Littérature traduite

  • La lettre écarlate, c'est la marque au fer rouge qui désigne la femme adultère dans l'amérique du puritanisme obsessionnel de l'époque coloniale.
    Trois personnages : hester qui vit avec une dignité admirable sa faute et sa solitude. arthur dimmesdale, le jeune pasteur dont les élans mystiques soulèvent à boston l'enthousiasme des fidèles mais qui, ensorcelé par hester, ne parvient ni à dominer ni à vivre sa sensualité. chillingworth, le mari, qui pendant des années tourmentera en silence le pasteur jusqu'à la folie et la mort. le premier des grands romans américains, la clef d'une sensibilité nationale toujours partagée entre la tentation du scandale et le démon de la culpabilité.

  • « Un jour, je devins journaliste par désespoir, devant l'incapacité de toutes les professions à me satisfaire », déclare Joseph Roth (1894-1939). Connu pour son oeuvre romanesque, il a pourtant dès 1919, une importante activité de chroniqueur dans les grands titres de la presse de langue allemande. Il parcourt l'Europe et brosse, dans de courts articles, des portraits saisissants de lieux (gare, frontière, trains, hôtels, cabarets, mines de charbon...), de personnages (voyageurs, bureaucrates, promeneurs, malfrats, nazis, juifs émigrés...) et de villes (Berlin, Leipzig, Vienne, Dortmund, Prague, Paris...). La forte personnalité de Roth écarte de ces chroniques lieux communs et banalités. Il a une vision singulière, vive, emprunte d'humour et d'un sens du détail exacerbé : « Tout pathos sonne faux, part en vaine fumée, en face des évènements microscopiques. [...] Un voyage en tramway est plus instructif qu'une traversée des mers et des terres. » D'un lieu ou d'une situation prosaïque, il en fait un signe fort et révélateur d'un monde en perdition, pris dans l'étau de l'anonymat, de l'urbanisation carnassière et de la montée des extrêmes propres à l'entre-deux-guerres.

  • Cette année-là, à Ranchipur, État semi-indépendant des Indes anglaises, la mousson se fait attendre. Tous guettent avec anxiété la venue des pluies, ces pluies abondantes, diluviennes, vitales. Enfin, elles arrivent ! Mais, de mémoire d'homme, on n'avait vu de pluies aussi fortes, aussi extravagantes à Ranchipur. Et c'est l'horreur : un tremblement de terre, une digue rompue et les eaux de la rivière, grossie par les pluies de la mousson, détruisent la plupart des maisons et noient la moitié de ceux qui ont survécu à la secousse sismique.
    Le choléra se déclare. Cette catastrophe va être la pierre de touche où se révèlent et se mesurent les caractères des survivants de Ranchipur, qu'ils soient de la colonie anglaise ou hindous.
    La Mousson (The Rains came), publié en 1937, fut adapté deux ans plus tard au cinéma par Clarence Brown.
    Ce roman, devenu dès sa sortie un bestseller, a été inspiré par deux longs voyages de Louis Bromfield dans les Indes anglaises. Il rend ainsi hommage, en exergue du livre, à ceux qui lui ont fait découvrir et aimer ses contrées : « À tous mes amis hindous, princes, professeurs, politiciens, chasseurs, bateliers, balayeurs, et à G.H. sans qui je n'aurais jamais connu les merveilles et la beauté des Indes, ni compris le rêve hindou. »

  • En 1929, Paul Morand rencontre à New York William Seabrook. Ce bourlingueur est auréolé du succès de son livre L'Ile magique dans lequel il raconte son apprentissage du vaudou en Haïti et qui fait un triomphe. Seabrook ne songe qu'à repartir : au Tibet ? en Indochine ? Morand le convainc de se rendre en Afrique occidentale. Il y vivra avec les Yacoubas de Côte d'Ivoire et les Habbés de la région de Bandiagara dans le pays Dogon qu'illustrera peu après la mission Dakar-Djibouti.
    Seabrook y rencontre une tribu d'anthropophages qui mangent leurs ennemis tombés au combat ! C'est seulement revenu en France qu'il tentera l'expérience. Ravi, il se plongea dans l'écriture de cette espèce d'épopée "dont on va pouvoir apprécier la surprenante sincérité et la merveilleuse sauvagerie" , nous dit Morand.

