Philippe Rey

  • Veuve au matin d'une nuit de noces hallucinante, lorsque son époux, un jeune pasteur, se suicide en se jetant dans les chutes du Niagara, Ariah Littrell se considère désormais comme vouée au malheur. Pourtant, au cours de sa semaine de veille au bord de l'abîme, en attendant qu'on retrouve le corps de son mari d'un jour, La Veuve banche des Chutes (ainsi que la presse l'a surnommée avant d'en faire une légende) attire l'attention de Dirk Burnaby, un brillant avocat au coeur tendre, fasciné par cette jeune femme étrange.
    Une passion improbable et néanmoins absolue lie très vite ce couple qui va connaître dix ans d'un bonheur total avant que la malédiction des chutes s'abatte de nouveau sur la famille.
    /> Désamour, trahison, meurtre ? C'est aux enfants Burnaby qu'il reviendra de découvrir les secrets de la tragédie qui a détruit la vie de leurs parents. Une quête qui les obligera à affronter non seulement leur histoire personnelle mais aussi un sombre épisode du passé de l'Amérique : les ravages infligés à toute une région par l'expansion industrielle gigantesque des années 1950 et 1960, expansion nourrie par la cupidité et la corruption des pouvoirs en place.

  • Une prestigieuse université féminine de la Nouvelle-Angleterre dans les années 75. On conteste plus que jamais les valeurs bourgeoises sur fond de drogues, de cigarettes, d'art et de poésie.

    Gillian Brauer, vingt ans, brillante étudiante de troisième année, voudrait briller encore davantage aux yeux de Andre Harrow, son charismatique professeur de littérature, qui a décidé de faire écrire et lire en classe à ses élèves leur journal intime. Il n'octroie ses compliments qu'aux confessions les plus osées, ce qui génère surenchères malsaines et incidents ravageurs parmi des filles survoltées, avides de retenir l'attention - et plus - du maître.

    Tentatives de suicide, incendies inexpliqués, anorexie, somnifères, tous les éléments d'un drame annoncé sont réunis avec, dans un rôle d'une épaisseur glauque, la mystérieuse Dorcas, l'épouse - française - d'Andre, sculptrice, collectionneuse d'affreux totems. Et grande prêtresse de ces amours vénéneuses dont Joyce Carol Oates nous offre ici le récit haletant, à la morale superbement perverse.

  • Qui parle en vous ? Qui vous raconte les histoires qu'à votre tour vous transmettrez ? Pour répondre à ces interrogations, Gisèle Pineau a choisi de remonter le cours des vies de quatre femmes. Celles qui l'ont construite.

    Angélique, l'ancêtre esclave, qui connut les temps perturbés de l'abolition puis du rétablissement de l'esclavage, gagna sa liberté et finit par épouser le Sieur Pineau. Julia, la grand-mère, profondément attachée à son pays, la Guadeloupe, mais contrainte à l'exil pour fuir un mari trop violent. Gisèle, la grand-tante, qui se laissa mourir de chagrin à vingt-sept ans après avoir perdu son jeune époux. Et puis Daisy, la mère, qui, au plus gris de l'exil et de ses malheurs, se tint toujours debout pour ses enfants et rêva sa vie dans les romans d'amour.

    Avec son livre le plus personnel, Gisèle Pineau fait revivre ses quatre femmes dans la « geôle noire » de la mémoire. Quatre femmes, quatre époques de l'histoire antillaise, quatre inoubliables destins.

  • Cette année-là, 1987, une chaleur caniculaire s'est abattue sur la côte Est pendant le long week-end de Labor Day. Henry a treize ans, vit avec sa mère, ne supporte pas la nouvelle épouse de son père, aimerait s'améliorer au base-ball et commence à être obsédé par les filles. Jusque-là, rien que de très ordinaire, sauf que sa mère, elle, ne l'est pas. Encore jeune et jolie, Adele s'est pratiquement retirée du monde et ne sort qu'en de rares circonstances. La rentrée des classes qui approche la contraint de conduire son fils acheter vêtements et fournitures au centre commercial. Et là, planté devant le présentoir des magazines où il essaye de feuilleter Playboy, Henry se heurte à Frank, ou plutôt Frank s'impose à Henry : Frank, un taulard évadé, condamné pour meurtre...
    Pendant quatre jours, le trio va vivre un surprenant huis-clos, chacun se dévoilant un peu plus au fil des heures. Et, vingt ans plus tard, avec émotion et humour, Henry révélera les secrets de ce long week-end qui lui a appris à grandir...

