Karthala

  • L'Afrique atlantique ; des origines au siècle d'or (XVIIIe siècle) Nouv.

    Depuis quelques décennies historiens, archéologues, et anthropologues mettent au jour l'existence de brillantes civilisations sur l'ensemble de l'Afrique subsaharienne. Si l'histoire de ce continent, berceau de l'humanité, a longtemps été sous estimée voire niée, il est temps d'en reconnaître aujourd'hui toutes les richesses. Dans cet ouvrage, l'auteur présente la spécificité de la partie occidentale, bornée par l'Atlantique. Face à cet océan hostile, seuls les plus hardis ont osé s'aventurer sur de frêles pirogues monoxyles, limitant toute vocation maritime à cet occident africain.

    C'est donc le long des fleuves que se sont constitués, entre autres, les puissants empires du Niger et du Congo suzerains de royaumes vassaux dont l'histoire intérieure comme celle de la géopolitique suit une logique d'adaptation aux milieux naturels de la savane ou de la forêt dense. Les hommes y ont répondu en développant des systèmes agricoles et artisanaux qui permettaient des échanges interrégionaux prolongés jusqu'en Méditerranée grâce aux caravanes transsahariennes. Cet ensemble économique très élaboré était sous tendu par une organisation politique et sociale qui reposait sur des monarchies secondées par des administrations et des aristocraties tout à fait comparables aux systèmes européens. Devant la puissance de la nature, les religions et les philosophies développèrent des systèmes d'explication sous formes de mythes qui font toute la richesse d'une littérature orale que se sont transmis les griots.

  • Le catholicisme connaît une mutation de grande ampleur. Pourtant, ses transformations récentes telles qu'elles se manifestent sur le terrain, dans les paroisses et dans de nouveaux regroupements, ainsi que dans la cité font l'objet de rares études alors qu'une approche ethnographique paraît particulièrement pertinente pour répondre aux questions qu'elles posent. Comment le catholicisme est-il « travaillé » non seulement par le clergé et l'institution mais aussi et surtout par les croyants eux-mêmes ? Comment se manifestent les dynamiques globales de transnationalisation religieuse, d'individualisation des comportements et de mobilité des appartenances ? Quelles sont les pratiques de ceux qui se définissent comme catholiques aujourd'hui ?

    Cet ouvrage prend comme terrains d'étude la France, le Québec et la Belgique, trois pays francophones d'histoire imprégnée du catholicisme, mais dans un contexte de sécularisation avancée.

    Veillant à expliciter sa démarche, Ethnographies du catholicisme apporte également des éléments de réflexion méthodologique permettant d'appréhender ce qui se passe au plus près du religieux en train de se faire. Évitant les analyses « par la haut », il est proposé les résultats d'études inédites menées sur des sujets aussi variés que : les JMJ, la pop-louange, les pèlerinages, les ermites, la conversion, les parcours missionnaires, la paroisse, etc.

    Au final, ce panel d'observations apporte de précieux éléments d'analyse et de compréhension du catholicisme contemporain qui sauront captiver tout lecteur, qu'il soit spécialiste, étudiant ou juste curieux.