  • Trente ans après la tragique retraite de Russie du Corps expéditionnaire italien consécutive à l'échec de la prise de Stalingrad et vingt ans après la publication du Sergent dans la neige devenu un classique de la littérature italienne du XXe siècle, Mario Rigoni Stern réalise un désir qui le taraude : retourner sur les lieux où tant de ses camarades ont trouvé la mort, au combat, de froid ou de faim. C'est l'occasion d'évoquer ses souvenirs. Passé et présent alternent. Jadis, les souffrances vécues ont rapproché les deux camps. Aujourd'hui, l'auteur retrouve les qualités de l'âme russe découvertes dans les camps de prisonniers où, réfractaire à poursuivre le combat aux côtés des troupes allemandes après 1943, il a côtoyé les soldats de la grande Armée Rouge. Déjà, durant la retraite les contacts humains avec la population locale, élémentaires autant qu'essentiels, recèlent une belle leçon de vie. Il évoque aussi son cher plateau d'Asiago, notamment lorsqu'une vieille scierie est convertie en camps d'internement pour des Juifs dont l'auteur s'efforcera après la guerre d'identifier les victimes et les survivants afin de nous faire aussi connaître leurs noms, à nous, lecteurs.
    Comme dans tous ses livres, le grand écrivain italien nous fait partager avec une intensité rare les moments forts de sa vie qui, au-delà de son amour de la nature toujours présent dans ses écrits, forment une sorte d'odyssée courageuse entre toutes.

  • « Un élément nouveau inquiète lady Skeffington : elle ne parvient pas à chasser de son esprit le souvenir soudain récurrent de son mari dont elle a pourtant divorcé depuis fort longtemps. C'est une situation sans issue que de tenter de faire disparaître quelqu'un qui n'est pas là, soupire-t-elle. Ni ses anciens amants, sur qui elle cherchera à exercer une ultime séduction, ni même une vieille dame, dont elle sollicitera en vain l'amitié, ne l'aideront à détruire le diagnostic infamant de son psychiatre : sa jeunesse et sa beauté se sont enfuies. Délicatesse de ton, nuances ironiques et humour acerbe, Elizabeth von Arnim, en dépit de son nom allemand, est typiquement anglaise. » Jean-Claude Le Covec, Figaro Magazine

  • Dans ce roman plein d'humour, le richissime célibataire Jimmy Pitt, grand mondain et ancien journaliste, relève dans un bar le périlleux pari d'un cambrioleur. Si entrer par effraction lui semble d'une facilité enfantine, il se rend compte avec effroi que la maison dont il vient de forcer la porte n'est autre que celle d'un policier new-yorkais ayant la réputation d'un vrai dur. Bien entendu, le Capitaine MacEachern est le père d'une ravissante jeune femme et ne souhaite pas qu'on mette le nez dans ses affaires. Et, pour corser le tout, sa fille a éperdument charmé Jimmy sur le bateau qui le ramenait à New York.

  • Les Cosaques, achevé en 1862, constitue l'oeuvre la plus audacieuse de Tolstoï, celle où s'exprime avec le plus de violence sa nature charnelle et où surgit en pleine lumière le visage païen de sa personnalité complexe.
    Ce roman teinté d'autobiographie nous livre le souvenir vivace d'une expérience intime, celle d'un jeune citadin écoeuré par les frasques de sa vie mondaine qui découvre brusquement la vie paisible et simple des Cosaques. Dans sa quête du bonheur, Olénine, tout comme Tolstoï dans ses jeunes années, essaye de se dépouiller de tout l'acquis de son éducation pour devenir semblable à ceux qui l'entourent. Au milieu d'une nature partout présente et révérée, la vie du village est cadencée par les récoltes, la chasse, le bétail et les heures passées à l'ombre du verger.
    Certes les abreks, montagnards inféodés, rôdent non loin, mais ils ne sont considérés que comme une distraction de plus pour juger de la bravoure des jeunes cosaques. Les officiers russes, à l'instar d'Olénine, peinent à s'intégrer à ces hommes frustes dont ils admirent pourtant l'insouciance. Le héros du roman, émerveillé par cette vie nouvelle, n'en finira pas moins par fuir, déjà oublié par ceux-là mêmes en qui il portait toutes ses espérances.

