Champ Vallon

  • Notre époque voit se multiplier, dans la confusion des repères et du vocabulaire, des conflits qui témoignent que le paysage devient un enjeu social d'une importance déterminante.
    Il importait de mettre en relief quelques idées fortes, combinant unitairement diverses échelles d'espace et de temps pour saisir, de manière cohérente, pourquoi la notion de paysage n'existe ni partout ni toujours, pourquoi la société française de cette fin de millénaire est si avide de paysage, pourquoi, suivant les cas, le passage d'une autoroute peut massacrer ou au contraire aviver l'identité d'un lieu...
    Pourquoi, en somme, le paysage, en dépit de son apparente évidence, est une invention toujours nouvelle de la réalité.
    D'où ces cinq propositions pour y voir plus clair dans notre paysage - notre façon de voir le monde, laquelle a subi au xxe siècle une mutation d'ampleur équivalente à celle qui, au début des temps modernes, vit apparaître consécutivement la notion de paysage et le point de vue scientifique.
    Cinq propositions qui articulent cette mutation cosmologique - ce bouleversement de l'ordre que nous voyons dans le monde - aux problèmes d'aménagement concrets qui se posent à une société en quête d'identité à travers le sens de son environnement.

  • Depuis l'invention du paysage, le spectacle visuel a déterminé l'essentiel de notre rapport à l'arbre et à la forêt. Regardeur du monde, l'homme peut-il aussi l'écouter ?
    En nous invitant à l'écoute attentive des sons naturels comme du silence, ce livre nous sort puissamment du parti pris du « spectacle » pour redonner toute sa place à la part « sylvestre » de l'homme. Sont convoquées les oeuvres d'art qui ont inventé la beauté de la forêt : la musique, la littérature, la poésie, le cinéma dont la beauté s'origine aussi dans le son.
    Par ailleurs, le souci écologique voisinant avec le plaisir esthétique, géographes et chercheurs en biologie donnent voix à la notion d'environnement et nous disent pourquoi le paysage sonore peut devenir un précieux instrument de diagnostic de la biodiversité.

  • Dès les premières représentations du paysage en peinture, en Flandre comme à Venise, l'arbre occupe une place privilégiée : associé à quelques autres motifs (le rocher, le chemin, le nuage...), il fait le paysage.
    Et jusqu'à l'aube du XXe siècle, l'arbre reste à l'ordre du jour du travail des peintres. Avec l'art moderne et le regard en mouvement, l'arbre en plein épanouissement cède la place à des fragments, des traces, des reconstructions d'arbre. Qu'en est-il aujourd'hui ? Il y a une vingtaine d'années on pouvait encore vivre avec les arbres, l'eau, le vent... Ces mots essentiels évoquent de nos jours la pureté d'un monde qui n'est plus le nôtre.
    Pourquoi, alors, en ces temps de détresse, avons-nous choisi de garder les yeux sur l'arbre ? Comment comprendre l'insistance du meilleur cinéma (Tarkovski, Erice, Kiarostami, Godard, Denis, Recha...) pour le rencontrer ? Jamais l'arbre n'a été aussi nécessaire à l'homme, mais jamais l'homme n'a exercé sur lui autant de pression de destruction. Dans quelle mesure le " paysage-catastrophe " des dernières tempêtes a-t-il contribué à modifier notre rapport imaginaire à l'arbre ? Cet ouvrage se propose de faire le point sur les changements subis par l'image de l'arbre au sein de notre culture visuelle.
    Car nous pensons le futur en images, et pour comprendre ce qui se joue entre l'arbre et nous, les auteurs réunis dans ce livre ont choisi d'interroger le cinéma, la peinture et la photographie. L'image de l'arbre semble indispensable face aux bouleversements de notre monde. Mais quelle sorte d'image ?

