Verticales

  • " les petits cons de la corniche.
    La bande. on ne sait les nommer autrement. leur corps est incisif, leur âge dilaté entre treize et dix-sept, et c'est un seul et même âge, celui de la conquête : on détourne la joue du baiser maternel, on crache dans la soupe, on déserte la maison. " le temps d'un été, quelques adolescents désoeuvrés défient les lois de la gravitation en plongeant le long de la corniche kennedy. derrière ses jumelles, un commissaire, chargé de la surveillance de cette zone du littoral, les observe.
    Entre tolérance zéro et goût de l'interdit, les choses vont s'envenimer. apre et sensuelle, la magie de ce roman ne tient qu'à un fil, le fil d'une écriture sans temps morts, cristallisant tous les vertiges.

  • Ne rien dire, ne pas s'envoler dans le commentaire, rester à la confluence du savoir et de l'ignorance, au pied du mur. Montrer comment c'est, comment ça se passe, comment ça marche, comment ça ne marche pas. Diviser les discours par des faits, les idées par des gestes. Juste documenter la quotidienneté laborieuse.
    Entre les murs s'inspire de l'ordinaire tragi-comique d'un professeur de français. Dans ce roman écrit au plus près du réel, François Bégaudeau révèle et investit l'état brut d'une langue vivante, la nôtre, dont le collège est la plus fidèle chambre d'échos.

  • Réunie à l'occasion d'un inventaire, une assemblée invite un de ses membres resté silencieux à prendre la parole, non sans d'abord lui imposer diverses précautions, rêveries et envolées en tout genre, tant de choses à trier soulevant des questions morales et politiques essentielles : qu'est-ce oue la culture ? la nature ? la propriété ? la richesse ? le travail ? la liberté ? La vie, au fond ? Pourquoi s'intéresser à des « petites cuillères » alors que le monde part en sucette ?
    Ainsi s'ébauche, sous l'autorité de quelques grands noms de la littérature et de la philosophie, une délibération collective à l'image d'une moyenne bourgeoisie minée par sa mauvaise conscience, par ses servitudes volonaires, par la fragilité de ses fausses certitudes. Et comme ce partage a lieu Normandie, dans le pays de Madame Bovary, c'est l'occasion pour Noémi Lefebvre d'engager une vive controverse avec Flaubert lui-même, dans une postface intitulée Tais-toi.

  • Avec L'Âge de la première passe, Arno Bertina quitte provisoirement le roman pour s'atteler à un récit documentaire en République du Congo, qui apparaît d'abord comme un reportage au long cours. En effet, l'auteur a effectué cinq séjours de trois semaines chacun au Congo entre 2014 et 2018, en lien avec l'ASI, une ONG franco-congolaise s'occupant de la réinsertion de filles des rues, prostituées mineures et déjà mères pour la plupart. Outre un travail d'atelier avec une cinquantaine d'adolescentes, d'autres investigations à Pointe-Noire et à Brazzaville ont nourri cette enquête de terrain.Pour éviter les écueils d'un journal de bord dépaysant ou caritatif, l'auteur a préféré une remémoration réflexive, brassant les époques et les lieux au gré de sa progressive appréhension du terrain, entre les journées au « Foyer des filles vulnérables », les maraudes nocturnes et quelques virées dans les bars du cru. Au premier plan, il dresse de poignants portraits de jeunes femmes : Cloé, Diane des Nations, Juliana, Fanette, Dieuveuille, Taliane, etc., mais aussi de Maman Vivienne et Maman Gertrude, deux infatigables militantes de l'ASI, investies dans une action de prévention au plus près de la misère physique et psychique de leurs protégées. Tous les aspects socio-culturels de ce cas-limite du rapport de domination sexuelle sont très largement documentés, mais une autre question cruciale affleure, celle de la forme d'écriture capable de rendre justice et justesse à une si violente réalité.Arno Bertina use ici d'un regard personnel impliqué, assumé comme tel. L'Âge de la première passe est un livre aventureux, âpre et méditatif qui déplace nos certitudes. Il sonde le sentiment d'abandon ou de soumission qui menace, au-delà de la prostitution, n'importe quelle relation.

