Littérature du Moyen-orient

  • La voix cachée

    Parinoush Saniee

    Après le succès du Voile de Téhéran, le nouveau roman de Parinoush Saniee.
    À quatre ans, Shahaab ne parle toujours pas. Protégé par sa mère, il n'a pas conscience de sa différence et vit heureux. Puis il découvre que son entourage, y compris son père, le prend pour un idiot et se moque constamment de lui. Son monde de paix et d'harmonie s'écroule. Comment faire face à la violence psychologique dont il est victime ?
    Submergé par la révolte, Shahaab devient un véritable petit démon. Jusqu'à l'arrivée de sa grand-mère. À force d'amour et d'écoute, elle le délivre de sa rage et lui apprend à communiquer. Les voix de Shahaab et de sa mère, Maryam, se mêlent pour raconter cette histoire vraie d'une enfance brisée puis reconstruite.
    De livre en livre, Parinoush Saniee dénonce l'aveuglement des parents iraniens, déchirés entre leur volonté d'émancipation et la pression d'un islam rigoriste, face à la détresse de leurs enfants.

  • Arrêté par la Milice le 8 janvier 1944 pour avoir participé à la fabrication clandestine de faux papiers, Raphaël Esrail est déporté à Auschwitz. Il connaîtra onze mois durant toute l'horreur et l'abomination nazies. Avec Matricule 173 295, l'auteur revient sur les différentes étapes de sa vie de déporté : l'incompréhension des premiers jours, la découverte de la finalité macabre des camps, le froid, la violence, la faim, la peur, le désespoir, mais l'espoir, aussi, de revoir Liliane, cette femme qu'il a croisée fugitivement au moment de sa déportation et dont il est tombé amoureux.
    L'auteur nous immerge dans le quotidien du camp, qui se vit dans l'attente de la mort. Un quotidien marqué par les grands comptages pour « enregistrer le mouvement de la vie vers la mort », les coups assenés par les kapos, les sélections arbitraires de détenus pour les chambres à gaz. Il nous raconte aussi comment les déportés s'organisent pour survivre et comment il est parvenu à communiquer avec Liliane par l'intermédiaire d'une Française à l'occasion de rendez-vous clandestins aux toilettes.
    C'est par ces liens avec d'autres condamnés, fragiles et perilleux, que l'auteur fait durer son sursis dans cet enfer « où la vie cherche toujours à éclore ».

  • " Et à l'ombre d'un de ces arbres, je commençai, sous la surveillance de mes deux tuteurs comme deux anges.
    à emplir de petits cailloux les premières lettres tracées au sol par le maître. Lettres qui, dans le même mouvement, par cette même tracée, me liaient à la terre, à l'arbre, à son ombre et au vacarme, aux engins, à la source du vacarme qui les avait précédées. Lettres que je ne finis pas de visiter, de l'ombre de ces arbres aux artères qui peuplent mon présent, bouche pleine de cailloux, doigts mêlés à la poussière.
    Traces que je remplis de lettres avec le loup, la lune, la chèvre, sous des cieux changeants, en passant d'une langue à l'autre, d'un alphabet à l'autre, comme on changerait de monture en cours de route, pour remonter la nuit, à la source. " Avec ce premier roman, Seyhmus Dagtekin a écrit une fable où tout le système du monde de son enfance, de ce village perdu dans les montagnes, est reconstitué grâce à une langue poétique qui permet, au-delà de la symbolique fabuleuse et des mythologies fantasmagoriques relayées par les anciens, d'atteindre à l'universel.
    Ici, les niveaux de symboles s'interpénètrent et se conjuguent pour chanter la construction d'une identité, les transactions entre la tradition (orale) et la modernité (l'écrit). Un texte inoubliable.

  • Entre 1938 et 1941, à Berlin et à Leningrad, deux jeunes gens bien sous tous rapports collaborent aux politiques de destruction d'Hitler d'une part et de Staline d'autre part. Alexandra et Thomas ne sont pas plus des héros que des monstres, ni Hitler ni Staline n'ont réveillé leurs pires instincts, ce sont des gens ordinaires, mus par des motivations complexes mais sans perversité.

