Sciences humaines & sociales

  • Philippe Jaccottet n'a que dix-sept ans lorsqu'il rencontre pour la première fois Gustave Roud.
    Il trouve en cet homme qui pourrait être son père une écoute d'exception, toujours disponible, généreuse, impatiente d'échanges et remplie de gratitude pour leur amitié naissante. Cette rencontre aura pour Jaccottet une portée décisive. Dès le départ, Roud fait figure de maître : il conduit, rassure, conseille son jeune ami. Jaccottet lutte contre le découragement et la difficulté d'être ; cherche une place, une voix, entre morosité et nihilisme, ardeur et accablement.
    Lorsqu'il s'essaie à écrire, il hésite entre l'écriture dramatique, le poème en vers et la prose. Roud l'aide à trouver confiance, à se comprendre dans ce qu'il a de meilleur. En homme de métier et de maturité, Roud ouvre ainsi au jeune Jaccottet, de la manière la plus naturelle, les portes de son univers. Mais pour Jaccottet, au-delà de ces précieux échanges, Roud est avant tout un poète dont l'oeuvre le bouleverse.
    Non pas celui qui sait et qui professe : mais un poète qui doute, qui écoute et qui cherche ; infatigable marcheur sur des routes infinies, le plus souvent nocturne et solitaire, frère du Rimbaud des Illuminations ; un poète de l'errance, mais une errance obscure, aux frontières du jour et de la nuit, en quête d'une transcendance perdue dont seules quelques intuitions fulgurantes seraient garantes ; poète de la séparation, et du questionnement.
    J.-F. T.

  • Avec la fondation de La NRF en 1909 et du théâtre du Vieux-Colombier en 1913, André Gide, Jacques Copeau et Jean Schlumberger, oeuvrant ensemble au renouveau de la littérature et du théâtre, n'ont cessé d'appliquer l'art de la mise en scène dans leur vie comme dans leur oeuvre. « Le théâtre ne m'intéresse pas assez pour que je me donne vraiment de la peine », écrit pourtant un Gide qui, bien que grand connaisseur du théâtre classique et admirateur de l'oeuvre puissante de Claudel, demeure réticent à l'expérience de la représentation scénique. Le théâtre reste toutefois pour lui l'un des lieux où peut s'exposer le drame intime, s'adonnant ainsi à l'écriture dramatique avec Le Roi Candaule, Sau¨l et un inachevé Curieux malavisé d'après Cervantès, et conversant avec son ami Jacques Copeau sur les questions de mise en scène et de jeu. Le théâtre du Vieux-Colombier lui offre également, dans la lignée de La NRF, un lieu de rencontre avec le public. Conférences, lectures et matinées théâtrales voisinent au programme de la salle avec le répertoire classique et contemporain. De là vient le célèbre essai en miroir de Gide sur Dostoïevski, issu de six causeries prononcées au Vieux-Colombier. Quant à Jacques Copeau et à sa troupe, ils bénéficieront de l'attention et de l'appui durables de Jean Schlumberger, dont l'écriture romanesque fut gagnée, de son propre aveu, par la théâtralisation.Les contributions du présent recueil, s'appuyant sur des documents des fonds André Gide et Jean Schlumberger de la Fondation des Treilles, montrent l'implication des trois hommes dans cette entreprise de rénovation active et de réflexion. Elles sont suivies de quelques lettres inédites échangées entre Jacques Copeau et Jean Schlumberger.

    Ouvrage collectif de Serge Bourjea, Laurent Gayard, Patrick Kéchichian, Robert Kopp, Frank Lestringant, Michel Leymarie, Pierre Masson, Peter Schnyder et de David H. Walker. Édition de Robert Kopp et Peter Schnyder.