  • Prévenu de l'opportunité d'une résidence à Malakoff (92) par un collectionneur influent - natif comme lui de Haguenau en Alsace -, le trentenaire Gregory Buchert, plasticien en mal d'inspiration, va tenter sa chance. Devant le jury, il explique combien l'exotisme slave du nom « Malakoff » l'avait subjugué dès son enfance provinciale et que, étant tombé, adolescent, sur un catalogue du peintre Sam Szafran, oeuvrant à Malakoff, il se proposait de visiter cette ville russe limitrophe de Paris et de rencontrer ce grand maître du pastel. Le jury, tombé sous le charme d'un exposé déroutant de sincérité, tout en ignorant l'existence dudit Szafran, retient sa candidature. Sitôt quitté un petit boulot de gardien d'exposition à Lille, Gregory s'installe pour trois mois dans le centre d'art. Quant à son projet, on s'aperçoit qu'il est déjà en cours : tenir le journal de son errance suburbaine. Au fil d'un voyage souvent rétrospectif, revenant sur les traces de cette ville réelle et fantasmée, il devra se contenter d'une fresque en trompe-l'oeil de la fameuse « tour de Malakoff » - en hommage au siège de Sébastopol de 1856 -, peinte sur la façade d'un petit hôtel. Quant à Sam Szafran, le prétexte initial de son séjour, il s'avère d'une approche délicate, malgré maintes tentatives du jeune admirateur pour visiter son atelier, qu'il n'aura jamais vu qu'en photo dans le catalogue d'une fondation suisse où il ira poursuivre son enquête déceptive. Mais ces demi-échecs à répétition, loin de décourager Gregory, lui fournissent la matière d'une esthétique du rapprochement hasardeux et de la pensée magique, dont nous suivons par le menu les drolatiques mésaventures dans son carnet parsemé d'images et documents glanés in situ.

  • manuel de terrorisme à l'usage des débutants, ce livre, agrémenté d'une cinquantaine d'illustrations, renseignera utilement l'amateur de savoir-vivre, et si nécessaire, de savoir-mourir.
    pour éclairer sa lanterne - comme virgilio, un apprenti artificier des îles caraïbes -, il profitera des dix leçons de sagesse d'un maître en ces matières explosives. les auteurs tiennent à décliner toute responsabilité quant aux conséquences esthétiques, politiques ou digestives liées à la mise en pratique des conseils ici recueillis. toute ressemblance avec des personnes présentes ou à venir serait certes surprenante, mais pas impossible.

  • Antiquaire à paris, lucien n.
    Est amateur de netsuke japonais, ces statuettes burlesques mettant en scène de vigoureux ébats avec des morts. lui aussi aime posséder les cadavres arrachés à leur sépulture. dans un journal intime, ce collectionneur macabre distille l'histoire secrète de ses amours nécrophiles. jeunes ou vieux, hommes ou femmes, chaque trépassé est l'objet d'une minutieuse ferveur érotique. au fil des pages, l'inquiétant esthète remonte à l'origine de cette jouissance des corps au sexe glacé, à la chair bleue, au parfum de bombyx, oú s'épanche sa profonde solitude.
    La langue de gabrielle wittkop, froidement sensuelle et débarrassée de toute tentation morale, offre le portrait d'un amoureux sans pareil.

