Littérature traduite

  • L'odyssée Nouv.

    L'odyssée

    Homère

    Emmanuel Lascoux propose une nouvelle « version » du texte grec d'Homère à partir de son travail original sur le grec ancien qu'il rythme, chante, et crie depuis plusieurs années. Il dit lui-même : « J'ai voulu monter le son ou entendre davantage. » Il revendique de « jouer les langues anciennes » comme l'on joue de la musique. « On fait du grec, soit, mais on ne fait pas le grec. Imagine-t-on faire de la musique sans la faire ? » écrit-il dans l'avant-propos à sa traduction. Mais quels détours imposer au français aujourd'hui, quels mensonges lui permettre, quand la musique du grec s'est tue ? Emmanuel Lascoux propose ainsi cette « version française » très originale des 12109 hexamètres de l'Odyssée. Plutôt qu'imiter le vers grec antique inimitable, ou dévider une prose inchantable, cette Odyssée propose à tous, un texte à dire et à chanter. Renouant finalement avec les pratiques antiques du texte épique et du poème, dans un français très contemporain et d'une oralité retrouvée.

    Crac ! les haubans du mât, tiens, sectionnés d'un coup, par le vent, par la bourrasque, des deux côtés. Bam ! le mât qui tombe à la renverse, tous les agrès qui dégringolent dans la cale, ma parole ! Paf ! là, oui, à la proue du bateau, le pilote se le prend en pleine tête : crric ! ça lui brise d'un seul coup tous les os du crâne à la fois. On croirait un plongeur, vous savez, qui se laisse tomber du plat-bord. Fini pour lui : force et vie quittent ses os !
    Et Zeus qui n'arrête pas de tonner. Brraoum ! sa foudre touche le bateau...
    L'Odyssée, Livre 12.

  • Si le Japon est connu comme un pays de fine gastronomie, sa littérature porte elle aussi très haut l'acte de manger et de boire. Qu'est-ce qu'on mange dans les romans japonais ! Parfois merveilleusement, parfois terriblement, et ainsi font leurs auteurs, Kôzaburô Arashiyama, Osamu Dazai, Rosanjin Kitaôji, Shiki Masaoka, Kenji Miyazawa, Kafû Nagai, Kanoko Okamoto, Jun'ichirô Tanizaki...
    Du xiie siècle à nos jours, dix gourmets littéraires vous racontent leur histoire de cuisine, joliment illustrée.

  • Un Roumain à Paris Nouv.

    Un Roumain à Paris

    Dumitru Tsepeneag

    Cette nuit, j'ai décidé de tenir à nouveau un journal. Mon journal « parisien » !
    J'ai décidé, par un choix délibéré, de me prêter à cet exhibitionnisme légal (et inoffensif) qui est de tenir un journal. C'est pour cette raison que je suis à Paris !

    Déchu de sa nationalité roumaine en 1975, Dumitru Tsepeneag est contraint à l'exil. Dès 1970, il se rend à Paris et tient son journal. Témoignage exceptionnel, à travers les remous du champ littéraire roumain, sur la crise qui aboutira à l'effondrement du système totalitaire. On y croise, parmi d'autres, Roland Barthes, Alain Robbe-Grillet, Ionesco et Cioran.

  • En novembre 1974, Werner Herzog apprend que son amie Lotte Eisner, critique et historienne du cinéma allemand, est très malade, on craint pour ses jours. Alors, il décide de se rendre auprès d'elle, à pied, de Munich à Paris. C'est un geste de chevalerie, un acte fou dicté par l'amitié, avec la certitude non moins folle qu'au bout du chemin Lotte Eisner serait vivante, et hors de danger. Du 23 novembre au 14 décembre 1974, il tient un carnet de route devenu depuis lors Sur le chemin des glaces. À travers cette marche qui anime de bout en bout le récit, Herzog nous réapprend à voir ce sur quoi notre oeil glisse, indifférent. Tout ici est mouvement : chemins, fleuve, oiseaux, arbres, pluie, neige. Reportage mais aussi témoignage d'un homme qui nous fait partager tour à tour ses moments d'exaltation, d'épuisement, de plénitude.

