Grasset Et Fasquelle

  • Les philosophes, c'est bien connu, n'aiment pas trop {penser} leur corps. On dirait que cela les gêne, perturbe leur réflexion. Mieux : dans le corps, le nez et le phallus semblent être les deux appendices auxquels la tradition philosophique réserve la plus mauvaise part. Pourquoi ? Tel est l'objet de ce livre érudit, merveilleux d'humour et de sagesse. Michel Onfray montre en effet comment le nez et le phallus sont, pour les philosophes - de Socrate à Kierkegaard - les symptômes d'une animalité haïssable et indigne. Taine, Sartre, Marc Aurèle, Kant et bien d'autres sont alors convoqués devant un tribunal affectueux. Chaque fois, leur frayeur est analysée du point de vue de l'anecdote ou de la biographie. Dans le même temps, Michel Onfray montre qu'il existe une autre tradition philosophique - celle qui va des hédonistes grecs à Sade, des cyrénaïques à Fourier - qui, elle, assume et glorifie le corps. C'est à cette tradition que Michel Onfray rend ici hommage.

  • Jean-Claude Milner y poursuit la réflexion sur le judaïsme engagée dans Les Penchants criminels de l'Europe démocratique ainsi que dans les Leçons données, ces dernières années, dans le cadre de l'Institut d'Etudes lévinassiennes de Jérusalem. Le livre oppose ces deux figures apparemment voisines et, en réalité, parfaitement antinomiques que sont la figure du « Juif de l'Etude » et la figure, plus moderne, fruit et coeur de ce que l'on a appelé le processus de l'assimilation, du Juif de Savoir. Comment Judaïsme et Savoir se sont-ils noués demande Milner ? Comment, au terme de quel processus, la figure traditionnelle du Sage, voué à la lecture et au commentaire des « lettres de feu » du Talmud, a-t-elle cédé la place à cet autre type d'humain qu'incarnent, pour aller vite, Leo Strauss, Gershom Scholem, Sigmund Freud ou Walter Benjamin ? D'où vient que cette histoire se soit jouée, pour l'essentiel, sur la scène de la culture et de la langue allemande ? Et d'où vient qu'elle se soit dénouée, enfin, dans la forme de la tragédie oe... A travers ce livre - dont les protagonistes sont, aussi, Hannah Arendt, Michel Foucault, Martin Heidegger - c'est toute l'aventure de l'Europe qui se profile : passée et, surtout, à venir.

  • « Connaître signifie connaître avec certitudes des objets, donc suivant les sciences : il n'y aurait de certitude qu'affirmative et scientifique. Le reste, ce qui se dit ailleurs, en philosophie ou littérature, n'apporterait aucune certitude. Voilà ce que nous tenons tous, spontanément, pour allant de soi. Ce livre veut la mettre en question.
    Car précisément une question, à condition qu'elle ait un sens, peut aboutir à une certitude, pourvu que nous comprenions pourquoi et comment elle doit rester sans réponse. Les questions sans réponses donnent aussi des certitudes, mais des certitudes négatives.
    Ainsi ne doit-il pas y avoir de réponse à la question sur la définition de l'homme - car définir l'homme aboutit toujours à en finir avec certains hommes.
    Ainsi la question de Dieu survit-elle à tout argument sur l'impossibilité de l'expérience de Dieu, précisément, parce que Dieu, par hypothèse, concerne ce qui nous reste impossible.
    Ainsi le don, et ce qui le confirme par redondance, le pardon et le sacrifice, n'admet-il aucune condition de possibilité, précisément parce qu'il transcende l'économie des échanges.
    Ainsi l'événement advient sans aucune prévision et contre toute attente, parce qu'il ne pourra jamais devenir l'objet d'une compréhension exhaustive, comme un objet ou un spectacle.
    Il se pourrait que ces certitudes négatives, qu'aucune théorie ou expérience à venir ne viendront corriger ou invalider, nous offrent infiniment plus de certitude que toute autre. »

