de la découverte. Son étonnement et son éblouissement apportent des réponses à sa passion de l'énigme.

  • Lorsque Brina Svit a atterri en Inde pour y soigner son mal de dos, elle ne pensait pas devoir affronter l'esprit malicieux des obstacles.
    Elle, qui n'avait jamais fait de cure ayurvédique, n'a aucune idée de ce à quoi elle doit s'attendre, ni des gens avec lesquels elle va devoir vivre derrière le grand portail du centre. Mais personne n'est à l'abri de rien ! Ni les doctoresses aux sourires généreux, ni les arbres splendides de la forêt tropicale, ni les corbeaux de la clairière n'apaiseront ce dieu des obstacles et du tonnerre qui ébranle le monde.
    Seule y répondra la puissance romanesque de Brina Svit. Et notamment sous forme de devinettes, qui parcourent son récit : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d'être produit ce qui ne privilégie ni abaisse personne.

  • Beaucoup de mes souvenirs d'enfance ressemblent à des rêves.

    Que comprenons-nous de notre propre existence ? Tout ne nous échappe-t-il pas depuis toujours ?
    Récit d'enfance, La vie sans savoir est une invitation à plonger dans le sentiment du temps, de ce qu'on croyait éternel et qui a disparu - c'est l'imparfait d'une vie.
    Par-delà les accidents d'une histoire familiale tumultueuse, où la Flandre et l'Iran se rencontrent comme dans un rêve, Christophe Etemadzadeh retrace les souvenirs incertains, drôles ou douloureux de paysages et de visages disparus, d'amours et d'amitiés, de chagrins et de fautes.
    Orgueilleuse recherche et désir mélancolique de fixer ce qui n'est plus - ne fut peut-être jamais.

    La Vie sans savoir est un défi littéraire audacieux, peut-être impossible, assurément insensé. Mais quel talent !

  • François et Jean, deux amis, se retrouvent des années plus tard dans un paysage sublime de montagnes pyrénéennes où gronde la Garonne. Ils sont liés par un secret : Geneviève. L'un est le frère de Geneviève, l'autre son premier amoureux.
    Un saut dans la nuit est le roman solaire et tragique de la naissance de nos premières émotions, du premier amour, les rêves et les désespoirs de l'adolescence, et la force de la nature. C'est le premier roman d'Olivier Schefer.

  • Le beau qui ravit et ravage, ce qui se manifeste avec une force éclatante, était bien là dès le début, au commencement. Et c'est ce qui nous reste du commencement.
    La découverte de l'art paléolithique, de Chauvet et de Lascaux, est un moment de rupture et de surgissement. L'idée de progrès dont notre civilisation pouvait s'enorgueillir a été retourné comme un gant, et les assises mêmes de l'homme occidental bouleversées.
    La première manifestation, les premières mains du « premier homme », étaient déjà des « mains d'or », et c'est la splendeur de l'animalité qu'elles avaient choisie de représenter.

    En regardant leurs mains étalées et offertes, qui ne montrent, ne prennent, ne saisissent rien et peut-être ne signifient rien, nous sommes devant la bouleversante énigme qui est au coeur du livre de François Warin.

  • Marc Petitjean est décidément placé sous le signe de la rencontre : après Le Coeur. Frida Kahlo à Paris, il nous raconte la vie fascinante et romanesque de Maître Kunihiko Moriguchi, peintre de kimono.
    Kunihiko Moriguchi est né à Kyoto en 1941. Il pratique la peinture sur kimono depuis presque un demi-siècle. Au Japon, où l'artisanat est considéré comme un art à part entière, il a reçu le titre prestigieux de Trésor National Vivant, tout comme son père avant lui. Dans les années 60, il étudie le graphisme à l'École Nationale des arts décoratifs à Paris (après un extraordinaire voyage en bateau de trente jours) et se lie d'amitié avec le peintre Balthus qui influencera sa carrière artistique. Il y vit les années heureuses du Paris d'après guerre et en garde une profonde nostalgie et un français merveilleux.De retour à Kyoto, il travaille aux côtés de son père qui lui transmet l'art exigeant du Yuzen. Kunihiko renouvellera néanmoins la tradition en introduisant des motifs abstraits.