  • Ce volume corrige, complète et approfondit les lettres de Céline à Pierre Monnier publiées dans le Ferdinand Furieux (L'Age d'homme, 1979) de ce dernier. Si le récit de Monnier n'est pas repris, 325 lettres sont ici réunies, contre 313. Cette correspondance retrace la résurrection éditoriale de Céline, de Denoël à Gallimard, grâce au courage et à l'abnégation de Pierre Monnier.
    Après 18 mois de prison, Céline, exilé au Danemark, vit dans une chaumière prêtée par son avocat Thorvald Mikkelsen. Menacé d'extradition, en conflit avec Denoël, il n'a rien publié depuis Guignol's band en 1944. Tout en écrivant Féérie pour une autre fois, il cherche désespérément à faire rééditer ses livres. La providence a pour nom le caricaturiste Pierre Monnier, qui a profité de la tournée d'un groupe folklorique en septembre 1948 pour venir le rencontrer. De retour à Paris, Monnier est résolu à mettre fin par tous les moyens à ce scandale éditorial. Via Charles Frémanger, des Éditions Froissart, il réussit à republier Le Voyage sous le manteau en Belgique (1949). Puis il décide de créer sa propre structure d'édition, « Frédéric Chambriand ». Le résultat est concluant, Céline est satisfait, mais Casse-Pipe et Mort à crédit reparaissent dans une certaine indifférence.
    Pierre Monnier sert également à Céline de courroie de transmission avec les avocats Naud et Tixier-Vignancour qui tentent d'obtenir son amnistie. En 1950, il prépare l'arrivée de l'écrivain chez Gallimard, obtenant la réimpression de tous ses romans et la publication de sa nouvelle oeuvre, Féérie pour une autre fois. Une fois le non-lieu obtenu, en 1951, l'écrivain rentre en France. La résurrection de Céline peut commencer, même si sa saison au purgatoire (notamment dans la presse) n'est pas encore tout à fait terminée.

  • Grand couturier, mécène perspicace, Jacques Doucet constitua dans les années vingt une Bibliothèque Littéraire d'une richesse unique.
    Aragon, qui fut son conseiller, y figure par de très nombreux manuscrits. On lira ici tous ceux qui restaient inédits pour la période 1917-1931 : correspondance avec Doucet lui-même, protecteur indulgent que le poète ombrageux finit par rejeter, - lettres à des destinataires aussi divers qu'Adrienne Monnier, Tzara, Max Jacob, Natalie Barney..., - échanges fascinants avec André Gide, - journal d'une amitié rompue avec Jean Cocteau, - lettres de Jean Paulhan...
    Et tout un éventail de textes inédits ou retrouvés : critiques destinées au mécène, billets d'humeur suscités par l'actualité littéraire, etc. Ces écrits nés aux carrefours de multiples rencontres recréent par leurs échos mutuels une étonnante unité. Ils sont une mine de documents pour l'histoire d'une période charnière, de Dada au surréalisme. Ils enrichissent la biographie d'Aragon de maints jalons fiables, et nuancent un portrait complexe, où s'allient fragilité et confiance en soi, sensibilité théâtrale et souveraine insolence, optimisme et désespoir.
    Lettres ou chroniques attestent le même bonheur d'expression, la pensée naît frémissante au fil de la plume, car " nous ne pensons rien que nous ne l'ayons écrit au préalable " - ceci proclamé cinquante ans avant les Incipit. Epistolier charmeur ou griffu, lecteur incisif, polémiste étincelant dans la vindicte ou l'éloge : tout l'arc-en-ciel du premier Aragon, d'Anicet au Traité du style, se déploie dans ces pages.

  • En ce début d'année 1985, Jean Dubuffet, qui a cessé de peindre, partage désormais son temps entre le dessin et l'écriture.
    Du 12 février au 25 mars, il se consacre à la rédaction de son autobiographie, qui sera son dernier écrit. Il meurt chez lui à Paris, le 12 mai, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Rédigée "au pas de course", ce dont témoignent à la fois sa forme et son style, cette biographie nous raconte les années de jeunesse de l'auteur passées au Havre, son éducation, son amitié pour Georges Limbour, ses hésitations de jeune homme, ses allées et venues entre activités artistiques et activités commerciales, entre passion et raison.
    La rencontre avec Jean Paulhan, en 1943, sera décisive. Eluard, Guillevic, Ponge, Fautrier et Queneau fréquentent tour à tour son atelier. Jean Dubuffet fait soudain l'objet d'une notoriété dans les cénacles littéraires puis bientôt dans le milieu artistique : sa première exposition à la Galerie Drouin fait l'effet d'une bombe ! Il se lie avec Henri Michaux, participe au comité de soutien pour Antonin Artaud, fonde la Compagnie de l'Art brut avec André Breton, défend Louis-Ferdinand Céline lors de son procès.
    Ce récit intime et passionnant est celui d'un " homme du commun " devenu artiste qui, arrivé au soir de sa vie, nous raconte son parcours atypique et les anecdotes qui ont peuplé son aventure pendant plus de quatre-vingts ans. Cette nouvelle édition de la Biographie au pas de course est enrichie d'une quarantaine de documents d'archives. Elle a été publiée à l'occasion de l'exposition Jean Dubuffet, une biographie au pas de course, présentée à la Fondation Dubuffet à Paris, du 5 octobre 2001 au 12 janvier 2002, dans le cadre du centenaire de la naissance de l'artiste.
    Texte repris de l'édition originale inclus dans le tome IV de Prospectus et tous écrits suivants (Gallimard, Paris, 1995).

