• L'histoire de la médecine, pour l'essayiste, critique et homme de culture Jean Starobinski, est au croisement exact entre ses formations et ses intérêts de médecin, de critique littéraire et d'historien des idées et des sciences. Son Histoire de la médecine, parue en 1963 dans la Nouvelle Bibliothèque illustrée des sciences et des techniques, des éditions Rencontres, et jamais rééditée depuis, en est l'un des témoignages les plus marquants. Starobinski rêvait d'une histoire sans frontières, qui relierait les différents domaines du savoir, la littérature, les arts, les sciences, la philosophie, la médecine, une histoire dont il s'est montré l'un des spécialistes les plus éminents de son siècle.
    Avec cet ouvrage, il puise à ces différentes de ces disciplines, et met en évidence avec une remarquable cohérence la manière dont elles se sont nourries mutuellement dans l'élaboration, au fil des siècles, de la figure du médecin, de l'ensemble des moyens diagnostiques et thérapeutiques dont il dispose, et de la nature du lien qui l'unit au malade. Ce faisant, il nous invite tout à la fois à une philosophie portant sur les valeurs fondamentales de notre existence, et une prise de conscience critique de la médecine, suggérant que cette dernière « ne nous rendra plus heureux que si nous savons exactement ce qu'il faut lui demander. »

  • À l'heure où nous achevons ces lignes, la pandémie qui ravage le monde nous rappelle, si besoin était, deux puissantes réalités auxquelles les Anciens avaient prêté toute leur attention au point d'en faire des piliers de leur sagesse : pas plus que la maladie n'affecte le corps seul, mais touche à l'être tout entier, aux sentiments, aux relations humaines, aux institutions, à la politique, la médecine ne se limite aux seuls faits du corps : c'est, elle aussi, une discipline du sens et il ne fait aucun doute que la même actualité nous enjoint à comprendre cette formule dans sa double acception. C'est une discipline qui doit considérer le sens et doit y ramener quand tout rend fou. Jean Starobinski pratiqua et étudia la médecine comme une discipline du sens.
    Le corps a-t-il une histoire ? Madame Bovary avait-elle de la fièvre ? Pourquoi Molière se moque-t-il des médecins ? Les psychiatres soviétiques ont-ils révolutionné l'approche des maladies nerveuses ? Et encore : d'où vient la semence ? Le stress est-il une maladie ? Telles sont quelques-unes des questions étonnantes que Jean Starobinski affronte dans ses enquêtes d'histoire de la médecine. L'historien se penche sur les disciplines qui ont tenté de cerner les « raisons du corps » : il y a le corps des médecins, celui des philosophes, celui des écrivains, celui des peintres. Tous ces régimes de rationalité contribuent à la connaissance du corps qui ne cesse de déborder la raison et de s'y dérober. Le corps a ses raisons.

  • La Beauté du monde, la littérature et les arts propose au lecteur cet autre visage de Jean Starobinski qui correspond à un pan considérable de ses publications : son attention constante aux oeuvres d'art classiques ou modernes. Depuis 1943, il n'a cessé de les accompagner pour y scruter un rapport au monde et à ses beautés, qui met en avant une éthique de l'écriture.
    Poètes, peintres et musiciens sont invités à nous adresser leurs questions. Jean Starobinski les fait entendre, pour les éclaircir ou les laisser à leur beauté d'énigme. Pour lui, c'est cela la critique.
    Exalter la beauté du monde et les prérogatives de l'oeuvre, c'est lutter contre les furies de l'histoire, c'est se défendre contre la folie des hommes : les accueillir et tenter de leur donner cet ordre que seules la plus grande intelligence et les merveilleuses qualités de compassion du critique pouvaient découvrir. À l'heure où les vagues de l'obscurité, de la confusion, de l'oubli et de la mort submergent les hommes, cet exercice de la compréhension impose sa rigueur.
    Le corpus est constitué essentiellement d'essais publiés en revues et jamais réunis, de préfaces à des livres souvent introuvables - donc des textes pour la plupart inconnus ou inaccessibles.
    Leur point commun est que tous élargissent notre champ de lecture, de vision et d'écoute. Nous connaissons Baudelaire ou Kafka, mais après la lecture de quelques essais de Jean Starobinski, nous avons envie de les lire autrement, guidés par celui qui ouvre de nouveaux horizons et nous met en contact avec des richesses insoupçonnées.
    Avec environ 50 documents et 30 reproductions de tableaux Volume dirigé par Martin Rueff, professeur à l'Université de Genève

