Atelier In8

  • Quand la narratrice gagne un homard vivant à la tombola, elle ignore encore qu'elle ne pourra l'ébouillanter. Mais entre-temps, elle s'est débarrassée d'un pic à glace, car c'est l'utilité des tombolas : on fait le ménage dans les placards. Près des plages, un premier touriste anglais est retrouvé mort. Puis un second. Est-ce trop pour une petite ville bretonne de 3000 âmes ? Doit-on parler de serial killer, de Bretagne aux bretons ?
    L'écriture de Pascale Dietrich se fait vive et sautillante pour nous parler d'une bourgade où la mer ne suffit pas à faire le bonheur. On décèle chez elle une indulgence à l'égard des amours compliqués : ceux qui versent dans la violence pour goûter à la fusion. Un premier livre composé d'une main sûre.

  • Parures

    Franz Bartelt

    Une mère et son jeune garçon vivent en HLM dans une cité pouilleuse. Sans ressources mais obsédée par l'apparence et les vêtements, elle habille son fils avec sophistication, telle une star enfantine ou un acteur à sa disposition. Tout l'argent des allocations dispensé par la mairie est englouti dans de luxueux magasins. L'enfant est moqué par ses instituteurs et méprisé par les gamins du quartier. Jusqu'à ce qu'une assistante sociale impose le principe qui prévaut : les pauvres doivent ressembler à des pauvres.
    Les allocations de secours sont supprimées, et la mère perd pied, au bout du rouleau. On lui a volé son rêve.

  • C'est une nouvelle fois dans le milieu de la batellerie, qu'il connaît parfaitement, que Dominique Delahaye plante le décor de son roman.
    Fils de marinier, jeune voyou au grand coeur, Thomas perd toutes ses illusions pendant ses huit années passées sous les verrous. À sa sortie, il ne pourra s'accrocher à aucun des liens du passé : sa mère est placée en maison de retraite, Nacira, son amour de jeunesse est désormais mariée, la péniche de ses parents a été bradée à un cousin peu scrupuleux. Il ne lui reste plus qu'à récupérer le butin d'un larcin commis autrefois...
    Dominique Delahaye, dans un style limpide, place l'humain au centre de son intrigue. Tout ce qui fait et détruit un être est présent : l'amitié, la haine, l'amour, la trahison, la violence. Difficile pour Thomas, fragile et sensible, d'envisager un futur, une existence normale.

  • Aucune bete

    Marin Ledun

    Vera, coureuse de 24 heures non-stop, se souvient de sa dernière compétition, de sa rhino-pharyngite et du médoc qu'elle avait pris, et qui contenait de l'éphédrine. Condamnée pour dopage, elle a dû ronger son frein hors du circuit pendant huit ans. Aujourd'hui, elle revient et sa rivale est toujours l'Espagnole Michèle Colnago. Mais cette année, Michèle a décidé de profiter de l'épreuve pour se débarrasser de la pression masculine.
    Une course à bout de souffle, oppressante, dont l'issue ne se joue pas forcément entre les athlètes.

  • Farwest

    Marcus Malte

    Le far west n'est plus ce qu'il était, et le shérif de ce bled paumé du Mississipi est dubitatif : se balader en ville avec un lézard d'un mètre de long constitue-t-il un crime fédéral ? En cas de délit avéré de zoophilie avec un lama, faut-il vraiment incarcérer le lama ? Et pour couronner le tout, il faut convaincre Janice de ne plus laisser sa fille aveugle s'entraîner au tir avec la vieille Winchester familiale.
    Même les Indiens ont changé : ceux que Lila porte dans son coeur sont en Amazonie, cernés par un monde moderne qui les écrase. Est-ce pour les rejoindre qu'elle a faussé compagnie à Damien ?

    Après Cannisses et Tamara, suite et fin, Marcus Malte confirme ici une capacité à s'approprier, avec un égal bonheur, des univers différents, tout en pratiquant le mélange des genres.
    Ainsi, des situations cocasses à la Westlake masquent à peine un cocktail détonnant cher aux états du sud : ségrégation raciale encore vivace, homophobie latente, culte des armes, misère...
    De même, personnages hauts en couleur cotoyent personnalités complexes et tourmentées : drame et légèreté se complètent toujours avec justesse.

  • Dans ma boîte, je suis le meilleur, mais je sais aussi que je vais bientôt devoir prendre ma retraite. Et je veux laisser ma place à quelqu'un d'aussi bon que moi, un héritier, si tu veux. Il s'appelle Juan.