  • Textes choisis, établis et annotés par Éric Hoppenot, professeur agrégé de Lettres. Il enseigne à l'IUFM de Paris-Université Paris IV, est associé au Groupe de Recherches sur les Ecritures Subversives (Université autonome de Barcelone) et au groupe Modernités (Université de Bordeaux III) et dirige la collection "Compagnie de Maurice Blanchot" (Editions Complicités). Il a récemment publié plusieurs ouvrages, dont Levinas Blanchot penser la différence (Presses universitaires de Paris X) et Maurice Blanchot de proche en proche (Complicités).

  • " Marcel Proust n'interrogeait pas ; il ne s'instruisait pas au contact de ses amis. C'est à lui-même qu'il posait en silence de méditatives questions auxquelles il répondait ensuite, dans sa conversation, dans ses actes, dans son oeuvre... " Ainsi la poétesse Anna de Noailles répondait-elle dans ses souvenirs à la question qui traverse ce recueil d'études, chacune consacrée à un ami ou un groupe d'amis de l'écrivain : qu'attendait Proust de ses amitiés et qu'en fit-il, lui qui, les jours de tristesse, trouvait tant de réconfort à " aimer et être aimé " ? " Collant " aux yeux de ses camarades du lycée Condorcet, harassant pour ses amis éditeurs comme pour ses correspondants, menaçant pour ceux que sa sensualité, ses penchants sexuels, son indiscrétion ou ses stratégies affectives inquiétaient, le " visiteur du soir ", ainsi que l'appellera Paul Morand, eut souvent l'amitié abusive ; mais ses exigences avaient leur contrepartie : l'écrivain, généreux et fidèle en amitié, sut donner à ces relations intimes leur part d'éternité. Nous voici donc placés au plus près des grandes figures adolescentes, mondaines, ancillaires, littéraires et artistiques de la société proustienne, où les devoirs de l'amitié sont aussi ceux que se donne le créateur à l'égard de son oeuvre... " Rien du passé n'est perdu pour moi... ".

  • Les Mémoires de Paul Claudel furent vraiment improvisés.
    Jean Amrouche arrivait devant les micros de la Radiodiffusion française, avec ses questions, sa documentation, préparées de longue main, son habileté - et Claudel renversait tout, sur l'instant, dans la bonhomie certes, mais aussi dans la puissance de son tempérament léonin ; Amrouche ne s'estimait pas battu, revenait, insistait, avec une obstination et une maîtrise courtoise auxquelles on ne peut que rendre hommage.

    Il ne s'agit pas d'une suite d'interviews. Le mot français " entretiens " est plus conforme à l'esprit de cette longue conversation en quarante et un épisodes, au cours de laquelle Claudel, sommé de se livrer, le fait sans s'y résoudre complètement, mais apporte suffisamment de lui-même pour que cet ouvrage à peu près unique ait une très grande importance pour la connaissance, plus en profondeur qu'il n'y paraît, d'un immense auteur.

    A la lecture de ces pages en grande partie nouvelles, car l'édition de 1954 comporte de trop nombreuses erreurs de transcription et d'interprétation, on ne s'étonnera pas de trouver des " barbarismes ", des gaucheries (du moins qui apparaissent ainsi parce qu'elles sont imprimées) dues au langage parlé. Il n'est pas facile de s'accrocher au quasi-mot à mot. Nous n'avons pas voulu " rewriter ", comme on dit en franglais, Claudel ; Platon a transmis Socrate, mais Socrate n'écrivait pas ; seul Claudel pouvait récrire Claudel ; s'il n'en a pas vu la nécessité, il ne faut pas se substituer à lui mais le laisser parler, en rapportant ses propos d'aussi près que possible.

    Louis Fournier.