  • Avec ces « projectiles », Pierre Senges lance son nouveau défi littéraire :
    Une enquête minutieuse à propos de la « tarte à la crème ». Pour aborder cet objet d'étude incongru, il suit de nombreuses pistes, réparties en 58 fragments aux titres peu académiques. D'emblée, son attention se porte sur un usage détourné de la fameuse pâtisserie dans La Bataille du Siècle (1927) - un court-métrage muet de la série des Laurel et Hardy. On y assiste à un enchaînement d'entartrages entre personnages ciblés par mégarde cherchant à se venger de semblable manière jusqu'à un summum de tirs croisés, vingt minutes durant. Parallèlement, l'auteur s'intéresse à la Los Angeles Cream Pie Company, créée par les soeurs McKenzie, qui dut sa fortune aux quantités phénoménales de tartes commandées par les studios, jamais consommées puisque vouées à devenir les accessoires d'un pugilat grotesque.
    Cette étude comparée de deux essors industriels - celui des desserts à la crème et du septième art - fondés sur un non-sens économique et une mécanique du running gag, résume bien la visée de cet essai fictif :
    Prendre à revers l'esprit de sérieux. L'auteur n'en soulève pas moins des questions d'ordre métaphysiques. Prenant au pied de la lettre une phrase attribuée à Stan Laurel - «On a voulu faire en sorte que chaque tarte ait un sens»-, Senges imagine, sur les plateaux de tournage, le rôle inédit des « significateurs » de tartes...
    Au terme de cette facétieuse démonstration, c'est la recherche même d'un quelconque « message » dans l'esthétique du burlesque qui finit par être réfutée, au bénéfice d'un éloge de la fuite en avant accidentelle.
    Le dixième opus de Pierre Senges peut se lire comme un traité de sémiotique gourmande ou un retour aux sources comiques du cinéma muet, mais il est aussi une machine de guerre contre ces significateurs, anciens ou modernes, qui voudraient enfermer chaque oeuvre d'art dans leur grille d'interprétation. Sous des airs loufoques, il finit par prêter à ce lancé de crème fouettée toute sa gravité, au sens propre et figuré, celle d'un « pitre sérieux » conjurant par le rire le non-sens universel.

  • "Quand on couche pas, même si on est convaincu que ça avance à rien, animal triste et tout, eh bien on est angoissé, assez connement je dois dire mais voilà. Alors on essaie de trouver des plans, avec même de l'amour des fois, ce qui complique les choses, ou au contraire ça les simplifie, enfin faut voir, il y a un peu de tout dans ce dossier-là." Selon un subtil désordre chronologique, ce roman à épisodes brouille les pistes de l'existence de Jules, amateur de plans improbables, journaliste sportif et célibataire intermittent. De malentendus jouissifs en gags à répétition, l'auteur tient la chronique de ses aventures et fiascos parmi une dizaine de trentenaires des deux sexes. A moins que ce jeu de rôles archi-contemporain n'implose in extremis, pour s'ouvrir à une fantaisie sentimentale, assumée dans toute sa douceur.

  • Pour évoquer la mémoire de lécrivain Benjamin Lorca, deux amis, un frcre et une ex-compagne prennent successivement la parole. Quatre voix qui se complctent ou se diffractent, ´r rebours des quinze années qui nous séparent de sa mort tragique. La découverte dun journal intime que le disparu a laissé derricre lui ravive en eux la tentation de saisir enfin cet etre si fuyant, égaré, insaisissable. Les quatre narrateurs trouveront-ils une quelconque révélation dans ces écrits jamais publiés? Lenvers dune personnalité, la face cachée de Benjamin? Tous ne prendront pas la meme décision trahir ou non cette intimité posthume mais chacun découvrira en chemin quelques vérités sur lui-meme, plus ou moins apaisantes.
    Avec ce septicme roman, tout en ellipse et non-dit, Arnaud Cathrine a su éviter les complaisances de la noirceur. On y retrouve les nuances sensibles du mal detre contemporain qui habitait ses livres précédents, mais aussi les fragments dun discours sur toutes les formes damour, y compris le plus paradoxal, le désamour de soi.

  • Une panne de voiture fait échouer un jeune homme, antoine dezergues, à ribérac, une petite bourgade du sud-ouest peuplée d'âmes solitaires.
    Deux personnages surgissent à égale distance de lui : armand tabasque, libraire en faillite, et claire, sa nièce, venue se réfugier chez lui. un lourd secret lié à la seconde guerre mondiale hante les consciences coupables de ce village endormi. les manipulations de tabasque et l'innocence naïve d'antoine vont alors permettre aux intrigues de se dévoiler. triangulation du désir, opacité du passé, mensonges et porosités de la mémoire s'entrechoquent sur fond de campagne automnale.

