Littérature générale

  • Le titre, Un dimanche à Ville-d'Avray, est un lointain écho du film féérique - et mystérieusement inquiétant -, sorti en 1962, qui a marqué, tel un météore, le cinéma français.
    Même sentiment d'inquiétude dans le livre de Dominique Barbéris : deux soeurs se retrouvent, alors que fléchit la lumière, dans un pavillon de Ville-d'Avray, avec chacune dans le coeur les rêves et les terreurs de l'enfance, le besoin insatiable de romanesque, de landes sauvages dignes de Jane Eyre et d'un amour fou, tout cela enfoui dans le secret d'une vie sage.
    L'une se confie à l'autre. Lui raconte une invraisemblable rencontre dans le décor en apparence paisible de Ville-d'Avray, de ses rues provinciales. L'autre découvre, stupéfaite, son errance entre les bois de Fausse-Repose, les étangs de Corot, les gares de banlieue et les dangers frôlés...
    Ce sont des pages à la Simenon. Les grands fonds de l'âme humaine sont troubles comme les eaux des étangs.

  • L'espace de la salle de bains, espace souvent anodin, ou exigu en Europe, est au Japon un lieu privilégié où le thème de l'intimité familiale ou amicale se manifeste mieux qu'ailleurs. Le bain japonais est un élément de civilisation, au même titre que la cérémonie de thé, les haïkus ou la voie des fleurs.
    Si le bain est d'abord associé aux yeux d'un occidental à l'idée de propreté, il est au Japon un savoir-vivre raffiné, poétique, qui rend possible la rencontre de l'autre dans un cadre intime et bienveillant.
    Comme Tanizaki, dans son Éloge de l'ombre, Akira nous livre dans cette évocation des eaux profondes, le secret d'un coeur japonais mais aussi la vigilance critique d'un homme de son temps dans un pays en crise.

  • Amérique fantôme Nouv.

    À l'occasion d'une « tournée » solitaire notamment au Texas, pour accompagner la publication de son livre, Brice Matthieussent regarde l'Amérique d'aujourd'hui, loin des pages joyeuses de la route 66, du mythe des années Kerouac, et des clichés les plus tenaces. Il traverse les villes de Dallas, Pittbursgh, Houston, Austin, avant de revenir à Boston, étonné par les fantômes qui hantent un paysage de halls d'hôtels, d'autoroutes ou de librairies, à la lumière des néons ou des phares de voitures. On y croise les plus démunis dans des rues sans trottoirs comme les classes aisées dans les parcs ou les salons, les plus chaleureux et les plus distants. Mais la rencontre est d'abord celle du regard et de la littérature.
    /> Le récit est scandé par une succession de faits divers et de photographies de l'auteur.

  • La balade de Galway Nouv.

    « Un ciel qui bouge, comme l'océan instable, au-dessus du vert tendre et lumineux des prés à l'herbe courte.
    L'horizon semble avoir disparu. À en donner le vertige.
    Nous sommes à Galway, l'une des pointes les plus occidentales de l'Irlande ».

    Jamais fantômes n'auront été plus sereins dans un paysage. L'Irlande est une terre habitée par les vivants et les morts. La Balade de Galway leur rend hommage, et Thierry Clermont s'y promène avec les ombres familières de Joyce, Beckett et W.B. Yeats, ou la belle Maeve Brennan jusque sur les îles d'Aran.
    Après la pluie, se faufile, malicieux, un petit rongeur curieux dans le vert enchanté et infini des prairies.

  • Lorsque Brina Svit a atterri en Inde pour y soigner son mal de dos, elle ne pensait pas devoir affronter l'esprit malicieux des obstacles.
    Elle, qui n'avait jamais fait de cure ayurvédique, n'a aucune idée de ce à quoi elle doit s'attendre, ni des gens avec lesquels elle va devoir vivre derrière le grand portail du centre. Mais personne n'est à l'abri de rien ! Ni les doctoresses aux sourires généreux, ni les arbres splendides de la forêt tropicale, ni les corbeaux de la clairière n'apaiseront ce dieu des obstacles et du tonnerre qui ébranle le monde.
    Seule y répondra la puissance romanesque de Brina Svit. Et notamment sous forme de devinettes, qui parcourent son récit : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous. Seul mérite d'être produit ce qui ne privilégie ni abaisse personne.

  • Beaucoup de mes souvenirs d'enfance ressemblent à des rêves.

