Editions B2

  • Quarante ans après l'Exposition internationale de Paris en 1937 - qui avait vu le Pavillon soviétique faire face à celui du Reich - en 1967, Leonid Brejnev fait désormais face à Lyndon Johnson à l'Expo Montréal '67. Faisant face au Pavillon américain de Buckminster Fuller, le pavillon soviétique en prend le total contrepied. Conçu par Mikhaïl Posokhine, éminence grise du Kremlin en matière architecturale, la halle prolétarienne et kolkhozienne expose ses évidents miracles techniques et économiques.

  • Architecte dessinateur solitaire, Lequeu (1757-1826) invente à ses heures de repos une collection variée d'architectures étranges ; une ville rêvée diffuse dans un territoire fabuleux. Rejeté par ses contemporains, mais certain de faire oeuvre, il étend à l'intime ses investigations graphiques, de l'autoportrait à l'exploration du corps féminin, traçant à sa façon un tableau unique de son époque. Il était temps, après plus d'un siècle d'oubli et plusieurs décennies d'interprétations hasardeuses, d'inscrire enfin cet artiste hors pair dans l'histoire de l'art de la période de la Révolution, comme le propose ce petit guide, qui passe au crible les travaux anciens et actuels et revisite en profondeur une production qui reste encore à découvrir. Laurent Baridon, Jean-Philippe Garric et Martial Guédron sont les commissaires scientifiques de l'exposition « Jean-Jacques Lequeu, bâtisseur de fantasmes », présentée au Petit Palais du 11 décembre 2018 au 29 mars 2019, avec le soutien de la Bibliothèque nationale de France.

  • Le film Glass House, héritier des contreplongées spiralées du Monument à la IIIe Internationale de Tatline et contemporain de la créativité filmique d'Octobre aurait dû mettre en abyme l'Architecture et le Cinéma. Fils de l'architecte Mikhaïl Eisenstein, Sergueï Eisenstein (1898-1948) réinvente la transparence de l' espace cinématographique . Mais comme constructiviste et homme de théâtre, il entendait également scénariser la dystopie capitaliste par le biais d'une transformation sociale inspirée par les tours de verre de Mies van der Rohe et Frank Lloyd Wright.

  • Qui furent les centaines de milliers de zeks qui construisirent Norilsk, ville la plus froide et septentrionale du monde, mais aussi site minier le plus pollué de Russie ? Cet ouvrage propose d'éclairer le parcours étonnant et méconnu de Kévork Kotchar et Mikael Mazmanian, deux de ses architectes, issus du courant constructiviste soviétique et victimes de la répression stalinienne. Leur mission : urbaniser le permafrost du camp Noril'lag où ils furent déportés à la fin des années 1930, afin de répondre aux défis posés par la construction d'une ville coupée du monde - à laquelle aucune route ne conduit encore aujourd'hui.

  • Créé en novembre 1953, six mois après la guerre de Corée, Playboy va poser les bases d'un empire de « playmates bunnies » et atteindre un tirage mensuel d'un million d'exemplaires dès 1956. C'est aussi l'environnement de l' « homme moderne » que son fondateur Hugh Hefner entend promouvoir : en alternative des paisibles communautés suburbaines de l'après-guerre, mais aussi en complément des 33 clubs Playboy, d'abord dans les downtowns américains puis au sein du village global sillonné par le célèbre jet privé noir, le DC9 Big Bunny.

  • Avec sa silhouette iconique de Babel des Temps modernes, on croit toujours se souvenir du Monument à la IIIe Internationale de Vladimir Tatline. Pourtant, notre esprit ne retient souvent de cette Tour Tatline jamais réalisée que la maquette présentée au public, alors qu'il s'agit d'abord du modèle réduit d'une anti-Tour Eiffel non réalisée. Bien plus élevée que les 160 m de la Tour Chouknov, commandée par Lenine pour diffuser la parole communiste, cette tour constructiviste de 400 m aurait dû incarner un monument socialiste et une oeuvre d'art cosmopolite totale, à la fois promenade cinématique, centre d'émission radio et haut-parleur d'amplification de la voix de Moscou pour le monde prolétarien.

