Revue 303

  • Avec la crise sanitaire, nous avons tous redécouvert notre domicile, ou bien nous l'avons investi différemment. Cette expérience à la fois personnelle et collective nous a conduits, à des degrés divers, à nous interroger sur les contours de l'espace privé et sur ce qu'habiter veut dire. En donnant la parole à des artistes, des philosophes et des sociologues, ce numéro propose une réflexion sur la façon dont les normes de l'habiter se sont définies au fil du temps, en prenant en compte les formes du cadre bâti comme les processus d'appropriation qui font du logement un espace à soi. Que dit de nous une représentation picturale ou photographique de notre intérieur ? Quel rapport entretient-on avec soi et avec l'espace quand on vit dans un monastère ? Comment parvient-on à se recréer un espace intime quand on vit dans la rue ? De quelle(s) utopie(s) les pratiques d'autoconstruction sont-elles porteuses ? Telles sont quelques-unes des thématiques abordées dans ce numéro qui invite à partir à la découverte d'un espace capital et singulier, le « chez-soi ».

  • Les arbres font depuis toujours partie de nos paysages et de notre vie: vénérés, taillés pour fournir matériau et bois de chauffage, plantés pour embellir nos lieux d'habitation, changés en oeuvres d'art, ils imprègnent notre imaginaire comme notre quotidien.
    La région des Pays de la Loire recèle de nombreux arbres emblématiques, comme le châtaignier d'Abbaretz ou les mystérieux arbres fossilisés de Brière, mais aussi les mini-forêts contemporaines, plantées dans les interstices de la ville, ou certaines oeuvres d'art visibles dans les musées et l'espace public.
    Ce numéro de 303 s'attache à retracer le rôle des arbres dans les domaines les plus divers, abordant successivement leur aspect patrimonial et historique, la façon dont ils influencent l'activité des humains et leurs modes de pensée, dans les sciences comme dans les arts. Avec comme fil rouge cette double question : quelle est aujourd'hui notre relation aux arbres, et comment pouvons-nous faire d'eux nos alliés pour favoriser le vivant ?

  • Des photographies, des métiers, un projet urbain, du territoire, des mines et des chaussures, du charbon et du pétrole, une manufacture, des bateaux et des automobiles, des toiles et des mouchoirs, une usine conçue par un peintre, de la fonte, des fleurs, du papier et des allumettes, des paysages et des oeuvres, de la ville et des livres, des machines et des hommes, du travail...
    Ce hors-série montre la diversité des formes et des produits de l'industrie sur l'ensemble des Pays de la Loire, certains effacés et seulement conservés, d'autres en pleine activité encore. Il fallait interroger le sens de tout cela, remonter aux origines de la reconnaissance culturelle, mais aussi poser les enjeux contemporains de celle-ci au moment de la remise en cause de ce modèle par certains.
    Consacrer un volume entier aux mémoires industrielles, c'est naviguer dans l'histoire polymorphe des activités de production de la région, de la richesse des sols et du sous-sol, des opportunités offertes par les rivières et l'océan, par les routes et les croisements, de ce que l'on en a fait et de ce que l'on veut en faire.

  • La bande dessinée vit, depuis vingt-cinq ans, un nouvel âge d'or. Après une enfance dorée qui l'installa au coeur des cultures populaires, une adolescence provocatrice qui fit la part belle aux expérimentations et aux rencontres avec les autres contre-cultures, le 9e art a fait sa mue, offrant aujourd'hui des oeuvres qui comptent parmi les productions artistiques les plus remarquables. Le cinéma, l'art contemporain et le spectacle vivant ne s'y sont pas trompés, multipliant les déclarations enflammées à une pratique longtemps décriée, soumise aux pires clichés réducteurs et infantilisants. Ce numéro est ainsi à la fois un plaidoyer pour une bande dessinée libérée - particulièrement dynamique dans les Pays de la Loire - et un écrin dédié, croisant portraits, créations originales, essais, photographies, bibliographie et entretiens, assortis d'une riche iconographie et d'une bonne dose d'amour de la part de tous les contributeurs de ce numéro exceptionnel. Néophyte, lecteur «?classique?» ou averti?: chacun trouvera de quoi nourrir et satisfaire sa curiosité, son plaisir... Et sa fierté d'avoir connu ce nouvel âge d'or?!

