Kime

  • Nul doute que s'il y a eu dans la langue française depuis cent vingt ans une découverte capitale, c'est bien celle que les poètes ont faite du haïku.
    D'abord à la fin du XIXe siècle avec le japonisme, puis entre les deux guerres mondiales, enfin dans les années 1960-1970, le haïku importé par d'inestimables traductions a été une faveur inespérée pour la poésie française, une espèce de dernière chance contre le nihilisme, et une grande incitation : non seulement il a encouragé la critique du discours en poésie, mais il a donné l'exemple d'un dégagement de la parole.
    Comment fut possible, ici en France, l'invention du haïku par les poètes et par les musiciens, et qu'a-t-elle donné ? Aujourd'hui, la libellule de Bashô dont notre langue a reçu les ailes vole en mille lieux de notre poésie : mais cette aventure on ne peut plus étonnante appelle des explications, auxquelles s'applique le présent livre, - lequel joint à des essais inédits plusieurs grands textes de jadis, et à des réflexions critiques des oeuvres de poètes et de musiciens.

  • Tension, de l'insignifiant à l'insensé : l'excès. Celui qui accompagne l'ensemble des bouleversements philosophiques, esthétiques et épistémiques du monde contemporain.
    L'excès outrage, comme débord des mesures édictées par la doxa, mais également comme manque, blanc d'un texte épuisé. A la norme qui légifère se pensant légitime, l'excès, résolument monstrueux, obscène et gratuit, oppose une puissance de transgression apte à faire surgir l'oeuvre. Si l'excès combat bien la raison, c'est pour se démarquer de la classique démesure en bannissant tout retour à l'ordre, à la norme, voire toute pensée de l'ordre ou de la norme. Aux lecteurs et spectateurs de l'excès d'aborder à une pragmatique singulière comme à un questionnement radical de la représentation.
    Modernité oblige ? Ce volume, en croisant des champs disciplinaires (littérature, philosophie, arts) se propose d'envisager l'excès comme signe révélateur d'un mode opératoire enclin à une rupture des codes, du langage et du sens, brandie depuis la fin du XIXe siècle comme étendard de la valeur même de l'oeuvre.

  • Guerre " sans nom ", la guerre d'Algérie ne fut pourtant pas, malgré la surdité ambiante, une guerre sans mots.
    Depuis plus d'un demi-siècle, l'innommable et la honte ont soulevé des voix, dans la génération des pères comme dans celle des fils et des filles, ce livre se propose d'en révéler l'abondance et la diversité, comme de retracer les multiples chemins par lesquels cette guerre avec insistance nous concerne. Écrire et publier la guerre d'Algérie. De l'urgence aux résurgences. Le titre dit la volonté d'embrasser tout à la fois le temps, du second XXe siècle au XXIe siècle, et les mémoires, celle des appelés comme celle des harkis, celle des combattants de l'indépendance, algériens ou français, celles encore de leurs enfants.
    Le volume se compose de deux parties, l'une contemporaine de la guerre et l'autre postérieure. La première s'ouvre sur l'engagement des éditeurs - Maspero, Le Seuil, Julliard - et sur l'invention de collections où s'expérimente une écriture de l'histoire immédiate. Rarement les éditeurs auront joué un tel rôle, dans la naissance et la promotion, d'une nouvelle littérature : au Nouveau Roman promu par Jérôme Lindon succède et peut-être s'oppose la nouvelle esthétique, imaginée par Maspero et bientôt incarnée par Perec.
    Dans l'urgence, durant la guerre elle-même, nombre d'intellectuels et d'écrivains interviennent par la presse et dans le livre. Chacune des études proposées ici examine la manière dont se noue ou se renoue le lien entre poétique et politique : les uns, tel Mauriac, inventent, d'autres, tel Sénac, cherchent à se réapproprier un héritage de la guerre précédente. Bien des questions (celle de la langue de nouveau confrontée à l'horreur, celle de la honte et du silence des pères) lient une guerre et une littérature à l'autre.
    On les retrouve dans la seconde partie de l'ouvrage, consacrée aux résurgences de la guerre d'Algérie dans la littérature " d'après ", spécialement celle des années 80 à nos jours. Une guerre hante l'autre, sans que cela autorise à parler, au singulier, d'une littérature de la guerre d'Algérie. Chercheurs et écrivains tentent de définir ces littératures d'une guerre qui fut au moins deux fois civile.

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