    Ses kimonos sont exposés dans les plus grands musées au Japon comme à l'étranger. Le kimono cesse alors d'être un vêtement et devient quelque chose de subtil et d'immatériel : il garde en lui la mémoire et la vie de ceux qui l'ont porté.

  • La visite de Katsura, villa impériale, est réduite à un circuit qui se parcourt en moins d'une heure. On en ressort étonné, éberlué, ébloui... et terriblement frustré. Restent les images intenses que notre oeil aura captées, dans le saisissement de l'instant qui fuit sans recours.

    Au milieu de son jardin et des quatre pavillons de thé qui bordent l'étang central, édifiée au XVIIe siècle par le prince Toshihito, sur le bord de la rivière qui baigne Kyoto, Katsura demeure l'image du raffinement. Lieu idéal, dit-on, d'où l'on peut contempler la lune...
    La réinterprétation de cette architecture si particulière par les architectes du mouvement moderne, au début du XXe siècle, a engendré nombre de quiproquos.
    Il faut aujourd'hui le talent et la sensibilité de Philippe Bonnin pour nous faire entrer dans la vérité d'une oeuvre mythique, et éclairer l'énigme.
    Avec de nombreuses photos et illustrations.

  • Suis-je orpheline de toi ou de l'absence de toi ? Tu vis désormais en moi comme le soleil de inuit, lactescent, éperdu de blancheur. Tu habites l'univers et mon arrière-monde. Je ne te cherche pas, tu es partout et introuvable. Tu es tapi dans le mohair des jours heureux. Tu es un lierre au feuillage persistant. La mort n'est pas une fin. Mon refus de ta disparition est tempéré par mon acceptation du monde.

    Cherchant à définir le lien qui l'unit à son père, Georges Wolinski, tué lors de l'attentat contre Charlie Hebdo, l'auteur revit les jours sombres de janvier 2015 et interroge les confins rouillés de sa mémoire, à travers une écriture qui revient inlassablement sur le motif. Entre refus et acceptation, l'adieu au père devient un chant d'amour et de consolation.

  • Après trente années d'éloignement volontaire, Michel Crépu revient sur les lieux d'une passion littéraire pour le créateur d'En attendant Godot.
    Mais est-ce possible de parler de Beckett ? oeuvre limite, qui transforme aussitôt les téméraires en commentateurs bavards. Michel Crépu relève néanmoins le défi. Il relit les oeuvres au gré d'une mémoire qui coïncide avec son attirance de naguère pour la vie monastique, au temps lointain des années 80. La littérature et le spirituel : ici commence une histoire commune, non achevée.
    Jeune homme, il voulait serrer alors la main de l'homme qui avait serré celle de Joyce. Un rendez-vous mémorable lui offrira cette chance. Beckett paraît loin aujourd'hui de la houellebecquerie ambiante. Sa solitude n'a jamais été aussi grande. C'est le moment où jamais d'y retourner voir. C'est ce que réalise Michel Crépu dans ce livre d'heures de lecture et d'intimité.

  • Alors que l'hygiène semble être une préoccupation constante de notre époque, et que nous nous détournons de ce qui s'abime et se corrompt, les déchets s'accumulent, la menace écologique est majeure et les maladies refont surface.
    En suivant le parcours de trois médecins - Parent-Duchâtelet confronté aux épidémies sur le navire Arthur vers les Antilles au XIXe siècle ; le docteur Adrien Proust (père de Marcel) dans sa lutte contre la peste et le choléra ; ou le mythe du docteur Destouches -, Gérard Macé dénonce un hygiénisme qui peut se transformer en eugénisme, ou en pureté imaginaire, quand la raison n'est plus à l'oeuvre.
    Mais par la grâce de la littérature il nous rappelle aussi les métamorphoses sans lesquelles la vie ne pourrait triompher.