  • Elles sont nées le même jour, dans le même hôpital, dans des familles on ne peut plus différentes.
    Ruth est une artiste, une romantique, riche d'une vie imaginative et passionnée.
    Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu'elle voit, entend ou touche.
    Et pourtant ces deux femmes si dissemblables se battent de la même manière pour exister dans un monde auquel elles ne se sentent pas vraiment appartenir.
    Situé dans le New Hampshire rural et relaté alternativement par Ruth et Dana, ce récit suit les itinéraires personnels de deux « soeurs de naissance », des années 1950 à aujourd'hui. Avec la virtuosité qu'on lui connaît, Joyce Maynard raconte les voies étranges où s'entrecroisent les vies de ces deux femmes, de l'enfance et l'adolescence à l'âge adulte - les premières amours, la découverte du sexe, le mariage et la maternité, la mort des parents, le divorce, la perte d'un foyer et celle d'un être aimé -, jusqu'au moment inéluctable où un secret longtemps enfoui se révèle et bouleverse leur existence.

  • En 1936, les Schwart, une famille d'émigrants fuyant désespérément l'Allemagne nazie, échouent dans une petite ville du nord de l'État de New York où le père, Jacob, un ancien professeur de lycée, ne se voit offrir qu'un travail de fossoyeur-gardien de cimetière. Un quotidien fait d'humiliations, de pauvreté et de frustrations va les pousser à une épouvantable tragédie dont Rebecca, la benjamine des trois enfants, sera le témoin.

    Ainsi débute l'étonnante vie à multiples rebonds de Rebecca Schwart : après avoir épousé Niles Tignor, un homme abusif et dangereux, elle doit fuir pour protéger son petit garçon, et tenter de se reconstruire. Les villes, les métiers, les hommes défilent, jusqu'à sa rencontre avec Chet Gallagher, promesse d'un bonheur enfin possible. Mais surgit alors le désir profond, d'abord inconscient, de retrouver son passé cruel de « fille du fossoyeur », de se rattacher en fin de compte à sa véritable identité. Le destin ne le lui permettra qu'au terme d'une existence d'intranquillité, dans les dernières pages bouleversantes de ce roman.

    L'apprentissage des hommes, du mariage, de la maternité, les combats d'une femme dans la société américaine de l'après-guerre racontés par Joyce Carol Oates au sommet de son talent, font de ce livre un hymne inoubliable à la résilience et à la survie.

  • « Il n'est pas dans mon intention de faire ici la leçon à qui que ce soit, ni d'imposer un point de vue. Ce livre n'a été dicté que par le désir de défricher la jungle des possibilités qui s'offrent à un art encore jeune et magnifique, toujours à explorer, et de m'y retrouver moi-même aussi indépendant et libre que possible ».

    Andreï Tarkovski, tout au long de son oeuvre cinématographique, rédige des notes de travail, des réflexions sur son art, restituant dans le même mouvement son itinéraire d'homme et d'artiste.

    À partir de son exil en Italie où il réalise Nostalghia en 1983, puis en France durant la dernière année de sa vie, il rassemble ces écrits qui sont d'abord édités en Allemagne puis dans les autres pays d'Europe occidentale où ils deviendront vite une référence incontournable.

    Il y aborde une large réflexion aussi bien sur la civilisation contemporaine que sur l'art cinématographique : son ontologie et sa place parmi les autres arts, ou des aspects plus concrets comme le scénario, le montage, l'acteur, le son, la musique, la lumière, le cadrage.

    Puisant dans son expérience de cinéaste, dans sa vaste culture littéraire, se remémorant ses années de formation, les luttes interminables pour terminer ses films à l'époque soviétique, Andreï Tarkovski offre ici le livre-bilan d'un artiste en recherche de sens, d'un homme qui consacra son inépuisable énergie à « fixer le temps ».