  • "D'où viennent la tristesse profonde, le désespoir, le délire, la fureur, le suicide ? Contre ceux qui invoquaient une cause surnaturelle ou une punition divine, la pensée médicale a fait prévaloir, dès l'Antiquité, une cause naturelle, une humeur du corps : la bile noire, c'est-à-dire la mélancolie. Sa noirceur, souvent comparée à celle du charbon ou de l'encre, était l'indice de son pouvoir maléfique.
    Cette humeur n'existait pas. Mais n'est-ce pas avec de l'encre que l'on écrit des poèmes ?".
    Ce livre reprend notamment la thèse de Jean Starobinski, merveilleux texte d'histoire de la littérature, et propose d'éclairer les figures prises par la mélancolie au cours des siècles ainsi que les formes dans lesquelles la souffrance psychique a été interprétée.
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    1 autre édition :

  • Le XIXe siècle romantique a-t-il voulu retrouver une vision religieuse du monde que les Lumières du siècle précédent avaient cherché à supplanter ? L'air d'opéra, qui soulève tant de passions, apparaît bien comme le lieu des transferts du sacré à l'expérience la plus intime de soi, parfois aussi aux appartenances nationales. Or à la sacralisation de l'art correspond en retour une esthétisation du religieux, phénomène complexe qui ne cesse de se manifester sous nos yeux, avec des conséquences parfois inquiétantes. Les lecteurs sentiront que les enjeux esthétiques évoqués dans ce livre intéressent de près l'évolution des sociétés modernes « avancées ».

  • " pourquoi inventa poppaea de masquer les beautés de son visage, que pour les renchérir à ses amants ? " demande montaigne.
    Le caché fascine. voir, regarder, c'est désirer saisir, pénétrer, posséder. devenir " oeil vivant " : tel est le voeu formulé par rousseau. interrogeant quelques grandes oeuvres - corneille, racine, la bruyère, rousseau, stendhal, jean starobinski montre comment, dans la création littéraire, l'exigence du regard, dépassant et détruisant la réalité visible, entraîne dans le monde de l'imaginaire ; comment aussi, aiguisée par l'obstacle et la déception, elle incite à toutes les perversions : exhibitionnisme, voyeurisme, sadisme, refus de la réflexion.

  • Au départ, il y a cette question posée à montaigne - cette question que montaigne pose lui-même : une fois que l'individu, dans un accès d'humeur mélancolique, a récusé l'illusion du paraître, quelles expériences lui sont-elles réservées ? que va découvrir celui qui a dénoncé autour de lui l'artifice et le déguisement ? lui est-il permis de faire retour à soi, d'accéder à l'être, à la vérité, à l'identité intérieure, au nom desquels il jugeait insatisfaisant le monde dont il s'est écarté ? montaigne met à l'épreuve cet espoir en composant les essais.
    Mais " la prise et la serre " sont-elles possibles ? si les mots et le langage sont, au dire de montaigne, " une marchandise si vulgaire et si vile ", quel paradoxe que de composer un livre et de s'essayer soi-même au fil des pages écrites ! l'on ne sort de l'apparence que pour s'engager dans une nouvelle apparence.
    Montaigne voit le doute s'étendre jusqu'au point oú nulle opinion n'offre une garantie supérieure à celle de la vie sensible.
    Par le détour de la réflexion sceptique, il réhabilite le paraître, rétablit la " relation à autrui ", reconnaît les droits de la coutume et de la finitude. ce mouvement réconcilie la pensée avec ce qu'elle avait d'abord rejet ; la condition humaine, malgré toute sa faiblesse, peut être le lieu de la plénitude. la vie en commun, l'amour même, doivent leurs plaisirs à leurs conventions. mais il restera quelque chose du refus initial : la cruauté, l'intolérance, que se fondent sur la présomption, sont à jamais inacceptables.

