Arts et spectacles

  • Fidèle au rendez-vous Nouv.

    Une question lancinante traverse les écrits de John Berger : que voyons-nous du monde qui nous entoure, et comment pouvons-nous en rendre compte ?
    Poète, essayiste et critique d'art bien connu, John Berger s'est toujours gardé de se laisser enfermer dans des catégories. L'auteur se place en dehors des jeux de conventions et ses écrits sur l'art moderne lui valurent la méfiance des milieux académiques. Tout au long de sa carrière d'écrivain, il développera une pensée très personnelle en dehors de tout discours établi. Au coeur de sa vision réside l'importance de considérer l'art comme une composante inhérente du quotidien de tout un chacun.
    Dans Fidèle au rendez-vous, l'écrivain interroge le monde visible et lui demande de révéler ses secrets. L'ouvrage, qui réunit vingt essais publiés en 1991, est l'occasion pour Berger de creuser sa réflexion sur la manière dont l'être humain appréhende et interprète ce qu'il voit. Le point de départ de chaque essai est une rencontre, à la fois intime et révélatrice. Au fil des chapitres, l'auteur se retrouve face aux peintures de Velásquez, de Goya, de Renoir, mais interroge également celles de Pollock, les sculptures d'Henry Moore ou encore l'extraordinaire palais du facteur Cheval. Toujours attentif à placer les oeuvres et les artistes dans leur contexte, l'essayiste aborde à travers ces confrontations des questions aussi complexes que la montée et la chute des idéologies capitalistes et communistes, la sexualité, l'environnement et l'évolution, ou encore la nature du temps. Les textes interpellent, bousculent, questionnent. Ils nous encouragent à porter une attention accrue non seulement à ce qui nous entoure, mais également à la manière dont nous percevons les multiples rendez-vous - intimes, artistiques, imprévus - qui rythment nos vies. Une nouvelle façon, l'espère Berger, de nous faire réaliser la potentialité de chaque instant, et celle qui réside au fond de nous.

  • Le présent recueil réunit les textes que Nicolas Bouvier a écrit sur la photographie entre 1965 et 1996. A de nombreuses occasions, l'auteur genevois avait parlé de son métier d'iconographe, notamment dans le petit livre Le hibou et la baleine, paru en 1993, mais sa réflexion sur l'acte photographique restait à découvrir. Jusqu'à ce jour, les écrits qu'il a dédié à ce sujet (préfaces, articles de presse, introductions à des catalogues d'exposition) restaient dispersés. Près de quarante textes se trouvent ainsi rassemblés ici. Parmis eux, certains relatent également son activité de « chercheur-traqueur d'images », qui aura été son gagne pain durant près de trente ans. Il nous a paru intéressant de les reprendre ici, d'autant plus que quelques-uns de ces textes sont totalement inconnus et n'ont jamais été republiés.
    Photographe à ses débuts (par nécessité), portraitiste (par accident), chroniqueur (« aliboron ») : la photographie est une constante dans le parcours de l'écrivain voyageur. Nicolas Bouvier s'intéresse à la photographie parce qu'il entretient un rapport passionnel à l'histoire de l'estampe. Les images qu'il affectionne n'appartiennent jamais à la « grande » peinture classique mais toujours à l'art populaire. Dans les textes qui composent ce recueil, il est beaucoup question de ses tâtonnements : l'important pour l'écrivain étant d'élaborer une esthétique de l'effacement puis de se « forger une mémoire iconographique ». Il tirera son enseignement de ses nombreux voyages et des recherches infatigables dans les bibliothèques du monde entier.