  • Oscar, un écrivain mexicain dont je n'avais jamais entendu parler, m'a contacté via Internet pour une rencontre. Il a juste précisé que cela concernait mon père. J'étais intrigué car celui-ci est mort depuis plus de vingt ans. Notre rendez-vous eut lieu à l'angle de la rue du Temple et de la rue du Petit-Thouars. Voilà, me dit-il, j'ai découvert que votre père a eu une relation amoureuse avec Frida Khalo quand elle est venue à Paris en 1939. Je savais qu'elle et lui s'étaient connus et qu'elle lui avait offert un tableau intitulé Le Coeur, mais jamais il n'avait évoqué une quelconque liaison avec elle.

    Ainsi commence le livre de Marc Petitjean. Par une première rencontre qui le plonge soudain dans la vie tumultueuse de Frida Kahlo, artiste engagée, anticonformiste, bisexuelle, redécouverte par les féministes aux États-Unis et en Europe dans les années 80, devenant l'icône que l'on connaît aujourd'hui - mais aussi dans les zones secrètes de la vie de son propre père.

    Qui était ce curieux Michel Petitjean ? Quelle a été la relation entre lui et Frida durant les quelques semaines de son séjour en Europe, en compagnie d'André Breton, de Picasso de Dora Maar, de Marcel Duchamp ? Et pourquoi lui a-t-elle offert ce tableau énigmatique et si intime ?

    Le mystère de cette relation, à l'image de Frida Kahlo, est d'une telle force qu'elle traverse tout le livre comme un trait de lumière.

  • Deux siècles après leur composition (1819-1823), dans un monde confronté à de nouveaux enjeux de taille, Stéphane Lambert se penche sur l'extraordinaire cycle des peintures noires de Goya pour sonder leur inépuisable actualité. Par cette plongée dans l'imaginaire de ses hantises les plus entêtantes, le peintre espagnol avait transfiguré tous les genres picturaux de l'époque et bouleversé durablement la vision de notre humanité.
    Goya (1746-1828) a tout traversé, les humiliations et les honneurs, les assauts de la maladie, la guerre et les remous de l'Histoire, avec le fabuleux don de transformer les ravages en occasions de révolutionner son art. Revenant sur le riche et long parcours d'un artiste de génie, le livre prend la forme d'un voyage à travers une oeuvre professant la vitalité inébranlable de la création face à la menace du chaos.

    Précédé de « Portrait de l'écrivain en amateur de peinture ».

  • Les trois oeuvres de Vilhelm Hammershoi, Glenn Gould et Thomas Bernhard sont de première importance, dans trois domaines majeurs de la création : la peinture, la musique et la littérature.
    Tous trois sont des artistes d'une extrême exigence qui ont consacré leur vie à leur art, avec une radicalité et une audace incomparables. Leurs phobies, manies ou obsessions sont, aux yeux de Patrick Roegiers, les composantes mêmes du génie, exigeant la mise à disposition exclusive de tous les moyens.
    Pas d'échappatoire, pas de compromis ni de consolation pour les créateurs.
    C'est dans cette solitude que s'ancre, terrifiante, la beauté.

  • Lorsque Brice Matthieussent débarque pour quelques jours, dans un cadre universitaire, à Saint-Pétersbourg, il ne sait rien de la ville. Et même il a pris soin de ne pas s'informer.
    Sa rêverie et sa lucidité n'en seront que plus intenses.
    Ce qui se donne à lui, loin des Nuits blanches de Dostoïevski qui rôde dans ce texte merveilleusement, ce sont des passants lourdement vêtus, toque de fourrure et col relevé, réunis autour d'un brasero ; des chiens errants dans les ombres ; la lueur saccadée des lampadaires défectueux ; une main jaillit des ténèbres pour mendier et des jeunes filles belles comme dans les James Bond ; un inoubliable chauffeur de taxi bavard et brisé, la gravité de sa voix indignée ; une étourdissante nausée du faux neuf et la ferveur de jeunes étudiantes lisant des poèmes exaltées et mélancoliques.