  • Suite de l'oeil vivant, cet ouvrage est consacré à la critique.
    Jean starobinski s'attache à établir les principes d'une critique de la relation, capable de coordonner les méthodes de la stylistique, de l'histoire des idées et de la psychanalyse. une nouvelle interprétation d'un épisode des confessions de rousseau illustre le rapport de la théorie critique et de son application. qu'est-ce qu'interpréter ? c'est déchiffrer, et c'est aussi imaginer. la deuxième partie passe donc en revue les divers champs de l'imagination : la parole, l'image, le corps.
    Et la troisième, traitant des rapports de la littérature et de la psychanalyse, pose une question déconcertante : quelle est la part d'imaginaire qui s'immisce dans la lecture psychanalytique ? comme toujours, jean starobinski se révèle un maître-lecteur, qui incite à lire ou relire les grands livres.

  • " le domaine propre de la vie intérieure ne se délimite que par l'échec de toute relation satisfaisante avec la réalité externe.
    " rousseau désire la communication et la transparence des coeurs ; mais il est frustré dans son attente et, choisissant la voie contraire, il accepte et suscite - l'obstacle, qui lui permet de se replier dans la résignation passive dans la certitude de son innocence.

  • «Depuis le romantisme, le bouffon, le saltimbanque et le clown, ont été les images hyberboliques et volontairement déformantes que les artistes se sont plu à donner d'eux-mêmes et de la condition même de l'art. Il s'agit là d'un autoportrait travesti, dont la portée ne se limite pas à la caricature sarcastique ou douloureuse. Une attitude si constamment répétée, si obstinément réinventée à travers trois ou quatre générations requiert l'attention. Le jeu ironique a la valeur d'une interprétation de soi par soi : c'est une épiphanie dérisoire de l'art et de l'artiste. La critique de l'honorabilité bourgeoise s'y double d'une autocritique dirigée contre la vocation "esthétique" elle-même. Nous devons y reconnaître une des composantes caractéristiques de la "modernité", depuis un peu plus d'une centaine d'années.» Jean Starobinski.

  • Quel langage et quels arguments employa, au xviie siècle et au xviiie siècle, la critique des conduites masquées et des " conventions de société " ? jean starobinsi nourrit sa réflexion d'une série d'exemples qui sont autant de coups de sonde -l'usage du mot civilisation au siècle des lumières ; la doctrine classique de la civilité et l'art de la flatterie ; la fable et la mythologie au grand siècle ; les rapports qu'entretiennent l'exil, la satire et la tyrannie chez montesquieu ; l'écriture philosophique et la phrase asymétrique chez voltaire ou la quête du remède dans le mal chez rousseau.

    Il ne s'agit pas, pour jean starobinski, de se livrer à une enquête systématique ou de narrer une histoire complète, mais d'écouter les mots, d'analyser les styles.