  • Ce roman constitue le second volet de l'Élu, le plus célèbre de tous les romans de Chaïm Potok. Fraîchement lancés dans leurs études universitaires, les deux amis ayant grandi à Brooklyn, Reuven Malter et Dany Saunders, doivent lutter pour rester fidèles à leur promesse et vivre conformément à leurs croyances et à leurs idéaux.
    Chaïm Potok a choisi le Brooklyn des années 50 comme cadre de ce roman dont les thèmes essentiels sont la fidélité envers soi-même ainsi que le rapport parfois conflictuel à la foi juive et à ses enseignements traditionnels. Dans un monde où les croyances sont bouleversées, la quête de spiritualité des héros du livre forme comme un antidote au désespoir contemporain.

  • Roman majeur d'Edith Wharton, généralement considéré comme son chef d'oeuvre, L'Âge de l'innocence remporte le prix Pulitzer en 1921, un an après sa sortie aux Etats-Unis, et sera adapté au cinéma par Martin Scorsese en 1993.
    « Faites New York ! » - telle est l'injonction qu'adresse, dès 1902, Henry James, son mentor et ami, à la romancière. L'Âge de l'innocence, oeuvre de la maturité, se présente comme le tableau évocateur, subtil et puissant d'un monde disparu qui est aussi celui de l'enfance d'Edith Wharton.
    Au début des années 1870, dans le petit univers élitiste et fermé de la bonne société new-yorkaise, Newland Archer s'apprête à épouser la pure et radieuse May Welland, incarnation « de tout ce à quoi il avait cru et qu'il avait révéré ». L'irruption de la cousine de sa future femme, la mystérieuse comtesse Olenska, qui rentre précipitamment d'Europe pour fuir un mariage malheureux, va donner une tournure inattendue à ses fiançailles. Alors que la comtesse fascine et scandalise tour à tour New York, Archer voit peu à peu le mélange de sympathie et de perplexité que lui inspire Ellen Olenska se changer en un sentiment plus troublant. Cette rencontre décisive ne sera pourtant porteuse d'aucune émancipation. Tout au plus Newland Archer prendra-t-il conscience de l'implacable étau dans laquelle cette société corsetée enferme les individus et du sort qu'elle réserve à ceux qui refusent de se conformer à ses règles. Peinture d'un amour impossible, d'une libération manquée et d'un monde voué à s'éteindre définitivement au sortir de la guerre de 1914-1918, L'Âge de l'innocence se teinte d'une flamboyante mélancolie.

  • Dans Le Grand Horloger, publié en 1946 et traduit en français un an plus tard par Boris Vian, Kenneth Fearing enclenche brillamment les rouages narratifs d'une mécanique originale : l'enquêteur et le mystérieux témoin d'un crime sont en réalité la même personne. Ce chef d'oeuvre du thriller américain a été adapté à deux reprises au cinéma, en 1948 (The Big Clock, film américain réalisé par John Farrow) et 1987 (No Way out, film également américain, réalisé par Roger Donaldson).

  • Avec l'exceptionnelle puissance d'évocation qui le caractérise, Chaïm Potok reconstitue pour nous - à l'aide de cette grammaire du souvenir qui régit l'ensemble de son oeuvre - les difficiles débuts de David Lurie.

  • Est-ce que le jeune playboy Biff saura éviter les ennuis jusqu'à son trentième anniversaire qui a lieu dans quelques jours, héritant ainsi de l'immense fortune de son antialcoolique de parrain, qui stipule qu'il doit rester sobre et de ne pas finir en prison ?
    Pas si l'intrigant Lord Tilbury, frère du dit parrain, s'en mêle. Bien que déjà riche, Tilbury ne dirait pas non à quelques millions supplémentaires. Et, connaissant la faiblesse de Biff pour le vin et les spiritueux, lui et son odieux acolyte Pilbeam trament un complot diabolique pour pousser l'héritier légitime hors du chemin de la sobriété et le compromettre tout à fait.

  • En 1944, le célèbre photographe de mode et portraitiste Cecil Beaton est envoyé à Paris par le Ministère de l'Information, à l'occasion d'une exposition de photographies de guerre montrant les ravages du " blitz ". Pendant son séjour parisien, il renoue avec Picasso et fréquente tout un cercle de personnalités du monde de l'art comme André Gide, Jean Cocteau et Gertrude Stein. La guerre terminée, Beaton devient designer et travaille pour le cinéma.
    En 1946, il s'envole pour New York où il croise une femme qu'il avait rencontrée une seule fois, dix ans auparavant. Cette femme n'est autre que Greta Garbo et Beaton tombe éperdument amoureux. Sous la forme d'un journal intime, voici le roman vécu d'un amour exceptionnel, puisque l'héroïne, vedette de cinéma internationale, accepte de se livrer sans mystère à son photographe d'adorateur. Outre Garbo, dont l'auteur nous révèle avec passion le visage, quantité de personnalités défilent dans les carnets de Cecil Beaton : de Gaulle, Churchill, Colette, Charlie Chaplin, etc.
    La vie de ce dandy anglais qui connut toutes les réussites a ceci de fascinant qu'elle mêle les artistes les plus cotés de l'époque aux figures politiques, aux mondains et aux stars de cinéma, avec un sens parfait de la prise de vue : on se laisse entraîner avec enthousiasme par ce ballet de portraits mouvants.