  • Richard Taylor, Londonien ordinaire comme des millions d'autres, a quitté le domicile conjugal le 16 mai 1998. Il a été aperçu au bar interlope Madame Jojo's au milieu de la nuit, puis à la station Brixton dans la matinée. Qui est-il ? Un fils et frère modèle, un mari sans histoires, un jeune père sans relief, un banal employé de la BBC. Pourquoi vient-il de s'évanouir de sa propre existence ? Évasion hors d'une routine invivable ? Coup de tête aux limites de la folie ? Aveu d'un adultère secret oe
    Les motifs possibles de ce départ - mais y a-t-il vraiment départ ? - ne seront élucidés que très progressivement, et partiellement, au fil du récit. Car Richard Taylor n'existe qu'en creux, par ouï-dire, propos rapportés et recoupements plus ou moins illusoires, au gré des témoignages d'une dizaine de femmes qui peuplent ce récit en puzzle..
    Au travers de ces bribes saisies à la dérobée, le destin infime de Richard Taylor prend progressivement une épaisseur surprenante, jusqu'à devenir l'incarnation de la crise d'identité masculine de notre époque.

  • Philippe Artières, historien passionné d'art contemporain et de littérature fragmentaire, laisse dans cet ouvrage libre cours à ses désirs secrets de chercheur, dans une approche de l'Histoire joyeusement savante, personnelle et insolite. Réunissant de courts textes très divers, Rêves d'histoire propose une anthologie de rêveries ou, plus exactement, de " désirs d'histoire " encore non explorées. On y trouvera donc des idées brutes, des pistes incongrues, des domaines de recherche à arpenter, parfois nées à la lecture d'une source ou d'une archive qui révèle son imaginaire potentiel, ces îlots encore vierges qu'aucune carte n'avait encore répertorié.
    Mais l'historien n'est pas romancier à proprement parler, plutôt collecteur de détails, explorateur du plus simple ordinaire. Et s'il ne prétend pas plus emprunter la posture du demiurge que renoncer à l'honnêteté intellectuelle du chercheur, il se fait ici résolument homme de récits. Ou comment raconter l'histoire de la ceinture, des ordonnances médicales, de la tombe de Pétain (le " salaud de Yeu "), des routes, de la banderole, etc.
    Brièvement développées, agrémentées d'allusions autobiographiques et organisées en trois parties (Objets/Lieux/Traces), ces échappées ouvrent autant de champs de recherche dont on se plaît à imaginer la fécondité, parfois vertigineuse - mais souvent à l'état d'ébauche, elles sont inscrites dans la frustration de l'inachèvement. Un exemple parmi d'autres : autour d'une réflexion sur la cloison, procédant par digressions successives, l'auteur propose une histoire croisée du confessionnal, du parloir et de l'hygiaphone - de quoi faire apparaître toute une géographie de la parole dans nos sociétés, ce qui ne nous étonnera pas chez ce foucaldien de la deuxième génération.
    Au terme de ce recueil, Philippe Artières revient dans une postface-manifeste inédite sur toutes ses tentations d'écriture et interroge " cet hybride objet qu'est le récit historique ".

  • " Je voudrais interroger l'ahurissant mystère de ne pas avoir d'enfant comme on interroge l'ahurissant mystère d'en avoir. "

  • Les trois miliciens sont entrés dans la maison et ont abattu nos parents.
    Ils ont cru nous avoir tués, ma soeur et moi, puis s'en sont retournés presque aussitôt. Le hasard ou leur maladresse a voulu que nous restions en vie. Hamjha et moi sommes désormais clandestins dans cette ville soumise à une guerre civile. A tour de rôle nous guettons les sections d'exécution mais notre sort semble déjà scellé. Je ne me reconnais plus. J'ai les yeux secs. Pour combien de temps encore ?

