Revue 303

  • Deux fois reine, Aliénor a goûté au pouvoir suprême. Non pas de façon officelle, mais informelle. De son temps, si l'épouse ne prend pas publiquement les décisions, elle peut orienter la politique de son mari grâce à son ascendant sur lui. Aliénor exerce une influence certaine sur Louis VII jusqu'à ce qu'éclate, en Terre Sainte, une forte divergence sur l'orientation à donner à la croisade. Elle prend alors contre lui le parti de son oncle, Raymond, prince d'Antioche, mais elle est aussi l'héritière du vaste duché d'Aquitaine s'étendant des Pyrénées à la Loire. En théorie, elle le gouverne à sa guise, même si le caractère autoritaire de son second mari, Henri II d'Angleterre, l'en a souvent empêché. Pour le contraindre à céder, elle fomente, en 1173, la vaste révolte de ses enfants contre lui. Son échec lui vaut sa résidence surveillée jusqu'à son veuvage. Son mari envisage même de la répudier. Elle se retire alors à Fontevraud, où sa tante Mathilde d'Anjou a été abbesse.

  • Avec la crise sanitaire, nous avons tous redécouvert notre domicile, ou bien nous l'avons investi différemment. Cette expérience à la fois personnelle et collective nous a conduits, à des degrés divers, à nous interroger sur les contours de l'espace privé et sur ce qu'habiter veut dire. En donnant la parole à des artistes, des philosophes et des sociologues, ce numéro propose une réflexion sur la façon dont les normes de l'habiter se sont définies au fil du temps, en prenant en compte les formes du cadre bâti comme les processus d'appropriation qui font du logement un espace à soi. Que dit de nous une représentation picturale ou photographique de notre intérieur ? Quel rapport entretient-on avec soi et avec l'espace quand on vit dans un monastère ? Comment parvient-on à se recréer un espace intime quand on vit dans la rue ? De quelle(s) utopie(s) les pratiques d'autoconstruction sont-elles porteuses ? Telles sont quelques-unes des thématiques abordées dans ce numéro qui invite à partir à la découverte d'un espace capital et singulier, le « chez-soi ».

  • Les arbres font depuis toujours partie de nos paysages et de notre vie: vénérés, taillés pour fournir matériau et bois de chauffage, plantés pour embellir nos lieux d'habitation, changés en oeuvres d'art, ils imprègnent notre imaginaire comme notre quotidien.
    La région des Pays de la Loire recèle de nombreux arbres emblématiques, comme le châtaignier d'Abbaretz ou les mystérieux arbres fossilisés de Brière, mais aussi les mini-forêts contemporaines, plantées dans les interstices de la ville, ou certaines oeuvres d'art visibles dans les musées et l'espace public.
    Ce numéro de 303 s'attache à retracer le rôle des arbres dans les domaines les plus divers, abordant successivement leur aspect patrimonial et historique, la façon dont ils influencent l'activité des humains et leurs modes de pensée, dans les sciences comme dans les arts. Avec comme fil rouge cette double question : quelle est aujourd'hui notre relation aux arbres, et comment pouvons-nous faire d'eux nos alliés pour favoriser le vivant ?

  • De Nantes à Saint-Nazaire, le parcours Estuaire s'étend sur les 120 km de l'estuaire de la Loire et présente une trentaine d'oeuvres d'art contemporain signées d'artistes de renommée internationale. Chacune guide vers un lieu atypique ou un site remarquable de l'estuaire, entre réserves naturelles fragiles et bâtiments industriels gigantesques. Ce guide est l'indispensable compagnon de visite de ce musée à ciel ouvert.

  • Des photographies, des métiers, un projet urbain, du territoire, des mines et des chaussures, du charbon et du pétrole, une manufacture, des bateaux et des automobiles, des toiles et des mouchoirs, une usine conçue par un peintre, de la fonte, des fleurs, du papier et des allumettes, des paysages et des oeuvres, de la ville et des livres, des machines et des hommes, du travail...
    Ce hors-série montre la diversité des formes et des produits de l'industrie sur l'ensemble des Pays de la Loire, certains effacés et seulement conservés, d'autres en pleine activité encore. Il fallait interroger le sens de tout cela, remonter aux origines de la reconnaissance culturelle, mais aussi poser les enjeux contemporains de celle-ci au moment de la remise en cause de ce modèle par certains.
    Consacrer un volume entier aux mémoires industrielles, c'est naviguer dans l'histoire polymorphe des activités de production de la région, de la richesse des sols et du sous-sol, des opportunités offertes par les rivières et l'océan, par les routes et les croisements, de ce que l'on en a fait et de ce que l'on veut en faire.