  • Foisonnant en même temps qu'incisif, ce roman nous raconte sur le ton inimitable de l'auteur de La Marche de Radetzki et de tant d'autres chefs d'oeuvre, les destins croisés de deux frères ennemis, Paul et Theodor Bernheim, et d'un émigré juif russe Nikolas Brandeis dans l'Allemagne de Weimar. Traumatisés par la Grande Guerre tous sont en quête de repères, tiraillés entre inquiétude existentielle et volonté de puissance. En toile de fond un Berlin effervescent où règnent spéculation, affairisme, presse, cabarets, une métropole qui assiste sans s'émouvoir à la radicalisation d'un nationalisme xénophobe et à la montée du fascisme. Pour Herman Kesten Gauche et droite est un « roman politique dans la lignée de Stendhal, Maupassant et Heirich Mann ». C'est assez dire qu'il s'agit d'une oeuvre d'une grande actualité et d'une exceptionnelle qualité.

  • Tchekhov est l'un des plus grands écrivains de la seconde moitié du XIXe siècle, et, avec Maupassant, Katherine Mansfield et quelques autres, l'un des maîtres de ce genre difficile entre tous : la nouvelle.
    Le choix établi pour le présent volume donne au lecteur un aperçu de toutes les facettes de Tchekhov nouvelliste : le farceur, le psychologue, le peintre de moeurs, le visionnaire.
    Cette réédition de quelques-unes des plus belles nouvelles de Tchekhov (il y en a beaucoup qui méritent ce qualifiquatif il est vrai) se veut au-delà du plaisir que l'on trouve à les lire un hommage à leur traducteur : Boris de Schloezer.
    Grand admirateur de Tchekhov il tint dès 1926 à louer les qualités exceptionnelles du grand écrivain russe en rédigeant pour ce recueil une lumineuse préface qui va au coeur de l'oeuvre de l'auteur d'Oncle Vania. Ainsi a-t-il à coeur de souligner le « ton discret, égal, sans le moindre éclat, qui n'appartient qu'à lui (Tchekhov) et qui le situe dans la ligne de Pouchkine et Lermontov ». Parallèlement il mit ses qualités de traducteur au service des quelques nouvelles reproduites dans ce livre. Chefs d'oeuvre parmi les chefs d'oeuvre.

  • La jeune fille en bleu, une miniature de grand prix de Gainsborough, a disparu. Homer Pyle, avocat d'affaires new-yorkais et poète à ses heures, soupçonne sa soeur, Mrs. Clayborne, qu'il sait quelque peu kleptomane. Le propriétaire de l'oeuvre, Willoughby Scorpe demande à son frère Crispin (chef de la famille mais ruiné) de l'aider à la récupérer. Mais Crispin, amoureux de l'intéressée, refuse.
    Jerry West, le neveu de Willoughby, auteur de bandes dessinées désargenté car son oncle a la haute main sur sa fortune, bien que fiancé à la superbe Vera Upshaw, tombe amoureux de Jane Donahue qui vient d'hériter d'une fortune. Willoughby le charge alors, s'il veut avoir son argent, de récupérer la miniature.