  • Faire entrer l'art moderne et les artistes vivants dans l'Église. Tel fut le projet de L'Art Sacré, mouvement intellectuel et artistique qui se développa en France au cours des années Trente. Cette ambition, élargie aux autres confessions religieuses, s'est poursuivie sous de multiples facettes tout au long de la seconde moitié du XXe siècle et jusqu'à aujourd'hui.
    Architecture, sculpture, mobilier, vitrail, tous les arts ont été mobilisés afin d'accompagner le culte et la quête spirituelle dans le chemin de la modernité. On découvrira donc au fil de ces pages des églises en béton, des vitraux en aplats de couleurs, du mobilier épuré, un patio orné de zelliges ou encore une subtile synagogue construite au coeur des ruines d'une église chrétienne.
    /> Revisitée par des études récentes, et faisant l'objet d'une reconnaissance partagée, cette histoire continue de s'écrire enrichie de l'apport des artistes contemporains et d'une pluralité cultuelle respectueuse de la laïcité.

  • Espèces qui disparaissent ou qu'il faut à tout prix réguler, revendications des véganes, difficultés des éleveurs : plus un jour ne se passe sans que les médias ne nous parlent des animaux, sur un ton tour à tour catastrophiste, passionné, indigné et ricaneur.

    Ce numéro entend traiter ce thème avec calme et lucidité, en multipliant les points de vue : artistique, psychologique, philosophique, scientifique... On y découvre des aspects émouvants et insoupçonnés de la profondeur des liens qui nous unissent à ces êtres embarqués avec nous dans le tourbillon de l'existence - c'est aussi, au passage, l'occasion d'en apprendre beaucoup sur nous-mêmes.

  • Évoquer la mer c'est immédiatement convoquer les passions : les plaisirs suscités, les peurs éprouvées, les rêves conquis, les avaries survenues. C'est accueillir des histoires qui, par milliers, racontent l'espoir et l'aventure mais aussi le labeur de vies soudées par une communauté de destin. À l'aune de son tempo, tout en flux et reflux, la mer est ainsi le reflet de la vie puisque tout y procède et y revient.
    Par sa géographie, son histoire, par les patrimoines qu'il recèle, le territoire ligérien a été façonné par l'océan et le ruban côtier qui lui fait face. Mais cette identité maritime, enrichie d'une économie diversifiée et d'une forte attractivité balnéaire, est aussi le socle d'une nouvelle croissance durable liée à la prise de conscience de la fragilité de notre planète. Au fil des rivages et vers le grand large, autour ds ports et sur les bateaux, toujours avec la compagnie des gens de mer, ce nouveau hors-série de la revue 303 est ainsi l'occasion de découvrir une mémoire et un avenir partagés.

  • Les loups frappent à nos portes et l'ancien monde s'effondre.

    C'est ce double mouvement que tente de décrypter ce numéro consacré au sauvage. D'un côté la numérisation et robotisation de nos modes de vie incite au repli dans la nature et la survie.
    De l'autre, les immersions dans la nature en quête d'un paradis originel extériorisé ou enfermé dans notre sagesse animale se multiplient.

    Un cosmos inversé est en train de naître, enfoui au fond de nos corps, de nos âmes, de nos gestes. Il vient s'adosser aux prises que nous offrent nos milieux socio-naturels : espaces façonnés au long cours de l'histoire humaine, mémoire collective de nos altérités communes, techniques immémoriales redécouvertes.

    Le sauvage est une pensée magique et primitive à l'oeuvre nichée dans les oeuvres, les cueillettes, le camping, le survivalisme, la protection de la faune et des biotopes, les barnums de l'altérité ou l'éveil du vivant qui illustrent cet ouvrage.