  • Gatsby

    Francis Scott Fitzgerald

    Été 1922.
    En pleine Prohibition, Gatsby, un jeune multimilliardaire sorti de nulle part, aux origines et aux ressources douteuses, organise des soirées somptueuses dans sa villa de Long Island. Tandis que le gratin new-yorkais s'enivre de ses cocktails de contrebande et danse sur ses pelouses, lui n'a d'yeux que pour une petite lumière verte qui scintille de l'autre côté de la baie. Pourquoi s'est-il installé là ? À quoi bon cette fortune prodigieuse ? Aux pieds de qui est-il venu la déposer ? L'a-t-elle attendu, elle aussi ? Le narrateur, impliqué malgré lui dans cette quête romantique, va peu à peu le découvrir, en même temps que la cruauté ordinaire de ceux qui sont nés riches, l'arrière-goût amer des lendemains de fêtes et la fragilité des amours adolescentes.

  • Alexander Kluge est relativement connu, en France, pour sa filmographie, abondante et variée, qui a d'ailleurs fait l'objet d'une large rétrospective à la Cinématèque Française en 2013. L'écrivain est en revanche ici pratiquement ignoré, sinon des germanistes, alors qu'il est une des figures les plus célèbres de la littérature allemande contemporaine et salué comme tel par les médias allemands, le public, l'édition.
    Son originalité réside dans une manière de parler de la réalité contemporaine allemande en s'appuyant aussi bien sur son immense culture classique que sur un maniement très original de la fiction, à travers, le plus souvent, de brèves séquences qui sont autant d'apologues dont la juxtaposition et l'accumulation finissent par composer une véritable fresque de l'histoire de son pays et, au-delà, de celle de la pensée et de la sensibilité occidentales.
    Cette écriture, cette démarche si originales sont actuellement absentes du paysage littéraire français, c'est la raison pour laquelle une traduction de l'ensemble de cette gigantesque entreprise qu'est « Chronique des sentiments » nous a paru indispensable.

    Les sentiments sont les véritables occupants des vies humaines. On peut dire d'eux ce que l'on a dit des Celtes (nos ancêtres, pour la plupart d'entre nous) : ils sont partout, seulement on ne les voit pas. Les sentiments font vivre (et forment) les institutions, ils sont impliqués dans les lois contraignantes, les hasards heureux, se manifestent à nos horizons, pour s'élever au-delà vers les galaxies. On les trouve dans tout ce qui nous concerne.
    Ce dont les hommes ont besoin au cours de leurs vies, c'est de l'ORIENTATION. Comme il en faut aux bateaux. Telle est la fonction d'un si gros livre : que l'on compare, se sente rebuté ou attiré, dans la mesure vu qu'un livre fonctionne comme un miroir.
    Nul ne lira autant de pages d'un seul coup. Chacun se contentera d'aller vérifier, comme dans un calendrier ou, précisément, une CHRONIQUE, ce qui le regarde. L'orientation subjective - savoir à quoi me fier, ce que je dois craindre, à quoi tiennent les actes délibérés - donnent ce courant de fond, que le temps qui court ne suffit pas à transformer et qui constitue la vraie chronique.

  • Les promesses

    Marco Lodoli

    Les Promesses de quoi ? Les trois romans portent-ils des promesses ? Oui, quelques-unes. Sorella promet quil y a aura une connaissance après la douleur, et peut-être même une félicité. Italia promet quoi quil arrive un sens au cours fatal de lexistence, ça ne saute pas aux yeux, mais lange, lui, connaît lhistoire : le temps est un petit bout déternité. Et Vapore promet finalement le pardon, les contraires se rencontrent, les contraires se détruisent, quelque chose, cependant, sait absoudre tant de misère humaine. (Marco Lodoli).

    Trois courts romans, donc, où chacun sentend dans un autre par un jeu de reflets et didentiques questionnements. Les personnages sont ancrés dans le réel et la vie qui se délite, mais lauteur, sil jongle avec beaucoup déléments autobiographiques, fait basculer tout cela du côté du réalisme magique. Une religieuse, une servante, une vieille femme : trois narratrices dévident tour à tour dans Les Promesses un récit somnambulique et « vont porter le mystère de lexistence ». Le roi du monde qui tirait les ficelles des Prétendants a abandonné la partie et les trois textes sont émaillés de « Ils » : une entité incertaine, quelque chose qui est plus loin des hommes et qui veille sans sentiments au bon fonctionnement de la mécanique à étioler. Entre « eux » et les humains, il se pourrait aussi que les anges aient à travailler éthérés mais pas exactement en plein ciel. Ils vous attendent plutôt dans lescalier ou au pied de limmeuble. Ils sont autres que ce quon nous a conté, dailleurs sont-ils du bon côté... Ils sont.

