Mercure De France

  • D'un côté, le sable et de l'autre, la neige. C'est avec ces deux couleurs et ces deux éléments que Chantal Thomas nous offre un bouleversant autoportrait, campé entre les plages de son enfance à Arcachon et au Cap ferret et la ville de Kyoto aujourd'hui, sous la neige d'un 31 décembre, ville mélancolique, ville magique. En passant par les semaines à la campagne, avec Louisette, la fille des fermiers, dans la maison d'enfance de son père, Le Petit Palet, près de Saintes.
    Les lieux, les temps et les dates se chevauchent, mêlant la joie, la liberté, la cocasserie et les jeux de l'enfance à la gravité et le mystère d'un père silencieux, mutique, qui mourra très jeune, à quarante-trois ans.
    Les vagues de l'Océan rythment le récit. La Grande Dune, les excursions au Cap Ferret, le bateau, le petit train, les aiguilles de pin, les huîtres, l'ivresse des mots et du vin, l'amitié, les poupées, le ski, les parties de pêche avec le père, les promenades en bateau deviennent ici des « Mythologies ». Le calme d'un côté, la violence de l'autre. Toute une fresque pour dire la beauté des choses et la puissance de leur silence. Dans l'intimité d'une mémoire, écrite dans une langue faite d'élégance et de grâce pour exprimer des sensations les plus fugitives tout en faisant l'éloge du déplacement. De sable et de neige, ou l'art de vivre dans l'instant.
    Les photos d'Allen Weiss en gros-plan couleurs accompagnent délicatement le voyage, ponctué également de photos d'enfance et d'estampes japonaises.
    CHANTAL

  • « Contrairement aux apparences, je suis plutôt un homme sauvage, fleurs, papillons, arbres, îles. Ma vie est dans les marais, les vignes, les vagues. Qu'importe ici qui dit je. Écrire à la main, nager dans l'encre bleue, voir le liquide s'écouler sont des expériences fondamentales. Je vis à la limite d'une réserve d'oiseaux, mouettes rieuses, goélands, faucons, sternes, bécasseaux, canards colverts, hérons. Ah être un oiseau ! Dans la maison, tous les matins, je laisse Richter jouer Haydn, on pourrait l'écouter sans cesse, ré mineur, concert public de Mantoue, notes vives et détachées, j'aime le futur immédiat, je ne crains pas la répétition, jeu enfantin, cercle qui ne va nulle part, on écrit toujours pour une voix disait Beckett, pas de voix, pas de notes ni de mots. Le bonheur est possible. Je répète. Le bonheur est possible. » Il y a de la magie dans la vie et dans l'oeuvre de Philippe Sollers, écrivain, éditeur, critique, solitaire, paradoxal, et merveilleux visionnaire. Une magie née de sa passion pour la littérature, la poésie, la nature et la musique, pour la rencontre amoureuse, pour l'art du secret et de l'intime. Philippe Sollers, en agent secret ? Tel est le pari de ce singulier et bouleversant autoportrait.

  • " j'ai longtemps rêvé que ma mère était noire.
    Je m'étais inventé une histoire, un passé, pour fuir la réalité à mon retour d'afrique, dans ce pays, dans cette ville oú je ne connaissais personne, oú j'étais devenu un étranger. puis j'ai découvert, lorsque mon père, à l'âge de la retraite, est revenu vivre avec nous en france, que c'était lui l'africain. cela a été difficile à admettre. il m'a fallu retourner en arrière, recommencer, essayer de comprendre.
    En souvenir de cela, j'ai écrit ce petit livre. ".

  • «J'avais quinze ans, et un mois plus tôt j'avais fugué. Ça avait été beaucoup plus simple que je ne le croyais. On était à l'aéroport de Pointe-à-Pitre, pour rentrer à Paris, et j'avais fermement pris ma décision. Deux jours avant, il s'était passé une chose prodigieuse et après cette chose je ne pouvais plus revenir en arrière.» Arthur H signe ici un bouleversant autoportrait, en trois fugues. Celle de sa mère, Nicole Courtois, à l'âge de dix-huit ans. La sienne, lorsqu'il avait quinze ans, pendant un séjour en Guadeloupe avec son père Jacques Higelin, dans la maison de Coluche. Et la dernière fugue de Bach, laissée inachevée : L'Art de la fugue.

