Honore Champion

  • Né en Bretagne dans un milieu bourgeois hostile à la langue et à la civilisation locales, Tristan Corbière va cependant être amené à renier son groupe social originel pour embrasser des formes de civilisations marginales : celles du menu peuple d'Armorique, des marins, et de la bohème parisienne. Son langage, inouï jusque là, en témoigne. La poésie métissée de Corbière, sa syntaxe bousculée, son rythme haletant, la richesse de son vocabulaire, ses audaces morales et littéraires attestent qu'il s'est défait des traits culturels normatifs qui caractérisaient son éducation pour tendre vers une "bâtardise" multiculturelle. Cela ne s'est pas fait sans traumatismes. Son unique recueil, Les Amours jaunes, témoigne de cet arrachement et de cette reconstruction. Corbière y dénonce, par son anticonformisme et son ironie mordante, les modes littéraires et les normes sociales en vigueur de son temps. Cela le plonge parfois dans une angoisse sensible dans des textes douloureux et puissants. Parfois aussi, la tentation d'une régression aux origines, celle d'un chauvinisme excessif le sollicitent. Mais il se recompose dans des textes où, s'affirmant plus Tristan que Corbière, assumant son pseudonyme, il choisit aussi un autre moi culturel et littéraire pour aboutir à l'écriture d'une oeuvre unique. La quête de l'identité assure la cohésion des Amours jaunes comme recueil et sa cohérence comme expression d'une pensée.


  • La Bretagne et la planète celtique, Jésus et l'Église, la chaire du Collège de France et l'exploration de l'Orient, le miracle grec, les grandes migrations culturelles, l'Europe et la nation, les élites et le peuple, tels sont les principaux terrains sur lesquels se développe et se bouscule à partir d'une documentation exemplaire cette biographie de Renan qui fit de la philologie la « science de l'esprit humain » (1823-1892). Un des géants du siècle, partageant avec Hugo et Dumas les plus gros tirages, réactionnaire et révolutionnaire, à brûler ou à adorer, provocant et visionnaire, prêtre de la raison et philosophe de l'incertain, avant tout penseur de la liberté, un et multiple, il est l'inclassable. Et, né des froides brumes de la mer, avec quel art il conduit sa barque et nous fait réagir ! Reste à redécouvrir un magicien de la langue : « Personne ne sut trouver de plus admirables sonorités, cela avec les mots de tout le monde » (Debussy).

    Professeur émérite de littérature française à l'Université de Bretagne occidentale, Breton de Tréguier, la ville natale de Renan, Jean Balcou s'est naturellement toujours intéressé à son illustre compatriote sur lequel il a organisé régulièrement des colloques, auquel il a consacré de nombreuses études et dont il dirige l'édition de la Correspondance générale.

  • Mallarmé a toujours exprimé une passion pour le théâtre, de même que pour l'écriture théâtrale. Livre et Nature se donnent comme deux aspects d'un même Théâtre pouvant porter le nom de l'un ou de l'autre : « un théâtre inhérent à l'esprit, quiconque d'un oeil certain regarda la nature le porte avec soi, résumé de types et d'accords ; ainsi que les confronte le volume ouvrant des pages parallèles ».

    Les études ici rassemblées procèdent à une élucidation du sens spirituel que Mallarmé donnait au théâtre. Elles envisagent celui-ci dans son rapport aux vécus eux-mêmes dramatiques de l'auteur (Chap. I), à ses conceptions de la « logique » du théâtre et de la « fête » sociale et politique (Chap. II), du théâtre et de la musique (Chap. III), du théâtre et de la peinture (Chap. IV), du théâtre et de la vérité morale (Chap. V), enfin du théâtre et de la notion de rythme cosmique présente dans la lecture bachelardienne de Mallarmé (Chap. VI). La Conclusion insiste sur l'ambiguïté spirituelle de ce théâtre notamment dans ces mots : « la Divinité, qui jamais n'est que Soi », et dans le « Rien » ou « Néant » de cette théâtrale « Divinité ».