  • "Le critique dramatique, sans faire le moins du inonde abstraction de ses goûts personnels, se doit de comprendre qu'il existe deux sortes de théâtre que 1'on peut appeler, un peu simplement, théâtre de pensée et théâtre de distraction.
    Il doit admettre, quels que soient ses goûts, qu'il y a des gens pour qui le théâtre est un élément de la vie spirituelle, et d'autres qui ne veulent y trouver qu'un divertissement et que les uns et les autres sont respectables. Tout son soin consiste à aider ces gens à distinguer une pensée authentique d'une pensée tricheuse, un art vrai d'un art menteur, un divertissement de qualité d'un divertissement ignoble" (Jacques Lemarchand, Spectateur, 19 novembre 1946).
    Au lendemain de la Libération et jusqu'à la veille de mai 1968, Jacques Lemarchand (1908-1974) affirme, par ses chroniques dans Combat, La NRF puis Le Figaro littéraire, son rôle de veilleur attentif accompagnant l'émergence d'un théâtre nouveau (Adamov, Audiberti, Beckett, Duras, Genet, Ionesco, Vauthier, Vinaver...), d'observateur lucide de la scène théâtrale et d'éditeur consciencieux des textes d'auteurs dramatiques, dans la collection "Le Manteau d'Arlequin" qu'il dirige aux Editions Gallimard.
    Son oeuvre critique et son style personnel sont la marque d'une éthique rigoureuse et d'une grande richesse intellectuelle, que ce recueil permet de redécouvrir.

  • " Portrait d'une voix ", l'expression est d'elle, appliquée sur le tard à la longue lettre sans réponse d'Alexis, le premier roman.
    Les " Carnets de notes " de Mémoires d'Hadrien la reprennent, entre autres, au bénéfice de l'impérial monologue. On la retrouve dans ses entretiens. Ceux-ci n'ont pas été des monologues, Dieu merci. Mais davantage une voix irremplaçable. En introduction aux propos échangés avec Patrick de Rosbo, Marguerite Yourcenar définissait à sa guise la position type de l'écrivain qu'on interroge : " le voilà ici parlant tout bonnement et pensant tout haut ".
    Nous savons qu'il ne fallait pas la prendre totalement au mot. Elle a très vite exigé de revoir les transcriptions de ses entretiens et le fera minutieusement tant que ses forces le lui permettront. Pour les censurer ? Si elle l'a fait parfois, guettant surtout l'inexactitude, le véritable intérêt de son intervention était ailleurs : dans la volonté de préciser sa pensée. Ce que le terme de portrait peut faire entendre, quand il s'applique à l'écriture d'une voix.
    Il témoigne que, chez Marguerite Yourcenar, l'extraordinaire maîtrise de la parole, si elle ne va pas jusqu'au style " togé " des Mémoires d'Hadrien, est toujours une construction, formée aux disciplines de l'écrit : tout naturellement, pourrait-on dire, elle parle comme un livre. A ceci près que l'art de la conversation, chez elle, comporte bonhomie et humour. Mais elle a accepté d'exposer cette maîtrise, au sens où la soumettre aux questions et aux aléas du contact la manifeste en tant que maîtrise, et l'expose néanmoins à s'éprouver vulnérable.
    Toute maîtrise a sa fragilité, et on a pris l'habitude aujourd'hui de la dire en cela plus humaine ; mais il n'est pas moins humain de tendre à la raffermir, quand il s'agit de l'essentiel, ou de se borner à la rendre malicieuse ou cinglante, quand il s'agit d'éluder la curiosité ou l'indélicatesse d'autrui. M.D.

  • L'expérimentation a été la constante de la création dramatique de Jean Tardieu.
    Chaque " essai " apportait sa pierre à la construction d'un instrument neuf où il estimait retrouver la racine même de l'art théâtral. Les commentaires dont il ne manquait pas de les accompagner, notes, préfaces, à-propos, les reprises de son argumentation, les nuances de forme qu'il leur prêtait soulignent son souci d'en éclairer, d'en préciser le sens, et d'abord auprès des " amis-censeurs, écrivait-il, les quelques-uns dont l'opinion importe seule pour moi ".
    Il avait besoin d'obtenir leur adhésion et ressentait la difficulté de voir justement comprise son " entreprise ". Dans ses " Cahiers de jeunesse ", de seize à vingt ans, apparaissaient aussitôt la préoccupation et la volonté de rompre avec la " convention figurative et académique " du siècle et d'ouvrir des pistes. Il dénonçait le manque de vérité théâtrale qui avait choqué son esprit d'enfant spectateur devant les décors de carton-pâte du Châtelet.
    Lui, si ouvert aux novations contemporaines de la peinture et de la musique, était frappé par le retard de l'art dramatique sur les autres arts, " l'espèce de banalité, de faux réalisme, de formalisme académique de la comédie moderne ". La pratique quotidienne de la critique à partir de 1944, la fréquentation, d'un soir à l'autre, des salles parisiennes de boulevard accusèrent ce sentiment. Sans doute discernait-il le moyen d'échapper à toute esthétique réaliste, comme, plus tard, dans ses " essais " ou " gammes ", il partirait d'un " objet, emprunté à l'arsenal des "effets " de théâtre, " en laissant toujours entrevoir autre chose, à travers les actes et les paroles en apparence les plus naturels ".
    Suggérer la pensée secrète sous les discours de circonstance, établir des niveaux différents de réalité, jouer de la double perspective du cauchemar et de ce qu'il peut refléter de l'état de veille, le rendre sensible par des déformations vocales et insolites du langage, par le choix de mots courts et de monosyllabes. Autant d'esquisses d'une dramaturgie un quart de siècle avant de lui donner forme en scène.

