• L'historienne de l'art Anne Lafont livre une étude inédite sur les relations étroites et paradoxales de l'art et de la race à l'époque des Lumières. Une nouvelle voix dans les travaux actuels sur les questions de race, d'art, d'images et de colonies.

    En se fondant sur un corpus d'oeuvres d'art connues et moins connues, l'auteure revisite les Beaux-Arts au XVIIIe siècle sous l'angle de la représentation des Noirs, figures qui, non seulement, articulent savoirs anthropologiques et expériences esthétiques, mais aussi histoire du luxe métropolitain et histoire de l'esclavage colonial. Ce livre est fondé sur une recherche de plus de dix ans sur les formes qu'ont prises les figures de l'Africain et de l'Africaine dans l'art continental et colonial français d'avant l'imaginaire abolitionniste. Il couvre les cultures visuelles et artistiques qui vont de la fin du XVIIe siècle - à l'époque de Coypel, Mignard, Largillière... - quand les colonies antillaises commencèrent à percer dans le champ artistique métropolitain, au premier tiers du XIXe siècle - à l'époque de Girodet, Benoist et Léthière jusqu'à Géricault... - quand l'échec de la première abolition de l'esclavage (1802) durcit l'iconographie partisane, mettant la violence des vies dans les plantations à l'ordre du jour de la création artistique.

  • Qui est cette femme représentée sur le fameux Portrait d'une femme noire réalisé en 1800 par Marie-Guilhemine Benoist (1768-1826)? Qui se cache derrière cette présence en gloire presque qui s'impose par sa beauté souveraine sur ce tableau pourtant réalisé par une peintre dont l'engagement politique en fait bien une partisane des royalistes esclavagistes plus que d'un Girodet républicain, son prédécesseur qui, avant elle, avait réalisé le portrait de Jean-Baptiste Belley, premier député noir de France? C'est en opérant un déplacement radical du point de vue et de la méthode qu'Anne Lafont, en historienne de l'art spécialisée dans la représentation des Noir.e.s,, propose une nouvelle « lecture » de ce tableau. Se détournant des intentions de son auteur, sondant à la fois la généalogie des portraits de personnes de couleurs et l'histoire des femmes noires affranchies, Anne Lafont fait l'hypothèse que l'histoire de cette femme pourrait s'apparenter à celles des signares et ou des Créoles placées, esclaves qui ont conquis leur affranchissement par des jeux d'alliance; elle imagine, par ailleurs, au-delà de toutes les influences de l'histoire de l'art, une influence exercée par la modèle elle-même sur sa portraitiste.

  • Ce livre revisite les rapports des arts et des sciences entre le XVIe siècle et le XIXe siècle en convoquant plusieurs chercheurs, d'appartenances disciplinaires diverses (histoire de l'art, littérature, histoire, philosophie) sur deux thèmes : le corps humain et les "Nouveaux Mondes". Si le premier chapitre repose sur les différents usages que les savants firent des représentations du corps et du visage dans le cadre de leurs recherches médicales, il envisage aussi les propriétés performatives de ces images dans le domaine scientifique. Il en ressort qu'elles participent des dispositifs mis en place dans l'expérimentation, qu'elles fondent l'observation et le comparatisme, mais aussi qu'elles nourrissent les démarches esthétiques en proposant des caractéristiques formelles « réalistes », exploitables par les artistes. Plusieurs approches s'activent face aux imaginaires du voyage d'exploration ou de l'expédition scientifique. La perception confuse et déroutante de l'Européen est progressivement maîtrisée par un recours systématique à un arsenal méthodologique (représentation isolée des éléments naturels, systèmes de classification, figuration des étrangetés les plus absolues...) qui ordonne cet apparent chaos que sont l'Amérique, l'Afrique et l'Asie à leurs découvertes. Enfin, le décryptage théorique des modalités de fabrication et d'énonciation de la visualité savante révèle le rôle des images entre art et science, dans la détermination des savoirs naturels à l'époque moderne, puis dans celui des pratiques artistiques au XIXe siècle.

  • La littérature artistique féminine : une histoire collective et transnationale des discours des femmes sur l'art, notamment français, aux XVIIIe et XIXe siècles (études - théories, discours, esthétiques).
    Si l'histoire de l'art s'est depuis longtemps intéressée à ceux qui la pensent et l'écrivent, donnant matière à maints études et ouvrages de fonds (dictionnaires, essais, anthologie...), ce n'est que relativement récemment, depuis la toute fin des années 1980, qu'elle prend en compte les femmes à l'oeuvre dans la pratique et l'écriture de l'histoire des arts visuels.
    Issu d'un colloque consacré aux historiennes de l'art à l'époque de Juliette Récamier, cet ouvrage explore et donne à voir les carrières, les postures et les points de vue de femmes sur l'art durant une petite centaine d'années - de 1760 à 1840, période d'intenses bouleversements dans toute Europe -, faisant se confronter des regards français, anglais et allemands de praticiennes comme Élisabeth Vigée-Lebrun, de salonnière et romancière comme Marie d'Agoult ou Germaine de Staël, ou encore de restauratrice de tableaux, de journalistes ou de critiques d'art. Ces essais mettent en évidence la variété des écrits et des stratégies mises en place par les femmes pour s'octroyer une place - elle-même variable selon les cas - dans un univers essentiellement masculin.

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