  • Qui sommes-nous ? Le roman, capable de multiplier thèmes et figures, peut le montrer. D'où venons-nous ? L'Histoire, devenue archéologie visionnaire, cherche à le formuler. Où allons-nous ? La philosophie, tendue vers la connaissance mystique, voudrait le suggérer. Balzac combine ces trois quêtes pour en faire un ensemble grandiose. Voilà pourquoi son oeuvre totale continue à nous parler, à inspirer artistes et savants de la planète entière. Balzac est un « génie-monde » qui éclaire de sa puissante lumière les splendeurs et misères de notre comédie humaine. Le présent ouvrage propose de commenter quelques scènes majeures de ce prodigieux spectacle.

  • Il n'existait pas, à ce jour, de véritable histoire littéraire d'un fleuve qui a pourtant inspiré les écrivains et les poètes depuis l'Antiquité. Après de longues années d'explorations dans les archives et les bibliothèques de la vallée du Rhône de Lausanne à Arles, ce travail réunit et analyse un grand nombre de références, de textes et de documents souvent inédits, en langue française et en langue provençale, constituant la bibliothèque rhodanienne la plus complète à ce jour. Cependant, le présent ouvrage n'a rien d'une simple compilation. Ce matériau fait l'objet d'une réflexion sur l'émergence, l'évolution et la spécificité d'une littérature rhodanienne, dont l'oeuvre centrale est Lou Pouèmo dóu Rose / Le Poème du Rhône (1896), le chef-d'oeuvre de Frédéric Mistral, qui, après une relative indifférence des écrivains pour le Rhône, consacre les thèmes rhodaniens et crée ses propres mythes.

  • « On a tous mauvaises conscience à l'égard de Salammbô. On se dit : il faut que je relise Salammbô ».

    Ces paroles de Guy Sagnes, décédé en 1997, invitent à un retour au roman de Flaubert, dont le statut particulier nécessite une lecture plurielle.

    Ce volume collectif a été rédigé par des historiens attentifs à la chose littéraire, et par des littéraires, essentiellement des flaubertiens, qui prennent en compte la dimension historique des textes. Il ne s'agissait pas, en les réunissant, de rejouer à plus d'un siècle de distance la querelle triangulaire entre Flaubert, Sainte- Beuve et Froehner, mais de situer dans la problématique de son temps et du nôtre un roman qui occupe une place singulière au croisement de discours et de disciplines hétérogènes. Cette collaboration entre universitaires, venus d'horizons divers, a été suscitée conjointement par l'Association des Amis de Flaubert et de Maupassant, présidée par Daniel Fauvel, et par le Centre Flaubert de l'Université de Rouen, dirigé par Yvan Leclerc.

    Contributions de Lionel Acher, Claude Aziza, Jeanne Bem, Claude Briand-Ponsart, Maria Voda Capusan, Stéphanie Champeau, Sonja Dams Kropp, Rae Beth Gordon, Claudine Gothot-Mersch, Anne Green, Odile de Guidis, Isabelle Laboulais-Lesage, Christine Le Bozec, Yvan Leclerc, Daniel Mortier, Guy Rosa, Gisèle Séginger, Peter Michael Wetherill.

  • Cette recherche est consacrée au développement de la pensée utopique dans les dernières oeuvres d'Émile Zola : Paris (1898), Fécondité (1899), L'Ouragan, Travail (1901), L'Enfant roi, Sylvanire ou Paris en amour (1902), et Vérité (1903). La société idéale selon Zola s'annonce dès les Contes à Ninon (1864), les premiers romans et Les Rougon-Macquart. À la fin des Trois Villes, la pensée utopique se montre dans les discours idéologiques et polémiques qu'engage le héros fondateur, qui s'oppose à la société décadente de la fin du XIXe siècle. Au début des Quatre Évangiles, les Froment fondent la ferme modèle de Chantebled et les colonies de la France nouvelle en Afrique. Dans Travail, Luc Froment construit la Cité heureuse du XXe siècle où se réalise l'utopie technique, scientifique et artistique de Zola. Dans Vérité, son dernier roman, l'écrivain imagine l'école de l'avenir. Finalement, l'enjeu est d'analyser les idées natalistes et eugéniques de Zola et d'étudier les ouvrages fouriéristes, anarchistes et collectivistes influant sur ses derniers romans.