    Ce boulot, c'est celui d'un tueur à gages, qui termine sa carrière après avoir gravi les échelons de la hiérarchie comme dans tout bonne multinationale qui se respecte. À Barcelone et Madrid, côté rue le jour, et côté bar la nuit, se croisent des prostituées, un flic sur le déclin, un candidat au suicide... Autant de personnages truculents qu'un tourbillon de péripéties précipite aussitôt dans des situations rocambolesques. Humour et dérision sont la marque de fabrique de Carlos Salem. Cette fois encore, l'écrivain argentin ébouriffe le polar d'une loufoquerie jubilatoire.

  • Cannisses

    Marcus Malte

    Dans un lotissement de province, un homme tente de surmonter la mort de sa femme et d'élever seul leurs deux enfants.
    Retranché derrière ses cannisses, il observe ses voisins : un couple et leur petite fille. Une famille unie, en bonne santé, qui vit avec insouciance et légèreté dans un pavillon semblable au sien.
    Des gens heureux. Pourquoi eux et pas lui ?
    A quoi ça tient, le bonheur ? A presque rien. A un fil. A l'emplacement d'une maison. A un numéro sur la façade. Peutêtre.
    Ce qui est sûr, c'est qu'une simple rue, parfois, sépare la raison de la folie. Il suffit de la traverser pour que tout bascule.
    Avec Cannisses, l'auteur nous entraîne, doucement mais inéluctablement, dans le récit de la douleur ordinaire. Et de l'horreur absolue.

  • Femmes en colère

    Collectif

    Ces deux dernières années ont été marquées par la montée en puissance et la radicalisation des femmes en colère. Des Pussy Riot aux Femen, elles investissent les rues, défilent à moitié nues et se badigeonnent le corps de slogans. Aux lourdes organisations masculines, les femmes préfèrent les commandos. Quatre écrivains se penchent sur des femmes en colère. Politiques chez Didier Daeninckx, revanchardes avec Marcus Malte, éprises de justice en compagnie de Dominique Sylvain ou hébétées chez Marc Villard, elles avancent pour affirmer leur existence et redonner du sens à leur vie.
    Quatre grands noms de la littérature noire... qui signent des textes inédits. Les personnages centraux : les femmes ou plutôt LA femme : ce ne sont évidemment pas les femmes qui constituent la majorité des rebelles/voyous/meurtriers/vengeurs en littérature. Ce ne sont pas des collectifs de femmes qui s'expriment, ce ne sont pas des textes sur les luttes féministes, ce sont des itinéraires individuels, des personnages fortement campés et incarnés, qui disent quelque chose de la condition féminine aujourd'hui à travers leurs histoires.

  • Trottoirs

    Jean-Luc Manet

    De nos jours, à Paris, un sans-abri a élu domicile sur un banc du côté de l'Arsenal. Un copain, un frère, est assassiné, puis un second, puis un troisième. Parallèlement, notre homme est un peu amoureux d'une prostituée en provenance des pays de l'Est. L'immobilier et les macs rodent dans ce quartier, tellement proche du Marais. Mais qui peut en vouloir aux sans-abris qui n'ont rien à offrir ?
    Jean-Luc Manet, en bonne forme, nous parle d'un quotidien trop connu sous la lumière d'un Doisneau du trottoir.

  • Un marathonien du Blanc hante les rues de Paris à la recherche du bistrot parfait.
    Celui qui proposera mieux que Cabernet ou Sauvignon. Les établissements se succèdent et ne se ressemblent pas. Dans sa quête, il utilise un jeu de Monopoly et découvre ainsi des quartiers qu'il avait jusque-là négligés. Pendant ce temps, un groupe de tueurs prépare une descente dans un vieux rade. Le Bar parfait est une ballade au pays de l'alcool chaleureux, des éblouissements autour du zinc, des ivresses des arrières-salles enfumées.
    On marche dans la lumière sourde des bar-tabacs en compagnie d'un narrateur qui ressemble terriblement à un Jean-Bernard Pouy.

  • Tamara est une guyanaise née en 1946. Elle hérite d'une maison dans la campagne française et se lance dans l'élevage de cochon. Elle est donc noire, étrangère au village et travaille comme un homme. Certains cerveaux malades ne le supportent pas. Sa seule amie, une gamine, doit se battre pour la fréquenter. Un matin, Tamara décide d'en finir avec l'oppression agricole.

