Sciences humaines & sociales

  • L'intervention de l'OUA et, plus particulièrement, celle du Sénégal dans la résolution de la crise qui a suivi les élections présidentielles de 2001-2002 ont marqué le retour de l'Afrique sur la scène politique malgache.
    Par ailleurs, depuis la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud est de plus en plus présente dans l'Île. Dans les villes les plus importantes de l'Île, des migrants ouest-africains se livrent au petit commerce. Ces faits récents ont suscité des interrogations sur les relations entre Madagascar et l'Afrique. En effet, d'une part, les Malgaches tiennent à leur singularité d'insulaires et, d'autre part, des stéréotypes datant de la période coloniale continuent à avoir cours sur les Africains.
    Il est alors apparu utile de revisiter la question des rapports de l'Île à son Continent, en laissant de côté le problème des origines, déjà beaucoup travaillé. Les Malgaches ont joué et jouent encore de leur appartenance " afro-asiatique ", se rattachant à l'Afrique ou au contraire s'en éloignant. L'Afrique la plus proche est bien sûr l'Afrique de l'Est. Depuis la période du peuplement de l'Île, le canal du Mozambique n'a jamais constitué une frontière.
    Madagascar a été très tôt insérée dans les réseaux de commerce animés par les cités swahili. Par la traite, des esclaves originaires du Mozambique ont été introduits dans l'Île. Malgré le cloisonnement de la région, suite au partage colonial, musiques, cultes et modèles sociopolitiques ont continué de circuler entre les deux rives du canal. Pourtant, à l'époque contemporaine, c'est avec l'Afrique de l'Ouest que Madagascar a entretenu le plus de relations.
    Anciens ou plus récents, ces liens peuvent être réactivés dans le cadre d'organisations dont Madagascar est membre (l'Union africaine, la SADEC, le COMESA) car la Grande Ile fait indiscutablement partie de l'Afrique sur le plan géopolitique. Au-delà de son exemple, une question plus générale traverse l'ouvrage : celle de l'insularité. Les îles peuvent-elles se passer de leur continent ? Comment, par leur spécificité, participent-elles à la diversité de celui-ci et lui offrent-elles plus d'ouverture ? Actuellement, l'Afrique australe et orientale se tourne vers le monde indo-océanique.

  • La ville de Tananarive possède aujourd'hui encore les traces d'un riche passé architectural.
    Manjakamiadana, exemple achevé d'une construction monumentale de premier plan, accaparait l'attention jusqu'à l'incendie qui l'a ravagé (novembre 1995). Construit autour de 1840, ce palais emblématique situé au sommet d'une colline, visible à des dizaines de kilomètres aux alentours, eut droit à de nombreuses études qui l'ont trop souvent isolé dans sa superbe comme témoin d'un règne singulier et chef-d'oeuvre d'un étranger.
    Pourtant, l'intérêt pour l'histoire urbaine de l'ancienne capitale du royaume merina doit dépasser l'enceinte royale et s'élargir au reste de la cité.
    Il existe en effet dans la capitale et ses environs un riche patrimoine architectural, méconnu et rarement analysé dans une perspective historique, qui témoigne pourtant des mutations socio-économiques du XIXe siècle. Il convient donc d'ouvrir le champ d'analyse " classique " (celui des palais) au profit d'un corpus plus large, si l'on veut comprendre la place occupée par les édifices dans l'espace social de la ville au XIXe siècle et les effets de contraste voulus par le pouvoir et de jeux en miroir ambitionnés par les Grands.
    Le décloisonnement ne doit pour autant aboutir à un éclatement de l'objet distendu entre ethnographie et anthropologie. Il s'avère nécessaire, pour éviter cet écueil, de périodiser l'évolution architecturale de la ville. Trois grandes phases ressortent avec clarté. Dans les années 1820-1860, une monumentalisation de l'architecture royale monopolise les innovations techniques venues de l'extérieur. Dès les années 1840, une partie de l'élite reprend pour elle-même les avancées architecturales.
    L'apogée de l'architecture domestique de prestige est atteinte dans les années 1870-90. A la fin du siècle, la diversification des styles et des techniques, impulsées par les missionnaires anglais de la London Missionary Society, banalise l'architecture royale et privilégie les Grands tout en assurant une certaine " démocratisation " des innovations aux couches intermédiaires de la capitale. En s'imposant en 1895, la France a dû composer avec ces divers apports qui font de la capitale de la nouvelle colonie un lieu de synthèse de la tradition et de la modernité tout à fait original.
    A travers cet ouvrage, Didier Nativel a été particulièrement soucieux de restituer la vision autochtone de l'architecture et la maîtrise locale de son évolution. Il a utilisé avec perspicacité les moindres détails des récits de voyage mais aussi des mémoires et autobiographies du XIXe siècle, pour se placer dans la perspective des acteurs sociaux et rappeler leurs stratégies.

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