  • À la mort de Lénine en 1924, les mouvements de l'avant-garde architecturale, dont le constructivisme, vibrent à l'unisson de la Révolution de 1917. Depuis 1921, ils apportent leur écot à la Nouvelle Politique Économique, au Plan d'électrification de l'URSS et essayent de définir une " esthétique communiste " au service du prolétaire et de la kolkhozienne. L'Union Soviétique, l'Allemagne et les États-Unis forment alors la troïka de l'Internationale moderniste. Le premier plan quinquennal est lancé en 1928. Villes nouvelles et chantiers industriels tournent à plein régime. Davantage préoccupé par ces grands chantiers, Staline semble se désintéresser de l'enjeu architectural. Pourtant, à partir du concours pour le Palais des Soviets (1932) et de l'adoption du Plan Général de reconstruction de Moscou (1935), la Rome éternelle va devenir, au prix d'un face-à-face avec l'Italie fasciste, un " modèle " de réalisme socialiste inattendu...

  • De la Prohibition américaine sur les jeux et l'alcool dans les années 1920 à l'arrivée de Fidel Castro en 1959, Cuba accueille, bien avant Las Vegas, un glissement progressif du plaisir qui, d'antichambre du vice de Miami au tourisme familial, transforme la dictature du général Batista en un ludique et balnéaire parc à thème. Une Cythère de l'American Way of Life, une pure vacance offshore, une plateforme du loisir en voie de massification. Après ses premiers succès au Fontainebleau (1954) et à l'Eden Roc (1955), l'architecte Morris Lapidus - le kitchissime maître du " bon goût " - et quelques autres seront les principaux promoteurs de ce too much is more ! Tout n'y est alors que jour sans fin : rhum Bacardi au pied d'hôtels-chantilly ou au bord de leur piscine-haricot. À l'ombre des palmiers, rien de nouveau...

  • Ce petit livre apporte une perspective critique sur la Marina Baie des Anges, complexe architectural construit entre 1969 et 1993 par André Minangoy. Sur de vastes terrains en bord de mer, quatre bâtiments attenants à un port de plaisance sont construits dans l'ordre suivant, entre avant-gardisme et giga,tisme architectural : l'Amiral, le Commodore, le Ducal et enfin le Baronnet. Face à la forte hausse de la fréquentation touristique dans les années 1960, le projet visait à pallier un manque d'hébergements de vacances sur la Côte d'Azur.

  • Avec crainte ou fascination pour l'Autre et l'Ailleurs, humanisme, exotisme et zoos dialoguent depuis longtemps dans l'histoire de l'Occident. Que l'animal selon Heidegger soit " pauvre en monde " ne dépare nullement la distance maintenue entre le sauvage primitif et son " inventeur " scientifique ou colonial. Mais, ainsi exploré et reconstruit, l'homme serait-il vraiment devenu un singe affranchi de sa cage ontologique ? Ne serait-il pas l'architecte ayant fait du monde un parc animalier presque sous contrôle ? Et si, par-delà les premières ménageries de la Renaissance, il y avait eu au moins trois autres " humanismes " du zoo : celui des zoos anthropologiques du Jardin d'Acclimatation ; celui de la condition animale d'après-guerre, si interrogatifs au regard des camps du IIIe Reich ; et celui d'un " jardin planétaire " artificiel pour animaux sauvages, Pangée 2.0 sur le thème de leur disparition et, avec eux, de la nôtre ?