  • "Dès l'incipit, le lecteur est plongé au coeur de l'intrigue centrée sur Mademba Sèye qui a vécu les premières phases de la domination coloniale au cours desquelles il est parti, avec l'aide de ses parrains français, d'un statut de simple commis des postes, comme télégraphe, à celui de roi africain (en Bambara, Fama). En 1900, moins d'une décennie après la conquête par les Français d'un vaste hinterland de l'Afrique occidentale française, Fama Mademba Sèye, un sénégalais né dans la ville coloniale française de Saint-Louis du Sénégal, nommé roi des États de Sansanding et des Dépendances sur les rives du fleuve Niger, se retrouve assigné à résidence dans la capitale coloniale à Kayes au motif qu'il aurait systématiquement abusé de son pouvoir, commis des meurtres rituels, violé d'innombrables femmes et extorqué d'importantes richesses à ses sujets. Alors, Mademba écrit au Gouverneur général de l'Afrique occidentale française pour demander qu'on lui donne la possibilité de se disculper devant un tribunal français. Ce qui lui est refusé : «Il n'est nullement question que le cas de Mademba soit porté devant un tribunal français». Pour le Gouverneur général, « l'affaire Mademba (...) est à la fois plus délicate et plus grave qu'il n'y paraît ». Pourquoi le Ministre des Colonies avait-il alors si peur de laisser Mademba tenter de se disculper devant un tribunal français ? Qu'est-ce qui a rendu cette affaire si «délicate» et si «sérieuse» ? Et que révèle cette affaire contre Mademba sur les points d'intersection entre le colonialisme et l'État de droit ?
    Dans la reconstruction de la biographie de Mademba, l'auteur révèle qu'à son grand regret Donald Trump en campagne à la présidence des USA a été sa muse. En effet Trump et Mademba partagent des traits similaires : le même narcissisme et la crainte de l'insécurité, la misogynie, la maltraitance des femmes, le poids des parrains pour construire la légitimité de leur autorité, un personnage en constant bricolage En décryptant la façon dont les Africains ont vécu les grandes transformations du colonialisme par le « remake » de Mademba, la « voix » auctoriale n'est pas toujours seule à se faire entendre. En effet, l'auteur s'efface souvent et se tait pour céder sa place à un narrateur tout différent de lui, ce même narrateur se trouve également amené à laisser la parole aux protagonistes de son propre récit. Ainsi, grâce aux subtilités inhérentes au discours rapporté, le texte laisse entendre la voix des protagonistes dont les propos sont cités, transposés ou narrativisés. Cette gestion de la polyphonie donne au texte un style original, voire captivant."

  • Dans la crise sanitaire, économique, sociale et morale qui ébranle le monde depuis janvier 2020, à travers la pandémie du coronavirus, la ville n'a jamais cessé de jouer des rôles ambigus. Partie de Wuhan, capitale de la province du Hubei, emblématique de l'ouverture de la Chine, la maladie est immédiatement associée aux pratiques les plus traditionnelles de commercialisation d'animaux sauvages sur les marchés urbains. Quand la contagion gagne, on hésite entre les logiques des grands flux internationaux des hommes et des choses reliant les zones métropolisées de la planète, et des clusters aléatoires dans des aires de faible occupation démographique. De même, les classiques de la ville sont convoqués sur des modes contradictoires. La densité de l'habitat dans les métropoles est dénoncée, et même fuie. Mais on lui reconnaît des mérites d'efficacité en termes d'accès aux soins, d'innovation ou de défense de l'environnement. L'activité, nécessaire au maintien des niveaux de vie, doit se convertir au télétravail. La mobilité hésite, au grand dam de l'écologie, entre les moyens doux (marche, vélo) et le retour à la voiture individuelle, plus secure que les transports collectifs. La culture, au coeur de la Cité depuis l'Antiquité, mais nécessitant lieux dédiés et proximité spatiale, est mise en pause. En fait, la crise révèle et exacerbe les fractures structurelles de sociétés de plus en plus urbaines. Les témoignages ici réunis additionnent les points de vue de chercheurs en sciences sociales, d'aménageurs, d'élus, et des analyses nationales confrontées à des ouvertures étrangères. Ils s'essaient à transformer le kaléidoscope des faits en reconstructions intelligibles des dimensions spatiales du biologique et du politique.

  • Nourri par un travail ethnographique mené depuis 2006, ce livre s'attache à décrire et à analyser la manière dont les Wayùu de Colombie tissent des liens avec leur environnement et l'investissent par leurs pratiques. Le quotidien des Wayùu est présenté à travers les multiples situations qui le jalonnent : plongée en apnée, navigation, pratiques funéraires, danses de la pluie, règlement des conflits, circulation des biens et des animaux, gestion précautionneuse des morts et des esprits, usages des lieux, interprétation des variations climatiques, des cycles stellaires, des phénomènes maritimes...

    Un souci transversal anime l'auteur : saisir la manière dont les événements sont vécus par les protagonistes. C'est un monde singulier, tiraillé par de multiples logiques et peuplé par des êtres de natures diverses que ce livre invite à découvrir. Il pointe ce faisant la nécessité de décentrer notre regard et de questionner nos propres outils conceptuels pour saisir pleinement la spécificité de l'inscription des Wayùu de Colombie dans le monde, entremêlant descriptions ethnographiques, réflexions théoriques et considérations épistémologiques.