  • « Le titre de cet ouvrage est emprunté au manifeste Dada de Philippe Soupault, Littérature et le reste (suivi de près par le second manifeste de sa plume, Machine à écrire Dada). Il est à prendre avec toute l'ironie et la distance implicites.
    Ces deux textes figurent dans "Vingt-trois manifestes du mouvement Dada", publié en 1920 dans la revue nommée par dérision Littérature qu'il dirigeait avec Louis Aragon et André Breton. Le titre de Soupault se réfère, comme celui de la revue, au dernier vers de L'Art poétique de Verlaine : "Et tout le reste est littérature".
    L'un des fondateurs du surréalisme, surréaliste dans l'âme jusqu'à son dernier souffle, pour autant Soupault ne s'est pas privé d'aller voir ailleurs. Il s'éloigne de Breton qui, avec Picabia, a déclaré la guerre à Dada. Il lui abandonne la direction de Littérature et crée La Revue européenne. Tout en contribuant aux revues surréalistes, il donne des textes à des revues "bourgeoises" en France et à l'étranger, des Feuilles libres à La Nouvelle Revue Française, de Broom à Poesia...
    Curieux de tout, pressé mais toujours disponible, il s'engage dans une activité littéraire multiforme de création et de critique, avec l'esprit d'indépendance, le mouvement perpétuel et les antinomies existentielles qui lui sont propres... enthousiasme et désinvolture, profondeur et légèreté, pureté et provocation, fidélité et goût irrépressible de la découverte. »
    Lydie Lachenal.

  • Saint-John Perse entretint un abondant courrier avec un grand nombre de personnalités du monde littéraire international. Dans ce volume nous présentons sa correspondance avec deux des plus grands poètes américains du vingtième siècle : T.S Eliot (1888-1965), lauréat du prix Nobel de littérature en 1948 ; et Allen Tate (1899-1979), critique et directeur de la Sewanee Review. Pendant un demi-siècle, les trois poètes s'écrivirent et se retrouvèrent. Leurs lettres, en anglais et en français, dispersées entre l'Amérique, l'Angleterre et la France et en grande partie inédites, se trouvent ici rassemblées et traduites pour la première fois. Cette correspondance à trois voix se prolonge et s'enrichit de pages où Eliot et Tate s'adressent à des tierces personnes et s'adonnent à des commentaires sur le « mélancolique Gaulois » qu'ils ne pourraient pas lui faire directement. Ces échanges offrent un contrepoint tour à tour touchant et amusant à la correspondance plus formelle entre hommes de lettres. Prises ensemble, ces lettres constituent une chronique de plusieurs vies qui s'enchevêtrent à l'horizon des courants littéraires, politiques et sociaux de leur époque. Elles révèlent les curieuses démarches qui menèrent au prix Nobel de 1960 et nous permettent d'entrer dans des amitiés d'une surprenante générosité, sans être exemptes de péripéties et de mystères. À travers ces échanges nous participons à la conversation entre trois grands poètes, avec tout ce qu'elle comprend d'ombres et de clartés, d'affections et de déceptions, de paroles et de silences.

  • Au départ, il y a ces bonheurs de lecture qu'on ne peut garder pour soi seul. Un enthousiasme si grand qu'il passe tout de suite dans le stylo et enflamme les notes, articles, chroniques, préfaces qu'on écrit sur des livres, des auteurs connus ou non qui vous ont fait respirer autrement. Confiés au fil des jours à des revues plus ou moins spécialisées, des journaux, des livres ou faisant cavalier seul, ces textes disparaissent à l'arrivée au fond d'une bibliothèque, d'un débarras, d'une cave. Empoussiérés, perdus et c'est misère. Jusqu'au jour où le coeur qui n'a pas perdu de son allant se souvient et décide de réunir les meilleurs à la bonne franquette, c'est-à-dire, au mépris de toute hiérarchie, dans une voiture - ce volume - pour une bonne promenade au grand air. Avec l'espoir de redonner à chacun ses couleurs, sa vitalité et, si possible, quelques lecteurs de plus.
    G. G.