  • Longtemps, l'étoffe du monde fut tissée de croyances et de rituels magiques : les hommes s'adonnaient au culte des pierres, des sources et des forêts, leur imaginaire se berçait de contes fantasques ou s'enfiévrait de créatures légendaires, et leur corps pouvait devenir une scène ouverte, accueillant le théâtre des pouvoirs sorciers ou des ondes jaillies des mains des guérisseurs.
    Corsetées par notre culture cartésienne, ces pratiques auraient pu s'essouffler, voire expirer : il n'en est rien. Que nous disent ces rites, qui se régénèrent en permanence, sur notre rapport à la spiritualité et à la nature ?
    Dans un ancrage territorial et contemporain, ce numéro analyse et recharge l'esprit de ces croyances populaires : on y croisera Mélusine et la Dame blanche, des mégalithes et des eaux miraculeuses, un institut métapsychique et des guérisseurs, des esprits ligériens, un conteur et quelques sorcières.

  • Et si nous étions moins les enfants de Jules Ferry que ceux d'Élise et Célestin Freinet, Maria Montessori, Marie Pape-Carpantier, Étienne Decroly, Paolo Freire, Ivan Illich ou Georges Lapassade, ces visionnaires qui ont lancé le grand mouvement des pédagogies autres ?
    L'importance que prennent aujourd'hui les écoles hors institution, inspirées des mouvements de l'éducation nouvelle, de la pédagogie institutionnelle et de l'école autogérée révèle le désir de faire coexister harmonieusement l'écologie, l'art pour et par les autres, les assemblées participatives et un urbanisme responsable.
    Tout un monde de l'apprentissage qui donnerait envie aux parents de retourner à l'école aux côtés de leurs enfants.

  • Des plages de Vendée aux paysages ruraux de la Mayenne en passant par des sites totalement préservés, comme le Vieux Mans ou Saint-Nazaire, ou des villes en mouvement telles Nantes ou Angers, la région présente un large panel de décors. Il n'est donc pas étonnant que les Pays de la Loire aient toujours accueilli des tournages de films. Mais comment les lieux choisis sont-ils représentés au fil du temps ? Qu'apportent-ils au scénario des longs métrages de fiction qui s'y déroulent ?
    Évoquant tour à tour l'arrivée du cinéma dans la région, les tournages prestigieux ou plus confidentiels qui y ont pris place et les nombreux festivals qui maillent le territoire, ce numéro est une invitation au voyage à travers les Pays de la Loire du 7e art.

  • En cuisinant et en mangeant, nous perpétuons l'histoire de notre pays, de notre région, de notre famille. Nous prenons aussi du champ vis-à-vis de cette transmission, nous amendons et rejetons, nous faisons évoluer nos pratiques alimentaires pour des raisons de goûts personnels, de mode et d'éthique.

    La nourriture est ce qui lie les humains, sans heurts ni violence. C'est la politique rendue gourmande.

    Ce que nous mangeons a une influence déterminante sur notre santé, sur la structure de notre agriculture et sur l'écosystème de notre planète.
    En mangeant, nous pouvons favoriser les industries ou au contraire soutenir une agriculture paysanne ; en mangeant, nous pouvons polluer les nappes phréatiques et dévaster les forêts primaires, ou limiter la destruction de notre environnement.

    Manger est un acte grave par ses conséquences sur notre corps et sur notre planète, sur notre société, mais cette gravité peut prendre la forme de la légèreté, de la joie et du plaisir.

    Peut-être la nourriture pourrait-elle être le modèle d'une politique effective qui ne serait ni triste ni inefficace, mais gourmande et, pour cette raison, à même de changer notre monde.

  • C'est l'évidence : une île est un bout de terre entouré d'eau de tous côtés. Close, on peut la cerner. Disti ncte, on peut la penser. Distante, on peut la rêver. Mais la saisir est compliqué.
    L'île est un lieu parfait car achevé. Sa totalité se donne à voir inconti nent. Lieu complet dont le regard accomplit la vision d'un espace à part. Enti té géographique où la parti e rejoint le tout.