  • Christophe vit à Paris avec sa fille de 10 ans. Un jour, la petite fille trouve un papier accroché à leur porte avec ces mots : « Guerre et paix :
    Contrepèterie douteuse ». Très vite, tout s'emballe, devient presque polar.
    Qui a écrit ces mots ? Qui le soupçonne d'être un mauvais père ? Peut-on être père et gay, c'est bien la question qu'on est venu lui poser, de façon malveillante... À partir de cet événement et de la stupéfaction qu'il produit en lui, Christophe Honoré construit le fulgurant autoportrait romancé d'un homme d'aujourd'hui.
    Plongeant dans sa mémoire intime, cherchant des indices parfois très anciens, dans sa propre enfance, puis au coeur de l'adolescence en Bretagne, il évoque la découverte du désir, des filles, des garçons, du plaisir, de la drague. Mais aussi le lien à son propre père disparu.
    Des photos d'écrivains et artistes morts du sida - Hervé Guibert, Serge Daney, Jean-Luc Lagarce, Jacques Demy, Bernard-Marie Koltès - ponctuent ce livre terriblement audacieux, où la fiction prend parfois allègrement le pas sur le réel pour le raconter de façon crue et sans détours.
    Cinéaste, metteur en scène de théâtre et d'opéra, écrivain, auteur de livres pour la jeunesse, Christophe Honoré signe là un livre puissant d'une grande liberté.

  • " est-il, pour moi, lieu plus épargné, abri plus sûr, retraite plus paisible, qu'un studio d'enregistrement ? enfermé de toutes parts, encapitonné, assis devant le seul micro, à voix haute - sans effort de projection, dans le médium -, deux ou trois heures durant, je lis les pages d'un livre.
    Le monde est alors celui de ce livre. le monde est dans le livre. le monde est le livre. les vivants que je côtoie, les morts que je pleure, le temps qui passe, l'époque dont je suis le contemporain, l'histoire qui se déroule, l'air que je respire, sont ceux du livre. j'entre dans la lecture. nacelle ou bathyscaphe, le réduit sans fenêtre oú je m'enferme autorise une immersion ou une ascension totales.
    Nous descendons dans les profondeurs du livre, montons dans un ciel de langue. je confie à la voix le soin de me représenter tout entier. les mots écrits et lus me tiennent lieu de parfaite existence. mais de ma voix, lisant les mots d'un autre, ceux d'un mort lointain, dont la chair est anéantie, mais dont le style, la beauté de ce style, fait surgir un monde d'échos, de correspondances et de voix vivantes par lesquelles je passe, parlant à mon tour, entrant dans ces voix, me laissant aller à la rêverie, à l'opération précise d'une rêverie continue, parallèle et libre, je sais que je parle, je sais que c'est de moi qu'il s'agit, non pas dans le texte, bien sûr, mais dans la diction de ces pages.
    Alors d'autres voix encore se font entendre, dans la mienne ".