    À Berlin, Thomas est hanté par le spectre de la crise qui a réduit son père à faire l'" homme sandwich ". Lui ne veut pas connaître ce sort, il veut devenir un homme important : il se fait embaucher dans une entreprise publicitaire américaine qui s'implante en Allemagne et, à force d'acharnement, gravit les échelons. Pour cela, il élabore le " modèle de l'homme allemand " qui devrait aider l'entreprise américaine à mieux vendre ses produits. Ce modèle rencontre un grand succès auprès des nazis, qui réclament un " modèle de l'homme polonais " afin d'élaborer leur stratégie de domination et d'extermination. Et si les travaux de Thomas affectent l'existence de millions de personnes, si à cause d'eux les nazis installent un système de mort ultraperformant partout où ils passent, est-il pour autant responsable ?
    À Leningrad, Alexandra vit dans un milieu d'intellectuels, de poètes et d'écrivains. Elle aussi voudrait être poète, mais elle est médiocre, submergée par des émotions qu'elle ne parvient pas à contrôler : elle méprise l'univers bourgeois des amis de ses parents, leurs lâchetés face à la terreur stalinienne ; elle est pleine de colère devant la trahison de son père, amoureux d'une autre, et la complaisance de sa mère. Elle n'a qu'un véritable amour, son jeune frère, Kolia. Alors quand la police politique arrête la maîtresse de son père, elle réagit : elle se fait embaucher par le NKVD, dénonce ses parents et toutes leurs relations, et se spécialise dans l'extorsion d'aveux - avec l'espoir que Kolia lui sera confié au lieu d'être envoyé dans un orphelinat cauchemardesque. Et si ses parents et leurs amis sont déportés au Goulag, peut-on l'en tenir pour responsable ? Ne sont-ils pas, eux, coupables en premier lieu d'hypocrisie et de renoncement ? Et, en vérité, ne leur a-t-elle pas évité la peine de mort ?

  • Camarades de classe depuis l'école primaire, Yaël, Avishag et Léa sont de jeunes Israéliennes fantasques qui se réfugient souvent dans leurs mondes imaginaires pour tenter d'oublier qu'elles s'ennuient à mourir dans le village isolé où elles habitent. Une adolescence ordinaire, mais dans un lieu et à une époque qui sont loin de l'être.
    À la fin de leurs études secondaires, elles sont incorporées dans l'armée et effectuent pendant deux ans leur service militaire. Sarcastique et autoritaire, Léa se retrouve postée à un checkpoint en Cisjordanie, tandis que la sombre Avishag sert dans une unité de combat chargée de surveiller la frontière égyptienne et que Yaël entraîne les soldats au maniement des armes. Leur insouciance, leur soif de vivre, leurs corps désirants contrastent de façon saisissante avec le monde confiné, monotone, répétitif et brutal de l'armée où elles sont confrontées à toute la violence d'un pays en guerre et en état d'alerte permanent. Léa, Avishag et Yaël racontent avec désinvolture et détachement les expériences parfois épouvantables qu'elles traversent et se distraient en s'adonnant à des jeux puérils mais dangereux ou en créant des mondes oniriques qui virent parfois au cauchemar. Et, lors de leur retour à la vie civile, on comprend l'impact délétère que cette parenthèse a eu sur leur vie d'adulte : dépressives, inadaptées ou sans perspective d'avenir dans leur travail, elles se retrouvent à vendre des sandwichs ou à faire le vigile dans un aéroport, quand elles n'infligent pas des sévices à des hommes qu'elles séquestrent...
    Portrait implacable d'une génération perturbée par cet univers troublé où la violence et la peur sont omniprésentes, ce roman initiatique met en lumière toute la difficulté d'être jeune et de forger son identité en Israël. Un livre iconoclaste et totalement original.

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