    Île prison, île résidence, île décor, déserte ou peuplée, naturelle ou arti fi cielle, chargée d'histoire ou de guano, chaque île est unique.

    Ce numéro spécial de 303 explore les îles des Pays de la Loire, qu'elles soient fl uviales ou mariti mes, reliées aux conti nents, urbaines, naturelles ou arti fi cielles, réelles ou rêvées.

  • L'engouement pour les jardins qui s'observe en Europe depuis les années 1980 dépasse de loin le simple phénomène de mode : il s'est chargé d'enjeux politiques et sociaux déterminants, comme s'attachent à le démontrer les contributions réunies dans ce numéro.
    On y découvre notamment les jardins créés dans les Pays de la Loire par Édouard André et son fils René au tournant des xixe et xxe siècles ainsi que par Gilles Clément, l'évolution des jardins de sculptures, la perception du jardin dans la littérature, du Moyen Âge à Julien Gracq, l'histoire des citésjardins, le rôle des parcelles cultivées comme terrains d'expérimentation sociale, ou encore l'aventure libertaire d'Yves Gillen à Herbignac...
    Autant de pistes pour retracer l'évolution des jardins, devenus aujourd'hui de véritables laboratoires où se relèvent les grands défis écologiques, où s'inventent de nouveaux modes de vie.

  • La confrontation avec l'inconnu nous apprend autant sur nous-même que sur ce que nous découvrons. L'homme a toujours souhaité élargir ses horizons et défier ses limites physiques et géographiques. Loin du conquérant avide de marquer les terres inconnues de son empreinte, l'explorateur est ici privilégié dans son rapport humble à ce qui lui est étranger, dans son ouverture à la réciprocité des relations. Chaque parcelle du monde n'est-elle pas une voie d'exploration pour tout observateur attentif, pour tout tendre rêveur ? Du voyage imaginaire à l'expédition lointaine, historien, botaniste, artiste, géographe, anthropologue, écrivain évoquent tour à tour les grands navigateurs qui ont marqué l'histoire, les incursions vikings par la Loire, les campagnes botaniques, les aventures littéraires du récit, de la poésie et de la bande dessinée.

  • Quel rapport y a-t-il entre la destinée d'une usine emblématique située à la limite de la Vendée et de la Loire-Atlantique, Alfred Jarry, les problématiques de l'urbanisme contemporain, les mouvements politiques radicaux de l'après-guerre, Ai Weiwei, les enjeux du tourisme dans notre région, l'imaginaire littéraire et philosophique, les bobos et Kraftwerk ?

    Par son agilité et sa simplicité, le vélo est un révélateur de notre culture, de notre rapport à la technique, à l'espace et à l'environnement, au pouvoir et au temps : il circule entre les classes sociales, entre travail et loisirs, ville et campagne, entre les disciplines aussi. La diversité des articles réunis dans ce numéro de la revue 303 le montre bien : cet assemblage est un logiciel, il fertilise les imaginaires, il programme les pratiques et active la mémoire.

  • Le regard porté sur la Préhistoire et ceux qui vivaient à cette époque lointaine et mythique a bien changé. Les hommes préhistoriques ne sont plus les pauvres êtres terrorisés, à moitié nus et à la merci des fauves, que l'on a si souvent représentés : cette vision fantasmée appartient désormais à un imaginaire dépassé.
    Pour ce numéro spécial, 303 a demandé aux meilleurs spécialistes de la Préhistoire en terre ligérienne d'exposer l'actualité de la recherche dans un domaine en plein renouveau depuis deux décennies.
    Découvertes récentes, réflexions sur les acquis et les enjeux de l'archéologie, présentation d'aspects insoupçonnés de l'art préhistorique, application des technologies de pointe à la préservation des grottes ornées, vision nouvelle du mode de vie des chasseurs-cueilleurs venus s'installer jadis dans notre région : ce numéro spécial livre un ensemble de clés permettant de mieux comprendre l'homme de la Préhistoire et ses descendants - nous.