  • " Ça ne veut pas rien dire ", écrivait Rimbaud au sujet de son poème Le Coeur supplicié. Si une partie de la critique rimbaldienne a pu répudier le " besoin d'interpréter " (selon la formule d'O. Mannoni), la plupart des lecteurs admettront que cette oeuvre exige l'interprétation : " Oui, ça veut dire quelque chose, niais quoi ? " Pour les premiers poèmes, certaines difficultés découlent de l'oubli de la conjoncture historique ou de significations de mots ou de locutions, niais on sous-estime, pour l'oeuvre de 1869-1871, la prolifération de formes d'opacité qui devaient perturber déjà le lecteur de l'époque, à cause d'imbrications et de palimpsestes sémantiques et référentiels. Inversement, on a pu méconnaître l'historicité des Illuminations, érigeant en dogme l'hypothèse de l'" illisibilité " absolue d'un recueil qui trouve pourtant ses racines (lisibles) dans la France répressive d'après la Semaine sanglante. Le présent livre s'attache à explorer les esthétiques de Rimbaud entre 1870 et 1875, privilégiant des microlectures de poèmes (en vers et en prose) et d'extraits de lettres. Mais tout en tenant compte des aspects formels de l'oeuvre, ces approches interprétatives des stratégies de Rimbaud ne dissocient jamais les esthétiques du poète de ses exigences éthiques.

  • Mise par ses contemporains au rang des plus célèbres écrivains de son temps, George Sand a été reléguée dans l'obscurité pendant la plus grande partie du nôtre.
    Fascinée par les virtualités multiples du roman, elle les a largement explorées, avec une virtuosité qui explique sans doute qu'elle ait été acclamée comme le plus grand maître prosateur de son siècle par Michelet et d'autres. Cette originalité marque autant la différence sandienne que son accoutrement masculin, sa désinvolture sexuelle, son défi des valeurs bourgeoises, aspects auxquels s'est trop souvent limitée la critique sandienne.
    Tout en se maintenant au centre du mouvement littéraire de son époque, Sand s'est aussi appliquée, en tant que femme-auteur, à féminiser les normes fictionnelles. Double propos, double réussite.
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  • Dans la seconde moitié du XIXe siècle, en France, une révolution esthétique s'opère pour stigmatiser cet héritage de la rhétorique classique en poésie, résumée par la formule horatienne de l'ut pictura poesis. La poésie veut s'émanciper de son modèle pictural pour tenter celui de la musique, nommé l'ut musica poesis. Unanimement, les poètes de la période, quelles que soient leur sensibilité et leur affiliation, vont bientôt tenter de dépasser le modèle. Comment cette rivalité artistique va-t-elle 3/6 permettre de définir, à force d'expériences à la réussite incertaine, la poésie moderne ? Le modèle musical a permis de tester les limites de la poésie. En creux, la question de la représentation est restée plus que jamais d'actualité : la musique, plus qu'une rivale, n'a-t-elle jamais été qu'un catalyseur permettant à la poésie de se révéler à elle-même ?

  • 1820. Les Méditations. Le Lac. Qui connaît encore la suite ? Et pourtant. Lamartine n'a pas seulement inventé le lyrisme romantique, il a aussi actualisé sa doctrine poétique dans le domaine le plus éloigné en apparence de ses vallons et coteaux ombragés : dans la politique parlementaire. De 1834 à 1848, puis pratiquement jusqu'à sa mort, il s'est forgé un destin de polygraphe hors pair. Il est devenu simultanément et successivement orateur de la Chambre, historien, journaliste, romancier. Avec pour seule mission d'inventer sur la terre une de ses Républiques imaginaires qui peuplent les manifestes politiques et poétiques dès 1830. Il est le père de la démocratie moderne et nous rappelle à son insu que la politique des gouvernements doit et devra toujours des comptes à la poésie. A-t-il réussi à joindre avec panache et splendeur le poème et la tribune en Février 1848 ? A-t-il au contraire manqué le tournant du désenchantement, dépassé par ses cadets, Flaubert et Baudelaire ? Sans doute, le poète moderne n'a-t-il pas que des succès à son actif. Lyrique par intermittence - successful aurait dit Stendhal -, mais aussi vilipendé, moqué et finalement déchu simultanément de la lyre et du pouvoir, Lamartine est le poète démocratique par excellence. Il dota d'une souveraineté révolutionnaire l'opinion publique, la rumeur, les bruits de la rue, les voix du peuple en les consacrant au moyen d'une éloquence démocratique, en inventant un lyrisme de masse : au même titre que ses muses glorieuses et anciennes, en prenant le risque d'y perdre la poésie.