  • Qui connaît en France l'existence d'une « Convention européenne du paysage », qui fait de celui-ci « une composante fondamentale du patrimoine culturel et naturel de l'Europe » ? Aujourd'hui les paysages européens connaissent des transformations accélérées du fait de la mondialisation. Cet ouvrage permet de mieux comprendre les enjeux multiples (politiques, sociaux, économiques, écologiques, mais aussi culturels et artistiques) de cette évolution. Ce volume réunit des spécialistes de plusieurs pays et de diverses disciplines (droit, sciences politiques, sociologie, urbanisme, économie, histoire, géographie, philosophie, arts plastiques, littérature.), oº rant un très large panorama, abondamment illustré, des paysages européens et de leurs représentations littéraires et artistiques.

  • Après un long parcours, commencé avec La Grande Touffe d'herbe de Dürer (1503), le motif de l'herbe confirme sa présence dans l'art : figure interne aux écritures, (La Fabrique du Pré de Ponge, L'Herbe de Claude Simon), aux peintures (Olivier Debré, Henri Cueco), " matière émotion " pour certains cinéastes (Malick, Pasolini, Straub.). Toutefois, à y regarder de près, l'herbe et ses intensités chromatiques ne sont plus aujourd'hui subordonnées à la totalité du paysage. D'où l'hypothèse à l'origine de ce travail collectif : en se tournant avec insistance vers un humble motif naturel, l'herbe, au lieu de chercher à appréhender un ensemble, un certain nombre d'expériences esthétiques récentes contribueraient à fonder une relation à la nature fragilisant singulièrement notre ancien rapport au monde, frontal et visuel que nous avons appelé le paysage au profit d'expériences esthétiques qui se tournent désormais vers des objets naturels saisis isolément : le nuage, le rocher, l'arbre, l'herbe.

  • Le paysage sublime trouve, semble-t-il, son origine dans le lieu d'horreur antique (« locus horridus », « locus horribilis ») qui s'oppose au lieu de plaisance (« locus amoenus ») comme la nature sauvage contredit le jardin d'agrément. Le paysage d'horreur, en tant qu'expression d'une nature irrégulière, voire déréglée, devient le lieu même du paysage romanesque à la fin du XVIIIe siècle.
    Dans sa redéfinition du sublime comme expérience, le romantisme développe davantage une poétique du paysage qu'une topique des lieux communs du sublime naturel : puissance chaotique (le volcan, la cataracte, l'orage ou la tempête) ou représentation de l'infini (Dieu, la mer, la montagne). Cette poétique se développe plutôt dans le sens de la magnificence en tant que beauté du sublime (la nature sauvage), sublimité du beau (le paysage grandiose) et synthèse naturelle entre beau et sublime, mais aussi comme espace de négativité où le paysage se sublime dans une rêverie extatique qui l'accomplit et l'anéantit dans le même mouvement de pensée. Le sublime lui permet aussi de concevoir une métaphysique de la nature comme apocalypse du paysage, révélation de l'impossible (le fantastique), du possible (le nocturne), et expérience des limites par la contemplation des états-critiques du paysage (l'aurore, le crépuscule). C'est ainsi que le paysage sublime devient un mode de connaissance de la nature qui se développe comme dépassement des lois de la raison instrumentale, de la représentation (l'indétermination), du principe d'individuation (l'indistinction), et de non-contradiction (le paradoxe).
    Ainsi, les éléments de ce sublime romantique du paysage peuvent se définir essentiellement comme expression de l'indétermination : transfiguration de la description en apparition ou en vision et subversion de la représentation par le débordement du cadre descriptif et la désorientation sensible des plans et des points de vue. Cette poétique du paysage trouve son écho dans la poétique du personnage, et notamment dans la figure du héros romantique en quête d'une fondamentale indétermination, d'une liberté inconditionnelle et radicale. Pour le romantisme, le paysage naturel n'est donc pas étranger à l'investissement éthique ou la contemplation métaphysique, c'est même au sein de cette grande nature correspondante à sa démesure que l'homme romantique va se définir comme élan génial et enthousiaste, comme révolte (selon un sublime du mal et du malheur) ou comme renoncement (abnégation, résignation, repentir).