  • Rares sont les correspondances inscrites au carrefour des sphères artistique, littéraire et éditoriale.
    Les plus de six cents lettres qu'ont échangées, de 1944 à 1968, Jean Dubuffet et Jean Paulhan, outre qu'elles étonnent et réjouissent par la richesse, la vigueur et l'intérêt jamais démenti de leurs propos, font à ce titre figures d'exception par l'étendue du champ qu'elles embrassent jusqu'à faire d'elles un remarquable panorama saisi sur le vif de la vie intellectuelle, politique et culturelle de l'immédiat après-guerre.
    Cette singularité, elles la doivent d'abord à l'identité des deux correspondants. D'un côté, l'un des artistes les plus importants et controversés de la seconde moitié du XXe siècle, peintre, dessinateur, graveur, sculpteur, architecte, homme de théâtre, écrivain, musicien ; de l'autre, un écrivain, essayiste, critique d'art, éditeur, directeur de La NRF, la plus importante revue littéraire de la première moitié du XXe siècle.
    Si la qualité d'une correspondance tient d'abord à celle de ses auteurs, on conviendra que l'on est ici assuré d'en lire une de tout premier plan. Mais pour échapper au simple statut d'archives, fussent-elles de première main, encore faut-il qu'une écriture vienne sans cesse délivrer l'échange de son seul avenir de document. Or Paulhan et Dubuffet sont tous deux de redoutables et prolixes épistoliers.
    Si chaque lettre est écrite dans le souci de son destinataire, elle l'est donc aussi dans le souci des moyens dont elle use, de la langue et du style - de sorte qu'elle déborde le cadre de l'échange où elle est inévitablement prise pour offrir à chacun un plaisir de lecture qui, sur une période de plus de vingt ans, n'est jamais trahi. L'amateur aura ainsi celui de découvrir les bonheurs d'écriture de Dubuffet ; le curieux aura accès à une source précieuse d'informations sur l'invention de l'Art Brut, la création des Cahiers de la Pléiade, la genèse des textes et des oeuvres de jean Dubuffet ; le connaisseur sera surpris par l'étendue et la profondeur de champ du tableau de la vie intellectuelle parisienne.
    Amateur, curieux ou connaisseur, le lecteur sera en tout cas sensible à une relation passionnelle et conflictuelle, à un rapport de force subtil où la sincérité et la violence du sentiment n'excluent pas le jeu des intérêts.

  • «Ces pages d'atelier sont constituées d'inédits. Recueil de textes aboutis, mais conservés sous le boisseau, de textes encore en chantier, d'archives génétiques, elles accompagnent à plus d'un titre les deux volumes d'oeuvres complètes parus dans la «Bibliothèque de la Pléiade», où figure tout ce qui a connu, avec l'aval de Ponge, «le jour de l'impression» selon l'expression de Boileau. [...] On y découvre dès les années 20 une importante activité scripturale dont la partie publiée donnait d'autant moins la juste mesure qu'ils étaient dispersés dans plusieurs recueils ; elle relevait à la fois de l'ordre poétique et de l'ordre autobiographique propre à une conscience qui réfléchit sur sa vocation et son avenir. Déjà s'y révèle un esprit pour lequel les questions proprement poétiques ou littéraires s'inscrivent dans des préoccupations plus vastes, de nature morale, sociale, philosophique. Après les précoces tentatives d'analyse personnelle, viendront les regards rétrospectifs sur l'oeuvre, et les tentatives de bilan.» Bernard Beugnot.

  • Les lettres réunies ici, lettres d'amitié ou d'intimité et dont plus de cent sont inédites, ne résolvent pas l'énigme de Louis-Ferdinand Céline, mais elles l'éclairent. Chacune des correspondantes a un caractère différent, appartient à un monde différent, mais elles ont en commun le fait que Céline a fait d'elles un public privilégié devant qui il pouvait s'ouvrir de façon spontanée. Il en résulte pour le lecteur un être complexe, certes, et parfois désagréable, mais toujours vivant, incarné. Céline y révèle tout le paradoxe de sa personnalité à la fois irréductible et fidèle, brutale et tendre.
    Ses commentaires - que ce soit sur la vie privée ou sur les troubles des années trente - trahissent ses préjugés en même temps qu'ils témoignent de sa finesse et de sa lucidité. Et, derrière l'ensemble, se dresse la figure angoissée d'un homme de plus en plus réduit à la solitude par le génie artistique qui éclot en lui.