  • Ce volume, cette « trilogie romanesque » en même temps que romaine contient trois romans brefs, ce qu'en anglais on appelle des « Novellas ». Chacun d'entre eux prend Rome pour cadre, une Rome que Lodoli réussit à rendre poétique et mystérieuse, secrète.

    Le premier texte raconte la vie et la mort d'un jeune homme embauché pour des courses suspectes, puis transformé en jardinier par son énigmatique patron qui ne communique avec lui que par billets sibyllins. Un jour il trouve dans la piscine une créature mystérieuse, une sirène ?

    Le deuxième met en scène plusieurs personnages qui vont essayer de sauver une autre étrange créature, un Martien ? en train de mourir. Prétexte à parcourir Rome dans toutes ses dimensions, pas seulement topographiques, et à mettre en scène l'écrivain Lodoli en butte à la colère de l'un de ses personnages...

    Le troisième raconte la longue attente et les rencontres qu'elle provoque d'un jeune poète qui s'estime appelé à publier dans une revue introuvable mais qui est pour lui comme un graal. Il en deviendra finalement le directeur.

  • Terres et cendres

    Atiq Rahimi

    Un pont, une rivière asséchée dans un paysage désolé, la guérite d'un gardien mal luné, une route qui se perd à l'horizon, un marchand qui pense le monde, un vieillard, un petit enfant, et puis l'attente.
    Rien ne bouge ou presque. nous sommes en afghanistan, pendant la guerre contre l'union soviétique. le vieil homme va annoncer à son fils qui travaille à la mine, le père du petit, qu'au village tous sont morts sous un bombardement. il parle, il pense : enfer des souvenirs, des attentes, des remords, des conjectures, des soupçons. c'est une parole nue qui dit la souffrance, la solitude, la peur de n'être pas entendu.