  • Originaux et provocants, les écrits de John Berger sur la photographie font partie des textes les plus révolutionnaires du 20e siècle. Ils analysent les oeuvres de photographes tels qu'Henri Cartier-Bresson et Eugene Smith avec un mélange d'intensité et de tendresse, tandis qu'ils sont toujours portés par une implication politique réelle. À leur manière, chacun des ces essais tente de répondre à la question suivante : comment regardons-nous le monde qui nous entoure ?
    Regroupant des textes issus de catalogues d'artistes, expositions, articles, etc., Comprendre une photographie est un voyage à travers les oeuvres de photographes divers, d' André Kertész à Jitka Hanzlová, en passant par Marc Trivier, Jean Mohr ou Martine Franck. Certains des articles regroupés ici ont déjà fait partie de choix de textes de John Berger publiés notamment aux éditions de L'Arche, Champ- Vallon ou Le Temps des Cerises, tandis que d'autres sont traduits en français pour la première fois. La présente sélection reprend l'édition anglaise intitulée Understanding a Photograph, établie par Geoff Dyer et publiée en 2013 chez Penguin Books.
    « La photographie, pour ces quatre auteurs [ Roland Barthes, Walter Benjamin, John Berger et Susan Sontag ], a un intérêt particulier, mais ce n'est pas une spécialité.
    Ils approchent la photo non avec l'autorité de curateurs ou d'historiens du médium mais comme essayistes, comme écrivains. Leurs textes sur le sujet ne sont pas tant les produits d'un savoir accumulé que la consignation active du mode ou processus d'acquisition et de compréhension d'un savoir. » Geoff Dyer, extrait de l'introduction à Comprendre une photographie

  • Les courts textes qui composent Nous avons de pluie assez eu sont autant de petits morceaux d'une vie dans la campagne irlandaise. Mais ce quotidien s'articule uniquement autour d'anecdotes qui ont trait - d'une façon ou d'une autre - aux oiseaux croisés par la narratrice En ornithologue peu avisée, elle traque les oiseaux qui peuplent son quotidien, ainsi que leurs interactions involontaires avec la société humaine : la fierté de celui ou celle qui aura aperçu « la première hirondelle », au moment du retour de ces oiseaux ; l'agacement des habitants face à leurs voitures, maisons et meubles de jardin couverts d'excréments ; un pigeon mort qui devient une représentation de l'absence ; des coquilles d'oeufs difficiles à reconnaître, un oiseau en plastique qui semble vrai,...
    Avec légèreté et délicatesse, Erica van Horn observe chacun des oiseaux rencontrés avec le même soin. Elle propose un recueil ornithologique inattendu, poétique, où il ne s'agit pas tant de reconnaître les oiseaux que de les observer dans leurs rencontres quotidiennes avec les humains, et de voir comment leur présence influence et marque la vie d'un village elle-même.

  • Où que nous soyons, ce que nous entendons est essentiellement du bruit. Lorsque nous n'y prêtons pas attention, cela nous dérange. Lorsque nous l'écoutons, nous le trouvons fascinant. Le son d'un camion à 50 miles à l'heure. Les parasites entre les stations de radio. La pluie. Nous voulons capturer et contrôler ces sons, les utiliser non comme des effets sonores, mais comme des instruments de musique.

  • Si Jean-Luc Parant a fait des sculptures de boules son identité artistique, il ne s'est pourtant pas limité à cette seule pratique. Au cours des années il a développé un travail parallèle, qui n'est éloigné du premier qu'en apparence : il reproduit des oeuvres d'art connues, refait des Beuys, des Filliou, des Michaux, des Dubuffet, des Sol Lewitt... Par cet acte de faussaire, il ne cherche pas tant à confondre des originaux qu'à offrir à tout un chacun la possibilité de s'approprier à moindre frais le patrimoine de l'histoire de l'art. Car, il le répète, les oeuvres d'art ne devraient pas être la propriété d'une poignée d'élites, mais un bien à destination et à disposition de tous... De la même façon qu'une boule est une forme élémentaire, aisément recopiable, infiniment reproductible, facilement accessible à tous ceux qui voudraient se faire pour eux-mêmes un « Jean-Luc Parant ».
    Cette oeuvre exigeante et généreuse, qui ne cesse de questionner la notion de propriété « de » et « dans » l'art, il semblait donc logique de la prolonger en offrant à chacun la possibilité de se constituer son propre musée. Non par un acte de possession égoïste, mais dans l'idée que chacun est à sa façon un créateur.
    Et que chaque créateur est quelque part un résistant. Car si les grandes oeuvres portent en elle la « liberté d'être copiées », c'est aussi parce qu'elles possèdent intrinsèquement « la liberté d'appartenir à tous ».
    Copier, pour Jean-Luc Parant, est donc à la fois un geste politique et humaniste.
    Il s'en explique dans ce petit texte en forme de manifeste, où ce qui est en jeu, au final, c'est la nature même de sa pratique et de sa conception de l'art.
    Paru initialement en 2007 aux éditions Al Dante, alors que Jean-Luc Parant était en examen et dans l'attente de son procès, ce petit texte est désormais introuvable. Son intérêt au regard de l'oeuvre de Jean-Luc Parant, autant que les questions qu'il pose à l'art, à la littérature et à la société en général, en font un ouvrage qu'il nous semble essentiel de pouvoir rééditer aujourd'hui.