  • La bande dessinée vit, depuis vingt-cinq ans, un nouvel âge d'or. Après une enfance dorée qui l'installa au coeur des cultures populaires, une adolescence provocatrice qui fit la part belle aux expérimentations et aux rencontres avec les autres contre-cultures, le 9e art a fait sa mue, offrant aujourd'hui des oeuvres qui comptent parmi les productions artistiques les plus remarquables. Le cinéma, l'art contemporain et le spectacle vivant ne s'y sont pas trompés, multipliant les déclarations enflammées à une pratique longtemps décriée, soumise aux pires clichés réducteurs et infantilisants. Ce numéro est ainsi à la fois un plaidoyer pour une bande dessinée libérée - particulièrement dynamique dans les Pays de la Loire - et un écrin dédié, croisant portraits, créations originales, essais, photographies, bibliographie et entretiens, assortis d'une riche iconographie et d'une bonne dose d'amour de la part de tous les contributeurs de ce numéro exceptionnel. Néophyte, lecteur «?classique?» ou averti?: chacun trouvera de quoi nourrir et satisfaire sa curiosité, son plaisir... Et sa fierté d'avoir connu ce nouvel âge d'or?!

  • Faire entrer l'art moderne et les artistes vivants dans l'Église. Tel fut le projet de L'Art Sacré, mouvement intellectuel et artistique qui se développa en France au cours des années Trente. Cette ambition, élargie aux autres confessions religieuses, s'est poursuivie sous de multiples facettes tout au long de la seconde moitié du XXe siècle et jusqu'à aujourd'hui.
    Architecture, sculpture, mobilier, vitrail, tous les arts ont été mobilisés afin d'accompagner le culte et la quête spirituelle dans le chemin de la modernité. On découvrira donc au fil de ces pages des églises en béton, des vitraux en aplats de couleurs, du mobilier épuré, un patio orné de zelliges ou encore une subtile synagogue construite au coeur des ruines d'une église chrétienne.
    /> Revisitée par des études récentes, et faisant l'objet d'une reconnaissance partagée, cette histoire continue de s'écrire enrichie de l'apport des artistes contemporains et d'une pluralité cultuelle respectueuse de la laïcité.

  • Espèces qui disparaissent ou qu'il faut à tout prix réguler, revendications des véganes, difficultés des éleveurs : plus un jour ne se passe sans que les médias ne nous parlent des animaux, sur un ton tour à tour catastrophiste, passionné, indigné et ricaneur.

    Ce numéro entend traiter ce thème avec calme et lucidité, en multipliant les points de vue : artistique, psychologique, philosophique, scientifique... On y découvre des aspects émouvants et insoupçonnés de la profondeur des liens qui nous unissent à ces êtres embarqués avec nous dans le tourbillon de l'existence - c'est aussi, au passage, l'occasion d'en apprendre beaucoup sur nous-mêmes.

  • Évoquer la mer c'est immédiatement convoquer les passions : les plaisirs suscités, les peurs éprouvées, les rêves conquis, les avaries survenues. C'est accueillir des histoires qui, par milliers, racontent l'espoir et l'aventure mais aussi le labeur de vies soudées par une communauté de destin. À l'aune de son tempo, tout en flux et reflux, la mer est ainsi le reflet de la vie puisque tout y procède et y revient.
    Par sa géographie, son histoire, par les patrimoines qu'il recèle, le territoire ligérien a été façonné par l'océan et le ruban côtier qui lui fait face. Mais cette identité maritime, enrichie d'une économie diversifiée et d'une forte attractivité balnéaire, est aussi le socle d'une nouvelle croissance durable liée à la prise de conscience de la fragilité de notre planète. Au fil des rivages et vers le grand large, autour ds ports et sur les bateaux, toujours avec la compagnie des gens de mer, ce nouveau hors-série de la revue 303 est ainsi l'occasion de découvrir une mémoire et un avenir partagés.

  • Les loups frappent à nos portes et l'ancien monde s'effondre.

    C'est ce double mouvement que tente de décrypter ce numéro consacré au sauvage. D'un côté la numérisation et robotisation de nos modes de vie incite au repli dans la nature et la survie.
    De l'autre, les immersions dans la nature en quête d'un paradis originel extériorisé ou enfermé dans notre sagesse animale se multiplient.

    Un cosmos inversé est en train de naître, enfoui au fond de nos corps, de nos âmes, de nos gestes. Il vient s'adosser aux prises que nous offrent nos milieux socio-naturels : espaces façonnés au long cours de l'histoire humaine, mémoire collective de nos altérités communes, techniques immémoriales redécouvertes.

    Le sauvage est une pensée magique et primitive à l'oeuvre nichée dans les oeuvres, les cueillettes, le camping, le survivalisme, la protection de la faune et des biotopes, les barnums de l'altérité ou l'éveil du vivant qui illustrent cet ouvrage.