  • Abû Nuwâs a vécu une époque où la religion islamique, n'étant pas menacée, était disposée à transiger.
    On a bien du mal à imaginer aujourd'hui que cette rouvre poétique, d'une audace érotique, satirique et mystique sans égale, ait, à rebours de toute pruderie dévote, reçu les louanges des plus grands esprits de son temps. Plus subversifs que jamais, les vers cinglants de Abû Nuwâs, à la gaité féroce et au tragique serein, semblent de nature à réveiller les peuples arabes de la torpeur morne où ils sont, pour leur malheur, engoncés.
    Mais aussi à entamer l'égocentrisme culturel occidental.

  • De l'autre côté de la peau est un roman où personnages réels et personnages fictifs se croisent, s'influencent, s'imprègnent, une histoire contenue dans une autre histoire ouvrant sur une autre encore.
    Les deux personnages principaux sont Ana, étudiante native de Lisbonne ayant consacré sa thèse, dans les années 90, à l'oeuvre méconnue du poète russe Guennadi Gor (1907-1981), et une narratrice anonyme qui tente de reconstruire l'histoire d'Ana à partir de ses écrits théoriques, de son journal intime et des carnets laissés après son internement, puis sa disparition mystérieuse au début des années 2000.
    En suivant la démarche de la narratrice, on se plonge d'abord dans les poèmes de Gor qu'elle entreprend de retraduire, puis dans les travaux d'Ana sur cette langue « indicible » qui caractérise le recueil Blocus écrit par Gor durant le siège de Leningrad en 1942. Selon un dévoilement progressif, on suit à la trace la portugaise Ana, qui a grandi auprès de sa grand-mère à Nazaré, avant d'entamer son périple vers Saint-Pétersbourg et Minsk, au gré de ses recherches doctorales sur le mutisme littéraire. Or, la veille de son départ, Mateus, l'homme qu'elle a tant aimé, s'est noyé dans l'océan Atlantique. Au lieu d'affronter cette perte, Ana met en route un mécanisme d'éloignement au coeur de la langue de Gor, ce poète interdit de publication par Staline. Et il semble qu'en questionnant les limites du dicible, Ana expérimente ses propres limites...
    Ce roman poignant et gracieux brasse des destinées énigmatiques sur plus d'un demi-siècle, entre l'URSS de la Deuxième Guerre mondiale et la Biélorussie contemporaine en passant par le Portugal d'après la révolution des OEillets, et fait naître, entre les territoires et les langues européennes, un chant cristallin où l'imaginaire et le savoir n'ont plus de frontières.

  • Ce recueil rassemble des textes inédits, retrouvés après la mort de Grisélidis Réal en 2005. Outre quelques précieux manuscrits et projets d'articles, la majeure partie de l'ouvrage puise dans l'abondante correspondance de l'auteur, conservée à la Bibliothèque Nationale de Berne. Parmi les destinataires retenus, quelques écrivains vaudois, dont son ami et protecteur Maurice Chappaz, le peintre et journaliste Henri Noverraz, l'éditeur André Balland, le fondateur de la revue Le Fou Parle Jacques Vallet, le photographe Jacques Dominique Rouiller, sa soeur cadette Corinne Réal, plusieurs amants mémorables, une consoeur prostituée, « Tania », un directeur de prison, les agents de la Police des moeurs genevoise. La masse de ces documents compose un ouvrage de près de 360 pages, organisé de manière strictement chronologique. En effet, en véritable écrivain épistolaire, Grisélidis Réal a pris très tôt l'habitude d'élire parmi ses proches un ou deux confidents auxquels elle réserve un épisode exclusif de sa tumultueuse existence. Au fur et à mesure des lettres se dessine ainsi une sorte de récit autobiographique en pointillés. Le livre rassemble également d'autres textes méconnus des années 1980, où l'on voit, notamment, la « catin révolutionnaire » nuancer son lyrisme scandaleux pour rendre un hommage ciselé aux putains et travestis qui peuplent désormais sa mémoire de femme publique. Cet ouvrage panoramique dévoile les recoins obscurs d'une existence riche en événements et en contradictions intimes. On y voit une artiste toujours en devenir, une mère aussi aimante que fuyante, une amoureuse jamais rassasiée, une pessimiste toujours prête au combat, une iconoclaste au plus près de son miroir brisé. La sortie de cet ouvrage est accompagnée par la réédition du livre de Jean-Luc Hennig, Grisélidis, courtisane, initialement publié par Albin Michel en 1981