  • Quoi de commun entre un ostéopathe et un danseur, entre l'art-thérapie et les clowns, entre le théâtre de l'opprimé et la socio-esthétique, entre l'art et le milieu hospitalier, entre le programme des Nouveaux commanditaires et un groupement d'entraide mutualisé ? Peu de choses a priori, si ce n'est une certaine culture du soin, de la relation, l'idée que l'art et la création ont pour mission de faire du bien aux hommes et aux communautés.
    Dans ce numéro, il sera question, pêle-mêle, des pratiques culturelles au sein des établissements de santé, du pouvoir soignant de l'art et de l'esthétique, de ce que le soin apporte à la pratique artistique et des convergences entre problématiques culturelles et de santé. Nous chercherons à définir, ce faisant, ce que pourrait être une « culture du soin » en France, et à mettre en lumière la dimension profondément culturelle, communautaire et finalement politique du soin et de ses lieux.

  • Que sait-on de Julien Gracq ? Ce qui est dit le plus couramment de lui : c'est un grand écrivain et un maître de la langue, ce dont on se persuade aisément à le lire. Mais écrivain « à part » aussi, il a toujours eu horreur des feux de la rampe, en cela totalement à contre-courant d'une époque radicalement médiatique. Du coup, beaucoup n'ont vu qu'orgueil dans son refus du prix Goncourt en 1951, se méprenant sur le sens de son geste: l'invitation pressante faite aux lecteurs à revenir au texte et à juger d'abord par eux-mêmes de la valeur d'un livre. Cet écrivain si délibérément en retrait n'est pourtant en rien l'homme distant trop souvent décrit. Il n'a jamais fermé sa porte à quiconque, célèbre ou inconnu, venu échanger avec lui, à la seule condition qu'il ne soit question que d'écriture et de littérature. Ce numéro de 303, entièrement consacré à ce grand prosateur, croise le regard que des écrivains, des traducteurs, des visiteurs et des lecteurs portent sur cet auteur singulier et son oeuvre, avec celui que Gracq lui-même porte sur son siècle, les paysages, les livres qu'il préfère.

  • Au carrefour de l'histoire et de la culture, des savoir-faire et des pratiques expérimentales, du terroir et des paysages, de l'économie réelle et d'une sociabilité chaleureuse, le vin occupe une place particulière dans l'histoire des hommes, singulièrement sur le territoire ligérien, propice au développement de la vigne depuis de nombreux siècles. À l'heure de la mondialisation des échanges, de la prise de conscience environnementale et du tourisme culturel, le monde de la vigne et du vin apparaît investit de valeurs symboliques fortes, et ceux qui la cultivent sont les ambassadeurs d'un patrimoine bien vivant. Autour de cinq grandes thématiques, ce hors-série esquisse un panorama de la viticulture dans la région des Pays de la Loire. C'est donc en compagnie du vigneron et de l'oenologue, de l'architecte et du géographe, de l'historien, du chercheur et du photographe que nous convions les lecteurs à parcourir les parcelles du savoir historique et géographique et du plaisir des papilles !

  • 303 a pour vocation à s'intéresser aux patrimoines sous toutes leurs formes et ce hors-série aborde un thème que beaucoup seraient réticents à associer à la culture avec un grand « c » : celui de la cuisine et de l'alimentation. Et, comme un clin d'oeil aux champs de la création dont les lettres de noblesse ne souffrent d'aucune contestation, nous avons fait du mot « art » le fil d'Ariane de ce numéro - les arts culinaires bien sûr mais aussi l'art de vivre, les arts de la table ou l'art de la découpe...
    Nous auscultons de multiples facettes de la bonne chère, nous tentons d'embrasser tout ce qui fonde les plaisirs de table - sans nous restreindre à la haute gastronomie.
    Ce volume est, comme à l'accoutumée, riche d'approches diverses. Des historiens se penchent sur la genèse de notre cuisine, des chefs nous entretiennent de la façon dont ils conçoivent leur métier et leur pratique, des auteurs nous font partager leurs émotions gourmandes... Le regard du sociologue, du journaliste, du critique d'art, de l'architecte... autant d'éclairages particuliers et complémentaires.
    Au gré des contributions, nous explorons de nombreux recoins des Pays de la Loire - leur passé et leur actualité - ou nous sortons des frontières régionales afin de proposer des mises en perspective plus générales. Un célèbre chef, Thierry Marx, a l'habitude de dire que le travail du cuisinier consiste à donner de la mémoire à l'éphémère, telle est également l'ambition de ce volume.