    Que comprenons-nous de notre propre existence ? Tout ne nous échappe-t-il pas depuis toujours ?
    Récit d'enfance, La vie sans savoir est une invitation à plonger dans le sentiment du temps, de ce qu'on croyait éternel et qui a disparu - c'est l'imparfait d'une vie.
    Par-delà les accidents d'une histoire familiale tumultueuse, où la Flandre et l'Iran se rencontrent comme dans un rêve, Christophe Etemadzadeh retrace les souvenirs incertains, drôles ou douloureux de paysages et de visages disparus, d'amours et d'amitiés, de chagrins et de fautes.
    Orgueilleuse recherche et désir mélancolique de fixer ce qui n'est plus - ne fut peut-être jamais.

    La Vie sans savoir est un défi littéraire audacieux, peut-être impossible, assurément insensé. Mais quel talent !

  • Le beau qui ravit et ravage, ce qui se manifeste avec une force éclatante, était bien là dès le début, au commencement. Et c'est ce qui nous reste du commencement.
    La découverte de l'art paléolithique, de Chauvet et de Lascaux, est un moment de rupture et de surgissement. L'idée de progrès dont notre civilisation pouvait s'enorgueillir a été retourné comme un gant, et les assises mêmes de l'homme occidental bouleversées.
    La première manifestation, les premières mains du « premier homme », étaient déjà des « mains d'or », et c'est la splendeur de l'animalité qu'elles avaient choisie de représenter.

    En regardant leurs mains étalées et offertes, qui ne montrent, ne prennent, ne saisissent rien et peut-être ne signifient rien, nous sommes devant la bouleversante énigme qui est au coeur du livre de François Warin.

  • Marc Petitjean est décidément placé sous le signe de la rencontre : après Le Coeur. Frida Kahlo à Paris, il nous raconte la vie fascinante et romanesque de Maître Kunihiko Moriguchi, peintre de kimono.
    Kunihiko Moriguchi est né à Kyoto en 1941. Il pratique la peinture sur kimono depuis presque un demi-siècle. Au Japon, où l'artisanat est considéré comme un art à part entière, il a reçu le titre prestigieux de Trésor National Vivant, tout comme son père avant lui. Dans les années 60, il étudie le graphisme à l'École Nationale des arts décoratifs à Paris (après un extraordinaire voyage en bateau de trente jours) et se lie d'amitié avec le peintre Balthus qui influencera sa carrière artistique. Il y vit les années heureuses du Paris d'après guerre et en garde une profonde nostalgie et un français merveilleux.De retour à Kyoto, il travaille aux côtés de son père qui lui transmet l'art exigeant du Yuzen. Kunihiko renouvellera néanmoins la tradition en introduisant des motifs abstraits.

    Ses kimonos sont exposés dans les plus grands musées au Japon comme à l'étranger. Le kimono cesse alors d'être un vêtement et devient quelque chose de subtil et d'immatériel : il garde en lui la mémoire et la vie de ceux qui l'ont porté.

  • Suis-je orpheline de toi ou de l'absence de toi ? Tu vis désormais en moi comme le soleil de inuit, lactescent, éperdu de blancheur. Tu habites l'univers et mon arrière-monde. Je ne te cherche pas, tu es partout et introuvable. Tu es tapi dans le mohair des jours heureux. Tu es un lierre au feuillage persistant. La mort n'est pas une fin. Mon refus de ta disparition est tempéré par mon acceptation du monde.

    Cherchant à définir le lien qui l'unit à son père, Georges Wolinski, tué lors de l'attentat contre Charlie Hebdo, l'auteur revit les jours sombres de janvier 2015 et interroge les confins rouillés de sa mémoire, à travers une écriture qui revient inlassablement sur le motif. Entre refus et acceptation, l'adieu au père devient un chant d'amour et de consolation.

  • Un saut dans la nuit Nouv.

    François et Jean, deux amis, se retrouvent des années plus tard dans un paysage sublime de montagnes pyrénéennes où gronde la Garonne. Ils sont liés par un secret : Geneviève. L'un est le frère de Geneviève, l'autre son premier amoureux.
    Un saut dans la nuit est le roman solaire et tragique de la naissance de nos premières émotions, du premier amour, les rêves et les désespoirs de l'adolescence, et la force de la nature. C'est le premier roman d'Olivier Schefer.

