• Amérique fantôme Nouv.

    À l'occasion d'une « tournée » solitaire notamment au Texas, pour accompagner la publication de son livre, Brice Matthieussent regarde l'Amérique d'aujourd'hui, loin des pages joyeuses de la route 66, du mythe des années Kerouac, et des clichés les plus tenaces. Il traverse les villes de Dallas, Pittbursgh, Houston, Austin, avant de revenir à Boston, étonné par les fantômes qui hantent un paysage de halls d'hôtels, d'autoroutes ou de librairies, à la lumière des néons ou des phares de voitures. On y croise les plus démunis dans des rues sans trottoirs comme les classes aisées dans les parcs ou les salons, les plus chaleureux et les plus distants. Mais la rencontre est d'abord celle du regard et de la littérature.
    /> Le récit est scandé par une succession de faits divers et de photographies de l'auteur.

  • Lorsque Brice Matthieussent débarque pour quelques jours, dans un cadre universitaire, à Saint-Pétersbourg, il ne sait rien de la ville. Et même il a pris soin de ne pas s'informer.
    Sa rêverie et sa lucidité n'en seront que plus intenses.
    Ce qui se donne à lui, loin des Nuits blanches de Dostoïevski qui rôde dans ce texte merveilleusement, ce sont des passants lourdement vêtus, toque de fourrure et col relevé, réunis autour d'un brasero ; des chiens errants dans les ombres ; la lueur saccadée des lampadaires défectueux ; une main jaillit des ténèbres pour mendier et des jeunes filles belles comme dans les James Bond ; un inoubliable chauffeur de taxi bavard et brisé, la gravité de sa voix indignée ; une étourdissante nausée du faux neuf et la ferveur de jeunes étudiantes lisant des poèmes exaltées et mélancoliques.

    On ne présente plus Brice Matthieussent qui nous a donné « l'Amérique » en éditant et traduisant des milliers de pages des auteurs majeurs des États-Unis (Jim Harrison, John Fante...), mais on le découvre ici sous un jour plus intime, fondamentalement sincère et émouvant.

  • « J'ai perdu à la loyale, sans avoir recours au moindre stratagème douteux ni à la moindre tricherie. Après le dernier point du second set, une ivresse sans précédent m'a submergé, plus grisante que celle de mes nuits ; j'ai lâché ma raquette, je me suis laissé tomber à genoux, pris la tête entre les mains sans arriver à y croire, puis j'ai embrassé les fissures de ce court bosselé où, en perdant mon dernier match, je venais de gagner un avenir radieux. J'avais les larmes aux yeux quand je me suis relevé pour rejoindre le Nippon décontenancé près du filet. Il a dû attribuer mes pleurs à la déception, à l'humiliation. Mais en même temps que les larmes ruisselaient sur mes joues, j'arborais un sourire éclatant. J'étais aux anges. »En suivant un joueur de tennis prodige, Brice Matthieussent nous offre un roman sur nos pulsions et notre désir de chute.

  • Ribouldingue et Pataquès sont au musée.
    Ils parlent de tout et de rien. Des tableaux qui les entourent. De l'histoire de la France. De leurs aventures passées. L'un était un ancien Pied Nickelé. Il vient d'accéder à la 3D.
    L'autre est atteint d'une étrange fièvre: il est dévoré de comparaisons comme on l'est de poux. Dans le mur, un tunnel mène on-ne-sait-où. Au sol, des carnets sont remplis d'autres histoires. Comme celle d'un café-concert où nos deux héros prennent un verre. Alors que la fête bat son plein, des hommes font interruption, armés de fusil d'assaut.
    Et que peut l'imagination contre les terroristes ?

  • Good vibrations

    Brice Matthieussent

    Good Vibrations est une célèbre chanson des Beach Boys datant de 1966. Dans le présent livre, un groupe disco funk comorien des années 2010 choisit de s'appeler ainsi en hommage aux Garçons de la Plage. Ces "bonnes vibrations" sont aussi celles d'une grande école d'art contemporaine, où il neige beaucoup. Quelques étudiants passionnés et amoureux, tout vibrants de l'élan nouveau qui les emporte vers l'art et les lie, y sont comme de jeunes poissons dans l'eau limpide d'un bocal invisible.
    Une disparition et un cataclysme remettent bientôt les pendules à l'heure des bad vibrations et font exploser le bocal. Quand le chaos et les hallucinations prennent le dessus, comment les alevins - et de plus gros poissons - continuent-ils de nager ?