    On ne présente plus Brice Matthieussent qui nous a donné « l'Amérique » en éditant et traduisant des milliers de pages des auteurs majeurs des États-Unis (Jim Harrison, John Fante...), mais on le découvre ici sous un jour plus intime, fondamentalement sincère et émouvant.

  • Si la vie des peintres nous intéresse autant que leur peinture, ce n'est pas que la première explique la seconde. L'art n'explique rien, laissons cela aux philosophes et aux théologiens ! La création est souvent à l'antipode de la vie d'un artiste. Celui-ci extirpe la substance de ce qu'il vit, il s'en éloigne même strictement ; il ne suffit pas de raconter quelque chose. Certains écrivains vont au bord de la mer planter le décor d'une histoire et d'autres imaginent la forêt vierge amazonienne depuis une chambre d'hôtel en Normandie. Nous n'avons que les mots pour aller au-delà des mots, les peintres ont leurs images pour crever l'illusion.

    Les conversations silencieuses sont celles d'abord d'un enfant avec son père ; une relation faite de silences, de secrets et de rêveries. Puis ce furent celles de l'amitié qui se nourrit de tout ce qui reste toujours à dire, du seul fait d'aimer. Enfin ce sont celles que le narrateur entretient avec l'art. Si la peinture est entrée dans la vie d'Olivier Schefer par effraction - il ne l'a ni comprise ni tout de suite aimée - elle est désormais indissociable de son métier, de ses émotions et de ses passions.
    C'est ce goût de la vie au travers de l'art, notre destin commun face aux choses et aux vies silencieuses, qu'il nous fait partager.

  • Avant Godot

    Stéphane Lambert

    Octobre 1936. Samuel Beckett a trente ans. Il entreprend un étonnant voyage en Allemagne nazie afin de s'y confronter à l'art au moment même où le régime évacue des collections publiques les oeuvres dites dégénérées. Le 14 février 1937 à Dresde, il note laconiquement dans un carnet sa prédilection pour un petit tableau de Caspar David Friedrich, Deux hommes contemplant la lune, dont il dira plus tard qu'il est la source d'inspiration d'En attendant Godot.

    À partir de cet énigmatique et unique repère, Stéphane Lambert, comme dans ses précédents livres sur Nicolas de Staël ou Mark Rothko, creuse la relation qui peut s'établir entre deux créateurs de disciplines différentes, et nous dit comment un artiste parvient à éclairer sa voie grâce à ce que l'oeuvre d'un autre lui révèle.

    Au-delà de la création (qui n'est jamais qu'une métaphore de la vie), Stéphane Lambert explore la place déterminante de l'autre dans notre propre cheminement, et voit dans la rencontre la source d'une force qui nous permet d'outrepasser la paralysie du doute, et d'avancer. Son approche érudite, sensible, visionnaire est une réflexion sur la manière dont on devient soi grâce à l'autre.

  • La quasi obsession de Bruno Smolarz pour Morandi a commencé par une rencontre fortuite dans un musée de Londres en 1970. Ce fut d'emblée un saisissement. Ce texte provient d'une lente méditation, fidélité de ce qu'on a aimé et qui résiste au temps, et s'y déploie.
    Mais comment parler de Morandi dont la vie est à l'image de sa peinture : discrète, intime, secrète et silencieuse, presque évanescente, toute en promesse et en retenue ?
    Bruno Smolarz parie sur le temps, il épouse les heures et les jours, les inflexions douces de la lumière et des saisons. Il recueille les témoignages de ceux qui ont approché le peintre dans la vie ou dans la passion de la peinture. On retrouve Braque ou Nicolas de Staël, les ors de Giotto ou les nuits de Leopardi, mais aussi la courbe d'une colline près de Bologne et le chant des rossignols.
    « La peinture, disait Alberti en 1450, a moins pour but de représenter les choses qui tombent sous le sens de la vue que tout ce qui est matière de pensée. » Il en va de même pour la littérature.

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