  • Parler

    David Antin

    Talking (Parler) est le livre qui marque un tournant décisif dans la réflexion poétique de David Antin. Rompant avec les poèmes de ses débuts, il inaugure les pièces qui feront de David Antin l'un des poètes les plus singuliers de sa génération.
    En 1972, Antin imagine ses « talk pieces », parfois appelées « talk poems », en réécoutant sur son autoradio l'enregistrement d'une conférence (« talk ») qu'il vient de donner à des étudiants d'art à Pomona. La retranscription de cette conférence, sans capitales, virgules ni points, mais ponctuée par de simples espaces plus grands qu'il emploiera chaque fois que sur la bande il s'entendra respirer, devient le premier des talk poems : « talking at pomona », publié dans ce livre charnière qu'est Talking.
    Aux côtés de ce tout premier « poème parlé » sont publiées d'autres pièces proches de l'art conceptuel amércain, poème-journal et pièces improvisées au magnétophone (en privé dans une premier temps), qui rassemblent sans hiérarchie tout ce que l'acte de parler convoque : anecdotes, hésitations, exemples, divagations, silences, plaisanteries, méditations... Autant d'éléments qui laissent affluer de façon plus ou moins directe des questions philosophiques, littéraires, politiques, artistiques ou sociales.
    Car la pensée, pour Antin, est inséparable de la parole. Parler, c'est dialoguer avec une idée, c'est offrir au discours un espace critique et une marge de manoeuvre.
    Il importe ensuite de trouver une forme pour transposer ce dire à l'écrit. Pour ce faire, David Antin opère toute une série de décisions typographiques qui donnent à ses textes une dimension visuelle remarquable. Plus proches d'un d'enregistrement que d'une partition, c'est pourtant à l'oeil que ces enregistrements s'adressent en premier.

  • Avant Noël, je suis allé voir ma mère qui vit dans une maison de santé (elle a eu une attaque cardiaque il y a deux ans qui l'a rendue impotente.) Je lui ai dit que j'avais écrit trois textes pour rendre le monde meilleur. Elle a dit : " John ! Comment oses-tu ? Tu devrais avoir honte ! " Puis elle a ajouté : " Tu me surprends. " Je lui ai demandé si, connaissant l'état dans lequel était le monde, elle ne croyait pas qu'il y avait lieu de le rendre meilleur. Elle a dit : " Oui, certainement. Ça tombe sous le sens ".

  • Musique 109 relate une certaine histoire de la musique contemporaine, celle qui court environ des années 1950 aux années 1980 et qui retrace les oeuvres de grands noms comme John Cage, Steve Reich, Terry Riley, Pauline Oliveros ou Philip Glass, avecd'autres peut-être un peu moins connus du lectorat francophone.
    Pour quiconque s'intéresse à la musique expérimentale, c'est une contribution précieuse, précise et fouillée. Au-delà, c'est aussi un véritable travail de recherche et d'analyse sur l'histoire de la musique du 20e siècle. Les oeuvres et les partitions qui y sont décrites inspirent encore aujourd'hui nombres de compositeurs et compositrices ; et bien qu'elles soient parfois - et déjà - mythiques, il manquait peut-être un ouvrage capable de les comprendre ensemble, comme un moment historique inscrit dans un mouvement plus global. Lucier revient ainsi sur des sujets divers, de l'indétermination au minimalisme en passant par la musique électronique ou certaines innovations aussi radicales que le piano arrangé. Et montre ainsi qu'il ne se contente pas d'être un grand compositeur : il est aussi un passeur exceptionnel.
    Car l'une des grandes qualités du livre est qu'il ne s'adresse pas uniquement aux spécialistes. Bien au contraire, son ton alerte, les anecdotes qui le parcourent, la fluidité de cette parole « directe » - il s'agit de la retranscriptions des cours donnés pendant une quarantaine d'année par Alvin Lucier - en font un ouvrage accessible à toutes et tous, intéressant pour les musicien-ne-s autant que pour les non- musicologues.