  • Cette réédition rassemble et rajeunit deux ouvrages classiques de Jean Starobinski qui rapprochent les beaux-arts et la pensée philosophique à l'âge des Lumières européen. Il s'agissait dans l'un et l'autre d'identifier la singularité des expériences qui ont pris leur figure et leur style au cours du XVIIIe siècle et pendant la période révolutionnaire.
    L'invention de la liberté (Skira, 1964) montre comment la pensée des Lumières, récusant la théologie de la Chute et réhabilitant la nature humaine, a donné la primauté aux données de la vie sensible et du sentiment, tout en faisant appel aux entreprises de la volonté éclairée. Le mot d'« invention » du titre, pris dans ses deux acceptions principales, restituer et inventer, caractérise ici la double visée de la pensée des Lumières : rétablir dans ses droits une liberté première que les sujets des nations modernes ont oubliée ou perdue et jeter les fondements d'une société régénérée qui assurerait le bonheur des citoyens.
    Les emblèmes de la Raison (Flammarion, 1973) considère quelques-unes des images typiques de la culture révolutionnaire française dans le contexte du néo-classicisme européen. Il étudie les formes dans lesquelles, en saluant la victoire des grands principes, présentée comme une aurore, on a espéré les rendre lisibles et les propager. Cet art qui voulut expulser l'ombre n'atteint sa pleine grandeur pour un regard d'aujourd'hui que chez les artistes qui ont appréhendé eux-mêmes et autour d'eux, comme Goya, le retour menaçant de l'ombre.
    Ces deux textes réunis, enrichis d'une bibliographie mise à jour, qui s'appuient sur une iconographie limitée et adaptée, trouvent aujourd'hui dans cette édition définitive une signification nouvelle.

  • «Rousseau procéda à la manière des prédicateurs. Il accusa le mal, pour mieux annoncer le remède. C'est "l'indignation de la vertu", assure-t-il, qui marqua le début de sa vocation "philosophique", lorsqu'un concours d'académie souleva la question des conséquences du "rétablissement des sciences et des arts", c'est-à-dire de la Renaissance. Son indignation, son ressentiment ont alors fait naître en lui une éloquence dont il ignorait encore tout le pouvoir.
    Il a jugé nécessaire de remonter aux premiers temps de l'histoire humaine, et le modèle qu'il en a proposé lui a valu d'être considéré comme l'un des fondateurs de l'anthropologie. Il parvint à loger dans son roman La Nouvelle Héloïse tout à la fois un lieu où vivre et des voyages couvrant la terre entière. Certains de ses lecteurs furent séduits au point de vouloir tout quitter pour vivre à ses côtés, comme s'il avait fondé un ordre religieux. Ce singulier attrait s'exerce encore.» Jean Starobinski.

  • «"J'ai un diable de ramage saugrenu, moitié des gens du monde et des lettres, moitié de la halle." C'est le Neveu de Rameau qui le dit à son interlocuteur, qui l'écoute et qui lui réplique.
    Car Diderot est un écrivain qui tend l'oreille en tous lieux. À la ville, chez les imprimeurs, dans les salons, dans les villages, il a été constamment à l'affût des grandes rumeurs de son siècle.
    C'est lui qui déclare : "Autant d'hommes, autant de cris divers. [...] Combien de ramages divers, combien de cris discordants dans la seule forêt qu'on appelle société." Les études rassemblées dans ce livre suivent le mouvement de ce grand écouteur, qui sut devenir un admirable parleur.» Jean Starobinski.

  • La Relation critique (1970, rééd. 2001) est un des ouvrages-phares du XXème siècle critique. Malgré le caractère de somme, ou de testament de l'herméneutique starobinskienne que son texte liminaire a pu prendre, La Relation critique a connu une fortune exégétique qui a sans doute partiellement occulté l'ampleur de la réflexion de Jean Starobinski sur la critique. Jean Starobinski n'a en réalité jamais cessé de prendre part, avec l'élégance de l'écrivain et un irénisme légendaire, non dénué de fermeté à l'occasion, aux débats qui agitèrent le monde académique dès les années soixante-dix.
    L'enjeu des Approches du sens est double : d'une part, restituer dans son étendue et sa diversité, la réflexion métacritique de Jean Starobinski ; d'autre part, donner à lire, aux étudiants comme aux professeurs, ces écrits en conservant la part des conditionnements historiques qui participèrent à leur élaboration.
    À la demande expresse des éditeurs, les textes n'ont par conséquent pas été retouchés par l'auteur ; des notes éditoriales formulées à partir de recherches inédites réalisées pendant plus de dix-huit mois dans les archives et la correspondance de Jean Starobinski rappelle les contextes qui les ont déterminés, ou les relations amicales qui les ont suscités.
    Un texte inédit en français, daté de 1977, « La Critique et l'autorité », a notamment pu être retrouvé dans les archives de la revue américaine Daedalus, qui avait publié sa traduction en anglais.
    Cet ensemble est présenté en postface par Michaël Comte et complété par une bibliographie exhaustive et commentée.
    Conçu en deux parties, Les Approches du sens documente l'apport de Jean Starobinski à l'observation historique et méthodique de la critique, mais aussi son influence sur la lecture critique et ses enjeux actuels.
    La seconde partie, constituée des Actes du colloque À distance de loge, nous permet en effet de suivre, dans la réflexion de Jean Starobinski sur l'interprétation et dans son activité d'interprète, les chemins croisés de la distance critique et d'une critique de la distance ; de faire amplement résonner, dans les champs de la philosophie, de l'histoire, des arts et des sciences, ce contrepoint d'identification et de distanciation qui, au coeur de la critique starobinskienne, réfléchit et éclaire aussi les tensions qui déterminent toute connaissance.