  • Un traducteur facétieux et sans doute malfaisant supprime le texte qu'il traduit et multiplie les notes en bas de page, les fameuses (N.d.T.), d'habitude rarissimes, ici abondantes et prolixes, qui racontent par le menu le dégoût qu'il a du roman qu'il traduit, le mépris dans lequel il tient son auteur, et surtout les outrages qu'il fait subir au texte : suppression des adjectifs, des adverbes, de paragraphes puis de pages entières, au profit de ses propres remarques, rêves, réflexions, ajouts, etc. Les notes en bas de page occupent ainsi le premier tiers de Vengeance du traducteur. Et c'est la première « vengeance » du traducteur, son premier crime de lèse-majesté.
    Mais les personnages du roman américain ainsi curieusement traduit s'insinuent peu à peu dans le texte que nous lisons : Abel Prote, un écrivain français connu, vieillissant et acariâtre, auteur d'un roman intitulé (N.d.T.), que traduit en anglais David Grey, un jeune New-Yorkais qui adore se déguiser en Zorro, « le vengeur masqué ».
    (N.d.T.) est un roman dans le roman, mais suprêmement drôle, et s'il est plein de références et de clins d'oeil ceux-ci ne snobent jamais le lecteur. On les voit ? Le plaisir de la lecture est décuplé. On ne les saisit pas ? Il reste intact.
    Le romanesque a ici la part belle : rebondissements, coups fourrés, révélations, trahisons, deus ex machina, passages secrets, scènes sexuelles, pièges littéraires ou « réels », machinations, déguisements érotiques ou comiques, apparitions, rêves délirants, fantasmes. Brice Matthieussent a voulu utiliser tous ces artifices et ces feux d'artifices propres au roman pour essayer de comprendre ce qui lie un traducteur à son auteur (la traduction au texte original) et, plus généralement, un fils à son père, la dimension autobiographique étant bien sûr omniprésente dans cette « vengeance » envisagée comme un nouveau genre romanesque.

  • « Entre Ail et Xérès, une petite centaine de mots-clefs ordonnent cet abécédaire consacré à Jim Harrison. Loin des conventions de la biographie classique et de l'essai trop lisse pour être honnête, loin des clichés qui réduisent l'auteur de Dalva à un romancier des grands espaces, à un Rabelais américain ou au fils spirituel d'Hemingway. On découvrira ici un adepte virtuose de la stratégie du furet, qui n'est jamais là où on l'attend, mais en décalage constant par rapport à son image. Dans cette surprise alphabétique, dans ce coq à l'âne permanent du lexique, j'espère avoir tracé à mon tour quelques lignes de fuite, lâchant la bride au lecteur pour le laisser fureter à sa guise dans ce paysage harrisonien qui ne manque certes pas de reliefs. » (Brice Matthieussent)

    Brice Matthieussent est traducteur de fictions de langue anglaise depuis 1975. Il a traduit environ deux cents romans, recueils de nouvelles ou de poèmes d'auteurs tels que Robert McLiam Wilson, Jack Kerouac, Jim Harrison, Thomas McGuane, Denis Johnson, Henry Miller, Paul Bowles, John Fante, Hanif Kureichi, Bret Easton Ellis, Eric McCormack, Annie Dillard,. Il dirige la collection « Fictives » aux Éditions Christian Bourgois, à Paris. Il a reçu le Prix Maurice-Edgar Coindreau pour son travail de traducteur en 1983, et le Prix UNESCO-Françoise Gallimard pour la traduction de Eureka Street de Robert McLiam Wilson en 2000. Il enseigne l'histoire de l'art contemporain et l'esthétique à l'École Supérieure des Beaux-Arts de Marseille depuis 1990. Il participe par ailleurs au Mastère de Traduction Littéraire de Paris 7 (Institut Charles V).