  • L'autre c'est moi est un projet initié par deux enseignants du cycle d'orientation, Serge Boulaz et Francesco-Maria Oriolo. Souhaitant aborder la question de la migration, et en particulier de l'asile, Serge Boulaz a proposé à ses élèves de sélectionner sur internet une photographie de migrants les frappant particulièrement, pour ensuite la reproduire par le biais du dessin et de la peinture. Ce travail d'arrêt sur image - qui exige attention, patience et minutie - avait pour objectif de faire vivre à l'élève ce que dit la photo, de faire émerger son ressenti et ses émotions, et de les transposer dans sa peinture.
    Une fois les oeuvres achevées, elles ont été proposées aux élèves de Francesco-Maria Oriolo, enseignant de français, alors qu'ils s'initient à la métrique poétique. Après avoir choisi une peinture qui les touche et les inspire, ils auront pour tâche de rédiger une strophe poétique - si possible en alexandrins - qui exprime leurs émotions.
    Le résultat de ces rencontres est un petit livre puissant mêlant les peintures et les textes.
    Les images de migrants à la base de la démarche artstique - photographies parues dans les médias - acquièrent une nouvelle vie et se révèlent à nous sous un jour différent. Alors que persiste en filigrane la mémoire des images originales, le dessin et le texte qui l'accompagne évitent tout pathos simplificateur ; au contraire, la reproduction peinte et son commentaire poétique confèrent à l'image d'origine une nouvelle charge émotionnelle. Loin de la banaliser, ils lui redonnent corps et lui font dire, encore, l'urgence et les enjeux de la situation migratoire actuelle

  • Dans les «dix tableaux» l'illumination est aussi en rapport avec la vache, mais de façon assez différente. Ici, la vache représente les possibilités d'illumination dont dispose l'homme, ou, en termes plus concrets, le Moi de l'homme, sa nature, par l'utilisation et l'épanouissement de laquelle il peut atteindre cette illumination. Et sa coloration correspond à la façon dont l'homme envisage et comprend son Moi, sa personnalité, et la réalise.
    Une version des dix tableaux du dressage de la vache a été donnée pour la première fois en 1930 dans la revue Commerce dirigée par Paul Valéry. Dans le Boudhisme, le thème du dressage de l'animal, qu'il soit éléphant, cheval ou encore buffle, enseigne à l'homme comment se libérer et atteindre l'illumination. Jean Herbert, dans ce petit livre, commente les dix stations de cette quête spirituelle menant à l'éveil.

  • Dégâts magiques supplémentaires et Protohistoire de l'Assistant font référence à des ordres de réalité brouillés. Dans le premier, la description minutieuse d'un étrange spectacle ne permet jamais de savoir avec certitude qui manipule qui tandis que le second consiste en six courts textes qui forment une suite dans laquelle le réel et ses représentations, qu'elles soient lucides ou fantasmées, communiquent avec une déconcertante rapidité, le passage d'un ordre à l'autre n'étant jamais indiqué. Marie-Luce Ruffieux écrit : «Le beau, c'est d'être simple, de paraître toujours naturel et toujours à son aise. C'est de gesticuler le moins possible. Le beau, c'est d'agir sans fièvre apparente, en opérateur sûr de soi.» Cette esthétique, qui semble aller de soi, elle s'emploie à en anéantir les naïves certitudes par le travail méticuleux et halluciné du texte d'abord, puis en l'inquiétant encore dans ses performances et ses installations vidéos.
    Protohistoire de l'assistant a fait l'objet de nombreuses lectures-performances, notamment au CipMarseille, en octobre 2012.
    Dégâts magiques supplémentaires, lecture-vidéo, avec Julien Perazzi et Jean-Christophe Huguenin, a été présentée et performée lors de l'exposition «41°C au-delà de la raison», Résonance (programme off Biennale de Lyon), curatrice Mélanie Mermod, septembre 2013.