  • S'emparant d'un fait-divers, un mystère jamais résolu, qui bouleversa l'Amérique - l'assassinat le soir de Noël 1996 de la petite JonBenet Ramsey, six ans et demi, célèbre mini-Miss vedette de concours de beauté -, Joyce Carol Oates reconstruit l'affaire qu'elle n'hésite pas, elle, à dénouer. Une histoire effarante racontée dix ans après par le frère de la victime. La petite fille s'appelle maintenant Bliss, c'est une championne de patinage sur glace, l'enfant adoré de ses parents, la coqueluche d'un pays, la soeur aimée et jalousée par son frère, son aîné de trois ans, Skyler. Skyler qui, depuis le meurtre, a vécu dans un univers de drogues, de psys et d'établissements médicalisés. Âgé aujourd'hui de dix-neuf ans, il fait de son récit une sorte de thérapie. Ses souvenirs sont à la fois vivaces et disloqués. Peu à peu émerge le nom du coupable : est-ce le père - homme d'affaires ambitieux, la mère - arriviste forcenée, un étranger cinglé ou bien... le narrateur lui-même ?

    Tous les ingrédients préférés de Joyce Carol Oates sont là : la vanité féminine, la stupidité masculine, la famille dysfonctionnelle, l'angoisse du parvenu, le christianisme de charlatan, les dérives de la psychanalyse, le vampirisme des médias, l'incompétence de la police. Pour produire en fin de compte un chef-d'oeuvre hallucinant, un dépeçage au scalpel de l'âme humaine et de l'horreur ordinaire...

  • Elles se rencontrent au coeur des années soixante-dix, camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entament leur cursus universitaire. Genna Meade, descendante du fondateur du collège, est la fille d'un couple très « radical chic », riche, vaguement hippie, opposant à la guerre du Vietnam et résolument à la marge. Minette Swift, fille de pasteur, est une boursière afro-américaine venue d'une école communale de Washington.
    Nourrie de platitudes libérales, refusant l'idée même du privilège et rongée de culpabilité, Genna essaye de se faire pardonner son éducation élitiste et se donne pour devoir de protéger Minette du harassement sournois des autres étudiantes. En sa compagne elle voit moins la personne que la figure symbolique d'une fille noire issue d'un milieu modeste et affrontant l'oppression. Et ce, malgré l'attitude déplaisante d'une Minette impérieuse, sarcastique et animée d'un certain fanatisme religieux. La seule religion de Genna, c'est la pitié bien intentionnée et inefficace des radicaux de l'époque. Ce qui la rend aveugle à la réalité jusqu'à la tragédie finale. Une tragédie que quinze ans - et des vies détruites - plus tard, elle tente de s'expliquer, offrant ainsi une peinture intime et douloureuse des tensions raciales de l'Amérique.

  • J'ai réussi à rester en vie Nouv.

    L'appel a résonné au creux de la nuit : « Votre mari, Raymond Smith, est dans un état critique... » Titubante d'appréhension mais espérant contre tout espoir, Joyce se précipite à l'hôpital dont, guéri d'une banale pneumonie, Ray devait sortir le matin même. À l'arrivée, son compagnon de près d'un demi-siècle est déjà mort d'une violente et soudaine infection nosocomiale. Sans avertissement ni préparation d'aucune sorte, Joyce est confrontée à la terrible réalité du veuvage. Au vide. À l'absence sans merci.

    J'ai réussi à rester en vie est la chronique du combat d'une femme pour tenter de remonter de ce puits sans fond. En proie à l'angoisse de la perte, cernée par un cauchemar de démarches administratives - et les absurdités pathétiques du commerce du deuil -, Oates décrit l'innommable expérience du chagrin, dont elle ne peut s'extraire que rarement, et à grand-peine, en se tournant vers ses amis.

