Robert Laffont

  • Riche de ses voyages dans quelque cent vingt-cinq pays - les deux tiers des États membres des Nations unies -, Michel Foucher explore ici les voies d'une géographie vécue comme active et engagée : en chercheur et cartographe, consultant et diplomate, analyste et témoin impliqué.
    Enquêtes de terrain et entretiens forment, pour ce grand spécialiste des frontières, la matière première de la géographie - une géographie débouchant sur une géopolitique appliquée. Car Michel Foucher en est convaincu : il est souvent possible d'anticiper les tensions si l'on donne aux représentations spatiales leur juste place dans l'imaginaire des peuples et des acteurs publics.
    Après une longue carrière, le temps était venu pour lui de procéder à ce que les officiers de l'armée de terre nomment un « retour d'expérience », ou « retex » - analyse sans concession des succès et des échecs. Confrontant les passés étudiés aux présents observés, ces Mémoires dessinent une carte passionnante des enjeux du monde contemporain.

  • L'esthétique, avant d'être le caractère propre de l'art, est une donnée fondamentale de la sensibilité humaine. Le sentiment esthétique est un sentiment de plaisir, qui peut s'intensifier en émerveillement et bonheur. Il peut être suscité par un spectacle naturel, une oeuvre d'art, mais aussi par des objets ou des oeuvres que nous esthétisons.
    D'où vient la créativité artistique ? Qu'appelle-t-on inspiration ou génie ? De la transe du chaman à celle du poète, de la mimesis de l'écrivain à celle du comédien, quelle est l'expérience in vivo de l'artiste ?
    De Lascaux à Beethoven, de Dostoïevski à Orson Welles, Edgar Morin convoque les oeuvres et les artistes qui l'ont marqué et accompagné pour démontrer la profondeur de l'expérience esthétique. Les grandes oeuvres ne sont pas que « divertissements » : elles nous donnent compréhension de la condition humaine, dans ses comédies et ses tragédies.

  • En France, les juifs sont inquiets, ils constatent que l'antisémitisme dans le pays s'étend et revêt un tour meurtrier. Les musulmans, eux, sont soupçonnés de passivité ou de compréhension pour le djihadisme, leur intégration bute sur le racisme et les discriminations, et leur seule existence sur notre territoire a relancé les passions relatives à la laïcité. Enfin, notre république est en crise, impuissante bien souvent à se conformer à son propre idéal d'égalité et de fraternité.
    Il est temps de transformer cette crise en débat et de repenser le vivre-ensemble. C'est ce que propose ce livre, à partir d'une hypothèse originale : les juifs et les musulmans, au-delà de ce qui les sépare, ne sont-ils pas les mieux placés pour réfléchir à l'aggiornamento du modèle républicain français ? Pour permettre à la France de mieux affronter les grands périls actuels - le terrorisme, le racisme, la haine et l'intolérance - et pour préciser les contours d'un nouveau modèle à même de conjuguer les valeurs démocratiques et le respect ou la reconnaissance des particularismes ?
    Farhad Khosrokhavar est spécialiste de la question de l'islam et de la radicalisation, Michel Wieviorka de la violence et de l'antisémitisme. Tous deux montrent par l'exemple comment musulmans et juifs peuvent contribuer à rebâtir activement notre république.