  • " Olivier Roller a arraché votre visage à ses réflexes. Ça donne une tête. Et vous savez très bien ce qui agite cet instant de tête. Car sans qu'il s'agisse à vos yeux d'une révélation, ce que montre le portrait, c'est un instant qui existe au coeur de ce labyrinthe qui n'appartient qu'à vous, par-delà les parades de la reconnaissance et les postures du corps qui désire être aimé. Ce labyrinthe où ont lieu vos expériences, la sorcellerie blanche qui court entre les yeux, la bouche, et la main qui écrit. Dans ce labyrinthe, on est à la fois le héros et la bête ; les deux corps se superposent. Ce spectre écarquillé qui lève les yeux, avec la pupille encore dilatée du médium, c'est vous - vous dans ce labyrinthe composé des 13 lettres de votre nom : Y.A.N.N.I.C.K.H.A.E.N.E.L. La clarté entre par les yeux, elle ouvre un trou dans la bouche qui déclenche par son souffle la main qui écrit. " Pour bâtir son autoportrait, Yannick Haenel a choisi de nous offrir treize moments de sa vie. Comme une collection de treize moments d'extase qui ont été fondateurs et ont fait de lui ce qu'il est devenu, un des écrivains les plus originaux d'aujourd'hui. Journées de fête, nuits blanches, maladies, ravissements, ivresses, ou encore solitude illuminée. Dans tous ces moments, on retrouvera la même quête de la littérature ou plutôt la même quête " des phrases " qui sont ici vécues comme une invitation à entrer dans une dimension très personnelle du sacré. En cela, ce livre est un voyage initiatique qui nous conduit tantôt en bordure d'une forêt près de Laon, tantôt dans une chambre d'enfance au Niger ou dans un collège en Alsace, mais aussi dans un pensionnat militaire, dans un hôtel destroy à Londres, dans un train de nuit pour l'Italie, ou encore dans les rues de Turin, à La Villa Medicis ou à Paris, dans le jardin du Luxembourg. Un livre ponctué de tableaux, de dessins, de photos.
    Il y a la vision, à 10 ans, de Nuit et brouillard, et la découverte d'un Christ dans une poubelle.
    Il y a la lecture terrifiée de Barbe-bleue à 12 ans, et la passion continue pour Apocalypse now.
    Le récit d'un séjour au Prytanée militaire de la Flèche, et celui d'une vocation pour les nuits blanches.
    Il y a un labyrinthe, et l'amour d'une jeune Étrusque.
    Il y a des flaques de sang, et des nuits d'ivresse.
    Il y a un tableau mystérieux de Twombly.
    Il y a le magicien Mandrake, David Bowie, et le St Julien de Flaubert.
    Il y a une photo prise par Olivier Roller

  • L'homme qui dort se nomme constantin.
    C'est un empereur romain, un conquérant, un guerrier sans merci. son sommeil paraît paisible, bien qu'il doive livrer bataille le lendemain. a côté de l'homme qui dort, un tout jeune homme assis. ur serviteur sans doute, qui n'a pas de nom. une sentinelle, mais qui s'abandonnerait à sa propre rêverie. il est le dormeur éveillé. sa tête penchée s'appuie sur sa main. cette scène représentée par piero della francesca se situe à la frontière de la nuit et de l'aube, du sommeil et de l'éveil, du songe et de la rêverie.
    Le livre dont j'écris ici les premières lignes, j'aimerais qu'il devienne quelque chose comme une mémoire - donc une fiction - rêveuse, qu'il soit une traversée d'images, de souvenirs, d'instants, qu'il ressemble à la rêverie à laquelle s'abandonne le dormeur éveillé, avant que l'excès de clarté n'y mette fin. il sera bien temps alors d'affronter le jour.

  • En retraçant son enfance passée au Tchad, Michaël Ferrier nous offre un bouleversant autoportrait. Le livre s'ouvre à N'Djamena (Fort Lamy pendant la colonisation), en février 1979, entre la savane et la steppe. Les enfants jouent au Scrabble sur la terrasse de leur maison. Ce jeu des lettres qui s'associent dans des agencements infinis restera pour Michaël Ferrier une manière de se protéger de la violence du monde et sera la source de son lien puissant à la littérature.
    Dehors la guerre approche, mais ils ne le savent pas encore. Le père est militaire, il a la peau sombre. La mère, douce et attentive, a un teint de lys.
    L'enfant de dix ans découvre les paysages d'Afrique, le vent, la lumière, les insectes, la faune. Sa langue, pour décrire cette découverte du monde, devient un chant. L'Afrique est là, palpitante dans sa beauté et sa crudité.
    Puis, c'est la guerre. Les hommes et femmes Peuls Bororo fuient sur les pistes. Les armes se déchaînent. L'enfant est témoin de tout, découvre le sang et les cadavres, jusqu'au corps de son ami Youssouf, blessé à terre...
    Dès le lendemain les parents décident de quitter l'Afrique : cette guerre sera le dernier motif de l'initiation de Michaël Ferrier, qui signe là un livre majeur.