  • Kâmasûtra

    Frédéric Boyer

    Ces versets ont plus de mille cinq cents ans. Ils ont été rédigés dans une langue ancienne, le sanscrit, quelque part, dit-on, dans le nord-est de l'Inde, au bord du Gange. Ils sont extraits d'un « petit livre» (selon l'expression du texte lui-même), divisé en sept parties, et datant probablement du III" ou IV' siècle de notre ère, le Kâmasûtra. On y découvre l'étrange dilemme d'une culture savante et antique confrontée au plaisir sexuel, à sa recherche, et à sa signification. Renoncer à la satisfaction des pulsions, vertige destructeur, et éventuellement sublimer ce refoulement, ou rédiger les conditions culturelles d'une satisfaction nécessaire (et pour qui? et pour quoi? et de quelles façons en parler?) L'Inde ancienne des brahmanes a ceci de particulier qu'elle a favorisé une sorte de diversité cognitive, souvent dissonante et plus ou moins simultanée, dans laquelle chacun peut disposer d'une connaissance pratique de différents savoirs, techniques, croyances, représentations. Sur près de mille ans au moins, on a su rédiger une science plurielle qui portait sur la grammaire, la religion, la logique, la guerre autant que sur les chevaux, les éléphants, la danse, la vie domestique, la médecine,la musique, l'astronomie, l'élevage, l'agronomie ... L'Inde ancienne, à l'époque Il Kâmasûtra du Kâmasûtra, représente aussi un grand fourre-tout de croyances locales et de traditions, de connaissances multiples, avec la nécessité d'ordonner, de hiérarchiser la diversité du monde. Accompagné de cette volonté inlassable de penser et de prévenir la confusion, le mélange (samkara).
    Ces versets ont plus de mille cinq cents ans. Ils ont été rédigés dans une langue ancienne, le sanscrit, quelque part, dit-on, dans le nord-est de l'Inde, au bord du Gange. Ils sont extraits d'un « petit livre» (selon l'expression du texte lui-même), divisé en sept parties, et datant probablement du III" ou IV' siècle de notre ère, le Kâmasûtra. On y découvre l'étrange dilemme d'une culture savante et antique confrontée au plaisir sexuel, à sa recherche, et à sa signification. Renoncer à la satisfaction des pulsions, vertige destructeur, et éventuellement sublimer ce refoulement, ou rédiger les conditions culturelles d'une satisfaction nécessaire (et pour qui? et pour quoi? et de quelles façons en parler?) L'Inde ancienne des brahmanes a ceci de particulier qu'elle a favorisé une sorte de diversité cognitive, souvent dissonante et plus ou moins simultanée, dans laquelle chacun peut disposer d'une connaissance pratique de différents savoirs, techniques, croyances, représentations. Sur près de mille ans au moins, on a su rédiger une science plurielle qui portait sur la grammaire, la religion, la logique, la guerre autant que sur les chevaux, les éléphants, la danse, la vie domestique, la médecine,la musique, l'astronomie, l'élevage, l'agronomie ... L'Inde ancienne, à l'époque Il Kâmasûtra du Kâmasûtra, représente aussi un grand fourre-tout de croyances locales et de traditions, de connaissances multiples, avec la nécessité d'ordonner, de hiérarchiser la diversité du monde. Accompagné de cette volonté inlassable de penser et de prévenir la confusion, le mélange (samkara). La connaissance relève ici à la fois de la taxinomie, de la description, de la proscription et de l'exception. C'est le monde des sâstra, traités versifiés de droit, textes d'enseignement et d'étude qui produisent une sorte de lecture et de description raisonnée infinie du monde. Le verbe sas signifiant à la fois punir et enseigner, un peu comme notre mot discipline en français. Ce monde est distribué selon une trilogie supérieure (en sanscrit trivarga, les trois significations discriminantes qui confèrent les buts de l'existence humaine, purusârtha) : dharma (l'ordre universel, les principes, les devoirs sacrés de toute existence), artha (la création de richesses et la puissance matérielle d'une existence, la prospérité), et kâma (le plaisir sexuel, amoureux, la sensualité, le désir). On commence toujours par ce trio pour parler grammaire, architecture, danse, médecine ou musique ... C'est dire que le plaisir est reconnu traditionnellement comme une des trois finalités supérieures du brahmanisme, et que les buts sexuels ne sont pas forcément en contradiction avec le jeu social.

  • La nostalgie

    Mircea Cartarescu

    Roman total divisé en cinq nouvelles indépendantes que relient de nombreux échos et sou- terrains, La Nostalgie s'ouvre sur l'histoire du « Roulettiste » - pauvre bougre devenu malgré lui le champion d'un club secret de roulette russe (nouvelle censurée par les autorités com- munistes roumaines lors de la première édition du livre, en 1989) - et s'achève sur le fan- tastique épanouissement de « l'Architecte », individu lambda devenu le sujet d'une immense révélation musicale (via le klaxon de sa voiture) et peu à peu absorbé, happé dans l'ivresse de la création, jusqu'à traverser toute l'histoire de la musique et finir en apothéose galactique.
    Entre l'impasse kafkaïenne de l'annulation volontaire de soi (le Roulettiste échoue à se tuer, comme nul ne peut faire en sorte de n'avoir jamais existé) et l'extase pantocratique du créa- teur, un chemin tortueux traverse, par trois « novellas », les méandres fantasmagoriques et érotiques de l'enfance et de l'adolescence :
    D'abord avec la sombre histoire du « Mendébile », dans laquelle un petit garçon précoce (tant par son intelligence que par son intérêt pour le sexe opposé) est tour à tour examiné, adulé et rejeté par la bande du quartier ;

    Puis vient le drame transgenre des « Gémeaux », la passion romantique d'un adolescent pour une fille intenable, passion naïve et non moins intense, voire démentielle, illustrant cette étran- geté profonde qui est propre au désir amoureux : le désir de se perdre dans l'autre, dans le corps de l'autre ;

    Enfin, « REM » (le joyau du livre) nous plonge dans l'univers archétypal et codé d'une bande de filles au seuil de l'adolescence, jouant à se faire peur, le temps d'un été initiatique, et décou- vrant le plaisir interdit d'avancer vers ce qui les terrorise (notamment l'amour entre filles).