  • Les pays arabes ont récemment connu une série de ruptures politiques et d'évolutions sociales qui ont été l'objet de nombreuses analyses, et pourtant l'impact de ces changements sur les rapports de genre a peu été traité. Les dites « révolutions » ou « printemps arabe » en 2010- 2011, gagnent à être considérés comme des « révoltes » dans la mesure où elles n'ont pas abouti à des évolutions sociales majeures. Ce constat est particulièrement vrai dans le domaine des droits des femmes, et ce malgré une forte mobilisation de ces dernières, qui sera souvent suivie de violence. Ainsi, de symbole d'émancipation, la place Tahrîr est devenue le symbole de la violence de genre existant en Égypte.

    C'est ce dont rend compte cet ouvrage qui explore plus généralement la place que les femmes occupent en contexte arabo-musulman, dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi qu'en contexte migratoire. L'approche ici développée est celle des sciences sociales, faisant essentiellement appel à l'anthropologie, à la sociologie, et au droit. Plusieurs axes liés au genre sont privilégiés : la mobilité et la spatialité, les luttes et les mobilisations féminines, les violences contre les femmes ainsi que leurs droits, la virginité et la sexualité, les nouvelles techniques liées à la procréation. Cet ouvrage questionne les changements sociaux au prisme du genre dans ces différents domaines.

  • Cet ouvrage se propose de revisiter la mémoire nationale algérienne pour montrer combien celle-ci participe à fois à la légitimation et à la contestation du pouvoir dans une société façonnée par la guerre d'indépendance, comme l'illustre le rôle majeur de l'armée encore aujourd'hui. L'auteur développe une perspective critique du nationalisme mémoriel algérien et met à jour la pluralité des points de vue, reflet de la diversité en Algérie.
    Il contribue ce faisant à éclairer les fondements de la crise identitaire que traverse la société algérienne, qui peine à élaborer un projet de « vivre ensemble » et à faire émerger une citoyenneté faisant consensus. Cette question se pose avec acuité après les « printemps arabes », et l'affaiblissement de la légitimité révolutionnaire des dirigeants algériens.
    En étudiant « l'histoire vue de l'autre côté », à travers des sources d'une grande amplitude (enquêtes de terrain en Algérie réalisées de 2006 à 2017, étude des musées et des monuments commémoratifs, archives militaires et judiciaires), l'auteur se positionne de manière originale par rapport au contentieux mémoriel franco-algérien. Il propose une histoire connectée des mémoires, faisant la part belle à une analyse critique des usages algériens du passé et des imaginaires sociaux que ces mémoires construisent. « L'histoire à parts égales » n'est-elle pas un devoir pour parvenir à une « juste mémoire » ?

  • Pourquoi les projets de développement, les interventions des ONG ou les politiques publiques nationales sont-ils tous soumis à d'importants écarts entre ce qui était prévu et ce qui se passe effectivement ? Cet ouvrage apporte une réponse documentée à ce " problème des écarts ". Les politiques publiques standardisées, telles les politiques de développement omniprésentes en Afrique, méconnaissent les contextes dans lesquels elles sont mises en oeuvre.
    Dans cette confrontation, les acteurs locaux jouent un rôle majeur. Les multiples stratégies de contournement des directives et protocoles officiels suivent des " normes pratiques " implicites ignorées des experts internationaux, mais que l'observation du terrain peut mettre en évidence. C'est un phénomène qui va au-delà du développement : tout se passe comme si l'Afrique révélait de façon paroxystique une revanche des contextes dont on peut trouver des exemples dans le monde entier.
    Pour analyser ces processus, un dialogue est noué entre d'une part des données de terrain particulièrement riches, et d'autre part une vaste littérature en sciences sociales revisitée afin de mieux rendre compte des réalités observées. Le diagnostic est structuré autour de quelques concepts clés : modèles voyageurs, normes pratiques, modes de gouvernance et logiques sociales. Tout entier consacré à une démarche analytique rigoureuse, sans complaisance et sans polémique, il se termine néanmoins par une prise de risque face à la redoutable question " que faire ? ", en suggérant de mettre les normes pratiques au centre de toute intervention et de valoriser les " experts contextuels " aujourd'hui invisibles.
    Ce livre constitue une contribution majeure à l'analyse des effets inattendus des politiques publiques.

  • Coédition Karthala - IRMC Tunis.