  • ce livre de jean starobinski s'ouvre sur une scène de largesse, dans la description célèbre qu'en fit rousseau et à laquelle baudelaire répondit dans l'un de ses poèmes en prose.
    faire largesse, c'est donner à profusion, c'est jeter des trésors ou leur simulacre à la foule. cette forme spectaculaire de la dépense est un rituel très ancien, étroitement lié à l'exercice du pouvoir et au cérémonial de la fête. quelques grandes pages de la tradition littéraire d'occident sont appelées à témoin : elles vont de l'antiquité latine au xxe siècle (antonin artaud). elles conduisent à reconnaître la version du don qui a prévalu dans l'échelle des valeurs.
    le geste de charité, tel qu'il est enseigné par les écritures hébraïque et chrétienne, est celui d'une largesse inspirée par l'amour et non par une volonté de domination. ce geste ne vise plus à impressionner la foule, mais à secourir des individus dans leur peine. la plupart des illustrations de cet ouvrage avaient figuré, sous le même titre, dans une exposition présentée en 1994 par le département des arts graphiques du musée du louvre.
    pour la présente édition, le texte a été revu et corrigé par l'auteur.

  • Le 5 mai 2010, Jean Starobinski reçoit le Prix de la Fondation pour Genève.
    Il prononce à cette occasion un discours d'une beauté poétique lumineuse, où il livre ce qui est peut-être la plus belle définition de la littérature : "L'attention prioritaire donnée à l'expérience humaine, dans sa diversité et ses contradictions. Le souci de trouver le sens de ce qui advient autour de soi". Pierre Nora dit de Jean Starobinski, dans son éloge reproduit dans ce petit livre en guise de postface, qu'il est "le plus grand critique aujourd'hui vivant".

  • En 1946, Jean Starobinski publiait sous ce titre, dans la revue Suisse contemporaine, l'un de ses premiers écrits, qu'il présente aujourd'hui ainsi :
    « Tout en évoquant certains moments de l'expérience enfantine, cette étude très libre avait pour but de préfacer, s'il venait à être publié, un livre d'études consacrés à quelques écrivains représentatifs d'une tradition française de la mise en question de l'expérience subjective et de l'exigence de sincérité. Ce n'était qu'une anticipation, encore très risquée. Je voulais prêter attention aux écrivains français qui, à partir du XVIe siècle, ont clairement assumé le rôle d'«ennemi des masques» : les moralistes, au sens le plus large. »