  • Alors que l'hygiène semble être une préoccupation constante de notre époque, et que nous nous détournons de ce qui s'abime et se corrompt, les déchets s'accumulent, la menace écologique est majeure et les maladies refont surface.
    En suivant le parcours de trois médecins - Parent-Duchâtelet confronté aux épidémies sur le navire Arthur vers les Antilles au XIXe siècle ; le docteur Adrien Proust (père de Marcel) dans sa lutte contre la peste et le choléra ; ou le mythe du docteur Destouches -, Gérard Macé dénonce un hygiénisme qui peut se transformer en eugénisme, ou en pureté imaginaire, quand la raison n'est plus à l'oeuvre.
    Mais par la grâce de la littérature il nous rappelle aussi les métamorphoses sans lesquelles la vie ne pourrait triompher.

  • Après trente années d'éloignement volontaire, Michel Crépu revient sur les lieux d'une passion littéraire pour le créateur d'En attendant Godot.
    Mais est-ce possible de parler de Beckett ? oeuvre limite, qui transforme aussitôt les téméraires en commentateurs bavards. Michel Crépu relève néanmoins le défi. Il relit les oeuvres au gré d'une mémoire qui coïncide avec son attirance de naguère pour la vie monastique, au temps lointain des années 80. La littérature et le spirituel : ici commence une histoire commune, non achevée.
    Jeune homme, il voulait serrer alors la main de l'homme qui avait serré celle de Joyce. Un rendez-vous mémorable lui offrira cette chance. Beckett paraît loin aujourd'hui de la houellebecquerie ambiante. Sa solitude n'a jamais été aussi grande. C'est le moment où jamais d'y retourner voir. C'est ce que réalise Michel Crépu dans ce livre d'heures de lecture et d'intimité.

  • Les trois oeuvres de Vilhelm Hammershoi, Glenn Gould et Thomas Bernhard sont de première importance, dans trois domaines majeurs de la création : la peinture, la musique et la littérature.
    Tous trois sont des artistes d'une extrême exigence qui ont consacré leur vie à leur art, avec une radicalité et une audace incomparables. Leurs phobies, manies ou obsessions sont, aux yeux de Patrick Roegiers, les composantes mêmes du génie, exigeant la mise à disposition exclusive de tous les moyens.
    Pas d'échappatoire, pas de compromis ni de consolation pour les créateurs.
    C'est dans cette solitude que s'ancre, terrifiante, la beauté.

  • Oscar, un écrivain mexicain dont je n'avais jamais entendu parler, m'a contacté via Internet pour une rencontre. Il a juste précisé que cela concernait mon père. J'étais intrigué car celui-ci est mort depuis plus de vingt ans. Notre rendez-vous eut lieu à l'angle de la rue du Temple et de la rue du Petit-Thouars. Voilà, me dit-il, j'ai découvert que votre père a eu une relation amoureuse avec Frida Khalo quand elle est venue à Paris en 1939. Je savais qu'elle et lui s'étaient connus et qu'elle lui avait offert un tableau intitulé Le Coeur, mais jamais il n'avait évoqué une quelconque liaison avec elle.

    Ainsi commence le livre de Marc Petitjean. Par une première rencontre qui le plonge soudain dans la vie tumultueuse de Frida Kahlo, artiste engagée, anticonformiste, bisexuelle, redécouverte par les féministes aux États-Unis et en Europe dans les années 80, devenant l'icône que l'on connaît aujourd'hui - mais aussi dans les zones secrètes de la vie de son propre père.

    Qui était ce curieux Michel Petitjean ? Quelle a été la relation entre lui et Frida durant les quelques semaines de son séjour en Europe, en compagnie d'André Breton, de Picasso de Dora Maar, de Marcel Duchamp ? Et pourquoi lui a-t-elle offert ce tableau énigmatique et si intime ?

    Le mystère de cette relation, à l'image de Frida Kahlo, est d'une telle force qu'elle traverse tout le livre comme un trait de lumière.

  • Lorsque Brice Matthieussent débarque pour quelques jours, dans un cadre universitaire, à Saint-Pétersbourg, il ne sait rien de la ville. Et même il a pris soin de ne pas s'informer.
    Sa rêverie et sa lucidité n'en seront que plus intenses.
    Ce qui se donne à lui, loin des Nuits blanches de Dostoïevski qui rôde dans ce texte merveilleusement, ce sont des passants lourdement vêtus, toque de fourrure et col relevé, réunis autour d'un brasero ; des chiens errants dans les ombres ; la lueur saccadée des lampadaires défectueux ; une main jaillit des ténèbres pour mendier et des jeunes filles belles comme dans les James Bond ; un inoubliable chauffeur de taxi bavard et brisé, la gravité de sa voix indignée ; une étourdissante nausée du faux neuf et la ferveur de jeunes étudiantes lisant des poèmes exaltées et mélancoliques.