  • Deux événements ont marqué l'histoire du paysage dans les sociétés occidentales : l'invention à la Renaissance, par la littérature et la peinture, de la notion même de paysage, et la rapide transformation de l'environnement par la révolution industrielle et urbaine du XXe siècle.
    Le spectacle de la nature cède alors la place à la multiplication des visions médiatiques qui modifient notre rapport à l'environnement. Quelle est la place du cinéma dans l'émergence de ces nouveaux paysages imaginaires ? Cet ouvrage se propose d'explorer les nouvelles valeurs paysagères créées par le cinéma. Les images filmiques se contentent-elles d'apporter leur contribution esthétique à la réinvention permanente d'une belle nature telle que la peinture et la littérature avaient pu la concevoir ? Ou l'habitude de voir des images induit-elle une redéfinition des usages et des représentations du paysage ?

  • L'époque est au désenchantement.
    La nature est menacée. Depuis peu, le Paysage est de nouveau à l'ordre du jour. Le XVIIIe siècle parait, à cet égard, étrangement proche de nous. Le paysage a fait l'objet de vifs débats entre spécialistes ; la sensibilité de l'époque a cherché, comme la nôtre, à y exprimer de nouveaux rapports entre les hommes et la nature. Paru en 1777, De la composition des paysages plaide à la fois pour un renouveau esthétique, en complète rupture avec l'oeuvre d'un Le Nôtre, et pour une nouvelle éthique de la vie quotidienne.
    En accord avec ses propres principes, René-Louis de Girardin conçut lui-même les paysages que décrit l'auteur de Promenade ou Itinéraire des jardins d'Ermenonville (1811). La postface de Michel H. Conan livre les clés historiques et sociologiques qui permettent de déchiffrer la genèse et le sens de cette oeuvre originale.

  • C'est au prix d'une généralisation hâtive d'un trait de la sensibilité de son temps que chateaubriand déclare : " tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines ".
    S'il est en effet des époques où le spectacle des ruines a fait naître une émotion et un plaisir singuliers, il en est d'autres où il n'a suscité qu'indifférence voire horreur. tout permet de désigner la renaissance comme le moment où le goût des ruines s'est manifesté pour la première fois en occident. cette apparition elle-même peut être interprétée comme révélatrice de l'émergence d'une nouvelle forme de conscience historique.
    Située à la croisée de l'histoire de l'art, de l'esthétique et de la philosophie de l'histoire, cette étude s'attache à l'examen du traitement poétique, pictural et philosophique du motif de la ruine, du début du xive siècle à la fin du xvie siècle et appréhende, à travers lui, la transition d'une approche théologique et allégorique de l'histoire à une conception séculière, prenant pour modèle le cycle biologique de la croissance et du déclin.

  • L'histoire récente des sciences va de la représentation de la nature, avec l'émergence des disciplines scientifiques qui l'étudient, jusqu'à une présentation de la nature opérée par les résultats et les projections des écologues. Ce processus historique se caractérise par une modification profonde de l'idée de nature depuis le début du XIXe siècle. Il aboutit à la conception de la nature comme un ensemble dynamique reliant tous les êtres vivants et leurs environnements dans un processus de changement perpétuel et autorégulé. Cette conception a des implications nombreuses en science et en technique, en éthique et en morale, mais aussi, et cela rarement considéré, en esthétique.
    L'écologie a largement inspiré des figures esthétiques nouvelles. Des artistes, urbanistes ou designers relient esthétique et écologie par des réalisations concrètes : coulées vertes, installations éphémères en matériaux naturels, esthétisation directe des objets et des vivants, oeuvres in situ dans les espaces naturels, etc. Ce qui se joue implicitement dans ces oeuvres est symptomatique de la diffusion de la responsabilité écologique.
    Ces expériences se rattachent au champ du savoir, de la technique, de l'industrie et de l'aménagement du territoire, l'esthétique n'est donc plus décorellée de notre rapport quotidien au monde. Rassemblées sous la notion d'esthétique verte, c'est un processus vers une réconciliation avec notre environnement qui se déploie.
    Mais le changement est progressif, complexe, et des formes d'appréhension de la nature différentes voire opposées coexistent. En les distinguant, l'importance de l'écologie en art et dans la culture commune s'en trouve renforcée.
    Enfin, l'expérience esthétique peut servir de levier à la transition de notre rapport au monde ; c'est à partir de cette expérience sensible, ancrée dans l'individu vivant, que se développent les convictions nouvelles et les comportements qui constituent aujourd'hui une culture écologique. L'esthétique verte décrit aussi comment ce levier est activé auprès du public, par la sensibilisation, l'art ou la publicité.