    Avec sa lucidité coutumière, parfois sous-tendue d'un humour noir irrésistible (quand, par exemple, elle se lamente sur l'absurdité des luxueux paniers gargantuesques de saucissons et de pop-corn au chocolat déposés devant sa porte en manière de condoléances), elle nous offre, avec ce livre - qui ne ressemble à rien de ce qu'elle a écrit jusqu'ici - non seulement une belle histoire d'amour, mais aussi le portrait d'une Joyce Carol Smith inconnue et formidablement attachante.

  • « Vous n'échapperez pas au bonheur », affirme Unni, adolescent des années 1980, avant de sauter du toit de son immeuble dans une cité de Madras. Pourquoi ce suicide ? Telle est la quête - l'enquête - de son père, écrivain raté, ivrogne et néanmoins journaliste d'investigation. À travers des monceaux de vignettes, de planches, de bandes dessinées réalisées par son fils, par le biais de témoignages de ses anciens camarades de classe pris entre pensées profondes et coups de ceinture paternels, Ousep tente d'adoucir ses doutes et ceux de son épouse, Mariamma, ellemême détentrice d'un secret ancien. Dans cet irrésistible roman (en partie autobiographique), à la fois drôle et poignant, imprégné de l'univers volontiers sibyllin des concepteurs de BD, Manu Joseph livre le portrait d'un groupe d'adolescents tourmentés par les grandes questions philosophiques (la vie est-elle un accident ?). Le tout exacerbé par le contexte indien, le goût de la procrastination, la passion distanciée des quêtes spirituelles et les défis jusqu'au-boutistes de la jeunesse.

  • Retrouvés à Florence dans les archives personnelles d'Andreï Arsenievitch Tarkovski, ces récits passionneront tous ceux qui aiment l'oeuvre du cinéaste. Rédigés, comme les poèmes qui les accompagnent, entre 1960 et juillet 1962 - l'auteur a tout juste trente ans -, ces textes sont de véritables tableaux impressionnistes : la neige, le ciel et la taïga servent de rideaux de scène à de mini-drames, d'émouvantes et parfois cruelles plongées au coeur de l'âme et de la vie russes, de rencontres avec des personnages de femmes, amantes ou mères, à la fois fugitives et si présentes. On ne peut que succomber au charme - et à la force - de ces écrits de jeunesse dont chaque page annonce la naissance du prodigieux auteur d'Andreï Roublev.

  • Nazillon enfiévré, parti combattre avec les Jeunesses hitlériennes, Johannes, 17 ans, saute sur une bombe. Manchot et atrocement défiguré, il rentre chez lui à Vienne pour découvrir que ses parents cachent dans leur grenier une jeune Juive, Elsa. Lui, l'antisémite farouche, est d'abord séduit par l'idée de contrôler le destin d'un de ces êtres qu'il a appris à haïr, mais il se laisse vite toucher par le regard de la jeune fille, qui n'exprime aucun dégoût pour son infirmité. Commencent alors une passion dévorante, et une cohabitation qui durera toute une vie : la mort frappe la famille de Johannes, et il se retrouve seul avec sa proie. À la fin de la guerre, il lui fait croire que les nazis ont gagné, et qu'elle ne peut sortir de la maison sans courir à sa perte... Le récit fascinant d'une relation étrange au sein d'un huis-clos entre deux êtres manipulateurs dont on ne sait en fin de compte lequel trompe l'autre.

  • Ils étaient cinq. Complètement ivres, drogués, l'ordinaire de leurs samedis soir... Peut-être encore plus excités ce samedi-là, un 4 juillet. Et, vers minuit, la belle Tina Maguire, après avoir célébré la fête nationale chez des amis, a eu le malheur de couper court à travers le parc pour rentrer plus vite chez elle avec sa gamine Bethie, douze ans. Ils l'ont laissée pour morte dans le hangar à bateaux. Une tournante comme on n'ose pas en imaginer, une abomination à laquelle a assisté Bethie, réfugiée derrière un tas de vieux canoës, avant de se traîner jusqu'à la route pour appeler au secours, et ainsi sauver sa mère.