  • Plus que tout autre écrivain, Jules Verne fait image(s).

    Celles - plus de quatre mille - qui accompagnent les éditions originales de ses romans.

    Celles - innombrables - qu'il n'a depuis cessé d'inspirer. Cette profusion a pu faire passer l'oeuvre elle-même au second plan, et contribuer à son statut de littérature de second ordre. Mais elle constitue surtout un véritable art poétique qui entre en résonance avec le talent de paysagiste de l'écrivain et son ambition de déchiffrer le monde ; elle dialogue aussi avec de multiples formes artistiques, contribuant à son immense notoriété, témoignant de sa puissance d'évocation et de sa modernité.

    C'est ce fabuleux patrimoine iconique que se propose d'explorer ce numéro de la revue 303 à travers éditions illustrées, adaptations en bandes dessinées, mode du steampunk, spectacularisation à la scène et à l'écran, oeuvres plastiques. Un réseau de filiations plus ou moins assumées, mais d'une richesse extraordinaire.

  • Ils s'appellent Rousseau, Brisset, Jarry, Savardan, Fourré ou Bouillault. On les croit employés, fonctionnaires, naturalistes, médecins, militaires ou savetiers ; ils sont en réalité des chercheurs d'absolu : peintres, musiciens, poètes ou romanciers, sculpteurs. La main aussi agile que l'esprit, ils poursuivent parfois en solitaires une quête incomprise, réinventant l'homme et son rapport au monde. Toujours indifférents aux sarcasmes des classicismes ou des avant-gardes. "Eux ce sont les sauvages" chantait Jean Richepin par la voix de Brassens, "des assoiffés d'azur, des poètes, des fous." Des fous : le mot est lâché. Au nom du bon sens - qui autorise tant de sottises - les "doctes" les ont exclus. Trop différents. Quelques-uns, pourtant, ont trouvé l'entrée des musées, des théâtres et des bibliothèques. 303 vous emmène à la découverte de créateurs singuliers des Pays de la Loire et des personnages issus de leur imagination, choisis pour leur goût de la provocation, leur indifférence aux normes de la vie sociale ou de la création artistique.

  • Il y a deux raisons au moins pour revenir (« encore une fois ! » entendra-t- on) sur l'oeuvre de Jacques Demy à l'occasion de ce numéro de la revue 303. La première, simple et sincère, repose sur l'envie de nous joindre à l'hommage qui accompagne le vingtième anniversaire de sa disparition. La seconde vient contrarier un avis répandu qui s'étonnerait au premier coup d'oeil de la rareté des études consacrées à son oeuvre : trois ouvrages, deux revues, des analyses critiques éparpillées, des travaux universitaires mal connus.
    Alors qu'Éric Rohmer et Claude Chabrol, deux autres de la Vague, ont récemment quitté la scène, la voie tracée par Jacques Demy dans notre cinématographie déstabilise par son étrange originalité. D'abord à la périphérie d'une génération (Godard, Truffaut, Rivette, Varda, Rozier, Resnais, Marker, Pollet.) qui allait comme aucune autre bouleverser les repères d'une carte figée, son oeuvre suscite par la suite une négligence polie, d'ordinaire réservée à la veine prodigue d'un cinéma populaire des plus ordinaires. Ce numéro tente humblement de saisir quelques traits de cet imaginaire, à ses sources biographiques et cinéphiliques d'abord, aux points d'origine constitués par ses tout premiers films ensuite.

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