  • Croisière est l'un des titres français qui a été donné à The Voyage Out, le premier roman de Virginia Woolf, publié au Royaume-Uni en 1915 par son demi-frère, l'éditeur Gerald Duckworth, puis aux États-Unis en 1920 par Doran.
    C'est un roman de satire sociale, l'un de ceux dans lequel Virginia Woolf montre le plus d'esprit. Rachel Vinrace, en s'embarquant pour l'Amérique du Sud, part à la découverte d'elle-même, dans une version moderne du voyage initiatique.
    En longeant les côtes du Portugal, le capitaine est contraint de prendre à son bord Richard et Clarissa Dalloway. Ce couple qui gravite dans les milieux les plus huppés impressionne Rachel, surtout séduite par l'assurance de Clarissa en qui elle voit une femme accomplie. Le vernis se fendille toutefois un peu quand Mr Dalloway tente de lui ravir un baiser.
    Les Dalloway quittent le navire à une escale. Rachel reste perplexe.
    Sa tante, Mrs. Ambrose, femme posée et intelligente et qui a pour sa nièce des attentions maternelles, s'aperçoit des émois de Rachel. Elle convainc le père de Rachel de la lui confier une fois arrivés en Amérique du Sud.
    Elle y possède une villa dans les montagnes dominant l'hôtel où les Européens descendent. Elle accorde à sa nièce une vaste chambre et des heures de tranquillité pour s'adonner à la lecture et à la musique. Mais c'est sans compter sur les jeunes gens qui montent de la vallée pour rendre visite à Rachel ou qui viennent à tout moment lui proposer de prendre le thé.
    Rachel fréquente ces riches oisifs, en majorité britanniques, dont l'activité principale se limite au commérage et à la médisance. Mais, peu aguerrie à ce jeu de société, elle accumule les déconvenues. Elle fait toutefois la rencontre de Terence Hewet et sent poindre en elle un sentiment amoureux timidement partagé. Sur ces entrefaites, pour secouer la monotonie des jours, une excursion est organisée sur le fleuve qui s'enfonce à l'intérieur des terres sauvages. Rachel et Terence sont du voyage. Au retour, la jeune fille tombe gravement malade.

  • « J'ai reçu le quatrième volume de Tolstoï. Comme Antée, là où il est en contact avec la terre, il retrouve ses forces et c'est alors merveilleux. » Tourguénev.
    Tolstoï a été successivement dominé dans sa vie passionnée par plusieurs préoccupations maîtresses : l'oeuvre religieuse, l'oeuvre scolaire, l'oeuvre sociale, l'oeuvre paysanne. Aussi, avec la ferveur qu'il a jusqu'à la fin apportée à toutes ses entreprises, se consacra-t-il, de 1859 à 1872, aux questions scolaires, à l'oeuvre de l'éducation du peuple. Le résultat littéraire en sera la composition de l'Abécédaire, incluant ces Quatre Livres de lecture dont nous publions la première traduction française qui respecte l'ordre souhaité par l'auteur.
    De retour dans son village natal Isnaïa Poliana, après avoir démissionné de l'armée en 1849, Tostoï ouvrit en effet une école pour les enfants de la campagne afin de s'adonner tout entier à sa passion d'enseigner. Un maître dans la force de l'âge, habile à tous les travaux des champs, qui avait vécu au Caucase, qui rentrait de la guerre : voilà qui devait immédiatement séduire la jeunesse. Tolstoï et ses élèves devinrent très vite inséparables.
    Un livre tiré de cette expérience paraîtra trois ans plus tard ; ce sera cet Abécédaire, énorme manuel de 756 pages, actuellement introuvable, qui comprenait une méthode pour apprendre à lire et à compter, des textes historiques en vieux russe, des épisodes des Saintes Écritures, et d'où seront plus tard extraits les Quatre Livres de lecture.
    « Je sais son immense supériorité sur tous les autres livres, je n'attends pas le succès. Cela me laisse indifférent que l'Abécédaire ne marche pas. Je suis si certain d'avoir élevé un monument en l'écrivant ! », écrira-t-il à son ami, le critique Strakhov en 1872. Mais si le succès s'est bien fait attendre presque dix ans, il ne s'est pas démenti depuis lors. À la mort de l'auteur, on touchait à la trentième édition.
    « Tolstoï, dans ces Quatre livres de lecture, a voulu simplement composer un recueil de récits gradués, accessibles à tous. Il a cherché à y éviter toutes les inexactitudes, toutes les exagérations. Des entrées en matière rapides :
    Une courte phrase y suffit. Point de moralité à la fin d'une fable. Surtout point de conclusion éloquente : une forme brève. Tolstoï a toujours aimé les histoires, il en a conté jusqu'à la fin. Il a été, de notre temps, même avant d'entrer dans la légende à son tour, la personnification des forces intellectuelles et morales de son peuple et le défricheur spirituel d'une âme tourmentée » Charles Salomon, son ami et traducteur, dans l'introduction de l'édition française originale, 1934.