  • Entretien avec Gérard Macé. Suivi d'une étude de Gérard Macé.
    À l'initiative de France Culture, Jean Starobinski et Gérard Macé se rencontrèrent en 1999 à Genève, dans le salon de la rue de Candolle, pour enregistrer une série d'entretiens qui furent diffusés, chaque matin pendant une semaine, dans l'émission À voix nue. Ces moments de bonheur donnèrent envie aux deux écrivains d'une suite.
    "La loi du genre est de laisser un goût d'inachevé, écrit Gérard Macé le 11 novembre 1999 à Jean Starobinski, et j'ai comme vous, même après deux heures et demie, le sentiment d'une esquisse. / Poursuivre la conversation, et lui donner l'allure d'un véritable entretien, est une tentation que je ne refuse pas. L'hypothèse d'un livre est même séduisante." Une décennie plus tard, après des péripéties, quelques velléités sans suite, des obstacles divers, nombreux, vaincus, ce souhait se réalise. Grâce à la collaboration de France Culture, grâce à la créativité, à la persévérance des auteurs qui ont retravaillé leurs questions et leurs réponses, La Dogana a le privilège d'offrir aux lecteurs cet entretien de 1999. Jean Starobinski, pour qui l'écriture est une tâche sévère, s'y livre avec d'autant plus de bonheur que son formidable interlocuteur est lui-même écrivain.

  • Grâce à lui, à partir de 1946, les archives de la Radio Télévision Suisse se sont enrichies de nombreuses émissions dans lesquels il aborde ses recherches, dialogue avec des personnalités, parle de musique, de littérature, des mythologies, d'histoire de la psychiatrie ou de la critique littéraire.

  • Pourquoi, dans la vie quotidienne, affirme-t-on qu'une situation intolérable appelle une réaction ? comment les biologistes en sont-ils venus à penser les rapports du vivant et du milieu en termes d'interaction ? pour quelle raison la psychiatrie a-t-elle adopté, il y a un siècle, la catégorie des affections réactionnelles ? pourquoi le concept d'abréaction fut-il inventé puis abandonné par la première psychanalyse ? que veut-on faire entendre, quand on déclare qu'une politique est réactionnaire ? dire que le totalitarisme nazi fut une réaction au totalitarisme communiste, n'est-ce pas l'excuser ? le mot " réaction " et ses dérivés offrent leurs services pour l'explication causale comme pour la compréhension par sympathie.
    Ils nous viennent à l'esprit quand nous cherchons des réponses à nos problèmes. or ces mots, précisément, ne font-ils pas problème ? c'est l'occasion, pour jean starobinski, d'examiner les filières intellectuelles à travers lesquelles le mot " réaction " et ses dérivés nous sont parvenus. ce livre remonte au rôle que leur attribua la scolastique, mais aboutit aux interrogations qui entourent aujourd'hui la notion de progrès, sans laquelle la réaction politique ne peut être pensée.
    Il convoque aussi bien les philosophes (aristote, leibniz, kant, nietzsche, jaspers), que les savants (newton, bichat, claude bernard, bernheim, freud) et les écrivains (diderot, benjamin constant, balzac, p?, valéry). l'ouvrage est une traversée originale de la culture occidentale : il éclaire successivement les fondements de la science et la protestation des poètes, parcourant ainsi les chemins qui conduisent à nos perplexités présentes.

  • «Lorsque parurent en revue les premiers fragments de la recherche (demeurée inédite) que Ferdinand de Saussure avait consacrée aux anagrammes, ou paragrammes, ils éveillèrent aussitôt une attention passionnée : on parle aujourd'hui, à leur propos, de «seconde révolution saussurienne». Pour Roman Jakobson, il s'agit-là d'une intuition géniale. Pourtant Ferdinand de Saussure ne s'était pas résolu à publier ses nombreux travaux concernant les anagrammes : il aurait voulu établir, d'une façon indubitable, que les poètes grecs et latins composaient leurs vers en partant d'un mot thème, dont les phonèmes devaient être utilisés conformément à certaines règles. Faute de pouvoir en donner la preuve complète, il préféra garder le silence. Regroupant toutes les publications partielles précédentes, et ajoutant de nouveaux textes inédits, Jean Starobinski présente ici la totalité des textes relatifs à la théorie des anagrammes ; il commente la recherche de Ferdinand de Saussure, en signale les principales étapes, et relate la façon singulière dont elle prit fin. Il rappelle toutes les hésitations du grand linguiste genevois, et les scrupules scientifiques qui lui défendirent de livrer les résultats d'une enquête systématique où de nombreux spécialistes reconnaissent aujourd'hui une découverte de première grandeur.» (Présentation de la première édition)

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