Filtrer
Support
Éditeurs
Langues
Prix
Le Seuil
-
Dans une usine de Tokyo, quatre femmes, - Masako, Yoshie, Kuniko et Yayoi -, effectuent le
service de nuit sur une chaîne particulièrement rapide, leur tâche consistant à remplir des paniersrepas
qui seront ensuite vendus dans différents quartiers de la ville. Si elles ont toutes des passés
et des vies relativement différents, elles ont aussi un point commun : qu'ils jouent au casino,
boivent, les trompent, les battent ou les abandonnent, leurs maris les traitent comme des objets
sans grand intérêt dès lors qu'elles ne sont plus de la première jeunesse ou beauté. Les existences
qu'elles mènent ne sont que répétition quotidienne du même malheur d'être femme dans un pays
où ce sont les hommes qui dirigent. Ajoutez à cela la misère et les carcans idéologiques d'une
société par certains côtés encore féodale, et vous aurez une idée du calvaire que doivent endurer
celles qui, en plus, tirent le diable par la queue et doivent assurer la subsistance et le bonheur de
leurs enfants.
C'est dans ce contexte de violences sociales décrit par le menu que n'en pouvant plus d'être
humiliée, battue et traitée comme une esclave, l'une d'entre elles, Yayoi, finit par étrangler son
mari, Kenji.
Pendant ce temps-là, le propriétaire d'une maison de jeu, Mitsuyoshi Satake s'occupe de faire la
fortune d'une de ses entraîneuses, la belle shanghaïenne, An-na, et pour ce faire, empêche les
clients trop entreprenants de l'importuner. Tombée amoureuse de lui, An-na ne comprend pas qu'il
ne veuille pas la toucher. Aussi bien ignore-t-elle la punition d'une extrême cruauté qu'il a infligée
à une femme qui s'était imaginée de piquer des entremetteuses à son patron du temps où il servait
de nervi à ce dernier.
Ainsi est lancée avec une maestria proprement stupéfiante la dynamique qui verra ces cinq
personnages s'affronter dans une lutte mortelle pour la liberté, l'amour, le pouvoir et l'argent.
D'une extrême violence, ce thriller est d'une facture à laquelle il est difficile de résister tant elle sait
entraîner le lecteur dans un mélange d'espoir et d'horreur qui n'en finit pas de mettre à nu sa
fascination pour le mal et l'idée de la rédemption.
L'écriture est d'une sobriété remarquable.
-
La richesse des analyses psychologiques, la finesse de l'observation quotidienne, la subtilité de la construction font de ce roman, probablement l'un des plus remarquables de Tsushima et l'un des plus frappants qui aient été publiés au Japon depuis Sôseki. En dehors de toute mode japonaise, Tsushima affirme sa singularité à l'intérieur de son propre pays et sa parenté avec les grands écrivains de l'introspection. A partir de la mort de sa mère (en réalité une longue agonie qui va accompagner toute la narration), l'auteur reconstitue sa vie, en « inventant » un personnage qui est son double, celui de Ritsuko Takasé, dont elle va raconter l'enfance, puis les études, les amitiés, les voyages, l'entrée dans le monde adulte et l'incapacité d'établir des relations sexuelles stables. Et rapidement la narration s'oriente vers l'histoire familiale de Fumiko, une camarade de classe, et plus particulièrement vers celle de Kiyoko, la soeur adoptive de Fumiko, en réalité une « tante » (la fille de la soeur cadette de sa grand-mère). Fumiko est la petite-fille d'une famille d'aubergiste et elle n'a pas de père. Sa mère vit avec un homme, Yamagata, qui va servir de beau-père et deviendra l'unique figure paternelle du roman. Kiyoko part pour les Etats-Unis quand Fumiko est encore enfant et aura deux filles, Mina et Emma, de deux pères différents, élevée l'une au Japon, l'autre à Paris. Lorsque le livre est écrit, ces deux filles sont adultes et Kiyoko elle-même va tomber malade. Si bien que l'agonie de la mère de la narratrice est comme redoublée par celle de Kiyoko. Le livre tout entier est construit sur cet effet de miroir entre deux agonies de deux femmes qui appartiennent à deux générations différentes et avec lesquelles la narratrice a surtout des rapports très différents. Que peut la littérature face au deuiloe Comment raconter la mort, la maladie, le sentiment filial, le regard d'une fille sur sa mère, d'une mère sur sa fille.
-
« Yuri avait de jolis cils. Même le coin de ses yeux était entouré de rides charmantes. Il faut préciser qu'elle avait vingt ans de plus que moi et son visage devait bien en porter les marques. Mais quand elle riait, ses rides étaient vraiment adorables. » Sur un ton léger et ironique, désabusé et mélancolique, un jeune homme se souvient d'une liaison amoureuse récente, qui probablement va bouleverser tout son avenir. Séduit par son professeur de dessin, femme mûre et mariée, qui se veut libre, il tombe amoureux d'elle, quand elle décide de faire son portrait, et se trouve rapidement pris au piège de la passion. Dans une situation, à la fois sentimentale et perverse, sincère et stratégique, il ne peut s'épanouir et le lecteur voit immédiatement se profiler la rupture.
Ce bref roman, qui évoque Aimez-vous Brahms.., a le charme et la grâce de Sagan, dans un environnement japonais. Emotion, humour, passion, cynisme s'entremêlent dans un récit limpide et poétique. Nao-Cola Yamazaki écrit, dans un style moderne, une sorte de classique de l'histoire d'amour : un jeune homme et une initiatrice plus âgée. Sans pathos, sans moralisme, avec nostalgie et esprit caustique, elle a su émouvoir tout un jeune lectorat, dans son pays.
-
ÿþDahlia apparaît, en premier lieu, comme l'histoire d'une famille installée dans la banlieue d'une capitale. Elle peut être japonaise, française ou tout autre chose. Le quartier où elle habite a été autrefois destiné à la bourgeoisie mais peu à peu occupé par des immigrés.On fait d'abord la connaissance du grand-père. Il s'apprête à aller se promener comme tous les jours et croise trois amis à lui, qui lui proposent de les joindre au bridge. Il accepte l'invitation, mais doit rentrer chez lui pour demander l'autorisation à sa femme. Or, une fois chez lui, il se souvient d'être allé se recueillir sur les tombes des ses amis. C'étaient donc des visions. Puis il se tourne vers sa femme. Et il se rend compte qu'elle non plus, elle n'est plus de ce monde. Depuis qu'elle a confié à une infirmière la tâche de s'occuper de son beau-père sa belle-fille a pris l'habitude de se promener avec son chien. Dans un parc, elle engage la conversation avec un jeune homme au teint basané. Il se nomme Dahlia. Il lui propose de venir dans son appartement et elle le suit. Dahlia se révèle brutal et sans pitié. Il ordonne la femme de se déshabiller dans le seul but de l'humilier et de mettre en évidence la laideur de son corps.Un jour, Dahlia exige qu'elle l'invite à dîner en présence de sa famille.Contre toute attente, son mari, ses fils et sa fille éprouvent de la sympathie pour Dahlia. Le mari prend un verre en tête-à-tête dans salon avec Dahlia et lui propose de rester dormir. La fille demande à la mère de l'engager comme tuteur...L'auteur considère ce livre comme un de ses plus importants. Il rassemble ici de façon symbolique des thèmes qui lui sont chers : la désagrégation du tissu social et familial, l'hermaphroditisme et la visite des fantômes.