  • Dans Le Mail Art et le Grand Monstre, Carrión se livre à l'un de ses exercices de prédilection, à savoir réfléchir à propos d'une forme d'art encore émergente. Loin de vouloir imposer une vue en surplomb de son objet d'étude - lequel d'ailleurs n'est pas entièrement constitué - il poursuit une réflexion vivante, n'hésitant pas à s'autocritiquer, rejetant tout schéma linéaire.
    Comme il l'a fait pour le livre d'artiste, Carrión multiplie à propos du Mail Art des propositions aphoristiques, souvent volontairement provoquantes, toujours d'une grande pertinence, qui ont pour fonction d'engager le débat, jamais de le conclure. Ce refus de la clôture est caractéristique d'une pensée ductile, tout entière tournée vers l'action et la création dont elle se propose d'accompagner l'épanouissement, jamais de le paralyser en le définissant trop strictement.

  • Histoire d'une dynastie de photographes, 1864-1983.
    Une conjonction, pour l'astrologue, est un événement à la fois exceptionnel et nécessaire. Telle apparaît la rencontre, réalisée dans cet ouvrage, entre un écrivain et son sujet. Sans effort, la verve de Nicolas Bouvier entre en résonance avec l'art de vivre ingénument génial, sagement déraisonnable (sous les dehors un peu surannés et contraints d'une famille bourgeoise de Genève), des pionniers de la photographie que furent les Boissonnas. L'audace créatrice mariée à une industrieuse énergie trouve son répondant dans la jubilation savamment contenue du narrateur.
    La même sympathie, la même distance amusée, fruits d'une amitié discrète et d'une admiration spontanée, ont présidé au choix des photographies, paysages, portraits, documents, dont l'intérêt et la perfection technique suscitent un émerveillement constant. L'histoire d'un atelier de photographie promis à une renommée internationale s'insère dans la "saga" d'une famille d'artisans d'origine dauphinoise huguenote, installée à Genève depuis le début du XVIIIe siècle.
    Fred Boissonnas, qui emporta ses appareils en Grèce et en Egypte pour de prodigieux reportages, en est la figure la plus marquante, mais on ne saurait le détacher de l'ensemble du clan familial, et en particulier des cinq autres artistes qui incarnèrent l'atelier : Henri-Antoine, le père, fondateur de l'entreprise, Edmond-Victor, le frère, inventeur des plaques "orthochromatiques" qui assurèrent pour longtemps à l'atelier une remarquable avance technique, et les trois fils dont le dernier, Paul (qui ouvrit à l'auteur les riches archives de la famille et de l'atelier établies par ses soins), a choisi Gad Borel-Boissonnas, son gendre, pour continuateur et gardien d'une oeuvre collective unique en son genre.

  • La partition pour ensemble grimaçant est une suite dessinée de différentes expressions du visage représentées avec une grande économie de moyens. Elles sont destinées, jusqu'à présent, à des groupes de quelques exécutants que l'artiste dirige parfois elle-même comme pourrait le faire un chef d'orchestre. Il en résulte des performances mutiques à la fois désopilantes et inquiétantes. Les dessins très stylisés et simplifiés de Johana Blanc fonctionnent à mi-chemin entre le pictogramme et l'idéogramme, en tout cas, ils ne cessent de suggérer l'activité linguistique alors que leur « interprétation » ne peut être que silencieuse, contradiction d'où découle un incontournable malaise et un inconfortable paradoxe.
    Johana Blanc (1990, Genève) est artiste et performeuse. Après des études à la Head-Genève, elle s'installe à Paris où elle vit et travaille désormais. Johana Blanc a collaboré avec l'artiste Pedro Reis à l'occasion de la Documenta 13. Partageant son activité entre le dessin, la performance et l'édition de livres d'artistes, elle montre régulièrement son travail en Suisse et à l'étranger. (www.johanblanc.com)

