Officina

  • Les feux d'artifices, sous l'Ancien Régime, participent de l'univers des fêtes : célébrations de naissances et de mariages royaux, de couronnements, de traités de paix ou de visites diplomatiques. Forme d'art par essence éphémère, dont l'achèvement va de pair avec la destruction, ils nous sont connus grâce à l'abondante documentation conservée liée aux fêtes : gravures et dessins, manuscrits et livres illustrés : à ceci près que s'agissant des feux d'artifices les dessins se font fort rares !
    En 1770, 1771 et 1773, en France et plus précisément à Versailles, trois mariages -celui du Dauphin, futur roi Louis XVI, et de ses frères, le comte de Provence et le comte d'Artois- allaient marquer un moment d'apogée de cette forme artistique si particulière.
    Du feu tiré à l'occasion du mariage du comte de Provence en 1771, le musée du Louvre conserve un exceptionnel témoignage : un album de dessins exécutés sous la conduite des artificiers en charge du feu, Morel, Torré et Seguin. Pour la première fois, le spectacle pyrotechnique se trouve décliné en chacun de ses tableaux, représentés dans l'intégralité dans leurs effets et figures, parmi lesquels deux « feux » à la nouveauté radicale : un grand palais réalisé uniquement en « feu bleu » et un portrait du roi jugé très ressemblant quoique dessiné là aussi rien qu'en lumières ! Ici les artificiers rivalisent et surpassent les peintres. Usant de feux fixes et mobiles par le biais de tout un dispositif de mèches, leurs pièces de feu et d'illumination font désormais tout le spectacle et rendent inutile la commande des traditionnels décors fixes aux peintres et architectes de l'Administration des Menus Plaisirs.
    Aujourd'hui , c'est l'ensemble du carnet qui est pour la première fois reproduit à l'échelle réelle et étudié de façon exhaustive de manière à glisser entre les mains du lecteur et de l'amateur un peu de l'éclat de ces fêtes dont les feux participaient des dépenses parmi les plus élevées de l'Ancien Régime : des feux que l'on sait avoir été particulièrement goûtés de Louis XV après le décès duquel on ne connut plus pareilles féeries nocturnes.

  • En 1922, un portraitiste de belle réputation et immense collectionneur, Léon Bonnat, légua au Louvre un recueil de vingt-trois dessins intitulé Disegni di A. Pollaivolo (?) 1429 + 1498. Cet album, qui avait antérieurement appartenu à de très bons connaisseurs de l'Italie de la Renaissance, apparaît aujourd'hui encore comme l'une des plus belles sommes d'études d'après le modèle vivant qu'un artiste  orentin ait accomplies dans son atelier au e siècle. Malgré l'intitulé de l'album (manifestement moderne mais sans doute issu de quelque tradition), la critique moderne s'est interrogée sur son auteur. Elle a préféré, à celui du célèbre sculpteur  orentin, le nom de son concitoyen Maso Finiguerra, qui, orfèvre et nielleur, est passé à la postérité pour avoir inventé l'art de la gravure. L'étude expose, d'une part, le pro l des deux artistes et la relation de l'ensemble des dessins aux di érentes pratiques d'atelier, et, d'autre part, une reconstruction de l'histoire du recueil qui permet d'imaginer comment il a été constitué à partir de carnets originaux démembrés. Une description page à page propose en outre une analyse précise de chaque feuillet, du point de vue tant de l'image que des matériaux et de la technique graphique.