    L'Algérie n'est pas l'exception autoritaire illisible que l'on présente parfois. En combinant les apports de l'observation sociologique et de la théorie critique, ce livre s'efforce de dépasser les fictions qui suggèrent l'existence d'un « Système » omnipotent, impersonnel et corrupteur, en décortiquant les transformations de l'ordre politique algérien au cours des trois premiers mandats d'Abdelaziz Bouteflika. Rendue à la fois possible et nécessaire par la crise qui a touché le pays à partir de la fin des années 1980, cette mise à jour s'est faite en accord avec des tendances globalisées qu'elle imite ou précède, avec en arrière-fond le spectre d'une catastrophe qui menacerait de replonger le pays dans la guerre civile.

    Cet ouvrage part du postulat que l'Algérie est confrontée à une crise toujours latente. Le souvenir de la décennie noire (1992-1999) nourrit ainsi l'idée d'une menace existentielle pesant sur le pays, orientant les politiques gouvernementales et les stratégies des acteurs. Cette situation a une dimension objective, puisqu'elle fait écho à une contestation fragmentée mais néanmoins permanente ainsi qu'aux contradictions internes du cartel qui tient l'État algérien. Elle a aussi une dimension subjective dans la mesure où les discours catastrophistes irriguent l'espace public, annonçant un bouleversement sans cesse repoussé. La crise latente est donc devenue une ressource qui justifie les dispositifs sécuritaires, mais aussi les réformes politiques et économiques.

    Par ailleurs, ce livre étudie aussi la violence symbolique qui accompagne la suspension de la catastrophe. L'incertitude brouille les cartes, questionne le passé et hypothèque l'avenir ; elle touche de plein fouet l'image de la communauté imaginaire, sans invalider totalement l'idéal de sainteté politique sur lequel l'ordre politique algérien a été bâti après 1962. La recherche de sens conduit néanmoins à des discours imputant la responsabilité des problèmes du pays à la population. Les déséquilibres structurels et les choix politiques s'effacent devant l'image d'une société prétendument malade et/ou pré-moderne. Dès lors, le « Système », aussi corrompu et violent qu'il puisse paraître, est naturalisé. Les dirigeants, mais aussi certains de leurs opposants les plus critiques, endossent alors un rôle disciplinaire pour contrôler une masse anarchique et manipulable.

  • Dans les années 1960, de jeunes pasteurs du Pacifique cherchent à se démarquer de la théologie héritée de missionnaires européens ou américains débarqués un siècle et demi plus tôt sur leurs îles. Accompagnant le mouvement politique nationaliste de revendication à l'indépendance ou à l'autonomie de leurs territoires, ils remettent au goût du jour les valeurs de la kastom, la culture - voire de la religion - des ancêtres, ou supposées telles, et s'efforcent de les articuler avec celles du christianisme importé.

    De ce mouvement naissent des théologies fortement contextualisées ou inculturées, dans lesquelles des symboles tels que le cocotier, la case, la terre ou le pays, le kava, le porc, l'igname, etc. se hissent au même niveau d'interprétation que les figures bibliques et théologiques. C'est ce processus de contextualisation qui est étudié ici à partir d'un corpus assez large de thèses et de mémoires, d'ouvrages et d'articles ainsi que de compte-rendus de consultations ecclésiales ou théologiques issues majoritairement du champ protestant anglophone, sans toutefois négliger la production francophone.

    L'auteur offre d'abord une vue diachronique en passant en revue les ouvrages de trois théologiens des années 1960 aux années 2000 : Sione Amanaki Havea de Tonga, Sevati Tuwere de Fidji, Ama Amalele Tofaeono des Samoas Occidentales. Chacun représente un stade du développement de cette théologie océanienne. L'ouvrage traite ensuite de façon synchronique une série de thèmes à l'oeuvre dans cette théologie du Pacifique. Sur un axe se déroulant du divin à l'humain, il examine les conceptions d'un Dieu et d'un Christ « du Pacifique » avant de cerner les spécificités de la théologie dite « de la célébration » et de la « théologie de l'identité » océanienne. La dernière partie se présente, quant à elle, comme une tentative de systématiser la problématique de la contextualisation de la théologie, d'en cerner les enjeux, les débats et leur incidence sur l'oecuménicité du christianisme.

    Au carrefour de l'histoire missionnaire contemporaine, de la sociologie et de l'anthropologie religieuses aussi bien que de la théologie, le tableau proposé ici entend s'inscrire dans une discipline singulière, la missiologie, qui se comprend comme une dynamique, eu égard à son interrogation permanente sur les interactions entre les pratiques et leur théorisation.