  • Si un poète écrit sur une catastrophe à la veille d'un événement désastreux, ce n'est pas un hasard.
    Si le récit d'une catastrophe débute immanquablement par la veille, ce n'est pas un hasard. Chronique tenue du 10 mars au 30 avril 2011, sur la superposition des images, la mémoire des villes, le hasard, la temporalité de la description et les noms propres qui surgissent, fantomatiques, lors d'une catastrophe.

  • Le verger

    Harry Mathews

    En 1978, Georges Perec publiait ses «Je me souviens», le principe en était le suivant : tenter de retrouver un souvenir presque oublié, banal, commun sinon à tous, du moins à beaucoup. C'est à partir de ce même principe de petits souvenirs arrachés au passé que fonctionne Le Verger. Principe appliqué cette fois à un seul sujet : Georges Perec. «Quelques semaines après la mort de Georges Perec, je repris pour mon compte et à son sujet la formule de son livre, non pas pour lui rendre hommage ni pour puiser dans le passé mais pour faire face, par l'écriture aussi, à l'accablement qui à ce moment-là assaillait beaucoup d'entre nous.»

  • Les plaines

    Gerald Murnane

    Sur leurs vastes terres les grands propriétaires des Plaines de l'Australie intérieure ont su préserver une culture à la fois riche et unique, inaccessible. Extrêmement préoccupés par leur habitat et leur histoire ils engagent des artisans, des écrivains, des historiens afin de conserver chaque détail de leur mode de vie ainsi que tout ce qui constitue la nature profonde de leur pays. Un jeune cinéaste arrive dans les Plaines avec l'espoir d'apporter sa propre pierre à l'édification de cette histoire. Engagé par un propriétaire imprévisible et énigmatique, comme il semble qu'ils le soient tous, il constatera, à mesure que son projet de film se défait, et peut-être parce qu'il se défait, qu'il devient un véritable habitant des Plaines. C'est vingt ans après son arrivée qu'il nous raconte ici sa vie dans les Plaines, cet infini territoire du dedans.

  • Charles Reznikoff (1894-1976) était avec Carl Rakosi, George Oppen et Louis Zukofsky un des quatre poètes du courant dit 'objectiviste' américain, qui commencèrent à publier, de manière confidentielle, dans les années vingt du siècle dernier. De Charles Reznikoff ont été publiés en France, Témoignage, Les États-Unis, 1885-1890, un fragment du présent volume (Hachette/P.O.L, 1981, traduction par Jacques Roubaud), aujourd'hui épuisé ; Le Musicien, roman (P.O.L, 1986, traduction par Emmanuel Hocquard et Claude Richard) ; Holocauste (Prétexte, 2007, traduction Jean-Paul Auxeméry).
    Dans un entretien publié dans Contemporary Literature Charles Reznikoff, pour décrire sa démarche, citait un poète chinois du XIe siècle qui disait : 'La poésie présente l'objet afin de susciter la sensation. Elle doit être très précise sur l'objet et réticente sur l'émotion'. Sans doute n'est-il pas inutile, aujourd'hui, de présenter avec Témoignage, Les États-Unis (1885-1915) une des illustrations les plus complètes et convaincantes de ce programme.
    Témoignage, Les États-Unis (1885-1915) est une vaste fresque pour décrire l'entrée des États-Unis dans l'ère moderne à travers la restitution minutieuse et la mise en forme de rapports d'audience de tribunaux amenés à juger aussi bien de conflits de voisinage ou de succession que d'accidents du travail ou de faits divers atroces. Son édition poursuit le travail entamé en 1981 avec la publication de Témoignage, Les États-Unis, 1885-1890 et du Musicien.