  • En 1783, soit trois années après la mort de Gabriel de Saint-Aubin, Pahin de la Blancherie indiquait que l'on n'avait jamais rencontré l'artiste « qu'un crayon à la main, dessinant tout ce qui se présentait à ses yeux ». Cependant, malgré cette passion du dessin, le chroniqueur de la vie parisienne fut bien vite oublié et il fallut attendre les Goncourt à la fin du xixe siècle pour le redécouvrir. Chacun, dès lors, goûta l'art de Saint-Aubin et rechercha ses oeuvres. Grand collectionneur du xviiie siècle français, Camille Groult entra en possession d'un exceptionnel carnet réunissant plus d'une centaine de pages sur lesquelles le maître avait griffonné son quotidien. Longtemps ce rarissime témoignage de l'art de Saint-Aubin demeura jalousement gardé. Edmond de Goncourt ne put en donner qu'un dépouillement incomplet.
    Quelques années après, Emile Dacier, grand spécialiste de l'artiste, ajouta quelques éléments nouveaux mais sans avoir obtenu de pouvoir examiner en détail le carnet. Le 20 novembre 1941, le Louvre en faisait l'acquisition. L'oeuvre livrait enfin tous ses secrets. Dacier en reprit l'étude et publia en 1943 un opuscule de quarante planches.
    Aujourd'hui, c'est l'ensemble du carnet qui est pour la première fois reproduit à l'échelle réelle et étudié de manière exhaustive. De petites dimensions (18 x 12,5 cm), et réunissant 108 pages dont 103 illustrées et annotées entre 1759 et 1778, l'ouvrage est un document inestimable. L'artiste nous invite à parcourir les rues de Paris, à découvrir certains de ses monuments, à partager avec lui quelques événements marquants ou bien encore à vivre le quotidien de son petit monde peuplé de si nombreuses jeunes femmes toutes occupées à la lecture, à la musique ou aux travaux d'aiguille. De sa fine écriture souvent si difficile à lire, il a couvert de jour comme de nuit les pages de nombreuses annotations, noms de collectionneurs, prix de denrées, maximes ou bien encore localisations. Pour qui aime le Paris du xviiie siècle, pour qui cherche à mieux connaître l'art de Saint-Aubin, le carnet du Louvre invite indéniablement à la plus passionnante des découvertes.

  • Acquis par le musée du Louvre en 1972, le carnet de dessins de l'architecte Gilles-Marie Oppenord (1672-1742) n'a été que très ponctuellement étudié et fait l'objet pour la première fois d'une publication en fac-similé dans son intégralité. Sa fragilité - la reliure ancienne ne permet pas une consultation aisée -, son intérêt historique - il constitue un témoignage unique sur les premiers pas d'un artiste lors de son séjour romain - et la variété des dessins qu'il renferme font de ce carnet l'un des plus séduisants du département des arts graphiques du musée du Louvre.

  • Le carnet dit « des Pyrénées » a été classé « Trésor national » en 2003 et a été acquis par le musée du Louvre en 2004. Partiellement publié à plusieurs reprises, il fait ici l'objet pour la première fois d'un « fac-similé » reproduisant l'intégralité de ses pages. Son état de conservation - seuls deux bifeuillets en ont probablement été distraits - et son importance historique - il est, avec la correspondance de l'artiste, la seule source directe de connaissance de ce voyage, le journal étant alors interrompu-, ainsi que la beauté de ses pages aquarellées en font l'un des carnets les plus remarquables du fonds Delacroix du Louvre.
    En juillet 1845, Delacroix se rendit aux Eaux-Bonnes, petite station thermale des Pyrénées-Atlantiques, a n d'y suivre une cure prescrite par son médecin. Confronté au spectacle grandiose des montagnes surplombant la vallée d'Ossau, Delacroix s'exerce au paysage, traçant au  l des pages de rapides croquis au crayon, dont certains, repris à l'aquarelle, sont parmi les plus beaux paysages de l'artiste. Il dessine aussi à plusieurs reprises le costume traditionnel des paysans de la vallée, dans lequel il voit une forme d'archaïsme antique. De retour à Paris à la  n de l'été, il a pu voir, sur le conseil de George Sand, la tribu des indiens Ojibwas amenés en Europe par le peintre américain George Catlin avec son «Indian Gallery», d'après lesquels il a fait plusieurs pages de croquis très émouvants.
    Cette publication est accompagnée d'une étude approfondie, qui permettra de comprendre la réalité matérielle du carnet (description codicologique) et d'éclairer le contexte dans lequel l'artiste a exécuté ses dessins.

    La présente édition n'est pas un fac-similé au sens strict dans la mesure où les éléments rapportés (cachet, étiquettes, papier de couverture imitation cuir recouvrant les plats.) ne sont reproduits que par la photographie et non par collage. Néanmoins cette réalisation mettra à disposition d'un plus large public un substitut  dèle de l'album et limitera la manipulation de l'original a n d'en assurer une meilleure conservation.

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