  • Enfant terrible du romantisme, Musset affiche une désinvolture dont la légèreté semble peu compatible avec la quête de la vérité. Souvent attaqué pour son irrespect des valeurs et des idéaux, il cherche un nouveau rapport au monde qui le conduit à redéfinir la vérité et la fonction de la poésie. Oscillant entre l'attrait de l'au-delà et la célébration hédoniste de la vie, la poésie de Musset est traversée d'interrogations et d'hésitations. Le blasphème et la parodie, l'humour et l'ironie, les paradoxes et les contrastes caractérisent le lyrisme précaire d'un poète qui fait de l'intensité du vécu, du hasard et de l'incertitude les sources d'une inspiration moderne qui ne vient plus d'en haut.

  • La pensée d'Ernest Renan n'est pas seulement cette religion de la science à laquelle on est souvent tenté de la réduire. Il s'agit plutôt de l'idée d'un monde divin dont la science, y compris la science de la religion, est assurément le plus beau fleuron. Or la science y est toujours associée à l'art et à la morale. Renan n'est ni un positiviste pour qui la vérité ne serait donnée que par la science, la religion n'en étant qu'un complément subjectivement nécessaire (Auguste Comte) ni un agnostique doublé d'un pragmatique, admettant la nécessité d'une «science idéale», tout en professant une confiance absolue dans les progrès techniques des siècles (Marcelin Berthelot). C'est le « romantisme» de sa religion de la science qui sépare Renan de ces savants positivistes et pragmatiques. La science et la religion se réfléchissent mutuellement, s'éclairent et se critiquent d'abord l'une l'autre pour tendre à une figure idéale de synthèse, difficile à fixer pour qui exigerait une définition. La coexistence tensionnelle des contraires est en effet la valeur suprême de l'esprit aux yeux de Renan. Pour lui, les contraires, au lieu d'affirmer violemment leur incompatibilité d'humeur ou d'idées, doivent se réfléchir et s'enrichir l'un l'autre. Il en allait déjà ainsi des dualités singulières de sa vie personnelle qu'une analyse existentielle tâcherait de restituer. Il en ira encore de même, à titre d'exemples parmi d'autres, de celles qu'il exposera dans l'essence d'une nation et, finalement, jusque dans la composition dynamique du monde, c'est à dire de Dieu in fieri. Il s'agira toujours d'une affirmation de contraires bipolaires, tantôt renforcés, tantôt affaiblis dans leur réflexion mutuelle. C'est que l'unité visée de la science et de la religion est autant un idéal du sentiment et de l'imagination que de la raison. Le présent ouvrage se consacre à l'examen de la possibilité de ces «synthèses», terme corrélatif chez Renan de celui d'«idéal», tous deux constituant son «idéalisme». De la réalisation effective de l'unité visée dépend la valeur de cet idéalisme, avec le risque, auquel il n'échappe peut-être finalement pas, de verser dans une forme de scepticisme qu'il nous conviendra de définir.

    André Stanguennec est Professeur émérite à l'Université de Nantes et se consacre à l'histoire de la philosophie allemande moderne, au romantisme allemand ainsi qu'à l'oeuvre de Mallarmé auquel il a consacré plusieurs livres et articles. Ses recherches en métaphysique concernant la dialectique réflexive lui ont valu le Prix Cardinal Mercier décerné par l'Université catholique de Louvain (2011).