  • Grâce aux 448 lettres qui composent la correspondance échangée par Gaston Chaissac et Jean Dubuffet entre 1946 et 1964, on est à même aujourd'hui de prendre la mesure de cette relation sur laquelle on a beaucoup écrit, beaucoup glosé, souvent dans l'ignorance de ce qu'elle avait été réellement. Comment aurait-il pu en être autrement en l'absence de la publication de ce corpus, certes incomplet, mais suffisamment riche pour cerner la personnalité de ces deux hommes, en apparence, si dissemblables ?
    Dubuffet, qui se passionne depuis 1945 pour « l'art des fous » et des autodidactes, est - au moment où il découvre Chaissac - en pleine élaboration de son concept d'art brut. Il est stupéfait de l'originalité du personnage, rencontré grâce à son ami Jean Paulhan. Chaissac qui, de sa Vendée lui envoie des lettres et des oeuvres dans lesquelles abondent la trouvaille formelle, le rapprochement imprévu des formes et des mots, l'audace et la spontanéité, a de son côté écrit une page sur La peinture rustique moderne, proche des préoccupations de celui qui va devenir l'un de ses principaux interlocuteurs.
    De cette notion d'art brut, Chaissac s'en agacera autant qu'il en jouera, comme le montre plusieurs lettres publiées ici. Stratège fin et ombrageux, s'interrogeant sans cesse sur le bienfondé de ses entreprises, Chaissac est tout, sauf un autodidacte et un naïf. Il est un artiste et un écrivain que Dubuffet saura reconnaître.
    Si cette correspondance, véritable dialogue d'homme à homme, de créateur à créateur, souligne les différences d'origine, de formation, de manière de vivre des deux artistes, elle laisse à voir également tout ce qui les réunit. Un même goût pour la transgression qu'elle soit d'ordre verbal ou pictural, un même rejet de la banalité et du tout prêt, un même esprit inventif et expérimentateur qui ne trouve à s'épanouir que dans la création.
    Édition établie et annotée par Dominique Brunet et Josette-Yolande Rasle, éditeurs de plusieurs correspondances de Chaissac

  • Aragon doit à son exceptionnelle longévité, que d'aucuns n'hésitent pas aujourd'hui à lui reprocher, comme ils font plus ou moins grief à Jean Paulhan de n'avoir pas été fusillé avec ses camarades du réseau du Musée de l'Homme, d'avoir eu, comme on dit, le dernier mot, au terme de cette traversée du temps qui s'acheva pour lui avec la disparition, en 1966, de son contemporain André Breton, et la mort, en 1968, de l'auteur du Guerrier appliqué, du Pont traversé et des Fleurs de Tarbes, son aîné de treize ans. L'article qu'il lui consacra dans Les Lettres françaises du 16 octobre 1968 - «Le Temps traversé» - prend tout naturellement la suite de ceux - «Lautréamont et nous» - qu'il avait consacrés l'année précédente à la «génération de 1917», et au souvenir de sa rencontre avec André Breton. Il s'éclaire de leur dialogue épistolaire, où l'on trouvera comme un avant-goût ce que pourrait être leur «correspondance générale», à laquelle se mêle aussi la voix croisée d'Elsa Triolet. Le «pêle-mêle des événements et des hommes» y touche constamment à ce qui fait l'homme, «dans ses rapports avec les autres», à ce que, «pour simplifier, dit Aragon, on appelle la politique». La politique, ou le roman, grâce auquel «le temps, comme un pont, se traverse : à la façon des voitures, mais aussi à la façon d'un fleuve».

  • Voici un choix de lettres qui ont été adressées à la " Petite Dame ", Maria Van Rysselberghe, par sa fille Elisabeth.
    Cette correspondance, qui contient à peu près deux cents feuillets, couvre les années 1924-1926. Je ne sais où se trouvent les autres lettres, il n'est pas exclu qu'elles aient été détruites, comme ce fut le cas de celles que Gide avait adressées à Elisabeth, qui entendait ainsi protéger sa vie privée. Les documents ici réunis offrent de nombreux aspects d'une exploitation rurale de jadis, loin des grandes agglomérations, et à une époque relativement calme.
    Toutes ces lettres transmettent la joie de vivre qui était le propre de ma mère, elles gardent une spontanéité et une fraîcheur qui touchent toujours. Ma mère géra, dès 1921, un vaste domaine, La Bastide Franco, à Brignoles (Var), elle y dirigeait divers travaux agricoles parmi lesquels l'élevage du ver à soie. Elle allait régulièrement à Saint-Clair, où la " Petite Dame " avait une maison et Théo Van Rysselberghe son atelier.
    Elle entretenait de nombreuses et étroites relations avec les milieux littéraires, André Gide (appelé " Bypeed " dans la famille), Roger Martin du Gard, Jean Schlumberger, Jacques Rivière, Bernard Groethuysen, Marc Allégret.