  • Le levant

    Mircea Cartarescu

    Hymne à la liberté et plaidoyer pour la poésie, Le Levant raconte l'aventure de Manoïl, jeune homme sensible et courageux, tourmenté par les malheurs de son peuple, qui sonne la révolte et s'en va renverser le tyran phanariote, cruel et corrompu ; au cours de son périple - sur les mers, sous terre, dans les airs - il est accompagné de sa soeur, la pulpeuse Zénaïde, et de son soupirant français Languedoc Brillant, du pirate grec Yaourta et de son fils Zotalis, néo-tzigane, et enfin du savant Léonidas, dit l'Anthropophage, et de sa compagne Zoé, révolutionnaire aux manches retroussées.
    Épopée roumaine jouissive et ludique, divisée en douze Chants et incrustée de pastiches, de poèmes, de récits d'aventures et de contes amoureux, comme de digressions postmodernes (dixit), selon une tradition allant des Mille et une nuits ou de L'Âne d'or à Jacques le fataliste, et au-delà (Joyce, Borges), ce livre original et savoureux est sans doute l'un des plus grands de l'auteur ; c'est aujourd'hui un classique, en sa terre natale.
    Tour à tour sentimental et nonchalant, entremêlant les parodies et les aveux, le narrateur - qui apparaît lui-même en de nombreux endroits du livre - joue principalement avec les codes lyriques et narratifs de la littérature du xixe siècle, son patriotisme romantique, son imaginaire embrasé par la science ; confronté aux grandes questions du temps (celles de Byron, de Kleist, entre autres) : qu'est-ce que la Poésie ? que peut-elle, que devient-elle, face au politique ? l'auteur du Levant répond, avec une générosité luxuriante, par une somme littéraire à plusieurs niveaux de lecture, où l'amusement emboîte le pas de l'élégie.
    Roman d'aventures des temps jadis, chant d'amour et de résistance, voire de résurrection et de révolution, composé par un jeune poète désespéré durant les heures les plus noires de l'ère Ceauþescu, Le Levant est aussi un voyage au coeur de la création, une oeuvre ouverte portée par une métatextualité jubilatoire qui nous fait traverser, avec une verve gorgée d'humour, et sous l'égide des plus grands poètes roumains, deux siècles de littérature - romantique, symboliste, décadente, expérimentale ou encore oniriste - parmi une mêlée haute en couleurs de fiers Roumains, de Grecs, de Tziganes et de Turcs, dans le superbe triangle Athènes-Istamboul- Bucarest.

  • Frisk

    Dennis Cooper

    Il est allongé nu sur le futon, les poignets liés ensemble, les jambes écartées, les pieds qui dépassent du cadre.
    Un drap tordu, comme une tornade maigrichonne. Sur la première photo, ses longs cheveux noirs et raides lui tombent sur le visage, recouvrant tout, à part le bout de son nez, son menton, une pommette, un oeil en partie fermé. Il a dix-sept ans. Son corps est trop contracté pour être mort ou endormi. Autour de son cou, il s'agit apparemment d'un noeud coulant.

  • Salopes

    Dennis Cooper

    je l'ai ramené chez moi.
    pas bavard, il ne semblait pas avoir envie de parler. il ne m'a ni donné ses tarifs, ni dit ce qu'il aimait. aussi, il avait ce léger tic qui lui faisait tendre le cou et ouvrir la bouche. je me suis dit que c'était l'effet d'une drogue quelconque puisqu'il n'était pas clean, ça crevait les yeux. c'était pas les signes avant-coureurs qui manquaient mais le gosse était tellement une bombe que je les ai tous ignorés.
    je ne regrette pas... attendez, lisez la suite.