  • Une bouteille de coca, une vieille Peugeot 306 et son thermos de café, un caddie bourré de surgelés jusqu'à la gueule. Ne vous fiez pas aux apparences : ces objets inoffensifs masquent de terribles crimes. La famille c'est sacré : que ne ferait-on pas pour la défendre ? Dans ces quatre histoires drolatiques, les troubles affectifs se déguisent sous des délires consuméristes.

  • Une enfant perdue par la drogue squatte la maison secondaire d'une famille sans histoire, un chasseur au visage brûlé par la vie renverse une jeune fille dans les brumes de l'hiver. Belle et Thomssen règlent leurs comptes d'amour et de haine dans du mauvais alcool, et Jill visite une ferme dont les habitants vivent tels au siècle dernier... Il est loin "le rêve américain". Ces quatre histoires nous plongent dans la rude beauté d'une Amérique restée sauvage, un pays où les terres sont vastes, les héros magnifiques et solitaires, la vie fragile et palpitante comme un petit coeur qui bat.
    Un style puissant, nerveux, précis, une écriture qui vous prend aux tripes. Bonnie Jo Campbell nous livre ici des histoires noires qui campent une Amérique bien loin du "rêve américain", des situations où l'homme est un être livré à la dureté du monde. Ces récits sont pourtant teintés de lumière et d'optimisme, nous montrant que nos faiblesses se guérissent au contact des autres, que la médiocrité de nos trahisons quotidiennes, de nos actes manqués, n'oblitère pas la solidarité, le sursaut de volonté.

  • Vieux Bob

    Pascal Garnier

    « C'est vrai, vieux Bob a pas pu s'empêcher. C'était si bon, le calme et puis la sciure sous son ventre, bref, il a pas pu se retenir. À coups de pompe dans le train il se traîne jusqu'à l'arbre, lève à peine la patte, fait trois gouttes qui se perdent dans ses poils. » Un vieux clébard incontinent, un simple d'esprit fasciné par les avions, deux étrangers dans le métro qui ne savent se dire leur attirance, les personnages de ces neuf nouvelles sont attendrissants. S'ils sont pathétiques ? Oui. Et meurtriers, souvent.

  • Kebab palace

    Marc Villard

    Cécile survit avec sa fille Lulu dans un mobil-home à Ritsheim, une bourgade alsacienne. La neige brouille le paysage et la cité asiatique qui leur fait face. Elles découvrent, à deux pas, le cadavre abandonné d'une jeune chinoise qui bouleverse l'adolescente. Cécile, alcoolique au dernier degré, décide de tendre un piège au tueur. C'est peut-être une erreur.

  • Quatre nouvelles dans lesquelles les personnages sont plongés dans une Amérique restée sauvage et confrontés à la fragilité de l'existence.

  • Trente ans que Jean-Claude Antonave travaille comme comptable pour Frangrin, une usine d'aliments pour chiens. Son quotidien, réglé au millimètre près, bascule quand les investisseurs américains qui ont racheté l'entreprise décident de délocaliser en Slovaquie. Il revient à Jean-Claude de former la personne qui le remplacera sur le site de Bratislava. Quand une belle fille, sexy en diable, descend de l'avion, le quinquagénaire célibataire se met à rêver d'une idylle, loin de sa mère impotente et castratrice.

  • Un ancien cinéphile paradoxal est contacté par un notaire car il est l'héritier inattendu d'une sorte de clocharde francoaméricaine, collectionneuse secrète et compulsive de films expérimentaux, une dingue qu'il fréquentait, une trentaine d'années auparavant. Chez le notaire, il y a aussi un enquêteur. Car, tout simplement, la dame a été assassinée... Et certains se demandent si ce n'est pas pour récupérer l'un de ses « trésors »...

  • La musique ne nourrit pas son homme, et Dan gagne une misère en jouant dans les bars. Pas assez pour rembourser monsieut Gani, qui n'est pas un comique. Un soir, un couple de Hollandais friqué le prend en pitié, et c'est la Providence qui les envoie. Mieux vaut foncer sans poser de questions. Moyennant un peu de liquide, il accepte de convoyer leur voiture jusqu'à Amsterdam et de rafraîchir les peintures de la villa. L'avenir s'éclaircit pour le pianiste, d'autant qu'il fait la connaissance d'Inge, la nordique de ses rêves. Mais justement, tout cela est beaucoup trop beau.

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