  • Proposée par la Région Pays de la Loire, la collection Essentiels Patrimoines en région rassemble des ouvrages de synthèse qui ont pour ambition de mettre la connaissance approfondie du patrimoine régional à la portée de tous.
    Peuple de la mer, les habitants de la région ont toujours voulu chercher l'aventure au-delà de l'horizon. Une aventure qui a commencé en franchissant la Loire sur des embarcations taillées dans de simples troncs, et s'est poursuivie avec la multitude des grands voiliers qui traversèrent les océans.
    Premier titre de la collection Essentiels, cet ouvrage retrace l'histoire d'un littoral façonné par son histoire maritime et fluviale. Depuis les premières conquêtes et invasions vikings, aux grandes mutations commerciales et industrielles des XVIIIe et XIXe siècles, jusqu'aux défis contemporains de la « croissance bleue », ce livre de synthèse richement illustré invite au fil de l'eau au voyage et à la découverte de l'histoire économique et industrielle, touristique et culturelle du littoral des Pays de la Loire.

  • Longtemps, l'étoffe du monde fut tissée de croyances et de rituels magiques : les hommes s'adonnaient au culte des pierres, des sources et des forêts, leur imaginaire se berçait de contes fantasques ou s'enfiévrait de créatures légendaires, et leur corps pouvait devenir une scène ouverte, accueillant le théâtre des pouvoirs sorciers ou des ondes jaillies des mains des guérisseurs.
    Corsetées par notre culture cartésienne, ces pratiques auraient pu s'essouffler, voire expirer : il n'en est rien. Que nous disent ces rites, qui se régénèrent en permanence, sur notre rapport à la spiritualité et à la nature ?
    Dans un ancrage territorial et contemporain, ce numéro analyse et recharge l'esprit de ces croyances populaires : on y croisera Mélusine et la Dame blanche, des mégalithes et des eaux miraculeuses, un institut métapsychique et des guérisseurs, des esprits ligériens, un conteur et quelques sorcières.

  • L'engouement pour les jardins qui s'observe en Europe depuis les années 1980 dépasse de loin le simple phénomène de mode : il s'est chargé d'enjeux politiques et sociaux déterminants, comme s'attachent à le démontrer les contributions réunies dans ce numéro.
    On y découvre notamment les jardins créés dans les Pays de la Loire par Édouard André et son fils René au tournant des xixe et xxe siècles ainsi que par Gilles Clément, l'évolution des jardins de sculptures, la perception du jardin dans la littérature, du Moyen Âge à Julien Gracq, l'histoire des citésjardins, le rôle des parcelles cultivées comme terrains d'expérimentation sociale, ou encore l'aventure libertaire d'Yves Gillen à Herbignac...
    Autant de pistes pour retracer l'évolution des jardins, devenus aujourd'hui de véritables laboratoires où se relèvent les grands défis écologiques, où s'inventent de nouveaux modes de vie.

  • Et si nous étions moins les enfants de Jules Ferry que ceux d'Élise et Célestin Freinet, Maria Montessori, Marie Pape-Carpantier, Étienne Decroly, Paolo Freire, Ivan Illich ou Georges Lapassade, ces visionnaires qui ont lancé le grand mouvement des pédagogies autres ?
    L'importance que prennent aujourd'hui les écoles hors institution, inspirées des mouvements de l'éducation nouvelle, de la pédagogie institutionnelle et de l'école autogérée révèle le désir de faire coexister harmonieusement l'écologie, l'art pour et par les autres, les assemblées participatives et un urbanisme responsable.
    Tout un monde de l'apprentissage qui donnerait envie aux parents de retourner à l'école aux côtés de leurs enfants.

  • En cuisinant et en mangeant, nous perpétuons l'histoire de notre pays, de notre région, de notre famille. Nous prenons aussi du champ vis-à-vis de cette transmission, nous amendons et rejetons, nous faisons évoluer nos pratiques alimentaires pour des raisons de goûts personnels, de mode et d'éthique.

    La nourriture est ce qui lie les humains, sans heurts ni violence. C'est la politique rendue gourmande.

    Ce que nous mangeons a une influence déterminante sur notre santé, sur la structure de notre agriculture et sur l'écosystème de notre planète.
    En mangeant, nous pouvons favoriser les industries ou au contraire soutenir une agriculture paysanne ; en mangeant, nous pouvons polluer les nappes phréatiques et dévaster les forêts primaires, ou limiter la destruction de notre environnement.

    Manger est un acte grave par ses conséquences sur notre corps et sur notre planète, sur notre société, mais cette gravité peut prendre la forme de la légèreté, de la joie et du plaisir.

    Peut-être la nourriture pourrait-elle être le modèle d'une politique effective qui ne serait ni triste ni inefficace, mais gourmande et, pour cette raison, à même de changer notre monde.

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