  • Le jumeau solitaire

    Harry Mathews

    Un couple de formation très récente, Berenice et Andreas, il est éditeur, elle est psychologue compor- tementaliste et s'intéresse à de mystérieux jumeaux, John et Paul qui défraient la chronique de la petite ville côtière où ils vivent. En effet ces jumeaux à la ressemblance troublante font tout pour s'éviter. On ne les voit jamais ensemble et leurs comportements sont extrêmement différents. Par exemple, tandis que l'un est volu- bile, expansif, l'autre est taciturne et renfermé...À partir de là tout un réseau d'histoires et de personnages se met en place et épaissit le mystère des dits jumeaux jusqu'à ce qu'un drame éclate qui le résout.
    Comme toujours avec Harry Mathews, il y a cet incroyable plaisir de lecture qui tient à la fois à son humour, à son art de raconter des histoires, à cette écriture merveilleuse, toute d'acuité, si précise et en même temps si élégamment déliée - remarquablement traduite par Laurence Kiefé - mais aussi aux éton- nantes histoires qu'il raconte. Toujours intrigantes, toujours inattendues, originales. Et à travers lesquelles se manifestent son empathie, sa générosité, son goût des autres et pour les autres, les gens, ceux que ses personnages rencontrent dans des avions, ou ailleurs : « Les histoires, on en est fous, surtout les récits de vie, vous ne pouvez pas imaginer. » Il faudrait inventer une expression, une formule, pour tenter de définir ce qu'il y a de si magique chez Mathews. « Émouvante étrangeté », ou « excitante étrangeté », ou encore « empathique étrangeté », en références inversées au fameux unheimlich qu'en France on traduit par « inquiétante étrangeté ».
    On comprend petit à petit que ça va mal se terminer, on le suppose, on le ressent : l'intrication des histoires, les recoupements, les croisements si magnifiquement ménagés, montrent bien que quelque chose est en marche qui va être terrible, alors que l'amour, l'insouciance, l'amitié, la gaieté donnent encore apparemment le « la ». Et, de fait, inceste, parricide, on se retrouve brutalement en pleine tragédie grecque, même s'il y a distribution d'ice cream sur la crime scene...

  • Le règlement

    Heather Lewis

    Lee est renvoyée de l'internat, elle a quinze ans mais il n'est pas question qu'elle retourne chez ses parents : son père abuse d'elle.
    Cavalière douée, elle fuit vers le circuit des concours hippiques retrouver Tory, une autre cavalière vers qui elle se sent attirée. Elle devient son amante et son équipière dans une écurie que dirigent Cari et Linda, un frère et une soeur connus pour leurs méthodes brutales et la manière qu'ils ont de droguer chevaux et cavaliers. Ayant compris son trouble et sa fragilité, Linda à son tour force Lee, qui le désire et le redoute à la fois et se réfugie dans une consommation de plus en plus folle de morphine.
    Si cela ne l'empêche apparemment pas de gagner la plupart des compétitions, elle disparaît peu à peu en elle-même, là où elle n'est plus que renoncement.

  • L'écrivain qui doit quitter sa langue pour une autre est-il pareil à ce soldat sans armes qui déserte son pays et dont la fuite éperdue tient d'une course de cauchemar dans un temps suspendu? Mue douloureuse s'il en est. De vieilles phrases collent à la chair et quand on a réussi à les en arracher, il y reste encore des lambeaux de mots, des grains de syllabes anciennes. Peu à peu cependant le vieux langage bat en retraite, moulu jusque dans ses structures, et finit par disparaître face à l'invasion du nouveau. Mais quand on a enfin traversé et que, le tablier du pont derrière soi, on est arrivé sur l'autre rive, arrivé à faire langue neuve, a-t-on pour autant vraiment changé d'écriture? Les fantasmes de toujours sont peut-être trop profondément enfouis en nous pour que même une armée de terrassiers puisse les extraire et nous en affranchir. Le Mot sablier a été écrit en partie en roumain, en partie en français directement. Sous des apparences modestes et ludiques, il s'agit à la fois d'un roman, d'une étude sur l'imaginaire et sur la langue, leurs pouvoirs. De nombreux personnages pittoresques ? parmi lesquels l'auteur, le traducteur, une libraire ? illustrent le propos théorique de l'auteur.

  • Le nouveau monde

    Tadeusz Konwicki

    «Le Nouveau Monde» désigne à la fois Nowy Swiat, rue prinpipale de Varsovie non loin de laquelle habite l'auteur, et le monde d'après-guerre. Dans ce faux journal intime, sorte de carnet de notes personnelles remplies de ce mélange d'humour et d'ironie grinçante dans lequel il excelle, Tadeusz Konwicki, écrivain et cinéaste, jette un regard critique sur son évolution spirituelle et prend une distance inhabituelle par rapport à lui-même et son époque. À travers souvenirs, anecdotes, réelles ou imaginaires, et réflexions, il nous fait découvrir les multiples facettes de son univers d'homme et d'artiste. C'est avec Le Nouveau Monde qui se présente comme un dialogue avec la censure que l'écrivain a fait sa rentrée dans les éditions officielles polonaises.

empty