  • La littérature française est connue, et critiquée, dans le monde entier, pour être une littérature du Moi.
    Que l'on mette en cause le narcissisme de ses écrivains ou que l'on loue la finesse de leurs analyses psychologiques, on n'échappe pas, dans l'examen de la création, à ce constat et à cette question.
    Or, à la légitimation de cette littérature conçue comme écriture de soi, un modèle a été donné : Marcel Proust. Et un moment fondateur a été assigné : le Contre Sainte-Beuve, ce recueil de textes publiés plus de trente ans après la mort de l'auteur d'A la recherche du temps perdu.
    Donatien Grau revient, ici, sur ce moment décisif et qui se révèle, à l'examen, plus trouble, paradoxal, mystérieux, que ne l'ont dit des générations de commentateurs. En rouvrant ce dossier que Proust avait gardé secret, en déployant toute son énigmatique complexité, il ouvre la voie à un renouvellement d'ensemble de notre pensée sur la littérature.

  • Manifeste philosophique, écrit dans une langue belle et limpide, ce livre entend poser les bases d'un pessimisme historique de type nouveau. convoquant auprès de lui les leçons de l'histoire récente, les enseignements du plus lointain passé, des références littéraires autant que métaphysiques, il peut se lire comme une véritable "archéologie du temps présent", acharnée à démontrer cette thèse résolument noire : la vie est une cause perdue et l'homme un dieu manqué, le bonheur est une idée vieille et la société bonne un rêve meurtrier, le maître a toujours raison parce qu'il est l'autre nom du monde. renvoyant dos à dos toutes les versions modernes de l'optimisme, les confrontant à la pesante réalité de "la barbarie à visage humain", il irritera les gais savants qui continuent de croire dans les fables éternelles qui gouvernent le troupeau humain ; il répond pied à pied aux mensonges progressistes qui, à force d'enchanter le monde, le mènent peut-être à la catastrophe ; il n'épargne bien sûr pas le socialisme, cette tradition politique qui s'est tant de fois égarée, qu'elle n'est peut-être plus bonne aujourd'hui qu'à fournir au nouveau prince ses nouvelles armes politiques.

  • L'auteur montre pourquoi la notion de "mort de Dieu" pose plus de difficultés qu'elle n'en résout. Comment le Dieu dont on proclame la mort est un Dieu conceptuel, abstrait, désincarné, à la lettre une idole. Et comment la question de Dieu s'ouvre d'autant plus que cette idole ne cesse, sous nos yeux, de mourir... Dieu est mort donc, le Dieu des philosophes, le Dieu de la raison rationnelle : vive Dieu par conséquent, le Dieu de la distance, le Dieu mystérieux et insondable du credo quia absurdum. L'originalité de cette étude, à la fois rigoureuse et brillante, tient à ce que, pour la première fois, un philosophe chrétien reprend et se nourrit de problématiques aussi "hérétiques" que celles de Heidegger, Hölderlin ou Jacques Derrida.

  • Au point de départ de ce livre, un article publié par Pascal Bacqué à l'heure où la question du « mariage pour tous » occupait la rue et les esprits. Jean-Claude Milner exprima son désaccord avec ce texte - et une longue correspondance s'ensuivit entre les deux hommes.

    Sans rechercher un vain consensus, les deux auteurs y assument leurs positions radicale : études talmudiques pour Pascal Bacqué ; athéisme réfléchi pour Jean-Claude Milner. Chacun devenant, tour à tour, et par sa radicalité même, un révélateur l'un pour l'autre...

    Ainsi peut-on mettre à jour les enjeux d'un événement législatif : changement de civilisation ou pas ? Simple évolution du décor ou déchirure profonde ? La question de la Loi - juive, naturelle ou civile - y est posée dans toute son ampleur. Ces Lois peuvent-elles se contredire ? Le doivent-elles ? Faut-il tenter de les réconcilier ? Dans ce livre, l'avenir des hommes en société est ausculté à la lumière de grands textes de la pensée juive.

  • Qu'appelle-t-on oeuvre inachevée ? Qu'est-ce que terminer une toile, finir un roman, achever une sculpture ? Quel sens a l'abandon d'une oeuvre ? Dans sa fascination pour le tout et la beauté accomplie, l'esthétique classique refuse de poser ces questions. Totalitaire, elle a imposé le silence sur des oeuvres "imparfaites" de Michel-Ange, Stendhal ou David.