  • Réédition en fac-similé des douze fascicules publiés d'août 1917 à juillet 1918 par les Éditions de la NRF en tirage limité.
    Ces mélanges témoignent avec force de l'art et de la créativité d'un des écrivains les plus attentifs à son temps au pire moment de la Grande Guerre.

  • En 1909 andré gide et ses amis s'aventurent dans un projet éditorial qui aspirait à réconcilier l'individuel, le national et l'universel.
    " car il faudrait enfin comprendre que ces trois termes se superposent et qu'aucune oeuvre d'art n'a de signification universelle qui n'a d'abord une signification nationale, n'a de signification nationale qui n'a d'abord une signification individuelle. " depuis, la nouvelle revue française est restée le témoin des illusions, égarements et tragédies d'un siècle qui s'est refermé sous les signes de l'information, des échanges et du métissage.
    Auprès des fondateurs, valery larbaud avait veillé à ce que l'amérique latine et sa littérature soient connues en france, ayant traduit, analysé et préfacé les principaux auteurs de l'entre-deux-guerres. plus tard, roger caillois fera connaître l'oeuvre de jorge luis borges, octavio paz et bien d'autres, avant que le " boom " des années soixante et soixante-dix ne s'impose comme l'expression écrite d'une région du monde qui depuis le seizième siècle a occupé une place particulière dans l'imaginaire des français.
    Ainsi, des poèmes, contes, extraits de romans et essais des plus importants écrivains latino-américains ont été publiés à côté de chroniques et de notes d'auteurs français qui ont assuré leur traduction et réception en france. pendant plus de quatre-vingts ans, la nouvelle revue française n'a cessé de se faire l'écho de récits de voyages, des arts, des sciences sociales et de la littérature de l'autre monde.
    Les récents dossiers consacrés à l'" amérique latine, trente ans après ", ainsi que ceux sur cuba et le mexique, confirment la foi dans la puissance de la parole écrite qui avait été proclamée comme le but de la revue par l'un de ses anciens directeurs : nous devrons " . nous sauver deux fois, d'abord des autres, ensuite de nous-mêmes. et c'est peut-être le plus ardu qui restera pour la fin ". fernando carvallo.

  • Ce volume retrace la conquête de l'amérique par alexis leger, secrétaire général du quai d'orsay, qui débarqua à new york en exilé, le 14 juillet 1940, avec deux adresses destinées à lui ouvrir toutes les portes du pays.
    La première était celle de katherine garrison chapin biddle, poète, critique, et épouse de francis biddle, ministre de la justice des etats-unis. l'autre était celle d'archibald macleish, poète, essayiste, dramaturge et conservateur en chef de la bibliothèque du congrès. ces éminentes personnalités de l'intelligentsia américaine introduisirent le français dans les plus hauts milieux du gouvernement et des lettres, à commencer par le président roosevelt.
    Pendant plus de trente ans, le poète et ses amis mécènes échangeront des lettres oú défilent de nombreuses personnalités littéraires et politiques, dont le général de gaulle. cette correspondance enfin restituée nous offre un aperçu privilégié sur saint-john perse dans son pays d'adoption : à la fois hôte et frère, conseiller et solliciteur. les lettres, faites d'observations politiques, de remarques culturelles, d'élans lyriques et de tours ludiques, révèlent une intimité surprenante à côté des préoccupations les plus pratiques concernant les besoins financiers et la carrière littéraire du poète.

    Au carrefour des faits et des dits, du vécu et de l'écrit, les lettres de saint-john perse montrent aussi qu'elles sont des textes travaillés, manifestant des traits stylistiques souvent semblables au reste de son oeuvre. elles sont parcourues d'images inattendues, d'expressions frappées en médaille et de mots clés qui appartiennent à ses poèmes. elles forment un récit passionnant d'amours et de hasards, lettres réunies, traduites et présentées par carol rigolot, professeur à princeton university oú elle dirige le humanities council, centre pluridisciplinaire des arts et des lettres.
    Son prochain livre, forged genealogies : saint-john perse's conversations with culture, paraîtra en 2001 aux presses universitaires de la caroline du nord.
    Le présent volume est le quinzième de la " série saint-john perse ".

empty