  • Jacques Ferrandez est né à Alger et a passé toute son enfance à Nice. Depuis 30 ans, l'Algérie, le pays natal, inspire toute son oeuvre de bande dessinée. À travers les dix tomes de ses Carnets d'Orient évoquant les 132 ans d'histoire commune entre la France et l'Algérie, et ses adaptations dessinées de Camus - L'Hôte et L'Étranger -, Jacques Ferrandez s'interroge depuis toujours sur la façon de raconter la Méditerranée.
    Parallèlement à son magnifique roman graphique, Le Premier Homme, adapté du roman posthume et inachevé de Camus (parution en septembre 2017 aux éditions Gallimard), Jacques Ferrandez compose ici un autoportrait vibrant nourri de dessins et d'illustrations. En compagnie de Camus, son regard se pose affectueusement sur des objets, des paysages, des maisons, des êtres qui l'ont formé. Il déplie devant nous avec ses pinceaux, ses crayons et ses couleurs toute une mémoire familiale, marquée par l'attachement à l'Algérie mais aussi par l'exil. D'une rive à l'autre de la Méditerranée, qu'il aime tout entière depuis l'enfance et qui le constitue.

  • " ce que je suis : un écrivain en route dans sa langue.
    c'est dans la langue qu'on chemine, autant que dans le paysage. parfois je m'arrête en plein vent : mes mots aussitôt ravalés, comme le voile blanc sur la bouche des femmes druzes, comme un souffle d'homme sur la soie protégeant un sexe humide de femme. je marche un peu seul sur la route de hermel. le chauffeur s'est endormi dans la voiture.
    pas de secret à découvrir ou à livrer : je suis en mouvement sur la terre rouge de la bekaa, entre deux chaînes de montagnes.
    peut-être ne suis-je là que pour oublier ce qu'une femme a fait de moi : un être hors de lui, condamné à marcher, penser, parler seul (trois langues à la bouche et nulle envie qu'elles s'ébruitent dans l'après-midi poussiéreuse). "

  • Dans ce récit qui se situe à Turin, une nuit, dans une chambre d'hôtel, là où Joseph de Maistre avait écrit Voyage autour de ma chambre, Enrique Vila-Matas met en scène un critique littéraire qui n'est qu'un double de lui-même et qui essaye de faire le point sur ses goûts en littérature, sur sa propre vision du roman contemporain. Il hésite entre le radicalisme artistique de James Joyce dans Finnegans Wake et la prose plus classique mais non moins inventive de Simenon dans son roman Les fiançailles de Monsieur Hire.
    Cet autoportrait d'Enrique Vila-Matas est une grande plongée dans son métier d'écrivain, jouant sans cesse entre le vrai et le faux, saluant au passage tous les auteurs de sa bibliothèque, s'amusant à inventer des citations, à passer volontiers du je au il et mettant la littérature tout entière en abîme.
    Jeux de miroirs et de doubles pour réfléchir sur la situation de la littérature d'aujourd'hui. Comment garder à la fois son exigence d'écrivain et élargir son public, comment concilier la littérature dite populaire et la littérature tout court, qui est une recherche permanente de formes nouvelles et de travail autour de la langue?

    Chet Baker pense à son art est, davantage qu'un récit, une fiction critique, tour à tour drôle, méditative, poignante, nonchalante et musicale.
    Un livre qui permet de comprendre toute l'oeuvre d'Enrique Vila-Matas, un des plus grands écrivains contemporains.

  • J'avais en ce temps-là de noirs éblouissements et courais les champs de mines avec une distraction de décapité. La réalité m'était un embarras. Je ne supportais pas l'ironie des miroirs. La poésie était l'autre nom de l'amour, celui qu'on tait, les yeux brûlés. Paris en sang, ce soir - mais ce n'est pas du vendredi 13 novembre 2015 dont je voudrais parler. Qu'y puis-je, si pour moi coïncident, à plusieurs décennies d'intervalle, l'horreur des tueries frappant en nombre des femmes et des hommes, par centaines on peut craindre, jeunes pour la plupart, et la première page évocatoire du récit d'un jour de mon passage sur la planète Terre ? Ce jour qui aurait dû être pour moi l'ultime, mais ne l'ayant pas été, il ne cesse de me hanter, sans aplomb dans sa folle effraction.

    C'était un 17 septembre, à Paris. Hubert Haddad avait 20 ans. Debout sur le rebord de sa fenêtre, au 4eétage d'un immeuble de la rue Pastourelle, complètement nu, il allait se jeter dans le vide. Un jeune homme est entré par hasard juste à ce moment-là, un ami. Il est allé vers lui et, à la manière d'un ange, il a su trouver des mots simples pour le calmer et le faire revenir de son geste qui lui aurait été fatal.