    On ne présente plus Brice Matthieussent qui nous a donné « l'Amérique » en éditant et traduisant des milliers de pages des auteurs majeurs des États-Unis (Jim Harrison, John Fante...), mais on le découvre ici sous un jour plus intime, fondamentalement sincère et émouvant.

  • Si la vie des peintres nous intéresse autant que leur peinture, ce n'est pas que la première explique la seconde. L'art n'explique rien, laissons cela aux philosophes et aux théologiens ! La création est souvent à l'antipode de la vie d'un artiste. Celui-ci extirpe la substance de ce qu'il vit, il s'en éloigne même strictement ; il ne suffit pas de raconter quelque chose. Certains écrivains vont au bord de la mer planter le décor d'une histoire et d'autres imaginent la forêt vierge amazonienne depuis une chambre d'hôtel en Normandie. Nous n'avons que les mots pour aller au-delà des mots, les peintres ont leurs images pour crever l'illusion.

    Les conversations silencieuses sont celles d'abord d'un enfant avec son père ; une relation faite de silences, de secrets et de rêveries. Puis ce furent celles de l'amitié qui se nourrit de tout ce qui reste toujours à dire, du seul fait d'aimer. Enfin ce sont celles que le narrateur entretient avec l'art. Si la peinture est entrée dans la vie d'Olivier Schefer par effraction - il ne l'a ni comprise ni tout de suite aimée - elle est désormais indissociable de son métier, de ses émotions et de ses passions.
    C'est ce goût de la vie au travers de l'art, notre destin commun face aux choses et aux vies silencieuses, qu'il nous fait partager.

  • Avant Godot

    Stéphane Lambert

    Octobre 1936. Samuel Beckett a trente ans. Il entreprend un étonnant voyage en Allemagne nazie afin de s'y confronter à l'art au moment même où le régime évacue des collections publiques les oeuvres dites dégénérées. Le 14 février 1937 à Dresde, il note laconiquement dans un carnet sa prédilection pour un petit tableau de Caspar David Friedrich, Deux hommes contemplant la lune, dont il dira plus tard qu'il est la source d'inspiration d'En attendant Godot.

    À partir de cet énigmatique et unique repère, Stéphane Lambert, comme dans ses précédents livres sur Nicolas de Staël ou Mark Rothko, creuse la relation qui peut s'établir entre deux créateurs de disciplines différentes, et nous dit comment un artiste parvient à éclairer sa voie grâce à ce que l'oeuvre d'un autre lui révèle.

    Au-delà de la création (qui n'est jamais qu'une métaphore de la vie), Stéphane Lambert explore la place déterminante de l'autre dans notre propre cheminement, et voit dans la rencontre la source d'une force qui nous permet d'outrepasser la paralysie du doute, et d'avancer. Son approche érudite, sensible, visionnaire est une réflexion sur la manière dont on devient soi grâce à l'autre.

  • Le 12 décembre 1923, Raymond Radiguet meurt à Paris, fusillé par les soldats de Dieu. Il a vingt ans. Jean Cocteau est dévasté, Radiguet était comme son fils. Il va le pleurer trois jours et trois nuits durant. Il vient de perdre la moitié de lui-même. Il se réfugie près de Nice, à Villefranche-sur-Mer et se cache. Ce deuil au soleil, il l'accompagne d'opium et de dérives sur l'eau.

    Ses amis, Picasso, Auric, Stravinsky viennent le voir. Ce seront trois années dans la nuit de son chagrin et le bleu de la mer. Poèmes, dessins, pièces de théâtre vont naître là, à l'ombre de son enfant perdu. La vérité, il le dit, est toujours du côté de la mort. Et de l'amour...

  • Le 7 juin 1961, l'écrivain Yehiel Dinur se présente comme témoin à la barre du procès d'Adolf Eichmann. Après quelques phrases saisissantes qui évoquent son séjour à Auschwitz et la disparition de ses proches, il se lève, tente de s'éloigner et s'effondre, sans connaissance.
    L'Évanouissement du témoin explore, en vingt brefs chapitres, la portée et la signification de cet événement singulier.
    Il ne s'agit pas d'une énième réflexion sur le fait et l'univers concentrationnaires, mais plutôt d'une interrogation aventureuse sur ce que ce moment où nous sommes dépossédés de tous nos moyens, sur la hantise et le pouvoir des mots, sur ce qui nous laisse muet face à l'indicible ; sur ce qu'en somme un tel événement peut nous enseigner de notre propre humanité lorsqu'elle affronte les fantômes de l'Histoire.