  • « Nous allons vous rendre le pire des services, nous allons vous priver d'ennemi ! », avait prédit en 1989 Alexandre Arbatov, conseiller diplomatique de Mikhaïl Gorbatchev. L'ennemi soviétique avait toutes les qualités d'un « bon » ennemi : solide, constant, cohérent. Sa disparition a en effet entamé la cohésion de l'Occident et rendu plus vaine sa puissance.
    Pour contrer le chômage technique qui a suivi la chute du Mur, les États (démocratiques ou pas), les think tanks stratégiques, les services de renseignements et autres faiseurs d'opinion ont consciencieusement « fabriqué de l'ennemi » et décrit un monde principalement constitué de menaces, de risques et de défis.
    L'ennemi est-il une nécessité ? Il est très utile en tout cas pour souder une nation, asseoir sa puissance et occuper son secteur militaro-industriel. On peut dresser une typologie des ennemis de ces vingt dernières années : ennemi proche (conflits frontaliers : Inde-Pakistan, Grèce-Turquie, Pérou-Équateur), rival planétaire (Chine), ennemi intime (guerres civiles : Yougoslavie, Rwanda), ennemi caché (théorie du complot : juifs, communistes), Mal absolu (extrémisme religieux), ennemi conceptuel, médiatique.
    Comment advient ce moment « anormal » où l'homme tue en toute bonne conscience ? Avec une finesse d'analyse et une force de conviction peu communes, Pierre Conesa explique de quelle manière se crée le rapport d'hostilité, comment la belligérance trouve ses racines dans des réalités, mais aussi dans des constructions idéologiques, des perceptions ou des incompréhensions. Car si certains ennemis sont bien réels, d'autres, analysés avec le recul du temps, se révèlent étonnamment artificiels.
    Quelle conséquence tirer de tout cela ? Si l'ennemi est une construction, pour le vaincre, il faut non pas le battre, mais le déconstruire. Il s'agit moins au final d'une affaire militaire que d'une cause politique. Moins d'une affaire de calibre que d'une question d'hommes.

  • À quoi sert la sociologie ? À vivre ensemble. Rien de moins.

    Avec Neuf leçons de sociologie, Michel Wieviorka l'un des plus grands sociologues français, lu et reconnu dans le monde entier signe son grand livre de référence, l'aboutissement d'un travail entamé dans les années 1970. Mouvements sociaux, diversité, histoire et mémoire, violence, terrorisme et racisme : Michel Wieviorka se confronte à ses grands thèmes de prédilection qui sont aussi les grands sujets de notre temps pour saisir le monde dans son ampleur, son épaisseur, sa profondeur.

    D'immenses transformations modifient la planète, et les outils disponibles pour penser ces phénomènes évoluent à grande vitesse. En quelques années, les sciences sociales ont vécu l'effondrement du fonctionnalisme, le triomphe, puis le déclin du structuralisme, l'apogée, puis l'affaiblissement du marxisme, les succès de l'interactionnisme symbolique, la montée en puissance de diverses variantes de l'individualisme méthodologique, le retour du thème du sujet, etc. Quels instruments d'analyse sont aujourd'hui les plus prometteurs, lesquels peuvent le mieux nous aider à appréhender le monde où nous vivons ?

    Nous acceptons volontiers l'idée que notre existence se joue à une échelle mondiale, que notre emploi, ou sa perte, mais aussi nos références culturelles, nos goûts, nos valeurs sont largement façonnés par des logiques planétaires. Et en même temps, nous mettons sans arrêt en avant notre subjectivité personnelle, ou collective, pour résister à ces logiques et à ces appartenances quand elles nous écrasent. Dans ce déchirement, Michel Wieviorka montre magistralement comment les identités culturelles et religieuses continuent d'apporter des repères solides aux individus et aux groupes.

  • La définition de l'humain est trinitaire : elle comporte à la fois l'individu, la société humaine et l'espèce biologique. Pas un tiers de chaque : l'humain est 100 % individu, 100 % social, 100 % biologique. Or dans l'enseignement et la recherche, ces trois notions fondamentales sont dramatiquement disjointes. Nulle discipline n'enseigne la complexité humaine. Il est urgent de penser l'humain dans sa globalité.
    Ce livre constitue une tentative passionnante de pensée globale. Edgar Morin considère l'humain dans sa globalité sous l'angle de l'univers physique, puis sous celui de l'évolution biologique, enfin dans l'histoire, la mondialisation et l'avenir de l'humanité.
    Il en ressort que nous avons le plus grand mal à penser global, à penser complexe. Notre pensée est binaire, nous pensons « ou bien » quand il faudrait penser « et ». Par exemple, le modèle économique mondialisé conduit à l'épuisement des ressources de la planète. La question n'est pas croissance « ou bien » décroissance, mais croissance « et » décroissance pour faire la synthèse entre les bonnes pratiques à travers le globe.
    Enfin, penser global, c'est penser complexe, c'est toujours considérer le tout et la partie, c'est penser l'incertitude, c'est éviter la rationalité fermée, la dogmatisation, la croyance en une vérité totale.
    Envisager l'humanité à travers le prisme de cette pensée complexe, c'est comprendre que nous vivons dans un âge de fer planétaire, une préhistoire de l'esprit humain. Nous en sommes au commencement.