    Face à ce despotisme, l'époque contemporaine réclame l'inachevé qui n'est plus accident mais passion des formes tâtonnantes, itinérantes, toujours en constitution. Avec Kandinsky, Ernst, Joyce, Céline, Nietzsche et tant d'autres, l'inachevé, le fragment, la trace triomphent des pensées systématiques et témoignent de l'impérissable désir de représenter la vie qui n'a ni commencement ni fin. C'est toute l'épopée récente de l'imagination humaine qui nous est ici offerte.

  • Voilà l'un des premiers livres sur l'opéra qui nous révèle l'importance de l'intrigue, les paroles échangées, {dans} et {à travers} la musique. Et ce livre, c'est une femme qui l'a écrit. Car, si l'on prête attention aux drames qui se jouent dans le trompe-l'oeil de la mise en scène et d'une musique sublime, on y voit de longs cortèges de femmes bafouées dont une société d'hommes va admirer les malheurs, avant le souper. Femmes tuées, abandonnées, méprisées et magnifiées, détestées et adorées : voix chantantes des mamans et des putains dans les bourgeoisies régnantes. Certes, au tomber du rideau, la cantatrice morte se relève, noyée sous des bouquets d'adorateurs : mais l'image de la jeune fille tuée par les familles des pères reste au coin des sourires. Un livre qui fascinera aussi bien les amateurs d'opéra que tous ceux qui n'ont jamais été à l'opéra. Tous seront touchés par les accents d'une femme qui n'en finit pas de découvrir que notre culture s'est jouée des femmes en faisant mine de les adorer.

  • En 2008, un historien israélien, Shlomo Sand, publia un ouvrage (Comment le peuple juif fut inventé, Fayard), bientôt suivi de deux autres textes (Comment Israël fut inventée et Comment j'ai cessé d'être juif, Flammarion). Ces ouvrages, visant tous à dénoncer la "fiction" de "l'être juif" et de la "légitimité" de l'Etat hébreu, connurent un grand retentissement - surtout en France. Volontairement iconoclastes, les thèses de Schlomo Sand furent reprises par plusieurs familles idéologiques françaises - allant du "courant" de la Revue Esprit aux franges antisémites ou pro-palestiniennes de l'opinion. Du coup, le livre de Claude Klein se donne un double but :
    1. Démonter, en historien, l'absurdité des thèses de Shlomo Sand ;
    2. Surtout, analyser les raisons qui, en France, ont rendu ces "thèses" si populaires.
    Ainsi, son ouvrage Peut-on cesser d'être juif ? est moins un livre israélo-israélien qu'un livre franco-français. En cela, il rejoint très largement les conclusions auxquelles étaient parvenues des essayistes comme Zeev Sternhell ou Bernard-Henri Lévy (dans son Idéologie française).

  • Ce journal, rigoureusement libertin - au sens où montaigne définit le libertinage comme la "faculté d'aller ici, puis là" -, répond à toutes sortes de questions bizarres. en voici la liste, non exhaustive. les pauvres peuvent-ils être libertins ? quelles leçons sur les hommes un chat peut-il donner ? que disent les prostituées aux philosophes ? mondrian aide-t-il à comprendre venise ? que serait une philosophie du panache ? que peut-on écrire du corps de son père ? quelles mythologies comparées pour l'eau ou le pétrus ? quel écrivain désirait être un volcan ? une érection peut-elle être un auxiliaire de connaissance ? que veulent les femmes ? le libertinage est-il toujours de droite ? comment peut-on aimer diogène et de gaulle ? qu'est-ce qu'un philosophe libertin ? voilà un florilège de questions, parmi d'autres...

  • "Aujourd'hui que toute radicalité critique est devenue inutile, que toute négativité s'est résolue dans un monde qui fait semblant de se réaliser, que l'esprit critique lui-même a trouvé dans le socialisme sa résidence secondaire et que l'effet de désir, enfin, est largement passé, que reste-t-il sinon de remettre les choses à leur point zéro énigmatique ? Or l'énigme s'est inversée : jadis c'était la Sphinge qui posait à l'homme la question de l'homme, qu'Oedipe a cru résoudre et que nous avons tous cru résoudre à sa suite - aujourd'hui c'est l'homme qui pose à la Sphinge, à l'inhumain, la question de l'inhumain, du fatal, de la désinvolture du monde envers nos entreprises, de la désinvolture du monde aux lois objectives. L'objet (la Sphinge), plus subtil, ne répond guère. Mais il faut bien qu'en désobéissant aux lois, en déjouant le désir, il réponde en secret à quelque énigme. Que reste-t-il que d'aller du côté de cette énigme, et d'opposer aux stratégies banales les stratégies fatales ?" J. B.