    Sauver ? En fait, dès l'avant-procès, l'attitude du juge et les propos de l'avocat des voyous ont massacré Tina une seconde fois. Un avocat de haut vol, payé à prix d'or, qui, malgré des preuves accablantes, a brandi l'argument qui fait mouche, clamant haut et fort ce que certaines bonnes âmes pensaient tout bas : elle l'a bien cherché... ça lui pendait au nez...

    Elle risque désormais de mourir pour de bon, Tina. Et Bethie ne peut que prier pour l'intervention miraculeuse d'un ange vengeur. Or il est là, dans l'ombre. Un flic épris de justice. Épris tout court. Le héros silencieux d'une histoire d'amour peu banale, racontée avec une éblouissante violence par une Joyce Carol Oates à son meilleur.

  • Avec plus d'une centaine d'ouvrages à son crédit et une place de premier plan dans la littérature américaine, Joyce Carol Oates se voit souvent poser la question : comment devient-on écrivain ? Bien que le travail de l'imagination demeure un mystère, elle fournit, à travers ce livre, un certain nombre de réponses à tous ceux qui s'interrogent sur l'acte d'écrire et le processus de création.

    Traitant non seulement de l'inspiration, mais aussi de la mémoire et de l'« unique pouvoir de l'inconscient », Oates aborde la manière dont le langage, les idées et l'expérience se rassemblent pour créer une oeuvre. Elle évoque aussi ses premiers pas dans le domaine de l'écriture, offre de précieux conseils aux jeunes écrivains, et s'amuse à décrire les affres de l'auteur au travail. Car faire de la prose est aussi un métier, et un métier doit s'apprendre...

  • Terre mythique, difficile d'accès, le Mont Athos, en Grèce, est un haut lieu de la chrétienté. Perchés à flanc de falaises ou dressés sur le rivage, au sein d'une nature aussi vierge qu'au début du monde, ses vingt monastères et ses ermitages renferment l'une des plus grandes collections d'art du monde. Ils abritent aussi des communautés de moines dont les rites et le mode de vie n'ont pratiquement pas changé depuis un millénaire, d'où la fascination des pèlerins, peu nombreux et soigneusement sélectionnés, qui ont la chance d'y séjourner.

    Du Mont Athos, Jean-Yves Leloup écrit des lettres à un ami, dans un style ouvert, franc et riche. Parlant de son expérience de la vie à la Sainte Montagne, il raconte pourquoi il aime le Christ et comment il est venu à l'hésychasme, spiritualité fondée sur la prière du coeur, chère aux orthodoxes. Un passionnant index historique, théologique et anecdotique du Mont Athos ainsi qu'une chrono logie retracent l'histoire du lieu et en révèlent la richesse humaine. Ce livre est un vibrant hommage aux chercheurs de sagesse au Mont Athos, à la grandeur de la spiritualité qui y rayonne.

  • La jeune Tina nait en 1896 près de Venise, dans une famille très pauvre, qui se trouve contrainte d'émigrer aux états-Unis pour survivre. Tina fascine tôt par sa beauté et sa forte personnalité : engagée à son arrivée comme ouvrière dans le textile, elle devient mannequin puis actrice, mais préfère la vie de bohème de San Francisco où elle rencontre le célèbre photographe Edward Weston. Le couple part s'installer au Mexique : ils parcourent le pays, photographiant les paysans et la vie quotidienne, fréquentent le milieu artistique de Mexico - Diego Rivera, Frida Kahlo. Profondément touchée par la misère du peuple mexicain, Tina s'engage auprès des communistes et fait ainsi la connaissance de Julio Antonio Mella, le fondateur du parti communiste cubain, dont elle tombe follement amoureuse. Mais, seulement quelques mois après, il est assassiné en pleine rue. Trainée dans la boue pour sa vie « dissolue », Tina est bientôt emprisonnée, puis expulsée du pays.
    Une vie d'errance commence alors, Berlin, puis Moscou. Tina se radicalise. En adhérant à la pensée soviétique, elle entre littéralement en religion : plus d'amis, plus de photos, plus d'art, une vie de clandestinité. À la fin de la guerre, lorsqu'elle souhaite rentrer, les États-Unis la refoulent vers le Mexique où elle passera les deux dernières années de sa vie, fuyant tous ses anciens amis. L'ancienne égérie des artistes à l'allure de vieille dame n'a que 48 ans lorsqu'elle meurt d'une crise cardiaque à l'arrière d'un taxi. à moins qu'elle n'ait été assassinée ?
    Avec l'exactitude de la biographe et le souffle de la romancière, Bernadette Costa-Prades nous entraîne dans le bouillonnant Mexique post révolutionnaire et l'Europe tourmentée des années 30, pour nous faire découvrir une femme libre et fascinante.