  • Dans certaines colonies, le référendum sur la Constitution française du 28 septembre 1958 suscita des protestations contre l'indépendance. À Mayotte, île de l'archipel des Comores, lui-même détaché de la colonie malgache depuis 1946, la mobilisation fut portée par le Congrès des Notables, devenu en 1966 le Mouvement populaire mahorais (MPM), qui revendiquait la départementalisation.

    Les apparences francophiles du mouvement masquaient en réalité un acte de rébellion contre la prédominance des autres îles de l'archipel au sein des institutions locales et nationales, celle-ci étant perçue comme une survivance des dominations passées de la Grande Comore et d'Anjouan.

    À rebours des constructions mémorielles à la gloire du combat pour Mayotte française, cet ouvrage resitue, en s'appuyant sur les archives coloniales et des témoignages, l'histoire du MPM dans le contexte bien particulier des années 1950-1970. Il dévoile le caractère nationaliste et insulaire de ce mouvement et la violence de ses militants. Il retrace le processus de séparation engagé par le MPM pour aboutir à la sécession de Mayotte, en 1975, lorsque le reste de l'archipel des Comores accéda à l'indépendance.

  • Cahier photos de 14 pages.

    Ce livre est consacré à la conquête du Sahara (fin XIXe-début XXe siècle), cet espace désertique qui a longtemps nourri les phantasmes des Occidentaux.

    Du rezzou d'Hassi-Inifel jusqu'à l'installation du Père de Foucauld dans l'Ahaggar, ce sont quelques-uns des épisodes les plus marquants de cette histoire qui sont présentés et analysés ici à travers une (re)lecture critique de plusieurs moments clés de cette histoire.

    Toutes les études réunies dans cet ouvrage sont fondées sur des documents issus pour la plupart des Archives nationales d'outre-mer d'Aix-en-Provence. Là, se trouve en effet une somme considérable d'archives traitant de l'avancée puis de l'installation de la France au Sahara central. Écrits souvent passionnants et qui dans leur très grande majorité n'avaient jamais été cités ni étudiés. De plus, ces archives (rapports de tournée, documents officiels, correspondances publiques et privées...) présentent un avantage considérable. Contemporaines des événements, rédigées « à chaud » par les acteurs même de cette conquête, elles dévoilent bien souvent ce que masque, censure ou déforme le discours hagiographique qui, répété de livre en livre, d'article en article, s'est vite transformé en une véritable doxa.

    Ouvrage indispensable pour les passionnés du désert comme pour les historiens de cette région.

  • Les expulsions massives de sans-papiers montrent le principe de commandement - l'art d'ordonner et de se faire obéir - à l'épreuve du faible et de l'Autre. En même temps, elles sont un moment de l'histoire des démocraties libérales qui invite à repenser la sociologie historique du gouvernement autoritaire de l'immigration clandestine au sein de l'Union européenne (UE).
    Cet essai est une analyse radicale de la construction de l'État, cette réalité politique qui s'est au cours du temps imposée à l'ensemble des sociétés modernes. De la subjectivation de ce dispositif de contrôle de la société ont émergé des figures spécifiques d'étirement et de rétrécissement, d'expansion coloniale et de nationalismes xénophobes. Des études de cas (Belgique, France, Allemagne, Royaume-Uni) montrent dans ce livre que l'évolution en crise du pouvoir territorialisé a partout conduit au retrait de la politique. Si bien que ce qui sature désormais la scène de la gestion de l'immigration « irrégulière », c'est une dangereuse montée en charge des populismes et du commandement autoritaire qui, pour imposer le panoptikon national, s'appuie presqu'exclusivement sur des archipels techno-bureaucratiques qui quadrillent l'administration européenne.
    Cet ouvrage repense l'hospitalité inconditionnelle et les conditions nécessaires pour le maintien en démocratie des États européens qui font face aux nouvelles migrations.

