Le Temps Des Cerises

  • Ce roman violemment « érotique » d'Apollinaire est paru en 1907, signé simplement de ses initiales, G. A. La paternité de ce texte ne fait aujourd'hui aucun doute. Les Onze mille verges relatent les tribulations du prince roumain Mony Vibescu, à travers l'Europe, de Bucarest à Paris, et jusqu'en Chine, à Port-Arthur, où il meurt flagellé par un corps d'armée, pour avoir failli à son serment : « Si je vous tenais dans un lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même les onze mille verges me châtient si je mens ! » Sous-titré Les amours d'un hospodar, ce roman fait preuve d'une fantaisie débridée et délirante dans le passage en revue de toutes les formes possibles et imaginables de pratiques sexuelles, sadisme, masochisme, zoophilie, scatologie etc.
    Bravant ainsi tous les interdits de la censure. En poète à l'humour ici volontiers noir, Apollinaire s'y livre avec virtuosité à une orgie verbale qui manifeste son goût hors du commun pour la langue française.
    L'originalité de cette édition tient à la préface retrouvée qu'écrivit Aragon pour une édition des Onze mille verges parue à Monte-Carlo en 1930, à l'initiative de René Bonnel qui avait publié en 1928 Le Con d'Irène, d'Aragon, sous le pseudonyme d'Albert de Routisie. Dans cette préface, Aragon exprime son attitude envers Apollinaire, mêlée d'agacement pour ses élans patriotiques et d'admiration pour sa poésie, l'inlassable esprit de curiosité qu'il manifeste ici aussi. « Il reste à faire de la liberté, écrit Aragon, des abus divers, et précieux. »

  • Commencé en juin 1943, Le Musée Grévin fut achevé dans la Drôme puis publié en août 1943. Georges Sadoul se souvient des circonstances de cette sortie :
    « Quand notre «technique» nous parla d'une imprimerie clandestine possible, Aragon, parcourant Montchat, chercha durant de longues heures un titre de maison d'édition, pour s'arrêter à «la Bibliothèque française».?Une des premières brochures qui porta le nom de cette firme fut Le Musée Grévin publié sous une couverture de papier peint jaune et blanc, par un imprimeur de Saint-Flour «contacté» par Paul Éluard et Ternet.?Ce livre signé François la Colère fut bientôt après réédité par les éditions de Minuit dont nous diffusions en zone Sud les publications. » Le Temps des Cerises réédite enfin ce texte, introuvable depuis de nombreuses années, et comparable dans l'oeuvre d'Aragon à ce que sont Les Châtiments dans celle d'Hugo, dans sa version d'après-guerre il est augmenté de Quelques poèmes inédits, et d'un superbe texte en prose sur le réel en poésie intitulé Les Poissons noirs.

  • Ce volume de traductions des textes en Vers et proses de Maïakovski par Elsa Triolet a été publié par les Éditeurs Français Réunis en 1957. Elsa Triolet a très tôt fréquenté les milieux de l'avant-garde russe artistique et politique. En France, elle jouera un rôle important dans la diffusion de leurs oeuvres.

    Ce choix de textes réunit à la fois des poésies de Maïakovski, certains de ses longs textes épiques - La guerre et l'univers (1915-1916), 150 000 000 (1919-1920), J'aime (1922), De ceci (1923), Ça va ! (1926) -, une de ses pièces de théâtre, Les Bains (1930), ainsi qu'un essai sur la poésie intitulé Comment faire les vers (1926).

    Ce choix est précédé des Souvenirs d'Elsa sur Maïakovski et de l'autobiographie de Maïakovski, Moi-même (1922).

    Ces traductions d'Elsa Triolet ont permis au lecteur français de découvrir vraiment Maïakovski et l'ampleur de son travail poétique.

  • « [...] Dans ce qu'il écrit, chacun défend sa sexualité ». C'est par cette épigraphe de Barthes que Franck Delorieux ouvre Le corps écrit. Et en e$et, tout le livre va se consacrer à véri /er cette intuition de l'intellectuel français. Le corps écrit regroupe essais littéraires, articles parus dans Les Lettres françaises, dont Franck Delorieux dirige la rubrique « Lettres », conférences, entretiens... Les thèmes et les /gures évoqués sont riches et d'une incroyable variété, démontrant la grande curiosité de l'auteur : Antonio Rocco, Aragon, Cocteau, Montherlant, Genet, Denton Welch, Apollinaire, Casanova, Laclos, Burroughs, Katy Acker, Denis Cooper, John Giorno, Gabriel Matzne$, René Schérer, Pierre Bourgeade, Julien Blaine, Jean Ristat, l'homophobie dans les milieux de gauche et d'extrême gauche, la /gure érotique du vampire...
    On pourrait croire que cette diversité dissimule un recueil décousu. Il n'en est rien tant l'écriture de Franck Delorieux cisèle, met à nu et se tient à son sujet. La /nesse des analyses littéraires permet de mettre en évidence les rapports que les écrivains, les artistes, entretiennent avec leur corps et la sexualité, sans ne jamais tomber dans le cliché ou le communautarisme. Car la question est grave : il s'agit de viser au dépassement des catégories sexuelles qui brident et limitent le désir. L'hétérosexualité n'a pas plus d'existence que l'homosexualité. « Dans ce qu'il écrit », Franck Delorieux défend une sexualité heureuse, dont il sait tirer toutes les implications politiques. C'est du bonheur des êtres humains qu'il sera question dans ce livre. Ni plus ni moins.

  • Paradis Argousins est le second recueil d'un jeune poète de 20 ans, Victor Blanc, moderne et combattif. Divisé en trois chapitres qu'il présente lui-même ainsi : « un recueil de vingt poèmes (Paris Panoptique), et de deux longs poèmes (Paradis Argousins, et Chanson de Jean de La Crise) ».
    On est d'emblée frappé par un rapport aux mots comme à la poésie tout à la fois amoureux et joueur. Victor Blanc plonge dans le langage à corps perdu comme dans un océan. Il brasse tous les registres de langage (vocabulaire soutenu, archaïsmes, argot, symboles informatiques.), toutes les formes d'écriture poétique (vers libres, vers comptés et rimés, rondeau, sextine détournée, tract, chanson à boire, ballade, poésie épique.). La passion joyeuse de Victor blanc pour la versi?cation et la rhétorique donne en outre à son écriture une souplesse limpide. Rien de forcé, rien de contraint mais des vers lumineux.

  • Le blanc dissimulé fond de teint plein la gueule et démasqué mamelles et cul laiteux le fond de teint boue répandue matin croûte à midi craquelée quand la nuit tombe le matin la diva décatie peignoir ouvert est seule en loge à s'ensevelir à deux mains le visage le midi les yeux s'ennuient le plâtre a pris c'est un masque au fond des rétros qui se mire la nuit qui monte engloutit le bras languissant pendu le long de la portière on va fermer messieurs les mamelles ont été formées de main d'homme et dorment idoles indifférentes au cri des paumes le cul tout un soyeux des rêves est morcelé jette un regard à tes deux fesses opaques et vergetées En suivant les prostituées et les clients dans l'intimité des passes et des passions, ce roman explore vers après vers les âmes et les corps livrés au mystère du désir.

    Après Larrons, François Esperet livre ici, aux confins du poème et du roman, une oeuvre libre et sauvage dont on ne sort pas indemne.

    Préface de Christophe Mercier.

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