  • L'urbanisme, les petits métiers, la violence de la foule, les pubs, le music-hall, le sexe, les bruits de la ville, les recettes de cuisine, les guerres, les enfants : rien n'échappe à Peter Ackroyd dont le livre-kaléidoscope met en scène toutes les facettes du Londres d'hier et d'aujourd'hui. S'y croisent maquerelles, poètes et gentilshommes, architectes, bateliers, héros d'anecdotes ou de récits qui nous permettent de cerner, page après page, l'esprit de la gigantesque métropole.

    Ouvrage de référence finement documenté, cette biographie vivante et incarnée est aussi un formidable guide : une invitation à flâner au hasard des rues pour découvrir, derrière chaque pierre, les strates du passé qui font la mémoire de Londres.

  • Léonce, jeune homme plein de qualités et travailleur, traîne une infirmité de naissance, un pied-bot qui éloigne de lui les femmes. Sa persévérance et ses mots d'amour passionnés finissent cependant par séduire la belle Myrtha. Ils se marient, ont des enfants, leurs affaires prospèrent. Tout aurait pu se poursuivre sans encombre...

    Mais les rumeurs et les malédictions de toutes sortes s'abattent sur la famille, de génération en génération.

    Gisèle Pineau brosse le portrait d'une famille, dans les mornes de Guadeloupe, où la drive, ou errance, des esprits - esprits vengeurs des ancêtres, esprits retors - pèse sur le destin des hommes.

  • « Pourquoi je fais ce métier tellement ingrat ?
    Trente ans que je suis là. à l'hôpital psychiatrique.
    Là où la mort rôde à toute heure.
    Là où la folie est un aller simple.
    Là où la douleur s'expose sans fard.
    Là où on rit sans raison ni jugement.
    Là où les cris sont un langage ordinaire.
    Là où l'angoisse étreint et poisse. » Infirmière dans un service de psychiatrie depuis l'âge de vingt ans, Gisèle Pineau raconte, avec sobriété et intensité, ce métier « extraordinaire. puisqu'on se tient à l'extérieur, en bordure de la norme, du normal, de la normalité ». Elle revient sur son propre itinéraire : son arrivée en métropole, la faculté de Lettres et les petits boulots, les après-midis avec la vieille Lila aux souvenirs contrastés. Et surtout, elle fait partager son quotidien à l'hôpital, cet apprentissage permanent, et difficile, auprès des malades - ces « fous » que la société ne veut pas voir, isole, et aide de moins en moins.
    Gisèle Pineau décrit l'ordinaire, les rituels, les délires des uns et des autres, les trop nombreux suicides qu'on ne sait pas empêcher, les dépressions profondes, la paranoïa sans limite, le manque de places dans les services, les crispations autour du 4 heures, les insultes parfois suivies de coups. Mais aussi - cela arrive -, les moments de répits lumineux, quand le dialogue et le rire parviennent à s'immiscer.
    Et toujours en arrière-plan, l'écriture, son formidable « délire à elle », l'infirmière-écrivain, vie parallèle inépuisable qui lui permet de trouver son équilibre.

  • Lorsque, venue de Guadeloupe, Sybille arrive à Paris avec son jeune fils Marcello, elle trouve hospitalité et affection auprès de Lila. Extravagante et merveilleuse Lila, tour à tour cocasse et pathétique, hantée par trop de souvenirs. Tandis que Sybille songe aux hommes disparus de sa vie - son père, son petit-frère mort-né -, Lila se souvient de son amour pour Henry, fils d'une cuisinière noire et d'un riche héritier blanc des Caraïbes anglaises, rencontré dans la liesse de la Libération.