  • Comment penser les enjeux démocratiques, les rapports de pouvoir et les incidences des dynamiques globalisées dans un contexte rural ouestafricain contemporain ? Comment cerner cette tension entre « modernité » et « tradition » face aux enjeux vitaux des ressources naturelles et de leurs accès ? Comment saisir le « vivre-ensemble » de groupes ethnicoprofessionnels foncièrement différents mais amenés à se partager un même espace, tout en étant confrontés à la singularité environnementale du Delta intérieur du fleuve Niger au Mali ? Comment comprendre cette fascinante capacité l'adaptation, non sans violence, des populations et de leurs élites face aux bouleversements rapides et aux basculements politiques impulsés depuis le sommet de l'État ? Qui sont ces élites politiques locales ? Ancrée dans une ethnographie fine et fouillée, cette monographie explore ces questions à partir de l'étude de cas de Youwarou, une petite localité du Delta intérieur du fleuve Niger au Mali.
    Début des années 1990, le Mali vit un basculement politique qui se concrétise par la décentralisation de l'État, l'instauration du multipartisme et des élections communales, largement promus par les bailleurs de fonds du Nord. En éclairant les transformations du politique à Youwarou, depuis cet ancrage local et rural, cet ouvrage s'interroge sur les enjeux démocratiques contemporains et les injonctions normatives formulées par l'État malien et les bailleurs de fonds internationaux. L'auteure explore l'articulation pragmatique entre une politique publique visant la démocratisation et une hégémonie de fait des élites politiques locales. Cet ouvrage explore la façon dont les autorités traditionnelles se reconfigurent au fil du temps long et comment ces élites se maintiennent au pouvoir captent diverses rentes des ressources naturelles et du développement. Cet ouvrage s'intéresse aussi aux dynamiques de contrepouvoir et à l'imaginaire politique local construit par les multiples récits de fondation de la localité. Cet ouvrage revisite ainsi l'idée du « local » et du « global », en apportant une contribution à une anthropologie politique contemporaine des modes de gouvernance locale en Afrique de l'Ouest.

  • Sur le continent africain comme ailleurs, les femmes et les enfants sont souvent les premières victimes des atteintes aux droits de l'homme. L'intérêt et la force de ce livre, réalisé sous l'égide de l'Institut danois des droits de l'homme (IDDH), sont d'en rendre compte en privilégiant une approche locale et concrète. Envisageant les difficultés rencontrées par des personnes vulnérables que les lois et les coutumes ne protègent pas suffisamment, les études rassemblées ici ont également l'avantage de prendre la mesure des évolutions à l'oeuvre en Afrique. Cet ouvrage se distingue aussi par sa diversité. Fruit du travail de onze chercheurs africains - pour l'essentiel des juristes ayant à coeur de privilégier une approche pluridisciplinaire -, il se penche sur les situations vécues dans huit pays : Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Kenya, Niger, Malawi, Ouganda et Togo. À cette diversité géographique, parfois doublée d'une approche comparatiste, s'ajoute une grande variété de thèmes abordés (mariage, divorce, violences faites aux femmes, protection des mineurs délinquants, participation des femmes à la vie politique.) pour tenter de prendre toute la mesure du sujet. Diversité linguistique enfin, dans la mesure où le principe éditorial retenu a consisté à permettre à chaque auteur d'écrire dans sa langue universitaire de prédilection. Les contributions se répartissent ainsi de manière sensiblement égale entre l'anglais et le français.

  • Le monde occidental connaît le Hezbollah en tant que parti chiite, agent de l'Iran au Liban et force militaire qui fait la guerre à Israël. Médias et gouvernements dénoncent le rôle destructeur du "parti de Dieu" au sein du pays du Cèdre, ainsi que ses ambitions islamistes et terroristes néfastes au bon développement de la société plurielle libanaise. Ce livre s'adresse aux lecteurs et lectrices qui ne se suffisent pas d'une telle analyse réductrice.

    Basé sur une connaissance du terrain longue de quinze années et sur l'analyse d'une trentaine d'entretiens, ce livre propose une nouvelle grille de lecture du Hezbollah, qui l'examine non pas comme phénomène externe à la société libanaise mais comme protagoniste inscrit dans l'histoire sociale et politique du pays. Mona Harb analyse aussi comment le Hezbollah forge au sein de la communauté chiite, longtemps stigmatisée, une conscience collective et un sentiment d'appartenance territoriale qui engendrent des sentiments de fierté, d'orgueil et de confiance.