  • 'Il absorbait par tous ses pores l'espace clos entre les cordes, et sa peau comme une éponge avalait le volume à grandes gorgées, dévorait les moindres détails de ce carré magique de six mètres sur six où il avait choisi de passer sa vie désormais.' Comme chacun sait, il n'y a qu'une seule façon de passer le cap Horn : vite. Mohamed Ali a su somptueusement incarner cette vitesse face à ses adversaires sur le ring, face à l'Amérique blanche des années soixante.
    Mais avant de s'appeler Mohamed Ali, il a fallu que le jeune Cassius Clay surmonte ses peurs, sorte de son mutisme et s'invente un corps. Il a fallu qu'il trouve la voix qui habite pleinement ce corps.
    Ce livre raconte sa genèse : Ali avant Ali.

  • « Maintenant qu'on en est là, qu'est-ce qu'on fait ? comment on rebondit ? » Jean-Charles Massera a choisi de soumettre les « sujets de société » à une sorte de forum en direct. Il faut que ça parle, dans toutes les oralités possibles. D'où cette agora qui met en discussion nos espoirs, préjugés et déceptions à l'heure de l'Europe mondialisée. Parmi les débatteurs des deux sexes, on trouvera des nostalgiques, des indécis, des blasés, des technophiles, des beaufs, des ultra-modérés, des super positifs, des qui essayent de faire avec... Et de quoi causent-ils ? D'abstractions concrètes, autrement dit de grands idéaux ramenés à l'échelle de l'achat d'une cuisine équipée, de la pratique du roller, de la crise bancaire ou du port du string.
    Se poser des questions à plusieurs, tel est le programme minimum de We Are L'Europe. Objectif largement dépassé, puisqu'en les posant, Jean-Charles Massera détourne le modèle de la démocratie participative pour aménager un lieu utopique où l'on pourrait se réfléchir les uns les autres.

  • " Ce mardi 6 février 1973, vers 19 heures 15, pendant que ma soeur était censée travailler ses gammes au conservatoire, je voulais juste disparaître, en chien de fusil sur l'édredon, mais comme dans l'appartement, il n'y avait personne pour confirmer que j'étais chez moi, alors on n'a pas voulu croire à mon alibi et on m'a soupçonné d'avoir brouillé les pistes exprès, parce que vingt minutes de solitude, à ce stade de l'enquête, c'était juste un trou noir dans mon emploi du temps et, à onze ans moins des poussières, nia parole contre la leur, ça comptait pour presque rien. " Après Le Théoriste et son narrateur cobaye d'une expérience de Laboratoire, Yves Pagès revient sur le territoire de l'enfance dans la peau de Romain, un fugueur halluciné. C'est dans l'oralité d'une langue juvénile, les images volées aux films cultes de L'époque ou les voix off d'un esprit contestataire, qu'il puise des trésors d'imagination et d'humour pour déjouer les leurres du " soi-disant " principe de réalité.

  • Dans ce livre de "mémoires" collectives et personnelles, Raoul Vaneigem évoque, quarante ans après le mouvement des occupations du printemps 68, les prémices de cet "embrasement au coeur multiple" puis sa récupération insidieuse par le spectacle culturel et contre-culturel. Il dresse, à cette occasion, un bilan de sa participation au groupe situationniste, non sans faire la part de certains errements propres à tout projet insurrectionnel, écartelé entre pulsion de mort et instinct de vie.

  • "Au moment où je devins adolescent, c'est-à-dire sérieux, lui, à soixante-dix ans, devenait excentrique, ou inconséquent, et papillonnant. Nous nous sommes manqués." Dans ce récit conçu comme une hypothèse biographique, La rencontre entre l'auteur et son aïeul se fera de manière posthume. Ce personnage discret ayant traversé le XXe siècle sur le fit, et légèrement à la tangente de sa famille, nourrit le texte de sa propre liberté, laissant à la fiction Le soin de restituer le désordre invisible qui fut au coeur de son existence.

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