  • "Akavia fils de Mahallel conseillait à l'homme de constamment méditer sur trois choses : d'où il vient, où il va et devant qui il va devoir rendre des comptes. Pour un écrivain qui se veut témoin, ce conseil est particulièrement précieux. Jetant un regard sur l'itinéraire parcouru, il doit parfois dresser un bilan. Bien sûr, on retrouvera ici quelques-uns de mes thèmes et obsessions. Quarante ans après l'Evénement, j'éprouve toujours l'angoisse de ne pouvoir dire l'indicible, l'obligation d'essayer, et la sensation d'avoir échoué. Comment décrire la distance qui sépare les morts des vivants, les Juifs de leurs ennemis. Auschwitz d'Hiroshima oe Certains textes de ce volume - dont le choix pourrait paraître arbitraire - reflètent l'actualité changeante. Le scandale de la torture officialisée, la tragédie des Indiens Miskitos, les tueries au Liban : impossible de ne pas prendre position. Et puis, la menace nucléaire : impossible de lui tourner le dos...

    Nous serons tous jugés un jour. Par les morts." E.W.

  • Armando Verdiglione est psychanalyste, philosophe et sémioticien. En 1985, en vertu d'une loi scélérate, il a été accusé de "délit d'influence" sur la personne de certains de ses patients. Il a été condamné. Emprisonné. Traîné dans la boue. Conspué. Il a été traité comme aucun intellectuel, dans l'Europe démocratique, le fut probablement jamais. Et nous sommes quelques-uns, en Italie et hors d'Italie, à flairer la machination. Ou, au moins, l'erreur judiciaire...

    B.H.L

  • Dans ce livre - qui se présente comme le deuxième tome du " journal hédoniste " de michel onfray - il est question, bien sûr, de plaisir et de sagesse. on y trouve, entre autres, une célébration du gaz lacrymogène, une gynécologie des précieuses, des considérations sur les rognons du philosophe, une esthétique de l'ubiquité et un éloge des péchés capiteux. mais la curiosité de l'auteur, qui s'y connaît en digressions, ne s'arrête pas là : la gaieté ennuyeuse, l'innocence du devenir, le pliage des nuages et les métamorphoses de narcisse le préoccupent également. de ce voyage à travers toutes sortes de gais savoirs, il s'en revient avec le pessimisme allègre et lucide qui, depuis toujours, porte son style et sa pensée. voici donc, comme un viatique, la chronique d'une méditation sur le bonheur, le " journal " de bord d'un philosophe qui, tous comptes faits, n'ignore pas que la vie est, de loin, plus jubilatoire que son funeste contraire.



    Michel onfray a déjà publié, chez grasset, le ventre des philosophes, cynismes, l'art de jouir, la sculpture de soi (prix médicis de l'essai 1993), la raison gourmande (prix liberté littéraire 1995), politique du rebelle, et le désir d'être un volcan.

  • Que se passe-t-il, aujourd'hui, dans la création ? une époque, manifestement, s'est achevée : celle des avant-gardes, de leur terrorisme et de leur radicalisme esthétique. mais sommes-nous condamnés pour autant à revenir en arrière et à nous réfugier dans la nostalgie des codes et des langages du xixe siècle ? l'hypothèse de ce livre, c'est qu'il existe, repérable çà et là, une tout autre voie, fondamentalement {impure}, celle-ci. sachant qu'aucun langage n'est innocent, et aucun art naturel. n'hésitant pas à mélanger les genres, les registres. et dont l'auteur trouve la trace dans des oeuvres aussi différentes que celles de twombly, de kooning, kantor, wilson, beckett, kundera, pasolini, godard, berg, broch ou musil. ecrit dans une langue élégante, étourdissant de culture mais jamais obscur, cet essai est une "somme" sans exemple consacrée à l'art et à la littérature de notre temps ; une référence obligée pour qui veut comprendre ce qui se joue dans la création à la fin du xxe siècle ; et peut-être même, au-delà, comme un véritable manifeste de l'esprit nouveau.