  • La question dite ethnique est apparemment au coeur de toutes les crises en Afrique : le Rwanda en 1994, la Côte d'Ivoire, le Congo ou le Burundi aujourd'hui.
    Pourtant la définition de ce qu'on appelait autrefois " les races " ou " les tribus " reste le plus souvent floue, énigmatique ou contradictoire. Autant les " ethnies " reviennent comme des évidences dans les médias, autant les historiens et les autres chercheurs en sciences sociales ont multiplié les remises en cause de ce concept et surtout de son utilisation rigide dans l'africanisme classique. Les trente études réunies ici analysent les dynamiques historiques qui ont forgé les consciences ethniques comme toutes les autres " communautés imaginées ".
    La complexité des constructions collectives, sociales et politiques propres à chaque région d'Afrique a été artificiellement simplifiée et figée dans les lectures et les pratiques coloniales qui ont souvent été intériorisées bon gré mal gré par les colonisés euxmêmes. Les dernières décennies ont été marquées par des sortes de résurgences de ce passé, correspondant en fait à des stratégies politiques et à des montages idéologiques très actuels.
    La conscience et la mobilisation ethniques, proches en cela du mouvement des nationalités dans l'Europe du XIXe siècle, sont profondément impliquées par les enjeux politiques et sociaux des Etats contemporains. Chaque situation demande donc un décryptage de l'ethnicité concernée, entre les héritages culturels d'un passé parfois très ancien, le legs de l'emprise coloniale et les adhésions ou les manipulations du temps présent.
    Dans la fièvre des affirmations identitaires actuelles et le réveil d'une ethnicité à l'échelle planétaire, les " ethnies " africaines n'échappent pas aux tentations de l'ethnisme. Les cas étudiés dans ce livre par un groupe d'historiens européens et africains méritent toujours d'être médités.

  • La constitution brésilienne de 1988 prévoit que soient reconnues et légalisées les terres des populations noires paysannes dont les ancêtres étaient des esclaves fugitifs et vivaient en communautés (communautés marrons, en brésilien quilombos).
    Votée dans le contexte du premier centenaire de l'abolition de l'esclavage et sous la pression des mouvements militants noirs, cette disposition était surtout un gage symbolique de réconciliation nationale. Dépourvue de tout cadre réglementaire, elle ne semblait d'ailleurs pas applicable. Les quilombos n'étaient voués qu'à être d'improbables lieux de mémoire. Au début des années 1990, pourtant, des " communautés noires " affirment être les héritières des anciens quilombos et, invoquant la constitution, exigent les titres de propriété des terres qu'elles occupent.
    A l'interface entre " question agraire " et " question raciale ", entre mémoire et ethnicité, au carrefour du terrain ethnographique et de l'analyse sociologique, cet ouvrage propose de suivre l'aventure au cours de laquelle l'une de ces communautés, Rio das Rãs (littéralement " Rivière des Grenouilles ") de l'État de Bahia, fut amenée à puiser dans son passé les ressources pour garantir sa survie dans le Brésil contemporain.

  • Spécialistes de plusieurs disciplines (géographie, science politique, sociologie), l'objectif des auteurs est de décrire et d'expliquer à plusieurs échelles la régionalisation de l'espace mondial, en utilisant des approches tant théoriques et conceptuelles qu'empiriques.

  • Le Hezbollah libanais irrite, intrigue et fascine. S'il a pu être d'abord décrit comme un parti des mustad'afîn (les « démunis ») et des mahrûmîn (les « déshérités ») dans les régions négligées de la Bekaa et du Sud-Liban puis dans la banlieue sud de la capitale, le Hezbollah joue aujourd'hui un rôle central dans la mobilisation de l'ensemble de la communauté chiite libanaise, toutes classes sociales confondues.
    L'essentiel de la production scientifique sur ce parti a principalement été consacré à son histoire, à sa mobilisation et au parcours de ses principaux dirigeants, à sa « libanisation », à sa structure politique et idéologique ainsi qu'à ses pratiques religieuses. Ce livre met l'accent sur un autre aspect : les militants du parti, qui le vivent au quotidien.
    Retraçant les histoires des femmes et des hommes qui, à un certain moment de leur vie, ont décidé de s'engager de diverses manières dans les rangs du Hezbollah, il analyse la pluralité des motivations, des parcours de vie et des types d'engagement, tout en reconstituant le système symbolique et quasi liturgique qui conditionne et entretient la mobilisation politique pour ce parti.

    Cet ouvrage repose sur une centaine d'entretiens réalisés auprès de militants et de cadres du Hezbollah entre 2005 et 2011, sur l'analyse de nombreux documents du parti (tracts, discours, vidéos...) et sur de multiples observations. Ainsi, l'auteur déconstruit le stéréotype de militants socialement marginalisés, très religieux, voire « terroristes », et relativise l'assimilation mécanique entre l'adhésion au Hezbollah et l'ensemble des expériences politiques vécues par les chiites libanais.