  • Luxuosa

    Brice Matthieussent

    C'est le plus beau paquebot de la PSC, la Poseidon Sea Cruises (où l'on peut aussi déchiffrer les initiales du Parti Socialo-Capitaliste). Plus long que la Tour Eiffel, plus haut que l'Arc de Triomphe, ce Léviathan fut commandé par Hannibal Kadhafi, le fils du tyran libyen, avec à fond de cale un aquarium à requins.
    Montant à son bord pour une croisière en Méditerranée, le narrateur rejoint 3500 passagers et 1500 hommes d'équipage. Sitôt la passerelle franchie, il devient Lola, splendide grue cendrée, curieuse et indépendante, chaussée de Converse et portant un sac Tati à rayures rouges et blanches.
    Sur le Luxuosa, personne ne s'étonne de sa présence.
    Lola découvre une ville, une barre d'immeuble, un centre commercial doublé d'un parc à thèmes et d'une base de loisirs. Tout y obéit à deux systèmes, le Playmobil® pour infantiliser le client - ainsi, il n'y a pas de vraie piscine où nager, seulement des pataugeoires et des jacuzzis où barboter -, et le business pour lui faire dépenser le plus d'argent possible. Lola remarque aussi qu'en une métaphore grandiose de l'ordre du monde, l'organisation verticale des ponts se calque sur la richesse de ceux qui les occupent : les passagers les plus fortunés tout en haut, les employés dans des dortoirs sans hublot aménagés au niveau de la ligne de flottaison ou plus bas. Et puis, tous les clients sont blancs, les employés tous basanés, originaires d'une multitude de pays du tiers ou du quart-monde et baragouinant une sorte de novlangue à peine compréhensible.
    Dès qu'elle rejoint sa cabine pour dormir, Lola cauchemarde. En compagnie d'autres oiseaux prisonniers, elle roule en camion vers un camp. Puis un tapis roulant l'emmène vers un centre de tri où des soldats lui baguent la patte avant de la faire monter dans un autre camion.
    Comme dans W de Georges Perec, deux récits alternent alors, chacun trouvant son sens dans le miroir de l'autre :
    À bord du Luxuosa, Lola rencontre un Parisien fanatique des croisières, en proie à une crise existentielle où sa veulerie éclate au grand jour. Puis, au restaurant, Lola se lie d'amitié avec une famille de Wallons qui, elle aussi, cauchemarde. Lola fait la connaissance de Charles, un employé malgache, qui la met en garde contre le Parti Socialo-Capitaliste et lui apprend l'existence d'une langue secrète, l'Ixotl, parlée par les seuls membres du parti.
    L'autre récit, lacunaire, elliptique, est celui des cauchemars de Lola : de banales activités de loisirs - la gymnastique en piscine, le jogging sur le pont, ou une soirée au casino - dégénèrent insensiblement en séances de tortures collectives : face à un officier sarcastique, les clientspassagers- prisonniers cernés de soldats doivent effectuer des flexions-extensions ou courir pendant des heures sous la menace des fusils. Au casino du bord, on impose aux prisonniers de jouer à la roulette russe.
    Certains détails font converger les deux récits. Ainsi, dans le rêve de Lola on jette les cadavres dans un bassin à requins. Et Charles, l'employé malgache, lui raconte bientôt sa découverte de l'aquarium aux requins dans une zone interdite du Luxuosa.
    Quand Charles, puis Lola, apprennent qu'ils ne peuvent plus descendre à terre aux escales, la grue cendrée décide de s'évader de cette prison où elle est sans doute condamnée à mort. Une nuit, entre la Sicile et la Tunisie, Charles, Lola et la famille wallonne quittent le Luxuosa dans un canot de sauvetage, mettent le cap vers la terre la plus proche. À l'aube, ils croisent des migrants rescapés de leurs passeurs et d'une récente tempête. Ils les font monter à bord et entament avec eux une navigation d'un genre entièrement nouveau.
    Sur le mode du conte ou de la fable, Brice Matthieussent a voulu créer une allégorie contemporaine. À travers le regard, les émotions et les pensées de Lola, on découvre peu à peu que, pour paraphraser une formule célèbre, « un spectre hante le monde : les loisirs », et que Luxuosa, ce pourrait être le nom d'une maladie - « J'ai attrapé une Luxuosa carabinée » - ou d'un médicament - « As-tu pris ton Luxuosa ? » C'est une utopie inversée « cul par-dessus tête » qui se dessine ici : dans le meilleur des mondes possibles, nous serons bientôt tous sous Luxuosa.

  • A Aix en Provence, Piotr Klemensiewicz présente ses travaux récents au Printemps dans la galerie d'exposition du Musée des Tapisseries et investira la totalité du Pavillon de Vendôme.
    En cette période de regain d'intérêt pour le dessin et la peinture dans l'art d'aujourd'hui, il est urgent de (re)-découvrir l'oeuvre de Piotr Klemensiewicz "J'essaie de respirer, avec les images que sont mes images, avec mes motifs. Je cherche l'art nécessaire pour que la peinture parle encore d'espace, de perception, du corps, de mystère, de métaphysique." P.K. La peinture de Piotr Klemensiewicz est constituée de signes d'une réalité très légèrement décalée, juste assez pour que nous ne soyons plus dans un univers ni figuratif, ni abstrait, mais dans un univers pictural.
    L'oeuvre est ainsi habitée par des motifs qui délimitent un territoire proprement humain puisqu'ils représentent des objets plus ou moins usuels et nécessaires et qui signalent à la fois la présence et l'absence de l'homme, ou sa présence par son absence. Echelles, chaises, encriers, maisons, tas, le titre n'est pas le sujet, le sujet est bien ici la peinture elle-même. Piotr Klemensiewicz est un révélateur de couleurs, un alchimiste du pigment, qui nous fait découvrir la matérialité même de la couleur dans tous ses états, harmonie, transparence, recouvrement, superposition, ombre, lumière, opacité, apparition, disparition, tension, fond/forme, etc...
    Dans la galerie du Musée des Tapisseries seront présentées des toiles abstraites de grands formats, que l'artiste est en train de réaliser pour cette exposition. La chapelle sera investie par l'ensemble des Chaises, rassemblées pour l'occasion. Au Pavillon de Vendôme, chaque salon sera investi et les oeuvres présentées seront en relation plastique directe avec le lieu. Une nouvelle série intitulée "TotemtaboO", un travail à quatre mains, avec des photographies de paysages réalisées par la photographe Carole Campbell, sur lesquelles Piotr Klemensiewicz intervient avec de l'acrylique toujours dans un désir d'interpénétration de la couleur et du motif se révélant ou disparaissant.
    Frontière entre figuratif et abstraction.

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