  • Parce qu'il restitue, à sa manière, les multiples dimensions du paysage, cet ouvrage met en scène, comme autant de paysages traversés, comme autant de paysages aux reliefs contrastés, les points de vue des philosophes - esthéticiens et épistémologues -, des géographes, des historiens - en l'occurrence des archéologues -, mais aussi ceux d'un ingénieur, d'un plasticien et d'un critique d'art.
    Une place notable a été réservée au regard, protéiforme lui aussi, des écrivains, et, comme une boucle qui se ferme, le livre se conclut par l'intervention d'un égyptologue qui répertorie les formes commençantes de la conscience du paysage dans les hiéroglyphes et dans la peinture des bords du Nil.

  • Cette anthologie rassemble quelques-unes des contributions que les meilleurs spécialistes français - géographes, agronomes, écologues, sociologues, paysagistes, plasticiens, philosophes, etc.
    - ont apportées, depuis vingt ans, à la théorie du paysage.
    Elle témoigne de la diversité de leurs préoccupations, de la richesse de leurs propositions, de la virulence, aussi, des polémiques qui les ont parfois divisés, et elle souhaite fournir, à cet égard, un document objectif et vivant à tous ceux pour qui le paysage n'est pas seulement l'objet d'une protection, mais un des lieux privilégiés de l'invention et de la création.

  • Deux siècles après la peinture saisissante de la France faite par l'agronome britannique Arthur Young (Voyages en France dans les années 1787, 1788, 1789) et dans le cadre des réflexions en cours sur le paysage français, l'Etat français a demandé à trois personnalités étrangères, de culture différente par leur spécialité et leur origine, de porter un " regard neuf, extérieur, sur les paysages français contemporains ".
    Ces trois experts, un ingénieur aménageur japonais, un urbaniste néerlandais et un historien des jardins anglo-américain, ont voyagé pendant quinze jours en France, selon l'itinéraire de leur choix et en fonction de leurs préoccupations personnelles. Les trois rapports issus de ces voyages font la matière du présent volume. Yoshio Nakamura explique son attirance éclairée pour la complexité des paysages français urbains et ruraux, dans lesquels passé et présent se superposent.
    Dirk Frieling poursuit une réflexion sur la problématique de l'aménagement, sa traduction paysagère et les valeurs qui les sous-tendent. Quant à John Dixon Hunt, il se consacre à une analyse des jardins et à la relation qu'ils entretiennent avec leur environnement. Ce sont donc trois points de vue très différents qui sont exposés ici ; puissent-ils servir à renouveler le débat sur l'avenir du paysage français !

  • Jean-Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873), premier Jardinier en chef du Service des Promenades et Plantations de la Ville de Paris, est l'auteur de l'aménagement paysager de la capitale au moment de sa transformation par le préfet Haussmann.
    Transformant notamment les bois de Boulogne et de Vincennes, le parc Monceau, réalisant le parc des Buttes-Chaumont, il inaugure un nouveau type de jardin, caractérisé par les vallonnements, les formes sinueuses des allées et des pelouses, la richesse de la décoration végétale, qui exalte la modernité du Second Empire et de la bourgeoisie, nouvelle classe dominante. Les jardins parisiens se font le reflet de la société, de ses désirs, principes et valeurs ; ils révèlent en même temps ses faiblesses et ses contradictions.
    Image fidèle de la bourgeoisie parisienne, le nouveau jardin est diversement accueilli dans les pays où il est exporté : en province, à Lille, Marseille, Avignon, Hyères, ainsi qu'à l'étranger : Genève, Milan, Turin, Vienne et Le Caire. Le jardin parisien du Second Empire caractérisera l'art des jardins du XIXe siècle et marquera de son empreinte la plupart des réalisations paysagères du XXe siècle.

empty