    Loin de se réduire à son Conseil exécutif principal, à son leadership ou à son expression officielle, ce parti est aussi l'ensemble de ses militants, qui en représente bien plus profondément la réalité. Les ressorts de la mobilisation se trouvent également dans le façonnage organisationnel que le Hezbollah offre à ses militants et qui combine coercition et sensibilisation, rétributions matérielles et symboliques.
    Pour comprendre ce que fait et ce que dit le Hezbollah, il faut saisir ce qu'il est, et la société qu'il forme. Ce livre plonge ainsi dans la société du Hezbollah, une dimension peu documentée et pourtant essentielle à la compréhension des engagements qu'il peut susciter.

  • Comment un mouvement religieux s'implante-t-il sur un territoire et le sacralise-t-il ? Ou, autrement dit, comment les individus, les groupes et les mouvements sacralisent-ils le territoire dans leurs pratiques et représentations sociales, politiques et religieuses ?

    Les terrains d'enquêtes de cet ouvrage se situent principalement en Afrique centrale et en particulier au Congo-Brazzaville. Les processus de constitution du sacré sont étudiés à travers différents phénomènes historiques ou plus contemporains. C'est le cas avec le matsuanisme au Congo, les images et les écrans modernes comme dispositifs des sociétés de l'éblouissement, la place du corps du roi dans la société bamiléké, l'implantation du prophétisme japonais Sukyo Mahikari en Afrique de l'Ouest.

    Les territoires du sacré sont encore abordés avec les pratiques de deuil au Cameroun, l'étude des métaphores nécrologiques issues des médias à Brazzaville, le tchikumbi et le sacré matrimonial ou bien les rites autour des restes de Pierre Savorgnan de Brazza au Congo.

    En explorant un certain nombre de territoires du sacré, ce livre souhaite donner à lire et à comprendre la prégnance du « religieux » dans les sociétés africaines contemporaines et dans les pratiques des acteurs sociaux et politiques.

  • Plus de 20 ans après le génocide de 1994 au Rwanda, c'est aujourd'hui le processus de reconstruction du pays qui suscite de vifs débats. Pourtant les études approfondies de ce processus sont encore rares. C'est cette lacune que l'ouvrage de Jean-Paul Kimonyo tente de combler.

    Plus de 20 ans après le génocide de 1994 au Rwanda, c'est aujourd'hui le processus de reconstruction du pays qui suscite de vifs débats. Pourtant les études approfondies de ce processus sont encore rares. C'est cette lacune que l'ouvrage de Jean-Paul Kimonyo tente de combler.

    Comment ce pays parmi les plus pauvres au monde, totalement déchiré, a-t-il pu se reconstruire aussi rapidement ? Comment la population divisée a-t-elle fini par vivre, travailler ensemble et participer à la reconstruction du pays ? Quels liens existent-ils entre le succès à consolider mais inespéré du pays et sa gouvernance sujette, elle, à controverse ? De façon succincte mais couvrant une longue période historique et un large spectre de domaines, ce livre tente d'apporter une réponse à ces question et à fournir une explication précise sur les modalités de mise en place de ce processus de reconstruction post-génocide au Rwanda.

    A cette fin, l'auteur retrace les origines et les évolutions du Front patriotique rwandais (FPR), la force politique dominante au Rwanda. Il relate comment des communautés réfugiées, chassées de chez elles à la veille de l'indépendance, éparpillées dans toute la région des Grands Lacs, en sont arrivées 35 ans plus tard à prendre le pouvoir dans leur pays, dans des conditions calamiteuses.

    Ce travail montre comment les choix politiques et idéologiques qui menèrent à la formation du FPR à l'extérieur du Rwanda ont fortement orienté la reconstruction du pays. Sa narration couvre toutes les étapes de celle-ci, jusqu'à la période actuelle, plus focalisée sur les activités de développement.

    L'auteur situe son analyse dans le débat sur les reconstructions post-conflit de cette décennie, dans la région des Grands Lacs, l'Afrique du Nord et le Moyen-Orient, le poussant à prendre ses distances avec les catégories normatives qui avaient été élaborées en ce domaine à la suite de la chute du mur de Berlin.

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