  • Un thème est devenu lancinant : notre monde va très mal et trop vite, l'injustice et la violence règnent sans partage. Dans nos sociétés sans avenir et en proie au cynisme, seule compte l'actualité la plus immédiate.
    Mais l'histoire est ce qu'en font les hommes, il n'y a aucune fatalité, ni naturelle, ni surnaturelle ou divine, qui mènerait nécessairement au pire, et rien n'interdit d'y réfléchir.
    La perte de sens, le déficit de repères, l'incapacité à nous projeter vers le futur seraient certainement moins envahissants si nous étions capables de concevoir des visées, des projets susceptibles de mettre en jeu notre sentiment d'appartenance à une même humanité, de porter des valeurs de solidarité, de responsabilité collective, et, osons le mot, de progrès. L'objectif de cet ouvrage est tout entier là.
    Oui, les idées peuvent changer le monde ! Michel Wieviorka, l'un de nos plus grands sociologues, en fait la brillante démonstration.

  • Farhad Khosrokhavar a mené cinq ans d'enquête exceptionnelle dans quatre grandes prisons françaises : Fleury-Mérogis, Fresnes, Lilles-Sequedin et Saint-Maur. Il dresse un état des lieux en forme de réquisitoire sur le milieu carcéral français.
    Le sociologue est parvenu à se faire ouvrir toutes les portes, à rencontrer détenus (du petit délinquant au criminel dangereux), surveillants et directeurs pénitentiaires. À tous, dans ce livre unique, il donne pour la première fois la parole. Du Blanc (comprendre français d'origine non-immigrée) aux jeunes de banlieues en passant par les « fous » et les braqueurs vedettes, la population carcérale est aussi représentée dans sa diversité sociale.
    Au coeur de l'enquête, l'auteur montre comment la prison constitue un terreau fertile pour les apprentis jihadistes et un vivier de recrutement pour les plus aguerris. Tandis que les attentats terroristes et les départs pour le jihad se multiplient, le sociologue met au jour les puissants processus de radicalisation en prison, et explique en s'appuyant sur les divers récits comment l'enrôlement se produit.
    Stupéfiant.

  • Malgré une présence centenaire, les 300 000 Chinois de l'Hexagone, à 70 % originaires de la province de Wenzhou, constituent une communauté largement inconnue.
    La population chinoise de France a explosé ces trente dernières années. Cet essor est si spectaculaire qu'il a fini par rendre visible une présence jusque là discrète, en Seine-Saint-Denis (Aubervilliers), à Paris (3e, 11e et 19e arrondissements) comme dans nombre de villes françaises. Fourmilière souterraine et industrieuse, cet univers est marqué par le silence et l'opacité, au point de susciter l'indifférence, voire la suspicion.
    Du primo arrivant clandestin en situation de détresse aux familles qui exhibent les symboles de réussite, le livre explore toutes les strates sociales de la communauté. Le formidable témoignage de Liwen Dong, clandestin chinois, rend concrète cette immigration, les passeurs, les faux papiers, les extorsions de fond, puis l'insertion dans la communauté parisienne, le contournement des lois et la soumission à la communauté chinoise et à l'ambassade de la République populaire qui garde une influence considérable sur ses ressortissants. L'organisation sociale des Chinois de France est fascinante en effet car elle combine traditions millénaires et modernité marchande, coopération et compétition, stratégie locale et capitalisme global sauvage.
    Le système, très centralisé, est tenu par quelques familles qui entretiennent des relations directes avec les autorités françaises. Cette enquête exceptionnelle permet in fine de mieux comprendre, dans un marché du travail mondialisé, le phénomène de globalisation par le bas, et de questionner la France sur son modèle d'intégration