    Marcello grandit entouré des fantômes des hommes qui ont traversé la vie des deux femmes. Lorsqu'il apprend que son père est encore en vie, il décide, contre la volonté de sa mère et de Lila, de rejoindre la Guadeloupe pour le retrouver. Après son départ, Lila n'aura plus qu'une idée en tête : se rendre en Amérique et retrouver son fils.

    D'un bord à l'autre de l'océan, d'un bout à l'autre du temps, malgré les dénégations, subsiste pourtant l'amour, cette âme prêtée aux oiseaux qui, de contes en légendes et de coeur en coeur, se rit des interdits en dénouant les jeux du destin et des tragiques vanités des hommes.

  • Biographe des plus grands auteurs britanniques, Peter Ackroyd rêvait depuis toujours de se pencher sur Shakespeare, quintessence du génie d'outre-Manche, l'écrivain qui dut conquérir son droit à la gloire littéraire par le biais du théâtre, l'auteur dramatique qui exhaussa, s'il ne les a pas carrément créés, le statut et la réputation de l'auteur commercial. Plusieurs lignes de force dessinent le personnage et sa vie. L'attachement à la terre natale, Stratford. L'amour du théâtre, qui donne lieu ici à des analyses fascinantes des divertissements londoniens de l'époque, et des pièces elles-mêmes, évoquées avec verve. Le rapport, simultanément, à une troupe d'amis comédiens, dont Ackroyd montre bien qu'elle fut une condition sine qua non de l'émergence du théâtre shakespearien. Le rapport aussi à la ville, Londres, cadre d'incessantes épidémies de peste, lieu de violences dont la scène se fait le reflet. L'ambiguïté face à la hiérarchie sociale - la volonté que montre Shakespeare d'être considéré comme un gentilhomme en même temps qu'il fraie avec les milieux interlopes ou populaires. L'ambiguïté, enfin, face à la religion : l'auteur dramatique le plus célèbre de ce pays protestant depuis peu fut peut-être un catholique caché.
    À chaque page de ce livre, désormais de référence, émerge ainsi le portrait d'un pays et d'une époque tout autant que d'un homme, fabuleux témoin de son temps.

  • 31 ans, célibataire, journaliste, très indépendante et un peu à la marge, Nikki Eaton n'a jamais prétendu ni voulu se vivre en fille modèle. Sa mère l'agacerait plutôt, avec sa vie trop lisse, son caractère trop confiant, et sa réprobation de la liaison qu'entretient Nikki avec un homme marié. Wallace Szalla, dit Wally, riche, (localement) célèbre et follement amoureux, a pourtant promis de se rendre libre au plus vite.... N'empêche, Gwen souhaiterait que Nikki ressemble davantage à sa soeur Clare, l'incarnation apparente, avec son époux Rob, du couple idéal (même si le comportement de leurs enfants suscite un doute à ce propos). Un couple consterné lui aussi par l'attitude volontiers hors normes de Nikki à l'égard de l'existence et les défis qu'elle ne cesse de lui lancer.

    Or, deux jours après la célébration d'une Fête des mères particulièrement conventionnelle et (pour Nikki) singulièrement irritante, Gwen Eaton est assassinée. Ce drame atterrant non seulement amène un bouleversement des rapports entre les deux soeurs, mais surtout marque le début d'un virage à 180 degrés chez Nikki. Tandis que Clare, toujours pratique, s'attaque avec plus ou moins de bonheur aux problèmes matériels engendrés par cette disparition brutale, Nikki, submergée par un chagrin dont elle ne se croyait pas capable, va s'attacher à faire revivre sa mère à travers les souvenirs des amis de Gwen et les siens propres. Au cours d'une tumultueuse première année de deuil, la jeune femme va, peu à peu, en redécouvrant qui était en vérité sa mère et les étonnants secrets qu'elle portait, se retrouver ellemême. Et rencontrer enfin, là encore d'une manière inattendue, un amour véritable.

    Un roman infiniment attachant, inspiré à l'auteur par la disparition de sa propre mère, mais aussi une autre percutante démonstration du talent de Joyce Carol Oates.

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