  • Dépolitisation de la jeunesse, rejet de la politique : ces lieux communs volaient en éclat en novembre 1986 ; et la levée en masse des étudiants et lycéens a totalement bouleversé la donne. C'est ce bouleversement qu'analyse Guy Konopnicki dans ce livre. Avec, au coeur de son commentaire, ce constat - et cette thèse : parce qu'il entrait en scène alors que les grandes illusions s'étaient effondrées et que les modèles totalitaires avaient enfin perdu de leur pouvoir de fascination, ce mouvement de jeunesse était le premier depuis très longtemps à se situer d'emblée, et de plain-pied, dans le cadre de la pensée démocratique. La vérité, étrangement oubliée, c'est que l'Université est d'abord le lieu de transmission de la culture d'une société ; et que le mouvement de novembre sans mettre en cause les institutions, sans se référer une seule seconde à une utopie despotique, imposait un nouveau type de dialogue entre le pouvoir et les citoyens. La nouvelle contestation ne met plus la démocratie en péril : tend à la régénérer et, peut-être, à la réinventer.

  • « Aujourd'hui les intellectuels ne sont ni haïs, ni vilipendés, ni même réellement fustigés comme à l'époque de l'affaire Dreyfus, des années 30 ou de la guerre d'Algérie. Et force est de constater, même si leur narcissisme doit en souffrir, qu'ils traversent une crise molle, voilée, comme étoufée.»

  • Je poursuis ici l'enquête sur la création contemporaine commencée dans {l'Impureté}. Il me semble apercevoir ceci : notre époque pourrait bien être celle de la résurrection d'un grand style baroque. Autrement dit : quelque chose qui était né au XVIIe siècle (avec Rubens, le Bernin), qui avait connu son point d'effervescence au XVIIIe siècle, et qui avait ensuite été déprécié (par le naturalisme et le romantisme), resurgit dans notre siècle. C'est même pourquoi ce livre prend le parti de mêler les genres et les époques : confrontant dans la même réflexion la peinture de Tiepolo et celle de Picasso, la musique de Monteverdi et celle de Berio, telle page de Baudelaire et telle image de Warhol, les poètes du XVIIe siècle et les grands romanciers néo-baroques d'aujourd'hui, de Danilo Kis à Carlos Fuentes. Le Baroque contemporain ? Une façon, de nouveau, de combattre l'illusion par les moyens mêmes de l'illusion. D'afficher et de revendiquer partout {l'artifice}, comme pour suggérer que l'art n'est jamais "naturel". Rien à voir, cependant, avec le cynisme "postmoderne" car le paradoxe, ici, est que l'artifice, exaspéré, peut parfois nous conduire à la vérité et à un véritable érotisme esthétique. G.S.

  • Le coq gaulois... Le petit coq français monté sur ses ergots... La vanité nationale... L'impression d'être le centre du monde... Voilà quelques traits français qui ne datent pas d'aujourd'hui... Un livre pour fustiger le chauvinisme français. Un livre pour nous rappeler quelques autres aspects du mal français. Mais l'essentiel de ce livre est ailleurs. C'est une méditation sur le déclin, l'exténuation d'une démocratie. Oui, nous dit Konopnicki, les démocraties peuvent {encore} finir. La fin du communisme ne les prémunit pas contre la maladie, la mort, ou, en tout cas, le ridicule. De la montée du Front National aux écarts de langage de Mme Cresson, du spectacle pitoyable donné par les politiques à nos réactions frileuses face aux révolutions de l'Est, Guy Konopnicki analyse tous les aspects du très étrange malaise qui s'est emparé de la France et semble miner les bases de l'esprit civique, démocratique et républicain.