  • « Le règne de la liberté, écrivait Marx, commence là où s'arrête le travail déterminé par la nécessité. » La dualité est fondatrice, vieille comme la culture occidentale : le travail, torture (au sens étymologique) ou instrument d'aliénation, asservit ; le travail, instrument du progrès et de l'affirmation individuelle, affranchit.
    Dans un contexte de crise permanente, dont les deux grands marqueurs sont le chômage de masse et la pénibilité, le travail peut-il encore être une expérience heureuse ?
    Tandis que s'effacent les repères de l'ère industrielle (organisation « scientifique » de la production, poids politique de la classe ouvrière), Le Travail au xxie siècle revisite le concept classique de la « reconnaissance ». En quoi l'entreprise, parallèlement à la création de valeur ajoutée et à la maximisation du profit, peut-elle être vue comme le théâtre de la réalisation sociale de l'individu, élément clé dans la construction de son identité ? Et comment le travail lui-même, au-delà de sa dimension lucrative, peut-il être source de prestige et de gratification personnelle ?
    Forts d'un vaste corpus d'entretiens avec des chefs d'entreprise, des salariés et des représentants syndicaux, les auteurs explorent ainsi la réalité complexe du travail aujourd'hui en France, dans le but de restituer et de comprendre le ressenti du travailleur.

  • La bioéthique est d'abord une affaire d'hommes et de femmes, d'histoires singulières plutôt que de grands principes désincarnés.

    Vouloir un enfant alors que lon est stérile, malade ou mourant, sauver la vie de celui que lon aime au risque de perdre la sienne en donnant un organe, vouloir être un homme quand on est né femme ou linverse, sont autant dépreuves de vie qui façonnent, au sens où elles détruisent et construisent à la fois, les individus qui les affrontent. La rencontre avec ces hommes et ces femmes, ainsi qu'avec les médecins qui les reçoivent, est au c½ur de ce que lon appelle léthique clinique.
    Le Centre d'éthique clinique, unique en France, a été créé par Véronique Fournier en 2002. Constitué de médecins, de philosophes, juristes et sociologues, le Centre ne travaille que sur des situations concrètes (contrairement au Comité consultatif national d'éthique) dont patients ou médecins le saisissent. Il ne sagit plus de philosopher de haut ou de loin sur les questions éthiques que posent ces situations, mais daccompagner dans leurs interrogations, doutes et malaises existentiels sils en ont, ceux qui les vivent, jusquà ce quun choix se fasse, que soit prise la moins mauvaise des décisions.
    À l'image de la démarche du Centre d'éthique clinique, le livre de Véronique Fournier est d'abord un vivier d'histoires vécues, de dilemmes, drames ou joies extrêmement intenses auxquels chacun de nous peut être un jour confronté. C'est aussi une plongée passionnante dans le concret de la médecine, au carrefour entre progrès scientifique et lutte pour la vie. C'est enfin la défense d'une médecine humaine et généreuse, qui privilégie l'individu plutôt que le collectif, le juste plutôt que le bien, la solidarité plutôt que l'égalité.


    Véronique Fournier est cardiologue et médecin de santé publique. Elle commence sa carrière dans ce dernier domaine et publie LHôpital sens dessus dessous (Michalon, 1996). Après plusieurs années dexpérience humanitaire, notamment avec Médecins du monde, elle rejoint en 1999 le cabinet du ministre de la Santé Bernard Kouchner. Elle prend alors en charge la préparation de la loi « Droits des malades » et la révision de la loi bioéthique. Ces sujets lincitent à créer en 2002 le Centre déthique clinique de lhôpital Cochin à Paris, quelle continue de diriger aujourdhui.


  • De quelle manière les sciences humaines et sociales peuvent-elles servir l'action politique ? Ou, plus exactement, en quoi la sociologie mais également l'ethnologie, l'anthropologie, l'histoire ou les sciences politiques peuvent-elles aider à dessiner les contours de la prochaine gauche - une gauche de gouvernement porteuse d'un projet en phase avec les aspirations de la société actuelle ? Telles sont les questions auxquelles Michel Wieviorka, en tant que sociologue mais aussi en tant compagnon de route du Parti socialiste, se propose de répondre.