  • Face à Trouville - sa rivale de toujours - Deauville est d'abord une spéculation balnéaire du Second Empire, allotie sur un terrain plat et sur un plan quadrillé. Mais elle est ensuite un jardin des modes, un lieu d'apparat et d'exhibition où aiment à parader belles de jour et nouveaux riches. En s'en faisant les promoteurs, c'est ce que comprendront quelques hommes d'affaires avisés. Là où la verve de Michel Georges-Michel déploie les chroniques mondaines du Traité de Versailles à la Crise de 1929, Boris Veblen en restitue la perspective du duc de Morny à nos jours, tandis que Paul Smith nous en dévoile certains codes du " charme discret " ou des " signes extérieurs de richesse " à travers l'automobile et l'architecture de Georges Wybo...

  • Ce recueil rassemble pour la première fois trois études consacrées à l'édification, pendant un siècle (1840-1940), d'une des premières stations balnéaires de France : Trouville. De la Monarchie de Juillet au Front Populaire, s'y joue chaque été une " comédie humaine ", modèle réduit - en haute saison et à 200 km de la capitale - de la société parisienne " les pieds dans l'eau ". Si la villégiature aristocratique et bourgeoise conforte le pouvoir de grandes familles et de certains notables locaux, le chemin de fer, la rivalité avec Deauville et les effets de modes en modifieront profondément la sociologie. À quoi s'ajoute, sous les effets des bains de mer et de soleil, un fascinant aperçu de l'histoire du sensible...

  • Immeuble qui demeura " le plus grand et le plus haut du monde " pendant 40 ans, l'Empire State Building fut, en son temps, l'opération immobilière de tous les records : 16 mois de chantier pour 200.000 m2 et 380 m de haut. Un article de Fortune en 1930 le décrit comme " un prisme bizarrement taillé, délimité d'un côté par 7.800 m2 de terrain et plafonné de l'autre par un budget de 35 millions de dollars ; les autres facettes en [sont] : la loi de décroissance des rendements, celles des caractéristiques physiques des structures en acier, les exigences des ordonnances du zonage et une mise à disposition locative au 1er mai 1931 ". Malgré son statut d'exception, Carol Willis montre que le mastodonte répondait aussi à une règle architecturale bien américaine - selon laquelle la forme suit (d'abord)... son financement.

  • Le 16 juillet 1929, l'aristocrate Charles de Beistegui passe commande à Le Corbusier d'un appartement-terrasse au n°136 des Champs-Élysées -  l'ancien hôtel particulier de sa grand-mère. Membre de la haute bohème cosmopolite des Années folles, ce jeune dandy entend s'inspirer des fêtes légendaires se déroulant dans le penthouse de Condé Nast sur Madison Avenue (1925), et relatées dans les titres à la mode lui appartenant -  dont Vogue et Vanity Fair. Mais pour Wim van den Bergh, la «  machine à amuser  » dont rêve Beistegui (avec périscope et baie motorisée), aurait aussi à voir avec le château et la «  petite maison  » Art Déco réalisés par Robert Mallet-Stevens pour ses amis Paul Poiret «  Le Magnifique  » (1921-1923, inachevé) ainsi que Charles et Marie-Laure de Noailles (1923-1933)...

  • Ronchamp, DS Citroën, Spoutnik, Atomium et stéréophonie  : les Trente Glorieuses n'en sont qu'à leur mitan et en cette année 1958, le Mon Oncle de Jacques Tati le prouve au même titre que le Mode d'existence des objets techniques de Gilbert Simondon, le Centre des nouvelles industries et technologies (Cnit) à La Défense ou l'Exposition universelle se tenant à Bruxelles. À l'invitation de la marque Philips, c'est justement le moment que choisit le vieux Le Corbusier (70 ans) pour passer ses «  murs du son  ». Pour ce faire, il compose une oeuvre d'art totale avec la complicité d'Edgard Varèse et de son jeune collaborateur, Iannis Xenakis. Prend alors forme un projet fou -  celui d'un «  poème électronique  » où l'espace se compte en secondes et l'odyssée humaine en quelques images...

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