  • Michel Onfray reste fidèle à la morale "hédoniste" dont il avait déjà esquissé les principes. En effet, pour ce jeune philosophe, l'Occident est fondé sur des valeurs et des vertus caduques. Il leur oppose, avec une grande allégresse de pensée et de style d'autres valeurs tournées vers le plaisir, la jouissance. Il voudrait donc ressusciter la "virtù" de la Renaissance contre les "vertus" judéo-chrétiennes. Il a imaginé ce livre qui est une promenade autour de la Méditerranée, principalement en Italie, à la recherche de tous les vestiges de cette virtù. Il rencontre ainsi la statue équestre d'un condottiere qui lui semble résumer ce dont sa pensée conserve la nostalgie : courage, théâtre, sens du jeu et de l'audace, passion de l'amitié, de la beauté et de la politesse, qualités qui toutes pourraient permettre à l'individu moderne de se "sculpter".

  • Si les théologiens - et, plus généralement, les religions - ont parlé, et beaucoup parlé, du Mal, les philosophes, en revanche, ne savent trop comment se saisir de ce concept. Ainsi, le Mal, le mal radical, est "l'angle mort" de la tradition métaphysique. Cet essai se présente comme une histoire - des histoires - du Mal, tel qu'il s'illustre chez certains philosophes romanciers, tendue par une hypothèse forte : si le mal est insaisissable par la pensée, c'est peut-être parce qu'il est le registre où, précisément, toute pensée se dissout. Des dieux grecs à la période chrétienne, de la conception juive du mal aux métamorphoses médiévales du Malin, de Sade au romantisme, de Kierkegaard à Nietzsche, l'auteur procède donc par explorations philosophiques et explique pourquoi une histoire exhaustive du Mal est un pari dangereux pour son auteur. Elle explique surtout, pourquoi tous les philosophes, quand ils ont voulu penser le Mal, sont devenus des romanciers.

  • Du jour où dionysos s'en est allé, la pensée occidentale est née, perverse et monstrueuse, traînant le monde entier vers son destin : celui du nihilisme achevé. là se dessinent les cartes sombres, obscures et nostalgiques, de l'exil blanc, loin des contrées du plaisir et de la félicité. c'est en amont de cette errance que fait retour jean-paul dollé, aux sources du déclin où s'origine notre malheur : les grands fantasmes qui hantent la conscience de l'occident, les mythes régulateurs où s'ancrent la " philosophie allemande ", la " politique française ", l'" économie anglaise ". voie d'accès au plaisir pourra se lire aussi comme un commentaire rêveur de la formule de lénine sur les trois sources du marxisme.

    /> Comme tous les textes prophétiques, ce livre est d'abord archaïque. son dialogue avec l'origine annonce cette parole singulière que le passé est devant nous, incertain et familier, notre futur probable, non encore advenu. étrange classicisme, anachronique et subversif, où s'élaborent déjà, dans les hasards de son langage, les concepts fondamentaux de la philosophie de demain. une pensée affirmative et non plus réactive, qui ne cherche plus à nier, à rompre ou à polémiquer, qui renonce à citer, à commenter, à référer et où se lisent du coup les prémices d'une nouvelle morale et d'une autre politique.

  • "N'avons-nous réellement le choix qu'entre le nationalisme jacobin et l'archaïsme des cultures "enracinées" chères à la nouvelle droite ? Qu'entre ce morne chauvinisme pour qui la culture n'est qu'un patrimoine, et la nostalgie régressive, rurale ou territoriale, des "minorités culturelles" ? Et si l'Art Moderne, de la littérature à la peinture, de James Joyce à Barnett Newman, dégageait un {tout autre} parcours ? Un affranchissement des pesanteurs nationales, des liens du sang et du sol ? Un geste à la fois singulier et universel ? Un effectif cosmopolitisme ? Ce sont quelques-unes des questions que pose ce livre. A travers un sondage historique des mythologies d'enracinement et le repérage dans la modernité culturelle de cet axe cosmopolite qui peut être perçu comme l'amorce de cette {éthique anti-fasciste} dont l'urgence n'est, hélas, plus à démontrer. Ce qui entraîne tout un voyage, où il sera question de Dante et de Kafka, de la Diaspora et du théâtre américain contemporain, de l'Exil et de la Dissidence - et aussi de Manhattan et de Venise, les villes suspendues entre le Ciel et l'Eau, les villes sans "racines"." G.S.

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