    " Multiculturalisme ", " discrimination positive ", " statistiques ethniques ", " populations issues de l'immigration ", " Français de souche "... Dans un contexte fortement marqué par la globalisation et l'individualisme. Michel Wieviorka décrypte les enjeux que recouvre ce vocabulaire et bat en brèche un certain nombre d'idées reçues - relatives aux phénomènes migratoires, à l'intégration ou encore à l'islam - afin de jeter les bases d'un programme exigeant et ambitieux pour la prochaine gauche.

    Articuler logiques locales et supranationales, conjuguer respect des valeurs universelles et reconnaissance des particularismes, favoriser la diversité, le droit à la mobilité et le dialogue interculturel plutôt que le repli identitaire, permettre à chacun de se prendre en charge : parce que ce n'est pas seulement le monde réel qui est en mouvement mais aussi le monde théorique, Michel Wieviorka en appelle à repenser les catégories et les outils conceptuels susceptibles de l'analyser. Ce faisant, il exhorte la prochaine gauche - républicaine, européenne et réformatrice, solidaire, laïque et humaniste - à affirmer haut et fort les valeurs qui sont les siennes.

  • Histoire d'une institution, institution d'une histoire : ce récit critique - qui a pour objet de faire connaître l'histoire du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), ses réussites, ses échecs, ses difficultés et le parcours des hommes et des femmes qui le font exister depuis sa création en 1943 - se nourrit d'entretiens avec des membres des institutions juives et de la lecture d'une large documentation parfois inédite que l'auteur a pu consulter en France et en Israël.
    De 1945 à nos jours, le CRIF s'est progressivement vu reconnaître le statut de représentant des associations juives auprès du pouvoir, notamment le pouvoir politique, ce qui constitue pour lui une incontestable victoire. Depuis une vingtaine d'années, il se trouve régulièrement au coeur d'une actualité passionnelle et polémique qui mêle conflits internationaux (conflits israélo-arabes), politique étrangère au Moyen-Orient, débats identitaires (représentation des minorités, débat sur le communautarisme et la laïcité), et épisodes marquants de la France contemporaine (attentats antisémites sur le sol français, affaire du carmel d'Auschwitz, assassinat d'Ilan Halimi puis procès de ses meurtriers...).

  • Voyage au coeur du fondamentalisme - à Qom, la capitale des ayatollahs, l'une des deux villes saintes d'Iran. Là où les " moeurs à la téhéranaise " sont synonymes de dépravation.
    Lieu de prédilection des chiites pieux à l'échelle mondiale, Qom possède le privilège d'héberger le tombeau de la sainte Ma'soumeh, soeur de l'imam Réza, morte en 816. En 1961-1962, la ville fut le lieu de la révolte de l'ayatollah Khomeiny contre la monarchie autoritaire et laïque du chah. Ville dévote et fermée, Qom est perçue par une partie des siens comme profondément hypocrite et, surtout, d'un ennui mortel.

    Notre Occident est à des années lumière de Qom. Peut-on seulement imaginer ce que c'est qu'avoir vingt ans dans une ville sainte chiite ? Dans cet ordre religieux hyper-répressif, la vie familiale, les relations, les loisirs. tout s'organise autour des normes islamiques. Les jeunes n'ont d'autre choix que de se soumettre.
    " - Écoutez-vous de la musique ?
    - J'essaie d'écouter de la musique qui ne soit pas trop gaie, je n'écoute pas de chanson, quand même.
    - Pensez-vous que c'est un péché d'en écouter ?
    - Même si ce n'en est pas un, cela laisse des empreintes sur mon esprit. Quand j'écoute des chansons dans un mariage, à la maison, pendant une semaine ou deux, je les chante dans ma tête et cela laisse une influence négative. " Farhad Khosrokhavar est le seul sociologue à avoir pu mener une telle enquête en Iran. Durant trois ans sur place, il a conduit des centaines d'entretiens auprès de jeunes Iraniens de vingt à trente ans, à Téhéran, Qazvin et Qom, pour explorer au plus profond ce monde que tout oppose au nôtre.
    Les sciences sociales en Occident s'occupent de manière écrasante d'objets et de sujets laïcs. Il est de plus en plus difficile de saisir l'importance de la religion comme un ingrédient essentiel, " mortellement sérieux " dans la vie des gens. Ce livre est l'occasion d'une plongée dans cet autre univers.