  • Carnet(s) du lac

    Ariane Epars

    Rituel matinal. Il y a une fenêtre ouverte sur le lac, deux arbres : un à gauche, un autre à droite. Entre les deux, le lac, la tête du lac, la chaîne des Tours d'Aï, puis celle des Muverans jusqu'aux Dents de Morcles et, à droite, si je me penche un peu, les Alpes françaises jusqu'à la Dent d'Oche. Chaque matin, les yeux à peine ouverts, je m'installe devant la fenêtre et je décris ce que je vois, ce que j'entends. Ma fenêtre est comme une scène de théâtre. Il y a la gauche et la droite, le haut et le bas, devant et derrière, des passages de gauche à droite et de droite à gauche, des mouvements qui surgissent du fond de la scène et qui déferlent jusqu'au pied de la maison. Ce qui se passe : l'immobilité des choses. Le mouvement d'oiseaux, le passage de personnes. Les variations chromatiques du ciel, de l'eau. Je ne suis qu'oeil et oreille. Je recueille. C'est un travail d'écriture d'artiste plasticienne. J'aime à dire que je sculpte les mots, ou, plutôt, qu'au moyen des mots, je sculpte ce que je vois, sens, entends. Ce n'est pas un journal intime. C'est un travail dans le temps (une durée de douze mois pour la production de texte), un travail sur le temps (la répétition) et avec le temps atmosphérique (la variable).

  • Seul en son hacienda, le vieil homme recueille les échos de la fête mexicaine qui de l'autre côté de la frontière montent vers le ciel étoilé.
    Une voiture s'arrête au portail, troublant à peine le silence de la nuit. c'est un voisin qui apporte son trombone à pistons.

  • Libellules

    Christian Lutz

    Artiste suisse, Christian Lutz a été révélé sur la scène nationale et internationale par son travail photographique autour du pouvoir. Par une observation à la fois intuitive et précise des groupes sociaux, son approche éclaire les rapports de force qu'instaure tout système, qu'il soit social, politique, économique ou religieux. Pendant trois mois, le photographe a posé ses valises aux Libellules, quartier d'une commune suburbaine de Genève.
    Le livre retrace cette expérience et nous offre le panorama d'un monde profondément ambigu. Les habitants et leur lieu de vie sont montrés sans fard, à la fois dans leur vulnérabilité et dans leur poésie. Ni drames profonds ni paradis populaire, mais des destins incertains ; des personnes et des lieux un peu cabossés mais pas trop. De la sorte, ses images échappent à deux écueils qui trop souvent menacent le regard que l'on porte aux personnes ou aux lieux dits « à la marge » : ceux du misérabilisme et de la glorification.
    Dans l'intime du quotidien, le paysage urbain cesse d'être le marqueur de l'identité d'une ville - qu'elle soit Las Vegas ou Genève - pour devenir le décor typique des franges de la ville globale et gagnante où s'entrelacent le béton vieilli, le bois rongé et le métal rouillé. A cette échelle - celle du corps dans le monde, de l'usage familier des lieux - les objets perdent leur dimension fonctionnelle pour devenir le cadre hospitalier des gestes de tous les jours.
    Le livre de Christian Lutz est le premier ouvrage photographique que les éditions Héros-limite publient à ce jour : pour quels raisons mener un tel projet ?
    Libellules pourrait être perçu comme un livre de géographie. La géographie étant, littéralement, le dessin et l'écriture de la terre. Une écriture en mouvement, traçant les contours des modifications humaines et physiques d'un lieu.
    Le travail photographique de Christian Lutz relève de ce geste : documenter mais aussi restituer, en le redessinant par la prise de vue, un paysage, lieu de vie changeant. Les contours tracés sont ceux d'un espace urbain et de ses habitants, qui s'élargissent pour intégrer une vision contemplative de la nature environnante, dont la présence est extrêmement forte.

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