    C'est à partir de ce jour-là, où il croyait chercher la vérité dans cet acte, qu'Hubert Haddad, en poète et en peintre, dessine un autoportrait vibrant, énigmatique, presque halluciné. Des échos d'un jour à l'autre, d'un texte à l'autre, d'une scène d'enfance au présent le plus brûlant, comme celui de la nuit des attentats du 13 novembre 2015, quand il a couru à l'hôpital, au chevet de son frère qui n'avait plus que quelques instants à vivre, au moment même où, à quelques mètres de là, toute une jeunesse a été assassinée.

    Son récit est ainsi à chaque fois aimanté par d'étranges coïncidences qui font apparaître les êtres essentiels de sa vie. Avec au coeur du livre, la perte de ses deux frères et la magie d'une génération, la sienne, pour qui la vie était avant tout une recherche de la poésie, de la beauté, de l'amour et de l'excès.

  • Pendant que j'écrivais, la fin de l'été est arrivée. La lumière a pris un éclat tamisé comme celui du cuivre, la bruyère s'est épanouie sur la lande et les dunes autour de Skagen. Des îlots de violet dans les élymes des sables, sous le vaste ciel vide. Ma fille la plus jeune, un an et demi, a commencé à parler pour de bon, sa grande soeur, elle, a commencé à répondre, et elles ne rentrent plus dans leurs chaussures d'hiver. Tout change, de manière imperceptible la plupart du temps, comme les dunes qui se déplacent de quelques mètres chaque année, d'une mer vers l'autre. Et puis, il y a le changement brusque et inattendu qui, d'un coup, rompt le lien entre le présent et ce que nous avons derrière nous.

  • Il y en a trois, des mains. La première est la plus belle, elle a entrelacé ses doigts aux miens, chaude, forte. Une main à la Michel-Ange, aux ongles bien dessinés. C'est une histoire uniquement de gestes où les paroles privées de sens sombrent dans le néant. Et le désir reste impossible à combler, enfantin et adulte à la fois comme s'ils appartenaient, ces gestes, à une petite fille mais aussi à son contraire. Une petite fille solitaire et qui a faim de gratifications, et une adulte ingénieuse, experte. Même les odeurs sont des vagues qui vont et viennent et portent en elles tendresse et ténèbres, les narines les suivent comme si elles marquaient une piste pour s'orienter dans cette forêt de silences. L'amour est au centre de ce récit. Paris, Rome, Venise, les années se superposent, mais le regard de la petite fille est le même que celui de la femme qu'elle est devenue. Si aiguisé, si précis, si intuitif, si vrai. Pour la première fois, Rosetta Loy, figure majeure de la littérature italienne contemporaine, publie en France un texte inédit dans sa langue maternelle. Elle peut enfin dire, en toute liberté, toutes les choses enfouies et les restituer dans l'éclat où elles lui sont apparues. Avec violence et nécessité, sans jamais tricher. Rosetta Loy signe ici un grand livre en tressant sa vie intime avec celle de l'Italie.

  • Pascal Ory a construit ce livre autour de deux thèmes entrecroisés :
    « L'Extase de Sainte Thérèse », la célèbre sculpture en marbre du Bernin créée en 1652, célébrée autant par Stendhal que par Lacan, qui orne la chapelle de Santa Maria della Vittoria à Rome et qui semble exhiber davantage une jouissance sexuelle qu'une expérience mystique, et qui ne finit pas de faire jaser le monde de l'art autant que celui de l'église catholique. Le deuxième thème choisi par Pascal Ory est l'histoire de ses propres voluptés.
    Ce livre en forme d'autoportrait est donc à la fois une plongée dans l'histoire de l'Italie du XVII e siècle, du triomphe du catholicisme sur le protestantisme, de l'invention du baroque et de la mise en scène, et une plongée dans l'enfance de Pascal Ory, surplombée par la figure tutélaire d'un père journaliste et grand reporter.
    C'est dans une langue très élégante, gourmande, taquine et libre que Pascal Ory nous conduit dans les coulisses de ses différents regards et de ses différents mondes, passant presque naturellement d'un siècle à l'autre, d'une ville à l'autre, faisant apparaître aussi bien Ava Gardner ou Marlène Dietrich que David Bowie, Saint Ignace de Loyola, Maria Casarès, Alain Bashung ou Michel-Ange...

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