  • À travers ce témoignage, c'est toute l'histoire de la naissance de l'État d'Israël et d'un peuple qui retrouve sa patrie perdue après une errance de deux mille ans que retrace Arthur Koestler.
    La communauté socialiste d'Ezra s'est établie sur une colline aride et désertique. Il faut lutter sans cesse, d'abord contre les Arabes pour conserver cette parcelle de terre « symbole », puis contre les intempéries, la maladie, la solitude et le découragement. Il faut survivre pour montrer aux autres nations qu'un État nouveau peut ressurgir de ce désert.
    Telle est la volonté des habitants de ce kibboutz, chassés, persécutés par la vague d'antisémitisme qui déferla sur l'Europe nazie.
    C'est cette lutte que retrace Koestler, mais c'est aussi un livre qui dénonce tous ceux dont l'indifférence face au fascisme a permis les persécutions et l'horreur.

  • Rex Warner nous présente Périclès vu et dépeint par son ami de toujours le philosophe Anaxagore de Clazomène et évoque la figure extraordinairement attachante de Périclès entouré des grands hommes de son temps :
    Sophocle, Eschyle, Thémistocle, Phidias.
    Ce récit a le charme et la vie du roman, sans rien perdre de la rigueur et de la fidélité de l'Histoire. Il fait songer à la façon à la fois familière et magistrale avec laquelle Marguerite Yourcenar traita le portrait d'Hadrien.
    Extrait du prologue : « Vous me faites grand honneur, mes amis, en me demandant de relater, pour des générations à venir, les pensées et les actions de Périclès l'Athénien dont nous venons d'apprendre la mort. Pour deux raisons au moins je me réjouis d'accepter. Non seulement Périclès fut mon élève et mon ami ; il m'a sauvé la vie ; sans lui, jamais je n'aurais pu gagner cette charmante cité de Lampsaque. Dans la mesure de mes moyens, il est donc juste que je veuille célébrer et rendre immortel un homme à qui je dois tant, et pour qui j'éprouve tant d'estime. Mais en dehors de ces considérations personnelles, d'autres raisons plus générales m'incitent à écrire la vie de ce grand homme. Parmi tous les Grecs de notre temps, il sera tenu, je crois, pour le plus hardi, le plus énergique et le plus intelligent. Ainsi, mis à part son charme personnel et l'éclat de ses réussites, Périclès est, pour le philosophe, un personnage important. »

  • 1933 : Hitler vient d'accéder au pouvoir. Le Dr Armin Müller, membre du parti nazi et professeur de lycée, se voit confier le soin d'écrire pour l'édification des masses, un ouvrage dégageant le « fil conducteur de l'histoire allemande ».
    Ce fil conducteur, où le Dr Müller le trouverait-il mieux qu'au sein de sa propre famille ? Quoi de plus allemand que la « lignée » des Müller ?
    Hélas, depuis Millesius, soldat germain incorporé de force dans les légions romaines et puni pour ivrognerie, les Müller n'ont pas toujours été aussi « purs » que le nazisme l'exigerait. Ils ont épousé des sorcières, des juives, commis au passage adultères, mésalliances et incestes...
    Et pourtant, quelle véritable « dynastie allemande » !
    Des êtres moyens, éternellement soumis, qui ne semblent s'être reproduits que pour servir de cobayes à toutes les folies des seigneurs de chaque époque.
    Disciplinés et dociles, ils ont tout pris pour argent comptant, même quand la monnaie était fausse. Les aventures colorées qu'ils vont vivre de père en fils, les catastrophes qu'ils vont subir, les folies qu'ils vont commettre ont toujours pour origine leur foi aveugle dans l'infaillibilité de leurs dirigeants. Et, à son tour, le bon Dr Amin Müller, nazi bon teint, ne comprendra pas qu'on finisse par s'en prendre à lui-même et à sa propre femme, ce modèle de la « bonne Allemande », dont le seul défaut est d'être juive...

  • Parmi les filleuls de Galahad, frère cadet de Lord Emsworth, filleuls qui sont généralement les enfants de ses vieux copains du Pelican Club, c'est au tour de John Halliday d'avoir des ennuis car sa fiancée, Miss Gilpin, vient de rompre leurs fiançailles. Comme Linda Gilpin séjourne au Château de Blandings, Galahad y introduira John sous un faux prétexte et l'ajoutera à la cohorte d'imposteurs qui l'infestent déjà au grand dam du pauvre Lord Emsworth qui rêve d'une vie tranquille passée à dorloter sa truie de concours, l'Impératrice de Blandings.

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