  • « La tombe de Gainsbourg, à Montparnasse, est pratiquement en face de celle de Beckett. Sur l'une, à n'importe quelle saison, des pochettes de vieux disques, des mégots écrasés à même la dalle, des étiquettes de Pastis 51 ; sur l'autre, une simple pâquerette, ou des billets retenus par un caillou qui avec le vent battent des ailes. La tombe de Cioran se trouve trois rangs derrière celle de Beckett. Là, Elle a vu de petits cailloux assemblés en lettres capitales, SIBIU, la ville de sa jeunesse. Il n'y a que sur les tombes qu'on sache aimer ».

    Merveilleux autoportrait de Gemma Salem qui, au travers de la personnalité (redoutable !) de Thomas Bernhard et de l'oeuvre qu'elle connaît par coeur, nous transmet son amour extravagant des écrivains, des musiciens, et de la vie. C'est un hommage plein de tendresse et d'humour aux fantômes plus ou moins apprivoisés de nos jours et de nos nuits.

  • Le 5 août 1850, alors qu'il travaillait à son livre sur la baleine, Herman Melville rencontra Nathaniel Hawthorne, dont le roman La Lettre écarlate, venait de connaître un tel succès qu'il l'avait propulsé au rang de plus grand écrivain américain.
    Entre les deux hommes allait naître une amitié littéraire aux accents passionnels. Quelque seize mois plus tard, paraîtrait Moby Dick, que Melville dédierait à son nouvel ami.
    À cette relation complexe de deux êtres qu'un même fond de mélancolie rapproche et que des tempéraments opposés séparent, Stéphane Lambert entrelace des éléments de vie romanesques, et des interrogations sur la création, la fraternité ou le désir.
    Écrire devient alors une autre manière d'aimer.

  • On se retrouve déjà ailleurs alors qu'on se croyait encore là. De même, on devient autre alors qu'on était soi. L'enfance donne à chacun la possibilité de vivre ces évolutions rapides mais inaperçues qui font qu'à neuf ans on est si différent de celui qu'on était à six ans, et encore plus qu'à trois ans. Le processus ne s'interrompt pas, il ralentit de plus en plus, jusqu'à créer chez l'adulte l'illusion d'être figé dans ce qu'il est.

    L'enfance, abordée par Benjamin Pelletier, est un territoire, un paysage. L'histoire - et même la préhistoire -, la culture françaises y jouent un rôle déterminant : les lieux, les contes, les mythes sont des moments d'intensité qui entrent en résonance avec les souvenirs du narrateur devenu adulte et avec notre enfance, discrète, retrouvée minutieusement dans des souvenirs ou des émotions souvent fragmentaires, voire effacés et rejaillissant au fil d'une exploration littéraire.

    « Sous leur apparence brouillonne et naïve, nous dit Benjamin Pelletier, les expérience enfantines recèlent des noyaux de vérité sur soi et le monde. Elles germent dans nos premiers étonnements et se développent durant l'existence entière. Loin d'être reléguées dans le passé, elles ont de l'avenir. »

  • Imaginez un homme qui chaque matin durant tous les jours de sa vie se force à être intelligent à la manière de la pratique d'un sport de haut niveau. Durant quelques heures, il dessine, compose des poèmes, écrit sur les sciences, la danse, l'architecture, la politique, l'histoire, ou la philosophie. C'est pour lui qu'il écrit d'abord, pourtant sa célébrité s'étend. Élu à l'Académie française, nommé professeur au Collège de France, il se voit décerner des funérailles nationales par le général de Gaulle. Il est avec Victor Hugo le seul véritable intellectuel français officiel. Mais tout part d'une faiblesse émotive, que toute sa vie tente de combattre et qui finira par le submerger et l'emporter, comme un retour du tendre.

    /> Fondé sur les textes mêmes de Paul Valéry, Hervé Dumez fait de ce livre une fiction romanesque, forme d'autobiographie à la première personne, que Paul Valéry aurait pu écrire - qu'il a en partie écrite.

  • Dans l'esprit de Georges Perec, ces Je me souviens sont autant d'évocations du monde du livre par l'anecdote, le détail, le fugace ; souvenirs qui ont presque disparu, persistent malgré tout, et révèlent à leur façon un monde qui est le nôtre. Celui de la lecture ou du livre, mémoire de lecteurs (ou lectrices), de libraires, réprésentants, clients, traducteurs, auteurs, personnages de roman ou de récits, incipit, autrement dit tout ce qui nous unit depuis si longtemps.

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