  • Michael W. Squirrel, journaliste correspondant à Paris, écrit pour le New Morning, un grand quotidien américain, la chronique des premiers mois à l'Élysée de Marine Le Pen - une première puisqu'il s'agit tout à la fois d'une femme, et de l'élection au suffrage universel d'un président d'extrême-droite.
    Ses articles donnent à voir Marine Le Pen elle-même, dès son premier discours le soir de l'élection, et la soirée folle de la nouvelle présidente, alors même qu'on apprend que son père a été hospitalisé suite à un malaise cardiaque.
    On découvre son entourage, la classe politique qu'elle amène au pouvoir, les ralliements inattendus, récents ou nouveaux, les ministres et leurs cabinets : Dupont-Aignan à la Défense, Wauquiez et Zemmour... à la culture ! Une vie politique inédite se met en place, tandis que rien ne s'arrange dans la vie sociale et économique.
    L'équation politique est délicate, il faut à Marine Le Pen rassurer les marchés, tout en tenant ses promesses de sortie de l'Euro. Un nouveau cours diplomatique se met en place, avec la Russie pour première visite d'État, puis Israël, ou la Présidente songe à nommer Alain Finkielkraut ambassadeur.
    L'ENA est fermée. Des clandestins, des illégaux, dont la religion musulmane est soulignée, sont reconduits aux frontières. Des ratonnades et autres violences éclatent, qui embarrassent bien la présidence, soucieuse de donner une image de grande respectabilité. Un référendum pour le retour à la peine de mort est en préparation. Les projets de loi se multiplient, qui se réclament de la laïcité et de la République... façon Marine Le Pen.
    Du journalisme comme on l'aime, hyper-documenté, jamais bavard, pas émotif, porté par un réel talent pour l'analyse et une exceptionnelle connaissance de la société française, de ses acteurs et de ses élites.

  • De 1956 à 1962, en Algérie, par obligation légale, sans avoir été ni " choisis " ni " sélectionnés " et sans avoir bénéficié d'une préparation adaptée à leur mission, deux millions et demi de jeunes Français ont vécu une situation dramatiquement exceptionnelle. La politique dite de " pacification " a en effet amené une génération en armes, prétendument pour ramener l'ordre, à libérer des pulsions de destruction et, pour certains, à devenir des meurtriers.
    Comment des hommes " ordinaires " d'à peine vingt ans, appelés du contingent, en sont venus à commettre l'intolérable ou à être les protagonistes passifs d'exactions diverses allant jusqu'à la torture ou à l'exécution sommaire ?
    Sur la base de témoignages saisissants, inédits ou oubliés, Claude Juin, qui fut lui aussi soldat en Algérie et assista à de telles scènes, démonte les mécanismes tortionnaires. Il analyse comment vont naître chez ces hommes, pourtant forgés aux valeurs républicaines des " Droits de l'homme " et de l'esprit de la Résistance, un fort sentiment de racisme et une haine viscérale à l'égard de la population musulmane - il observe notamment comment son " copain de régiment " Bernard en est venu à pratiquer régulièrement la torture. Il montre en quoi la soumission aux ordres, la peur, la vengeance, la frustration, l'accomplissement du devoir furent autant de prétextes pour justifier l'intolérable, pour faire taire les " cas de conscience ".
    " Les jeunes soldats, écrit Claude Juin, parce qu'ils vivaient un évènement hors du commun, ont pu devenir cruels, tout en restant des gens ordinaires de la condition humaine. J'ai vécu au milieu d'eux, ils étaient parmi nous. Dans l'abomination, ils demeuraient des hommes. "

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