  • Comme Victor Hugo et Charles Dickens, Alexandre Dumas est un écrivain dont une partie de l'oeuvre s'est implantée durablement dans l'imaginaire collectif, se révélant porteuse de mythologies modernes. Cet ouvrage se questionne sur la survie de ses deux fictions fondatrices : en quoi le cycle des Mousquetaires et Le Comte de Monte-Cristo sont-ils révélateurs d'inquiétudes et d'aspirations collectives, hier comme aujourd'hui ?

    À quelles conditions et selon quelles modalités des fictions peuvent-elles s'affranchir de leur créateur et de leur contexte pour accéder à une forme d'intemporalité ? La première partie de cet ouvrage, « Alexandre Dumas mythographe », s'intéresse aux années pendant lesquelles Dumas s'impose comme le roi du roman-feuilleton français et parvient à créer des mythologies modernes. La seconde, « Alexandre Dumas mythologue », à un auteur qui, progressivement, constate que son heure de gloire est passée et que certains de ses personnages sont destinés à lui survivre.

    Cette prise de conscience, accompagnée d'une réelle réflexion sur le pouvoir du mythe, sera vécue de manière somme toute sereine. Il faut imaginer Dumas en mythographe heureux.

  • « Une seule âme en deux corps » : telle est la définition de l'amitié par Aristote. C'est évidemment une denrée rare. Et particulièrement, peut-être, chez les écrivains, espèce réputée volontiers « irritable », comme le disait déjà le poète Horace.

    Cet ouvrage propose un parcours à travers des amitiés d'écrivains des XIXe et XXe siècles. Autant de cas différemment nuancés, autant d'histoires singulières. Quelque chose de très fort se noue entre deux êtres souvent jeunes (pas toujours), et, à travers les aléas du temps, dure - ou ne dure pas. Parfois, à de très beaux commencements succèdent peu à peu l'usure, l'incompréhension, voire la brouille : on s'aperçoit que celui qu'on croyait aimer n'est pas son genre. D'autres, au contraire, ne cessent jusqu'à la fin de confirmer un lien indestructible : parce que c'est lui, parce que c'est moi.

    C'est à travers la médiation irremplaçable de la correspondance qu'on a tenté de saisir la tonalité spécifique de chaque duo : dans la lettre, espace idéalement plastique, chacun s'avoue avec le maximum de spontanéité et de vérité.

    Au-delà des malentendus, voire des ruptures, ce qui est au coeur de ces échanges toujours intenses et passionnés, c'est le même besoin vital et partagé qui cimente des associations quelquefois surprenantes d'atomes n'ayant, a priori, rien de crochu : entre écrivains, toute déclaration d'amitié est avant tout déclaration d'amour à la littérature.

  • Le protagoniste de ce livre est la figure de Mallarmé telle qu'elle apparaît dans l'oeuvre du poète. Il s'agit de décrire cette apparition et d'examiner le rôle stratégique que joue pour Mallarmé la présentation de soi. Clef de voûte à la fois de la poétique de Mallarmé, de sa rhétorique et de son projet politique, la figure du poète est partout quand on y regarde bien.

  • Les poèmes nervaliens gardent les traces d'une accumulation de connaissances érudites. Les odelettes des années 1830 sont composées dans l'atmosphère qui règne autour de la Révolution de Juillet. Les sonnets de 1841 reflètent l'état psychique de l'hôte des maisons de santé, mais aussi les débats sur la poésie dans les années 1840. La reprise de quelques sonnets en 1844 et 1845 n'est pas sans lien avec le sentiment religieux durant cette période. Les deux recueils d'odelettes et de sonnets en 1852 ont pour but de proposer un renouvellement de la poésie française. Enfin, les poèmes des Chimères peuvent être lus comme une réalisation de cette poétique nouvelle inventée par Nerval.

    L'objectif général de cette étude est d'établir un dialogue face à face avec Nerval, et non de le lire par le biais des images de la folie, du mysticisme ou du mythe personnel. Nous évitons, dans la mesure du possible, de projeter notre propre imaginaire sur les vers ; pour cela, nous cherchons à mettre en lumière le savoir de l'époque où il a vécu, à travers lequel nous essayons de recréer le point de vue de ses lecteurs contemporains.

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